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Pipol News 50 - 19/05/2013
Bientôt à Bruxelles
Femmes, religion, laïcité
Le refus du féminin*
Gil Caroz
Dans sa lecture du monde, la psychanalyse porte son regard sur le futur. Freud, « vieil optimiste »1 croyait que la religion reculerait devant le progrès de la science. Lacan lui rétorque le « Triomphe de la religion », c’est-à-dire soutient, au contraire, que celle-ci vaincra, en noyant dans un bain de sens le réel que la science étend de plus en plus. La science, dit-il, introduit « des tas de choses bouleversantes dans la vie de chacun »2.
On constate en effet, quand on a dépassé l’âge de 50 ans, que la science, qui s’est engouffrée dans la place vide laissée par le père, a bouleversé notre vie. C’est ce que nous appelons Après l’Œdipe, première partie du titre de PIPOL 6. Le rythme toujours plus accéléré qui nous est imposé par l’hypermodernité fait de la lecture du futur une façon de se mettre à jour du présent, car ce qui jadis faisait événement, surprise qui brise la continuité, est devenu paradoxalement la routine. Le chef vénéré d’aujourd’hui est la victime d’une exécution sans procès le lendemain. L’objet le plus à la pointe investi par le Geek le matin, devient obsolète le soir même. Le savoir-faire du moment devra très bientôt être mis à jour. Cette course infernale qui traverse notre corps et transforme sans cesse l’agalma en palea est elle-même une manifestation de ce « réel de plus en plus insistant et insupportable que nous devons à la science »3.
Le triomphe de la religion par l’entremise du sens, prophétisé par Lacan, est une forme d’un « ne rien vouloir savoir » du réel. La religion est faite pour guérir les hommes, dit-il, « c’est-à-dire pour qu’ils ne s’aperçoivent pas de ce qui ne va pas »4. Ce « ne rien vouloir savoir » par la production en excès de sens qui vient couvrir le réel et le tenir à distance, est, selon Lacan, essentiellement l’apanage de la vraie religion, c’est-à-dire la religion catholique.
Il convient aujourd’hui de préciser ces propos de Lacan énoncés il y a quarante ans. Un passage écrit par Jacques-Alain Miller pour la quatrième de couverture du séminaire VI de Lacan, à paraître très prochainement, nous situe dans le temps, au présent et au futur, avec une grande précision : « Nous sommes en phase de sortie de l’âge du Père. Un autre discours est en voie de supplanter l’ancien. L’innovation à la place de la tradition. Plutôt que la hiérarchie, le réseau. L’attrait de l’avenir l’emporte sur le poids du passé. Le féminin prend le pas sur le viril. Là où c’était un ordre immuable, des flux transformationnels repoussent incessamment toute limite. »5
Ces quelques phrases sont taillées sur mesure pour PIPOL 6. On y trouve un déploiement du titre : « Après l’Œdipe, les femmes se conjuguent au Futur ». Soulignons, au passage, le mot « réseau », alternative à la hiérarchie, qui est un des fils rouges qui parcourra les Simultanées cliniques de PIPOL 6, qui ont pour titre : « Le cas, l’institution, et mon expérience de la psychanalyse ». L’accent de la journée des Simultanées sera mis sur l’expérience clinique du praticien analysant, dans un florilège d’institutions en Europe. Par ailleurs, un premier annuaire d’institutions en Europe qui donnent place à notre pratique sera diffusé à l’occasion de PIPOL 6 sur le site de l’EuroFédération de Psychanalyse, sous le titre « Réseau PIPOL ».
Mais revenons au futur, et récapitulons. Freud prédisait la disparation de la religion avec le progrès des Lumières. Ce projet est parti en fumée au milieu du 20e siècle. Lacan a prophétisé le triomphe de la religion par le sens qui forclôt le réel. Prophétie pessimiste. Aujourd’hui nous pouvons confirmer que le père a été en effet déchu de son poste. Toutefois, nous constatons que nous ne sommes pas pour autant restés sans boussole. Une nouvelle boussole vient prendre la place du père, celle de la logique féminine. Celle-ci semble mieux convenir pour traiter le réel bouleversant et sans loi que la science étend davantage tous les jours.
Les formules de la sexuation de Lacan nous montrent que les femmes sont plus proches du réel, car elles ont accès à une jouissance qui ne s’inscrit pas sous la loi phallique. Libérées des angoisses liées à la dialectique entre la tumescence et la détumescence, elles ont un accès plus facile à l’acte. La logique du pas-tout les rend plus aptes à traiter les événements du monde de façon pragmatique, se penchant sur les cas singuliers, sans trop s’encombrer de la loi du pour-toutisme universel. Et surtout, cette logique féminine est rebelle à la routine des traditions et au maître toujours soupçonneux par rapport à la nouveauté. Du coup, elle est ouverte aux nouvelles formes de sinthomes, qui tressent les jouissances de façon non standard.
D’ailleurs, le maître contemporain est animé d’un savoir insu sur cette prévalence croissante de la logique du pas-tout dans un monde qui subit les ricochets de la chute du père. L’ONU par exemple, s’oriente vers un investissement du féminin. Il ne s’agit pas uniquement de défendre les femmes et leurs droits, car le féminin devient le sujet supposé savoir faire du nouveau monde. Ainsi, la résolution 1325 adoptée en l’an 2000 par le Conseil de sécurité de l’ONU, stipule que l’inclusion des femmes dans la prise de décision lors de processus de paix est susceptible de construire et consolider une paix durable. Car selon les documents de l’ONU femmes, « il est reconnu au niveau international que les femmes sont les plus touchées par les conflits modernes, notamment dans les contextes où le viol est utilisé comme arme de guerre »6.
Nous ne pouvons qu’être d’accord avec cette perspective selon laquelle le discours du maître devra, dès à présent et dans le futur, se faire enseigner par le féminin. Mais nous le disons autrement. La psychanalyse dégage la logique qui est derrière ce que l’ONU argumente en termes de rapports entre victimes et bourreaux. Si les femmes sont victimes de violences, c’est parce que la logique du tout, quand elle n’est pas entamée, ne peut qu’être ravageante pour la logique du pas-tout. L’impuissance de la logique du tout à verser dans l’universel les singularités des modes de jouissance conduit l’agent du phallus à sortir les armes afin de mettre au pas le féminin. Par contre, l’ouverture au singulier qui est impliquée dans le pas-tout permet un abord pragmatique des conflits qui facilite les apaisements.
Et la religion ? Quelle place prend-elle au présent ? Quelle place prendra-t-elle dans l’avenir ? Ce qui nous frappe n’est pas tellement un triomphe de la religion en tant que productrice de sens en veux-tu et en voilà, mais la montée d’un fondamentalisme qui prêche le retour vers un père réel. Ce mouvement semble être le pendant de la montée sur la scène de la logique féminine. Le combat fondamentaliste contre le féminin fait passer à l’acte la logique du tout. Là où Lacan parle d’un « ne rien vouloir savoir » de la religion, nous sommes confrontés ici à une version plus radicale d’un « ne rien vouloir savoir sur la jouissance féminine », celle que Freud a nommée : « le refus de la féminité »7. Sur ce point, la clinique du malaise dans la civilisation converge avec une question qui concerne la fin de l’analyse, puisque le refus du féminin est un point de butée de l’analyse selon Freud. Nous pouvons tout à fait faire l’hypothèse qu’un des problèmes majeurs que la psychanalyse devra traiter dans l’avenir sera ce refus du féminin.
Jeannette Bougrab, notre invitée pour les plénières de PIPOL 6, nous permettra de rencontrer in vivo une manifestation de cette tendance du féminin à prendre le pas sur le viril. Femme brillante, avocate, ex-ministre du gouvernement français, elle noue un féminisme moderne avec une défense ferme de la laïcité et une fidélité intacte à la République française. Venez l’écouter. Vous entendrez une nouvelle façon de parler en politique. Peu importe si on est d’accord avec ses orientations ou pas. Elle est authentique, elle appelle un chat un chat, elle ne s’excuse pas, elle ne regrette pas, elle y va.
Comme on peut le lire dans son livre sorti récemment8, elle bricole avec les éléments contradictoires et paradoxaux de la vie d’une femme contemporaine. Fille à papa, comme elle le dit elle-même, elle adore son père, qui lui, se trouve frappé, et déchu, par une division dramatique qui lui a été imposée par l’Histoire. Harki, c’est-à-dire faisant partie de ces Algériens qui se sont battus pour la France pendant la guerre d’Algérie, il est algérien pour les Français, et français pour les Algériens, interdit de séjour dans son pays d’origine. Ce que Jeannette Bougrab appelle la laïcité, qu’elle défend comme une lionne, en ne cédant sur rien, et en prenant des risques réels, est un trou creusé au beau milieu de toutes les identifications communautaires, trou qui est un lieu où chacun peut construire son sinthome. Il est évident que le refus du féminin et ses manifestations les plus violentes qu’elle dénonce sans relâche est exclu de cette zone de laïcité. Avec Jeanette Bougrab nous pouvons tout à fait espérer le triomphe de la laïcité comme champ ouvert à l’élaboration du sinthome de chacun, à partir des matériaux que la vie lui a fournis au départ.
* Texte présenté le 18 mai 2013 au Congrès de la NLS.
1 MILLER J.-A., in Triomphe de la religion de Jacques Lacan, 4ème de couverture.
2 LACAN J., Le Triomphe de la religion, Paris, Seuil, 2005, p. 79.
3 MILLER J.-A., Ibid. 4ème de couverture.
4 LACAN J., Ibid, p.87.
5 MILLER J.-A., Texte rédigé pour la 4ème de couverture du Séminaire VI de Jacques LACAN, Le désir et son interprétation. In Lacan Quotidien n°318.
6 http://www.unwomen.org/fr/focus-areas/?show=Paix_et_sécurité
7 FREUD S., « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », Résltants, idées, problèmes,II, Paris, PUF, 1985, p. 268.
8 BOUGRAB J., Ma République se meurt, Grasset, Paris, 2013.
PIPOL NEWS INFO n° 11
Communiqué
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Anne Debecker
Trésorière de PIPOL 6
Pipol News 49 - 13/05/2013
Interview d’Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen, par Gil Caroz [1]
(Isabelle Durant ouvrira les séances plénières de PIPOL 6, le 7 juillet prochain, en nous parlant de son point de vue sur le féminin aujourd'hui.)
Gil Caroz: Comment êtes-vous entrée dans la politique, quel est votre parcours ?
Isabelle Durant: Je suis née à Bruxelles, rue de Loi, là où on a construit le Berlaymont. Je viens d’un milieu ouvert, un peu anticonformiste. Je n’étais pas une élève extraordinairement douée. J’étais déléguée de classe. Je me suis beaucoup engagée dans des mouvements de jeunesse. On peut y voir les prémisses de quelque chose de l’ordre de l’engagement. Ça m’a toujours amusée, c’est mon tempérament.
Après mes études secondaires, je n’ai pas voulu faire d’études supérieures, j’ai travaillé comme éducatrice. J’ai ensuite suivi des études d’infirmière. N’aimant pas tellement l’atmosphère du milieu hospitalier, j’ai passé une agrégation pour enseigner. Pendant dix, quinze ans j’ai été monitrice de stage, pour accompagner des jeunes issus de l’immigration, pour la plupart, dans leur formation sanitaire ou de puériculture. J’ai adoré de faire cela.
Depuis trente ans, je suis amie avec Olivier Deleuze, un des premiers parlementaires écologistes. Evoluant dans un milieu où on était tous assez engagés sur des questions interculturelles et multiculturelles et dans la lutte pour la dépénalisation de l’avortement, j’ai suivi assez naturellement les traces d’Ecolo[2]. J’ai fait partie du groupe des élus à la Région bruxelloise. J’avais cependant envie d’agir de l’autre côté du miroir, du côté des décideurs. La direction politique d’Ecolo, qui était multicéphale, cherchait une femme pour faire un trio. J’ai alors été projetée à une échelle politique un peu plus globale. Et 1999, je suis devenue ministre[3] et les choses se sont succédées à toute allure.
Voici mon parcours dont je revendique le caractère atypique par rapport à celui d’autres entrés dans l’action politique en sortant de Sciences Po. De n’avoir pas fait que cela m’a donné un regard précieux sur la politique.
Par ailleurs, je suis aussi la mère de trois grands enfants et récemment grand-mère.
G. C. : Vous êtes entrée dans un trio où il y a hommes et femme. Hommes, femmes et politique, cela résonne-t-il chez vous ?
I. D.: Oui, ça résonne. Il y a une certaine façon de faire de la politique un peu guerrière : il faut parler fort, monter à la tribune, toutes choses que j’ai dû apprendre (il y a quelques codes dans lesquels il faut entrer). Je suis plus quelqu’un qui essaie… Il y a toutes sortes de chemins de traverse plus utiles que la voie frontale pour aboutir à un résultat. Mais souvent en politique, c’est le frontal qui est mis en avant médiatiquement, qui est considéré comme plus efficace. On a, les hommes et les femmes, des manières d’approcher la politique qui ne sont pas les mêmes. Malgré tout, l’empreinte masculine reste assez forte, même s’il y a des hommes qui sont assez souples et féminins et des femmes qui sont guerrières et masculines.
G. C.: Vous faites cette distinction là, entre souple et guerrier ?
I. D.: Dans l’image extérieure qu’on donne et dans les codes de la politique, le côté guerrier est le contraire du côté souple: il faut y aller, affirmer avec force, monter la voix, avoir l’air fâché, même si on ne l’est pas, alors que des choses pourraient être faites avec plus d’efficacité, de simplicité. Je ne nie pas l’importance des rapports de force, il faut qu’on les voie, qu’on les entende. Mais ce registre là est insuffisant. Il y en a d’autres, plus créatifs, qui permettent aux politiques de trouver des solutions et aux citoyens de se retrouver dans des comportements qui leur sont plus familiers que la confrontation. Il faut de la confrontation en politique pour savoir qui défend quoi, mais on n’a pas seulement besoin de la posture assertive, affirmative, guerrière, il faut aussi de la posture plus empathique, plus relationnelle.
G. C. : En 2003, vous démissionnez du gouvernement de Verhofstadt, quinze jours avant la fin. Pour nous, c’est quelque chose de l’ordre de l’acte. Ce n’est pas du côté du souple.
I. D.: C’est vrai, c’était du côté du net : ça tombe comme ça, c’est terminé. On a besoin à un moment donné d’avoir des gestes forts, tranchants, sinon on n’existe plus. On a essayé les méthodes souples et on a reçu, à chaque fois, une fin de non-recevoir. Il faut bien mesurer, parce que les actes forts, il n’y en a pas beaucoup. Si on en fait tout le temps, on a l’air ridicule. Le moment doit être choisi. L’acte doit être justifié du point de vue de celui qui le pose. On ne tire pas au bazooka tout le temps ou alors on est un peu bizarre.
G. C. : Tout autre chose. Notre association est européenne, donc la dimension européenne nous intéresse. Dans une carte blanche avec Daniel Cohn-Bendit et Serge Léonard dans La Libre Belgique[4], vous dites des choses qui résonnent avec des choses que nous pensons. Vous dites, au sujet de la pédagogie, qu’il ne s’agit plus de se référer à une conception dogmatique de l’autorité, ni à une conception charismatique du commandant, mais à une conception contractuelle de l’autorité. Je souligne le mot contrat. Jacques-Alain Miller écrivait récemment : nous sommes sortis de l’âge du père, de l’autorité (c’est un thème de notre congrès) ; « un autre discours est en voie de supplanter l’ancien ; l’innovation à la place de la tradition ; plutôt que la hiérarchie, le réseau »[5]. Vous dites : plutôt que l’autorité, le contrat.
I. D.: J’aime beaucoup le mot réseau. La question du réseau est essentielle : s’il est bien construit, bien utilisé, le réseau est une formule souple, efficace ; il y a des aller-retour, de la confrontation ; c’est une manière de travailler qui associe, qui rassemble ; c’est très utile pour disséminer une approche, un point de vue, faire remonter les choses, et se décentrer. Regarder les choses à l’échelle européenne nous oblige à cela tout le temps : on est parmi d’autres; nos petits problèmes institutionnels belges sont mis en perspective différemment par les Grecs, les Maltais, les Allemands, etc. Cette capacité de se décentrer est indispensable ; elle est utile en politique pour être créatif.
G. C.: Le réseau est-il féminin ?
I. D.: Absolument. Le réseau est plus horizontal que vertical ; on cherche des alliés, des proches, des amis, des combattants (parce que le réseau peut aussi servir à une bataille, au sens politique d’une idée qu’on veut faire avancer). On est plus fort dans quelque chose où chacun joue sa partition dans le même sens et où des gens à compétences différentes vont donner des tonalités qui vont se renforcer l’une l’autre et augmenter le rapport des forces pour faire avancer le projet de façon plus efficace qu’un grand coup de gueule.
G. C. : Nous avons l’idée qu’aujourd’hui, les choses sont devenues comme ça et probablement le seront dans l’avenir. Vous avez une certaine vision du futur avec le groupe Spinelli.
I. D. : Le groupe Spinelli est une structure extrêmement souple, partie d’une rencontre entre trois personnes. C’est un réseau de gens qui ont envie de changer la petite musique ultranationaliste ; on est de partis différents, des libéraux, des verts, des socialistes ; on n’est pas d’accord sur tout, mais on se renvoie la balle comme sur un terrain de jeux. On aura essayé d’empêcher, par ce réseau, que le rouleau compresseur de “c’est la faute à l’Europe” continue de rouler. La crise, évidemment, n’aide pas à faire entendre autre chose : la complexité. Je passe beaucoup de temps à démontrer la complexité de la décision européenne : qui la prend ? Ce n’est pas quelques technocrates ; il y a tout un processus, des interventions multiples, des responsabilités nationales, parlementaires, de la Commission, des lobbies. On est dans un monde compliqué. Plus jamais on ne sera dans la logique d’un chef qui décide et des autres qui disent oui, les doigts sur la couture, en tout cas dans une Union européenne démocratique.
G. C.: Vous mettez en question les identifications nationales, nationalistes en tout cas.
I. D.: Nationalistes, car je pense que les identifications nationales, régionales, voire locales ont tout leur sens. Elles peuvent être très différentes : il y a des gens qui ont plusieurs origines ; ils viennent d’ailleurs, leurs parents, leurs grands-parents ont bougé, mais ils se sentent tout de même de quelque part, et cela doit être respecté. L’Union européenne, ce n’est pas une grande lessive pour qu’on soit tous les mêmes. Parfois l’Union européenne s’occupe de choses dont elle ne devrait pas s’occuper. Elle devrait s’occuper de ce qu’on doit absolument faire ensemble : on est plus fort, plus efficace quand on travaille ensemble que séparément. Ce que je mets en question gravement, ce sont les dérives nationalistes : cette nationalité là, le modèle auquel tout le monde doit se conformer et qui, outre la langue, définit ce qu’on aime, ce qu’on mange, ses affinités culturelles. C’est terriblement dangereux. La diversité est à respecter à tout prix. Derrière les ultranationalismes, parfois même sous des aspects un peu généreux ou solidaires, il y a le “ je n’aime pas les autres, j’aime les autres quand ils me ressemblent et s’ils ne me ressemblent pas, je ne les aime pas” et cela, c’est très dangereux, parce qu’on vit dans un monde où tout le monde bouge et doit être respecté pour ce qu’il est.
G. C.: Vous parlez de l’Europe comme une communauté “a-communautaire”.
I. D.: Il n’y a pas de peuple européen. Il y a des peuples et dans des peuples, il y a des gens et de plus en plus, les gens vont bouger à l’échelle européenne, les familles vont se composer, se recomposer avec des gens de partout … Ces métissages sont extrêmement précieux. L’Union doit être unie politiquement, dans ses objectifs, ses stratégies, mais elle ne doit pas être uniforme. L’union et l’uniformité, ce n’est pas pareil. Il n’y a pas de modèle conforme, même si l’on a de grands pays à l’identité forte. J’aime bien la méthode communautaire, à la recherche du compromis, plutôt que la méthode intergouvernementale où chacun vient défendre son bifteck et où, après s’être bien battus, on rentre dans son pays en disant “j’ai gagné ça ; je n’ai pas construit l’Europe, mais j’ai bien défendu mon pays” ; on recherche seulement le plus petit commun dénominateur. L’option du groupe Spinelli, entre autres, privilégie l’autre méthode, celle de la construction pas à pas.
G. C.: Vous avez parlé du danger du nationalisme. Vous ancrez la naissance de l’Europe après la seconde guerre mondiale, comme une réaction à ça.
I. D.: On a vu ce à quoi les excès du nationalisme ont mené. La réconciliation franco-allemande a été un élément majeur de la construction européenne : ceux qui se sont affronté dans un conflit qui a fait des millions de morts, ont dit “on fait la paix”. C’est très important, c’est structurant de la suite. Quand on a reçu le prix Nobel de la paix, ce n’est pas pour rien. A l’étranger, loin de l’Europe, les gens nous envient cet aspect de paix, de coopération, et ici en Europe, les gens le vomissent. Dans les pays du Printemps arabe, on nous demande “Comment avez-vous réussi à faire ça ?”, cette coopération institutionnelle avec un parlement, ces gens qui travaillent ensemble, tandis qu’à l’intérieur de l’Europe, on dit : “retournons au nationalisme”, ce que ces pays là viennent de quitter. En tout cas, ils ont payé le prix fort des dictateurs, avec leurs idées sur le nationalisme, sur l’identité nationale qui doit être pure sur cinq générations par exemple, toutes choses extrêmement dangereuses.
G. C.: Notre lecture de la chose, c’est que plus le monde avance dans cette direction de la souplesse, du réseau, plus il y a la montée d’une résistance, d’une opposition à cela. La montée du fondamentalisme s’oppose à ce progrès. Freud parle du refus de la féminité.
I. D.: Je pense qu’il y a des liens entre la féminité et la vision écologiste, qui ne vise pas seulement le respect de la nature, la protection de l’environnement, mais qui est cette approche systémique, plus horizontale, où en permanence, on est préoccupé par ce qui se passe ici et là, demain et ailleurs, dans une logique circulaire. Mais dès qu’on avance, on prend des coups à tous les échelons. On rencontre de la résistance, parce que c’est un système dangereux : il donne aux gens les clés. C’est un système horizontal : il n’y a pas un grand décideur, une pyramide ; chacun peut avoir les clés, être libre ou le plus libre possible, le plus émancipé possible, pour contribuer à un réseau ou à un autre, librement. C’est ma vision de la citoyenneté. Cet aspect là, je comprend qu’il fasse peur à ceux qui ont plutôt envie de garder la main sur un système, une façon de faire, une autorité.
G. C.: Ce n’est pas un combat uniquement politique, c’est un combat qui se traduit en guerres, en violences aussi.
I. D.: Si ce n’était qu’un débat d’idée, ce serait sympathique et intéressant, mais c’est vrai que cela peut être très violent, à l’échelle d’une collectivité ; on peut avoir des confrontations mortelles.
[1] Transcription par Dominique Léonard.
[2] Parti écologiste belge.
[3] Ministre de la mobilité et des transports dans le gouvernement Verhofstadt I de 1999 à 2003.
[4] Carte blanche parue sur le site du journal La Libre du 5 février 2013, « Faire face aux eurosceptiques et populistes », signée Daniel Cohn-Bendit, Isabelle Durant et Serge Léonard.
[5] MILLER J.-A., 4e de couverture du Séminaire VI de Jacques Lacan, à paraître en librairie le 6 juin 2013.
Pipol News INFO n° 10
Horaires de PIPOL 6
Vendredi 5 juillet
17h-20h: Distribution des dossiers et coup de champagne au "SQUARE Brussels Meeting Centre", Mont des Arts, 1000 Bruxelles, dans le cube en verre.
Merci de nous faire savoir si vous comptez venir le vendredi, en envoyant un mail vierge à Guy Poblome, (poblome.guy@gmail.com), avec comme objet : "Champagne".
Samedi 6 juillet
9h: Accueil et distribution des dossiers (pas de champagne le matin…)
10h-13h: Travaux de la matinée (Simultanées)
13h-15h: Pause de midi
15h-18: Travaux de l'après midi (Simultanées)
19h30: Début de la Soirée du Futur (il est encore possible de s'y inscrire, places limitées)
Dimanche 7 juillet
8h50: Musicien (surprise)
9h-9h30: Ouverture
9h30-12h30: Travaux (Plénières)
12h30-14h: Pause de midi
14h-17h30 Travaux (Plénières)
17h30-17h45: Clôture et remerciements
Pipol News INFO n° 09
Réseau PIPOL
Annuaire des Institutions de l’EuroFédération de Psychanalyse
38 institutions ont déjà répondu à l'appel du Réseau PIPOL. Etant donné le temps très bref laissé entre l'annonce de sa mise en place dans PIPOL NEWS et la date butoir pour envoyer les demandes d'inscription, et pour laisser le temps à la hâte, cette date butoir a été repoussée au 15 mai à minuit.
Les conditions d’inscription d’une institution dans le Réseau PIPOL seront les suivantes :
1. L’institution sera officiellement orientée par la psychanalyse. Des effets de transfert envers une personne orientée par la psychanalyse ne seront pas suffisants pour une admission dans l’annuaire. Une affirmation de la part des instances dirigeantes de l’institution concernant son orientation à partir de la psychanalyse lacanienne telle que celle-ci est enseignée dans le Champ freudien est indispensable.
2. Les institutions admises dans le Réseau PIPOL peuvent être des structures inscrites dans l’Autre (hôpitaux, centres de santé mentale, institutions pour enfants, centres d’hébergement post-hospitalisation, etc.) ou des initiatives personnelles de praticiens-analysants, quelle que soit leur ampleur.
3. Un rapport écrit, bref et saillant (3200 signes espaces compris), sera adressé au secrétaire du Bureau de l’EFP, Guy Poblome (poblome.guy@gmail.com) d’ici le 1er mai 2013. Ce rapport contiendra :
- Les coordonnées de l’institution : nom, adresse, tél, email, site (s’il y en un).
- Nom et coordonnées du directeur ou d’une personne représentant l’institution auprès de l’EFP.
- Une description de l’institution, de son cadre, du public qu’elle accueille, des circonstances de sa fondation, de la façon dont la psychanalyse y prend sa place (clinique, enseignements, publications…).
Le Bureau décidera à partir de ces textes de la pertinence de l’inscription d’une institution dans l’annuaire. Ce dernier sera composé de l’ensemble des textes des institutions admises, selon un ordre alphabétique. Il se trouvera sur le site de l’EFP. Une version papier sera distribuée aux congressites de PIPOL 6.
Gil Caroz
Président de l’EuroFédération de Psychanalyse
Mai 2013
FLASH 06
Au nom du comité de lecture des simultanées de PIPOL 6
À mi-chemin
L’ensemble des 236 textes en cinq langues a été déjà lu par le comité. Ce travail de lecture est passionnant. Souvent émouvant. Pourtant, une inquiétude nous traverse. Comment allons-nous faire pour refuser presque la moitié de ces textes ? La différence entre un texte qui franchira la porte des simultanées et un texte qui ne la franchira pas est parfois infime. On discute ferme. Laura ne cède pas. Elle veut que tous les textes valables d’une façon ou d’une autre, là où « il y a quelque chose », puissent franchir le seuil. De mon côté, je tiens les comptes. C’est un bras de fer entre le possible et l’impossible. Je ne vous dis pas le casse-tête : il y a la qualité des textes. Ensuite, il y a le nombre de salles qui nous limite à 120 travaux à retenir. Dans certaines salles, il y aura une traduction simultanée, dans d’autres il n’y en aura pas. Mais nous ne voulons pas de traductions « bricolées » par des collègues. Nous n’y croyons pas. Par conséquent, en fonction des salles, soit il y aura des traductions simultanées professionnelles, soit les travaux seront présentés uniquement dans des langues connues par tous les auditeurs dans la salle. C’est à moi de prendre les décisions finales. Ne me jalousez pas.
Lors de la lecture des textes, la première question que nous nous posons est celle de savoir si les trois pôles exigés par L’appel à contribution : le cas, l’institution, et mon expérience de la psychanalyse, sont présents dans le texte. C’est une condition préalable. Peu nombreux sont les textes qui n’incluent pas de cas. En ce qui concerne le pôle de l’institution, celui-ci est rarement absent, d’une façon ou d’une autre. Dès qu’il y a une intrusion du discours du maître dans la cure, on peut parler d’une présence de la dimension institutionnelle. Dimension qui est à traiter, à manier. En ce qui concerne le pôle « mon expérience à la psychanalyse », nous sommes dans l’obligation d’être intraitables. Celui-ci doit être explicitement présent dans le texte. C’est la règle du jeu, que nous avons déjà argumentée ailleurs, et nous ne pouvons pas y déroger. Il ne nous semble pas possible de construire un programme où certains participants aux simultanées « se mouillent » à ça, et d’autres pas. Parfois la référence à sa propre analyse est présente, mais de façon générale, sans la concrétude singulière qui a permis au praticien d’extraire le savoir qui lui permet de mener la cure. Dans ce cas, le texte ne peut pas être retenu. Dans certains cas, nous faisons le pari que le travail avec le mentor permettra d’extraire ce qui est encore camouflé dans le texte. Par ailleurs, une fois ces trois pôles présents, il faut qu’ils trouvent une articulation, qu’ils soient noués de façon convaincante.
Voilà, vous savez tout. Je ne dis pas que tous les textes sont bons. Mais je dis que la grande majorité est de très bonne qualité. Je l’écris comme je le pense, et je m’en réjouis. Je dis aussi qu’une partie des textes ne répond pas à l’invitation de L’appel à contribution. Ceux-ci ne pourront pas être retenus. Pour finir, je dis que certains textes qui pourraient franchir la porte dans un monde meilleur ne le feront pas, à cause de quelques limites techniques. Je l’assume, et j’espère que les auteurs de ces textes m’en voudront juste ce qu’il faut, mais pas plus.
Je remercie, encore, le grand nombre de collègues qui ont proposé des interventions aux Simultanées cliniques de PIPOL 6.
Gil Caroz
Directeur du Deuxième Congrès Européen de Psychanalyse (PIPOL 6)
Pipol News INFO n° 08
Communiqué de PIPOL 6
Enregistrement et coupe de champagne
Le Deuxième Congrès Européen de Psychanalyse, PIPOL 6, s'approche à grands pas. Nous nous réjouissons de pouvoir vous accueillir bientôt dans la Capitale de l'Europe. Les dossiers du Congrès seront disponibles dès le vendredi 5 juillet, entre 17h et 20h, au Square, Mont des Arts, 1000 Bruxelles, dans le cube en verre. Douze stands seront à votre disposition pour vous accueillir. Une coupe de champagne vous sera offerte avec le dossier. Afin de nous permettre de préparer ce petit verre, merci de nous faire savoir si vous comptez venir le vendredi, en envoyant un mail vierge à Guy Poblome, (poblome.guy@gmail.com), avec comme objet : "Champagne".
L'accueil et la distribution des dossiers (cette fois-ci sans champagne) recommencera le samedi 6 juillet à partir de 9h (début des travaux 10h).
A bientôt,
Guy Poblome, secrétaire de PIPOL 6
Pour la commission d'organisation
Pipol News 48 - 01/05/2013
Psychoanalysis and the Institution: a view from within the “English-Speaking” contexts of practice
Alan Rowan, NLS, Dublin
In “British Psychiatry and the War” (1947) Lacan describes a five-week research trip to Britain he undertook in 1945. During that trip he met and sought to understand what role British Psychiatry had played during the war and particularly so in the rehabilitation of soldiers suffering from various forms of “war neurosis”. What he found interested him, as he discovered; the value of what he termed British realism in army selection1, the functioning of non-hierarchical or leaderless groups and the fact that the group and indeed the institution itself is interpretable. Describing the work of Bion and Rickman he states that one finds “in their work something of the miraculous feeling of the initial stages of the Freudian elaboration: that of finding in the very impasse of a situation the vital force of an intervention” (p.15).
In this paper I want to comment firstly on the work of Bion and Rickman by reference to their legacy today, loosely referred to as the “Tavistock paradigm”, this being the main psychoanalytic way in which, in the English-speaking world, the institution is interpreted. Drawing on my experience of working in mental health I will finish by suggesting how psychoanalytically I believe we can best position and prioritise our efforts in a context where the institution is, in fact, often hostile, not only to psychoanalysis, but more generally to reflection, to contemplation and to “not knowing”.
In considering the institution today - in our “post-Oedipal world” - there can be little doubt that the steady hierarchies and stable enduring institutions of yesteryear are gone. Today all organisations function by contrast in turbulent and rapidly changing environments, have multiple and distributed hierarchies, experience constant market and technology driven change and are staffed by subjects where both role and work-group instability is the norm.
What I have referred to above as the “Tavistock paradigm” originated with Bion’s work on “group mentality”, meaning phenomena that can be observed at the level of “whole-group” functioning. Drawing on Freud, Bion made a distinction between the “work group” - with characteristics similar to those attributed by Freud (1911) to the ego, and what he termed “basic assumption groups” which arise when unconscious needs, desires and emotions invade or take over group functioning. Here the objective of the group subtly shifts from performing the task it was set up to achieve to satisfying the psychological needs of its members - primarily in ways that reduce anxiety and conflict. For example, there is inertia in the group, what Bion calls “dependency”, and behind this the unconscious shared belief or illusion that the leadership function will somehow meet the needs of the group without the group members themselves having to actually do anything2.
Overtime a range of psychoanalysts and psychoanalytically oriented practitioners working with organisations, such as Trist, Rice, Jacques and Menzies, to mention just a few, developed this model into a paradigm that was underpinned by Kleinian theory. Core concepts of this paradigm, in addition to Bion’s work on group processes, include the following:
- That “roles” within a group or institution both evoke and carry conscious and unconscious meanings for the subject and for others they interact with
- That systems and practices within organisations may get established in the service of protecting the group against persecutory and depressive anxieties and thus have essentially nothing to do with its stated goal or task.
- That the institution or organisation exists by virtue of the boundary it makes with the external environment
- That the organisation can be defined in terms of how it sees its “primary task” defined as “the task it must do to survive” - viewed in terms of the nature of the “transactions” it performs in relation to its external environment (e.g. producing goods or “curing” patients).
- That there is such a thing as “the organisation in the mind” meaning the unconscious fantasies and images of the organisation carried in the mind of the individuals who make it up. This implies that the “organisation in the mind” always reflect particular interests and ways an individual situates him or herself within the particular discursive practice that makes up the organisation
At the level of interpretation the task of the psychoanalyst or organisational consultant was to help the institution to understand the ways in which unconscious processes may be in tension with, and thus interfere with, the goals the organisation is seeking to attain whereby, what Bion termed, “the development of thought designed for translation into action” (p.145) is blocked.
In practice this approach emphasises clarity in relation to the “primary task”, clear boundaries and lines of authority, effective communication and adequate supports, meaning the presence of a “holding environment” or “container” in relation to the inevitable “emotional needs” and pressures staff may experience in carrying out their roles.
Many real world examples attest to the usefulness of this paradigm in resolving institutional dilemmas conflicts and impasses, and yet, from a Lacanian point of view it is not hard to point to some fundamental problems that seems inherent to it.
Firstly, we can question - especially in this post-Oedipal era - if it makes sense to talk of institutions as having a “primary task” when what counts for competitive survival concerns not so much what the organisation can do or offer, but rather how well it can “read” and respond to the needs of those who seek to use it – conventionally in business terms defined as its customers3. Secondly, one can question the notion of the “boundary” as explicated within this paradigm which seems to depend on an imaginary distinction between interior and exterior whereby the internal world of the organisation is invariably privileged and where this membrane separating inner and outer is not theorised and thus little understood. From a Lacanian point of view this membrane can only be made of language and thus has to be seen as symbolic, which as Lacan’s use of the mobius strip further demonstrates, itself entails that any distinction between inner and outer is invariably problematised from the very beginning. Thirdly, and as we look deeper into this paradigm, we find that at its heart lies the Kleinian theory of fantasy which is seen as primary. In other words this is the idea that symbolic formations arises on the basis of primal fantasies and are metaphoric “translations” of these. For Lacan by contrast what is privileged is the metonymy of the drive - as “obect a” - to which the fantasy is a response or elaboration. Another way of putting this, drawing on Miller’s article “Interpretation in Reverse”, is to say that the unconscious already interprets and thus the task of analysis is not to add yet more meaning (another metaphor) but rather to “cut” meaning to the point where the” jouissance programme” of the subject can be isolated. As with the subject, the crucial analytic questions for institutions thus concern, not meaning but the form(s) of “enjoyment” it embraces/makes possible.
With this as context we can ask what are priorities and positions a psychoanalyst might take up within the institution? Firstly, I would suggest that it is important we engage in and with the “social care” institutions of our time. Our question towards them is not the one of the “Tavistock paradigm” which essentially sees them as, and indeed helps them to be, structures that are effective in carrying the “emotional load” they must bear by virtue of being “social systems”. Rather our question concerns their vitality and viability in terms of the desire(s) that animate their praxis - something that we approach by holding to a position of “learned ignorance” in order to better read precisely such desire(s). Here one makes a distinction between “to support” and “to interpret”, and we can suggest, the latter is always radical.
Secondly and as Miller has pointed out, the psychoanalyst is also a “multifunctional object” something that is more vital than ever within our “post-interpretive” era. From such a position we do not, for example, approach the institution with “ready-made” solutions but rather point to the consequences of its acts and its impasses. Here our “core concepts” remain the unconscious, the ego and the structure of the superego with its injunctions and its ideals – concepts that are as active in the group as they are in the subject – which does not mean that we do not recognise the “group effects” that Lacan clearly appreciated in, for example, the work of Bion.
Thirdly we speak of and for the subject, whether as colleague or client – or even -”customer”, but from a singular point of view – meaning that we stand for the subject that does not sacrifice desire in a service of the goods.
Fourthly and finally, and from a practical point of view, I would tentatively suggest that, in the arena of mental health, psychoanalysts within such institutions may deploy themselves well by:
- Going to where the problematic cases exist and where the psycho-educational help – so prevalent today - has led to a weariness not only in the patient but also in the staff he or she encounters. It is in working with these difficult and “impossible cases” that we can most prove our worth in an environment where “solutions” abound.
- By “reading” the institution and avoiding naivety, for example, by waiting for recognition. Rather we must document our success and indeed ensure it that the institution registers this (e.g. via if necessary audits that do more than present numbers etc.).
- By seeking alliances with the voice of the patient who is suffering and has a demand that in mental health is often at odds with that of the institution, whereby the latter is most concerned with managing social risk and cost containment, versus the patient who seeks a pathway to living his or her life.
- By engaging with the “multiple discourses” of the institution, which includes other therapy discourses, whereby we interact with them, while not diluting our own way of speaking about what it is we encounter.
- By noting that the institution is, obviously, a lived experience, something that is registered therefore within the individuals who find themselves in it. This, in my experience, offers a quite powerful and useful way to make our presence felt within the institution, namely, by being available to colleagues either individually or in groups to invite a different form of seeing in relation to what they may knowingly or unknowingly feel subjected to.
1 Where “officer selection” was based on leadership ability – something that was carefully assessed by various tasks potential candidates had to undertake – rather than being based on class as had been the case in France and other European countries.
2 Bion described two further “basic assumption” or anti-task groups, namely the “fight-flight group” where the unconscious wish is to preserve itself at all costs from “an other” who is perceived as hostile and the “pairing” group where the unconscious purpose of the group is to reproduce itself – usually via the fantasy of two members creating a harmonious pair. Since Bion there have been additions to this model, for example the “basic assumption oneness” group defined by Turguet (1974) as a group that commits itself to supporting an “omnipotent force” and seeks unconsciously to merge with this. Such groups often take the form of movements where the continued existence of “the movement” is paramount.
3 This is the move away from seeing organisations as providers of “goods” – the traditional view - to seeing them as meeting a range of consumer needs, demands and wishes and thus fundamentally providing the consumer with an experience/set of experiences.
Pipol News 47 - 29/04/2013
Patricia Heffes
Las mujeres, el futuro y el Edipo
Marco Mauas
Con PIPOL VI. 19 de marzo de 2013
Unas notas sobre el niño
Patricia Heffes
A partir de considerar el sintagma “Después del Edipo” como uno de los modos de decir “Nuestro modo de goce” (1), me ha parecido pertinente incluir en este espacio preparatorio al Congreso europeo, la cuestión de la maternidad y sus consecuencias respecto de los niños. Recordemos que Lacan utiliza esta expresión, “nuestro modo de goce”, para modalizar el concepto de goce según las variaciones que vislumbraba en la relación de lo simbólico con lo real.
Estas reflexiones que hoy comparto con vosotros, son un comienzo de respuesta a una pregunta surgida de la práctica en una institución para niños pequeños (0 a 6 años), en la que realizo fundamentalmente orientación clínica y diagnósticos diferenciales. La pregunta es qué de lo que se presenta como problemático en el niño induce a error a la hora de diagnosticar. La búsqueda de respuesta me llevó a revisar la “Nota sobre el niño” (2), en sus distintos aspectos.
En primer lugar, lo que ha llamado mi atención es que hay una serie de fenómenos que “sueltos”, tomados a primera vista, inducen al practicante a ubicarlos del lado de la psicosis o del autismo. Sin embargo, la experiencia muestra que muchos de ellos no lo son.
Enunciaré algunas de estas cuestiones:
a-Mujeres en tanto madres al modo de las “sólo madres” o “madres solas”
b-Un padre homologable a la madre en lo que tiene que ver con la crianza. Hace lo que debe hacer sin otro modelo que la madre misma.
c- Gran cantidad de consultas por un mal funcionamiento fisiológico (el adverbio no tiene más referencia que la propia casuística en la institución). Niños y niñas menores de dos años son derivados por los pediatras (con el punto de mira del trastorno) porque no quieren evacuar las heces, por ejemplo. Estos casos contrastan con otros en los que el control de esfínteres no se concreta hasta bordeando los cuatro años.
d- Niños muy pequeños que rechazan los alimentos, pero no desnutridos ni en peligro de ello. El niño no come, o come pocas cosas y muy limitado. No está enfermo.
e-Otros, con casi cuatro años, toman el biberón combinado con las comidas, no hablan mucho y muerden sus uñas hasta el límite del dolor.
f- Muchos niños duermen con sus padres, con ambos o con uno u otro. La pareja de padres deja de compartir cama para hacerlo con los hijos.
g-Los hay que no hablan hasta los tres años y cuando lo hacen, no se les entiende casi nada.
Estos “motivos de consulta”, en sí mismos, están dentro de la rutina. Lo que los hace llamativos es la recurrencia; y por otro lado, se destaca la posición de la familia respecto de ellos. No parece preocuparles el síntoma en sí, ni siquiera lo interpretan como tal. Existe una ajenidad con eso que le ocurre al niño, pero al mismo tiempo les inquieta por la proximidad. Eso que inquieta se presenta ligado a lo insoportable para la madre, en la mayoría de los casos.
A partir de aquí surgieron más preguntas. ¿Qué relación tiene hoy una mujer con la maternidad, partiendo de la hipótesis de que algo ha cambiado en los modos de goce? En tal caso, ¿qué de la nota sobre el niño de 1969, habría que reconsiderar?
Un apunte previo sirve a esta consideración. En 1967, Lacan (3) ubica el ser-para-el–sexo como aquello que somos llamados a sostener por efecto de la subversión freudiana. En dialéctica con el-ser-para-la-muerte de Heidegger, Lacan señala la operación freudiana que colocó al goce en el centro de la cuestión.
Ser-para-el-sexo es un modo de nombrar la castración freudiana, mientras que Lacan reserva el-ser-para–la- muerte a la relación del sujeto con el Otro, para nombrar la muerte del Otro. El ser-para-el-sexo remite al descubrimiento de la propia castración. De aquí que Lacan afirme que la entrada en un psicoanálisis proviene precisamente, de la dificultad de ser-para-el-sexo. Lo difícil es cómo establecer el estatuto del fantasma en la posición sexuada, lo cual, dice Lacan, se vela en la idea engañosa de “elección” subjetiva entre neurosis, perversión o psicosis. Es a causa de esa dificultad que nos vemos llevados a formular un fantasma postizo, a saber: la armonía en el útero materno.
Los términos que constituyen la Nota sobre el niño aparecen planteados con una lógica clara en esta alocución del ’67: la posición sexuada, el fantasma, el objeto condensador de goce, las posiciones subjetivas y también se reconoce allí, la consideración de la sexualidad femenina como preliminar al tratamiento del niño.
Con estos apuntes y situados después del Edipo, se puede hacer una relectura de la Nota e intentar sacar algunas consecuencias. Divido la lectura en tres puntos:
- Hay tres funciones: de la familia, del padre y de la madre
De la función de residuo de la familia conyugal, como lo dice J.-A. Miler (4) se verifica que permanece dominante, modificada apenas por la homosexualidad. Permanece por su función de residuo como estado de pequeño objeto a. La familia conyugal resiste porque opera en la transmisión de aquello que constituye al sujeto, la transmisión de que no hay proporción sexual. Se trata de la relación con un deseo que no sea anónimo, lo que implica que el sujeto sea llamado por un Je.
La función de la madre basada en los cuidados por un interés particularizado, siguiendo la vía de sus carencias. En este caso, el ser-para-el-sexo está definido por la función materna misma.
En cuanto a la función del padre, la Nota dice que su nombre es el vector de una encarnación de la Ley en el deseo. En la actualidad es más evidente que la dicha función paterna no es necesariamente encarnada por “un padre”. Sin embargo, hay una ley que se encarna en un deseo para que un nuevo ser sea posible. J.A.Miller se refiere a la cuestión de la ley en su relación con el deseo ubicándolo como su contraefecto. La ley es el deseo, pero es inoperante en relación con el goce. (5)
2) En cuanto al síntoma del niño, responde a lo que hay de sintomático en la estructura familiar. Recordemos que Lacan lo define como el síntoma que representa la verdad de la pareja en la familia. Es el síntoma que depende de la subjetividad de la madre y ubica al niño como correlato de un fantasma. O bien, el niño realiza la presencia del objeto a en el fantasma.
Considerando que sólo se trata de semblantes, vemos como la referencia al falo se neutraliza, los nombres del padre se pluralizan y el Deseo de la Madre deja de ser barrado por la ley y el orden tradicional. Para usar un significante actual, hay un desorden.
El síntoma es planteado en la Nota como representante de la verdad - hermana de goce-; por lo cual, sería en este punto donde habría que buscar la variación. Es decir, en la vía de lo que hoy nombramos como feminización del goce; goce que supone un real sin ley.
Efectivamente, el síntoma del niño representa una verdad y también depende de la subjetividad de la madre. El niño, o bien, viene a refrenar el goce de la madre; o bien, lo representa.
Centrar la práctica analítica sobre el goce como acontecimiento del cuerpo, es lo que permite escapar a la dialéctica interdicción-permisión. (6)
3) Los diagnósticos.
La subjetividad moderna se caracteriza por la tendencia a unificar los modos de satisfacción. “Feminización del mundo” ha querido Jacques-Alain Miller llamar a este fenómeno, para explicar el predominio de un modo de goce que impera sobre el sujeto en la época. La feminización del mundo es una manera de decir que lo que domina es que no hay un solo modo de gozar, sino múltiples y que el predominio fálico a la hora de guiar la pulsión ha dejado paso a una multiplicidad que obliga a cuestionar los supuestos.
Desde esta perspectiva, las tres estructuras freudianas se debilitan y surge como respuesta a la pregunta por el síntoma, los modos de goce.
La maternidad, como todos los fenómenos humanos que pueden subjetivarse, ha sufrido los avatares de las distintas épocas. Mujeres solas que acceden a la maternidad; parejas homosexuales que deciden ser padres; transexuales que siendo ahora hombres engendran niños a partir de conservar sus órganos femeninos, etc.
La relación de la madre con el niño está siendo afectada por los modos de gozar de la época. Y la pregunta por el síntoma del niño, hay que dirigirla hacia el lugar que este viene a ocupar respecto del goce: representarlo, refrenarlo, ser su objeto.
De la experiencia sabemos que tan solo con intervenir para detener el embate de ese goce sobre el niño, surge una vivificación que posibilita , en muchos de esos casos , la constitución de un síntoma. De lo contrario, el niño es envestido por ese goce y no aparece más que como un cuerpo mortificado.
NOTAS:
(1)Lacan, J. Otros escritos. “Televisión”, p.560, Ed. Paidós, Buenos Aires, 2012
(2)Lacan, J. Otros escritos. “Nota sobre el niño”, Ed. Paidós, Bs.As., 2012
(3)Lacan, J. Otros escritos. “Alocución sobre la psicosis del niño”. Ed.Paidós, Bs.As., 2012
(4)Miller, J.-A. “El revés de la familia”, en Consecuencias Nº 8, Revista digital, abril de 2012
(5)Miller, J.-A. Sutilezas analíticas, Ed.Paidós, p.282, Buenos Aires, 2011
(6)Miller, J.-A. Curso del 2 de marzo de 2011. Inédito.
Las mujeres, el futuro y el Edipo
Una notación
Marco Mauas
Sí, el título de nuestro congreso en Bruselas es peculiar, de acuerdo con mi colega Claudia Iddan. Quisiera entonces destacar un aspecto aún, una minucia casi, que me parece digno de escribir.
Se trata de “después del Edipo”, y allí, hay un futuro solamente. Un futuro que aparentemente no tiene pasado. ¿Es que esto existe? Un futuro que puede leerse “sin antes, solo después…del Edipo”.
J-A Miller formuló el “antes” de una forma para mi sorprendente, cuando, en una frase fulgurante, hizo aparecer de una vez lo que Lacan significó con “las formaciones del inconsciente”1. Miller estaba ocupado en ese año, el último del milenio, en aclarar la cuestión de lo real. Una cuestión urgente, que nos lleva hasta el próximo congreso de la AMP, “Los desórdenes de lo real”.
Las formaciones del inconsciente, son “acontecimientos que tenían una significación cuando parecían desprovistos de ésta. Esa es la novedad que [Freud] introdujo”, dice Miller. Y prosigue: “Para dar cuenta de ello, como se ve en este seminario, Lacan puso en juego un funcionamiento inédito entre código y mensaje. Se trataba de anteponer el advenimiento de significación que constituye el síntoma, y esto inspiró la construcción de su grafo. Allí se concibe la aparición de la significación a partir del mensaje emitido fuera del conocimiento del sujeto.” Una significación “antepuesta”. Eso son para Lacan, en su seminario 5, “las formaciones del inconsciente”.
Miller puntualiza a continuación que “la significación no es la totalidad del descubrimiento freudiano respecto de las formaciones del inconsciente.” Está también la satisfacción. Y la satisfacción, en la medida en que sea libidinosa, como Lacan lo comenta en el seminario 202, es, si hemos de seguir a Freud a la letra, es de una libido…masculina. “Sólo desde donde es toda, es decir, desde donde la ve el hombre, puede tener un inconsciente”… “Para no existir más que como madre…”3
Si “las mujeres” se “conjugan en futuro”, “después del Edipo”, es que en esa zona, en ese tiempo, “no pueden” tener un inconsciente, al menos, no un inconsciente freudiano. Se trata de otro inconsciente. Es uno que solamente apunta a un futuro. Sin “antes” ni quizás tampoco “después”. Y el inconsciente freudiano las sitúa como madres, como “todas”, en la medida en que desde allí las ve el hombre. Es un problema, un tema, de lo real en desorden… si se considera que el orden, un orden, se establece cada vez que la satisfacción es libidinosamente entendible o atrapable.
1 Miller J.-A. La experiencia de lo real en la clínica psicoanalítica, Paidós, Buenos Aires, 2004. Clase del 26 de mayo de 1999.
2 Lacan J. El seminario 20, Aún. Paidós, Barcelona, 1981. Clase del 10 de abril de 1973.
3 Ibid.
Histoire du Jour
En vue de la Soirée du Futur
Le médecin appelle Madame Cohen.
- Bonjour Madame. Je regrette de vous dire que votre chèque m’est revenu.
- Bonjour Docteur, je regrette de vous dire que mon arthrose aussi est revenue.
(Moïse Rahmani, 11ème commandement
“Tu choisiras le rire”)
FLASH 05
Comité de lecture des simultanées
Le comité de lecture pour les textes envoyés pour les simultanées cliniques de PIPOL 6 est composé de:
Monique Kusnierek et Gil Caroz pour les textes en français (148 textes)
Rosa-Elena Manzetti, Massimo Termini et Sergio Caretto pour les textes en italien (45 textes)
Carmen Cunat, Antoni Vicens et Laura Petrosino pour les textes en espagnol (32 textes)
Laura Petrosino et Gil Caroz pour les textes en anglais (6 textes)
Geert Hoornaert pour les textes en néerlandais (5 textes)
Nous comptons au total 236 textes, chiffre définitif. Le comité carbure. Un résumé de chaque texte et des ses signifiants majeurs sera fait dans toutes les langues. A partir de ce résumé, le programme des simultanées sera composé par Gil Caroz. Pour rappel, les textes retenus seront retravaillés avec un mentor. C'est un service que nous proposons aux auteurs afin de leur permettre de prendre la température de l'Autre et d'améliorer leur texte avant de le présenter.
Pipol News 46 - 23/04/2013
La soirée du Futur
Au magnifique Complexe « Albert Hall », 649, Chaussée de Wavre, 1040 Bruxelles
Le 6 juillet 2013 à partir de 19h30
KRUPNIK
C’est ce groupe de musique juive qui va nous accueillir au début de la Soirée du Futur, le 6 juillet, à Bruxelles, après les simultanées de PIPOL 6. Il nous accompagnera pendant le repas, et ensuite il nous fera danser, avant de passer la main au DJ.
« Klezmer » dites-vous ? André Reinitz, personne de référence de ce groupe, que nous rencontrons avec Joëlle Strauss, chanteuse et violoniste, nous corrige : « un groupe de klezmer joue à quelques instruments de musique. Mais quand il y a du chant, ce n’est plus du klezmer. Nous faisons de la musique klezmer aussi, mais ce terme est restrictif par rapport au répertoire du groupe. Tout d’abord parce que Joëlle chante. Deuxièmement, parce que nous ne limitons pas à la musique de l’Europe centrale. Nous mettons en jeu les cultures juives (au pluriel) en jouant toute une panoplie des musiques séfarade, ashkénaze, israélienne, yéménite… Par ailleurs, tous ces genres ont puisé dans les cultures locales où ils sont nés. La diversité est donc garantie. »
Si nous sommes sages, c’est-à-dire si nous dansons à la folie, André nous promet de nous apprendre deux ou trois pas de danse Hora, danse israélienne. Joëlle nous glisse à l’oreille qu’André est grand spécialiste des histoires juives, à l’instar de celles que nous trouvons en abondance dans le Mot d’esprit de Freud. Va-t-il nous en raconter l’une ou l’autre pendant la soirée ? On verra.
Quoi qu’il en soit, à partir d’aujourd’hui, et jusqu’au congrès, lisez la nouvelle rubrique de PIPOL NEWS « Histoires du Jour », en vue de la Soirée du Futur. Si vous connaissez quelques-unes de ces histoires, n’hésitez pas à nous les communiquer.
Et pourquoi attendre demain ? Commençons tout de suite.
Une version de rapport sexuel1
La petite sœur demande au grand frère comment on fait pour jouer au papa et à la maman. Il faut aller à la chambre de parents, dit-il. Et après ? Après, on se déshabille ! Et après ? Après, on se met sous les couvertures. Et après ? Après, on éteint la lumière. Et après ? demande la petite sœur. Après, après… on parle yiddish !
Juliette de Halleux, Maud Ferauge, Gil Caroz
1. Extrait de « Klezmer » de Joann Sfar, Gallimard, 2005
Inscription à la soirée du Futur http://www.europsychoanalysis.eu/events/listing/fr/
Prix d’inscription : 45€ jusque au 30 avril. 50 € à partir du 1er mai. Les inscriptions seront clôturées le 15 juin. Nombre de places limitées.
FLASH 04
Inscriptions
- A ce jour nous comptons 1048 inscriptions au congrès PIPOL 6. Les places sont limitées. Il est possible que les inscriptions soient clôturées avant le congrès comme cela a été déjà le cas pour PIPOL 5.
- L'inscription à bas prix (45€) pour la Soirée du Futur du 6 juillet est encore en vigueur, et ceci jusqu'à la fin du mois d'avril. A partir du 1er mai, le prix d'inscription à la soirée sera de 50€. Les inscriptions seront clôturées le 15 juin afin de permettre au traiteur de faire face à la commande des repas.
FLASH 03
Echos des simultanées cliniques de PIPOL 6
230 propositions de textes sont arrivées dans la boîte mail du secrétariat des simultanées dont:
144 en français
43 en italien
32 en espagnol
6 en anglais
5 en néerlandais
Ces travaux proviennent de France, Belgique, Italie, Espagne, Suisse, Grèce, Irlande, Israël, Russie, Ukraine, Bulgarie….
Malheureusement, nous ne pourrons retenir qu'un maximum de 120 propositions. Il n'empêche que nous constatons l'existence en Europe d'une réelle communauté de travail dynamique et engagée, composée de collègues qui ont envie de mettre du leur. Si vous êtes auteurs d'un des ces textes, dites vous que vous démontrez en acte cet engagement que votre texte soit retenu, ou pas.
Gil Caroz
Président de l'EFP
Pipol News 45 - 19/04/2013
"Edipona"- Sófocles con Lacan
Claudia Iddan, NLS, Jérusalem
La ética que sostiene la práctica analítica es la que crea la institución. Si bien con el término de institución se hace por lo general referencia a un marco social creado para la implementación de ciertos objetivos o principios, la institución propiamente dicha, en particular en el campo del psicoanálisis, radica más en la posición ética que se sostiene que en los encuadres que se crean.
"Después del Edipo, las mujeres se conjugan en futuro", título peculiar de nuestro congreso que pone en evidencia dos cuestiones, la primera, el eje del Edipo mismo como sinónimo, diría yo, de estructura institucional y la segunda, el eje de la temporalidad y su relación a las posiciones sexuales.
Propongo como lectura posible de la intersección entre Edipo, tiempo y mujeres la orientación que surge con el "después" creado por los viricuetos de la trama que van desarrollándose a partir de la pieza de Edipo rey pasando por Edipo en Colona hasta Antígona, es decir un después acorde al desplazamiento de Edipo a la figura de Antígona y a su posición. Este trayecto en la tragedia griega conjuga ética y tiempo y podria tal vez ser conjugado en una suerte de equívoco de la lengua: "Edipona".
Abordar esta intersección de Edipona a través de Sófocles con Lacan me permitirá delimitar ciertas coordenadas de la ética a partir de la tragedia para poner en relieve la dimensión del acto y del Uno solo o Un-dividualismo, como J.A.Miller lo presenta.
Con Sófocles y Lacan
La tragedia griega le permite a Lacan referirse a la ética del psicoanálisis a través de la figura de Antígona que encarna el deseo puro o puro deseo que transgrede todas las leyes de la comunidad y empuja a la purgación de pasiones, temores y compasiones hasta el extremo de la propia muerte. Traspasar los límites humanos, violar los límites del Até [ruina, insensatez, fatalidad], y llevar al extravío de la subjetividad.
Detrás del brillo de la imagen atrayente de Antígona, está el extravío y el horror frente a lo real. El principio básico de la ética psicoanálitica: no ceder frente al deseo, es presentado justamente a partir de la lectura de una figura femenina y de su acto en particular. Antígona acompaña a Edipo-padre, en el exilio, es su lazarillo, cuida de él y cuida del lugar del padre compartiendo su destino. La imposición de Creonte de no dar sepultura a Polinices, hermano de Antígona, despierta en ella el deber de su deseo, "ser fiel a su ley", a su Un-dividualismo, contrario al decreto de la autoridad establecida y lo sepulta. Antígona por consiguiente es condenada a muerte, a ser sepultada en vida. Finalmente estando ya en la bóveda familiar se suicida, el acto por excelencia, ingresando así al mundo de los muertos. Con esta seguidilla de dos actos, la sepultura de su hermano y el suicidio, Antígona no solo va más allá de la tradición y de las reglas establecidas, sino que apunta a lo real de la muerte, a un saberse desperdicio. Ella clama "respetar la piedad" al exigir la sepultura. Este llamado a la piedad cuestiona el lugar de la misma, se trata de la piedad por amor al padre, de un límite simbólico o paradójicamente de lo contrario, de un ir más allá del padre, de un ir hacia lo real del cuerpo, franqueando los límites impuestos por lo simbólico, es decir respetar la a-piedad. El cuerpo de Polinices que cae como desecho encuentra en el suicidio de Antígona la iteración del Uno, una insistencia de lo real, del puro deseo de muerte en tanto nombre de la nada, del vacío, que pone precisamente en relieve "lo que [en el análisis] resulta de nuestra experiencia del saber", según la formulación de Lacan en la Nota Italiana. Recordemos, en relación a este vacío, que en "Edipo en Colona", Edipo no acepta retornar a Tebas y a ser sepultado, despues de su muerte, en los límites de la ciudad como lo exigen las autoridades, sino que decide morir solo, solo en su acto, quedando además el lugar de su tumba como incógnita, como un vacío. Esto con "Edipona". Volviendo a las implicaciones de la tragedia en la ética analítica, en su acción, Lacan plantea en esa época de su enseñanza que "lo que el analista tiene para dar no es más que su deseo [...] al igual que el analizado, haciendo la salvedad de que es un deseo advertido"1. Un deseo advertido es un deseo que si bien no cede conoce sus límites, los límites que impone el objeto que lo causa en tanto sujeto, los límites que ciernen el hueso de su síntoma o en otros términos la diferencia absoluta. "Después de Edipo" nos conduce a un deseo que va más allá de la significación articulada al deseo del Otro, es decir un deseo sin Otro.
Esta diferencia absoluta marca el borde, el litoral entre el semblante discursivo y lo real singular. Los actos de Antígona impulsados por su deseo puro pueden ser leídos como una ruptura del semblante, como una ruptura del discurso establecido que "se presenta en lo real como erosión del significado".2 El aluvión del lenguaje efectúa un trabajo de erosión sobre el organismo dejando marcas indelebles que configuran al cuerpo en lo real. La "erosión del significado" que produce un vacío, un punto fuera de la cadena inconsciente, es el sentido que permite el surgimiento de la diferencia absoluta y en consequencia la emergencia del deseo del analista o sea el viraje en la transferencia que sostiene el pasaje dellugar de erastes al de ofrecerse como eromenos en los análisis a conducir. Ocupar ese lugar fuera de la cadena del inconsciente, o del deseo del Otro, es ofrecerse como lugar vacío, necesario por cierto, para aquel que decida embarcarse en la experiencia analítica y desplegar la "varité" de su deseo para llegar al hueso de su síntoma.
Con Lacan, las mujeres y el tiempo
Lacan plantea que las mujeres están más a gusto en relación al inconsciente3 y pienso que esa relación al inconsciente se especifica por la posición que Lacan otorga a las mujeres en relación al goce. "La mujer es un jouis-centre[goce-centro] conjugado a lo que no llamaría una ausencia [absence] pero si una de-sencia [de-sence]"4. Un goce entonces, que si bien tiene su centro en la significación fálica, se conjuga también por la vía de ausentarse de la misma sin dejar por eso de ser un goce. Lacan sustituye el prefijo "ab" del término ab-sence que implica separación o evitación por el prefijo "de", de-sence, que marca una negación, diría que marca entonces lo imposible de pensar del inconsciente, y no una pérdida, solo un punto fuera del sentido. Ese ausentarse de la significación es el que se conjuga, retomando el título del congreso, en futuro. El tiempo futuro- como Lacan lo señala- utiliza el proceso del deber o haber5 en la declinación de un verbo por medio de los sufijos introducidos en cada variante. Es decir que el tiempo futuro acentúa o impulsa como tal el vector del deber o haber implicado en la línea de la acción, del acto, en otras palabras impulsa el vector del deseo como deber, exigencia.
El tiempo, por otra parte, se mide a través del espacio- J.A.Miller lo ha puesto de manifiesto en "La erótica del tiempo"- es decir en la ubicación de los distintos lugares en un discurso yen los desplazamientos de uno al otro. En presencia de los desplazamientos que se desarrollan en las tragedias anteriormente mencionadas podemos en efecto considerar que el lugar de Edipo transformado en lugar vacío con su muerte impulsa como vector el acontecimiento Antígona. Habiendo sido la sombra de su padre se separa de ese lugar con el acto de la sepultura de su hermano. Podemos hablar de un acontecimiento ya que su actosolo se inscribe sobre el fondo de lo imposible: "pero no es posible!, esta loca! dirá su entorno. Plantear que las mujeres se conjugan en futuro, implica que se conjugan en una espera que hace presente precisamente ese futuro antes que este sea registrado como pasado, es decir antes que se produzca el entrecruzamiento entre el tiempo progresivo del deseo y el tiempo que retroactúa cerrando un significado. El futuro indica la orientación de la ética analítica, orientación hacia lo femenino del parlêtre, abierta al acontecimiento más allá del sujeto supuesto saber, a lo inédito. Freud señala claramente la existencia de una repulsa de la feminidad- Ablehnung der Weiblichkeit-6 rechazo común a los dos sexos, es decir un rechazo a lo real de la sexualidad. Un real que insiste, que itera sin ley alguna ligado al reino de la Triebanspruch7, de la exigencia pulsional.
Para finalizar propongo un pequeño cambio del título, "Después del Edipo, la Feminidad se conjuga en futuro", se conjuga en un conjunto abierto de versiones inéditas, infinitas.
1 Lacan, J.: "El Seminario. Libro 7, La Etica del Psicoanálisis ", pag. 358, Buenos Aires, Paidós, 1988.
2 Lacan, J.: "El Seminario. Libro 18, De un discurso que no fuera semblante, pag. 114, Buenos Aires, Paidos, 2009.
3 Lacan, J. El Seminario, Libro 24, RSI, clase del 11-2-75.
4 Lacan, J.: "El Seminario. Libro 19, ...Ou pire, Paris, Seuil, p. 206
5 Lacan, J.: "El Seminario. Libro 8, La transferencia, Buenos Aires, Paidos, pag. 273
6 Freud, S. Obras completas, Analisis terminable e interminable, traduccion Lopez Ballesteros, Espana, Biblioteca Nueva, p. 3363
7 Freud, S. Obras completas, Inhibicion, Sintoma y Angustia , pag. 2880
FLASH 02
Trois invitées aux plénières de PIPOL 6
Isabelle Durant, Vice-présidente du Parlement européen, ouvrira la journée des plénières avec un point de vue concernant les femmes et la féminité aujourd'hui.
Mitra Kadivar, notre collègue, membre de l'Ecole de la Cause freudienne, fondatrice et présidente de l'Association freudienne (ONG) en Iran, présentera et discutera sa lecture du titre général du Congrès "Après l'Œdipe les femmes se conjuguent AU FUTUR".
Jeannette Bougrab, femme politique française, Avocate, ex-Secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à la Vie associative, auteure du livre Ma République se meurt, présentera un point de vue et discutera du thème "Femmes et laïcité".
Pipol News 44 - 14/04/2013
El cuantificador no-todo
Anna Castell, ELP, Barcelona
Desde Freud hasta Lacan, en los hitos del camino que el psicoanálisis articula en su pregunta por la feminidad, se destaca en especial un mito que une el goce y las mujeres. Lacan lo presenta en un párrafo de su texto L’Étourdit, donde aísla una formulación de la posición femenina a partir de un nuevo cuantificador, con la introducción del no-toda. Dice, así:
Pero cuando el no-toda llega a decir que no se reconoce en ellas (mujeres), qué otra cosa dice si no lo que encuentra en lo que aporté, esto es: el cuadrípodo de la verdad y del semblante, del gozar y de aquello que por un plus de -, se escabulle aldesdecirse que se defiende de él, y el bípodo cuya intervalo muestra el ausentido de la relación, luego el trípode que se restituye con la entrada del falo sublime que guía al hombre hacia su verdadero lecho, por haber perdido su rumbo.
“Me has satisfecho thombrecito. Te diste cuenta, era lo que hacía falta. Anda, atolondradichos no sobran, para que te vuelva uno después del mediodicho. Gracias a la mano que te responderá con que Antígona la llames, la misma que puede desgarrarte porque esfinjo mi no-toda, sabrás incluso, alrededor del atardecer, equipararte a Tiresias y como él, por haber hecho de Otro, adivinar lo que te dije.”
Esta prosopopeya de Lacan comienza con la enunciación: “Me has satisfecho thombrecito”. Es una voz. Habla la Esfinge griega, representada con atributos femeninos, que empieza declamando su goce: “Me has satisfecho thombrecito”. Y añade: “Te diste cuenta, era lo que hacía falta”. Resulta curioso que una Esfinge comience así, placidamente, tranquilizando al que la escucha, y tanto más cuando acaba de evocar el enigma planteado a Edipo; cuyo nombre no es pronunciado, y no por casualidad. El nombre que se menciona es de mujer, Antígona. Esta situación se juega entre la Esfinge griega y Antígona. Son voces de mujeres. Y también hay otro nombre, el de Tiresias, que no está ahí convocado como hombre sino, como dice la Esfinge, “por haber hecho de Otro”. El adivino Tiresias hizo de Otro porque, según reza la leyenda, fue transformado en mujer durante siete años como castigo por separar una pareja de serpientes que copulaban en su camino y, siendo mujer, al pasar otra vez, repitió el gesto y fue transformado de nuevo en hombre. Tiresias conoce por tanto las cuestiones del goce de los dos lados de la barrera sexual, y es convocado aquí en calidad de versado en la materia, porque hizo de Otro. Aparece al final de la prosopopeya en la alusión a la noche, al ocaso: “sabrás incluso, alrededor del atardecer, equipararte a Tiresias y como él, por haber hecho de Otro, adivinar lo que te dije.”
El final es extraño en relación al principio, porque el enigma planteado a Edipo tal como nos es transmitido por el mito -¿Quién tiene cuatro pies de mañana, dos al mediodía y tres a la noche?-, este enigma de cuatro, dos y tres pies se revela como el hombre que camina a cuatro patas de niño, en dos de mayor y con un bastón cuando es anciano. Y los pies, con la referencia a la mañana, al mediodía y a la noche, están presentes en esta figura retórica de Lacan queempieza con una aserción, “me has satisfecho”, y termina por “alrededor del atardecer podrás adivinar lo que te dije”. La Esfinge habla sosegando en un inicio al que le escucha pero, paradójicamente, recalcándole después que en el ocaso de su vida, “alrededor del atardecer”, sabrá qué le ha dicho. Se trata del ocaso de la vida de Edipo.
Esta prosopopeya tiene, pues, la forma de enigma dirigido a Edipo. Hay también referencias a los cuatro pies, a los tres y a los dos, cuando Lacan presenta los pies simbólicos sobre los que camina el sujeto: Primero, está el cuadrípodo de la verdad, del semblante, del gozar y de un plus-de-gozar; esto es, el cuadrípodo del discurso en tanto es tratamiento del goce por lo simbólico, con los lugares fundamentales, verdad, semblante y goce. Seguidamente, está el bípodo: “el bípodo cuyo intervalo muestra el ausentido de la relación”. Aquí, el bípodo son los dos lados de la relación sexual, lado hombre y lado mujer, su distancia, como dos polos. “Luego el trípode que se restituye con la entrada del falo sublime que guía al hombre hacia su verdadero lecho, por haber perdido su rumbo.” Este es el lecho de las relaciones sexuales hacia el cual el hombre es guiado por el falo, el verdadero índice que orienta debidamente su rumbo.
Y he aquí, lo que Lacan trae en los años 70 como punto de partida de la llamada femenina: Los cuatro lugares del discurso, la ausencia de la relación sexual y el falo mediador, el que guía. En ese punto se alza la voz de la Esfinge griega, que parte de su goce, y no de la verdad; habla de la satisfacción y del hombrecito que ha comprendido. ¿Qué ha comprendido?
Y sigue, “anda, atolondradichos no sobran, para que te vuelva uno después del mediodicho”. Es un juego de palabras entre el mediodía de Edipo y el medio-dicho o decir a medias de Lacan: “la verdad sólo puede decirse a medias”. Por tanto, ahí “atolondradichos”, -l’étourdit- alude a la movilización completa de las cadenas del lenguaje, del Otro, de lo dicho: las vueltas de lo dicho. Y harán falta muchas sobre el toro del lenguaje para rodear esa satisfacción que esa voz profiere: “me has satisfecho thombrecito”. Harán falta muchas vueltas de este dicho para que Edipo sepa responder, más allá del símbolo fálico, a la exigencia de este goce.
Así que, vueltas de lo dicho, no hay de más. “Para que te vuelva”, sigue diciendo, para que “te vuelva” algo del goce, el de él, puesto que ahí no se sabe qué le toca a él. Ella está satisfecha, pero del lado de él todo lo que hay es que ha comprendido. Con lo cual, tal vez le gustaría tener su parte en el festín y, así, que le vuelva también aquello que precisamente ha comprendido.
“Gracias a la mano que te responderá con que Antígona la llames, la misma que puede desgarrarte porque esfinjo mi no-toda”. Figura extraña también, referir que la mano de Antígona, la de esa mujer que ese thombrecito llama, la mano que lo sostiene, también lo puede quebrar; y “porque “esfinjo”, -el verbo esfinjir no existe, pero evoca con ese Esfinjo, fingir-. Podríamos decir, “finjo eso”, enmascaro, con la máscara de la Esfinge, el cuantificador del no-toda.
Dicho de otro modo, el enigma que le ha correspondido enfrentar a Edipo es: ¿hay un goce más allá del Edipo, más allá del valor fálico?, ya que la Esfinge femenina le pide al que pasa que se identifique a un hombre, al falo, antes de que pueda quebrarlo. Pero después, con esa figura extraña de la mano de Antígona, que puede ser también sorprendentemente la de la Esfinge griega, se transforma la pareja Edipo-Esfinge en Edipo-Antígona; después de todo, el goce de Antígona es una pregunta al final de la obra, como lo es el de la Esfinge al principio. Ella es el resto de la operación. Encarna, como la Esfinge, la pregunta por el goce femenino. Lacan lo expresa en esta frase: “...sabrás incluso, alrededor del atardecer, equipararte a Tiresias y como él, por haber hecho de Otro, adivinar lo que te dije.”
En realidad, la mano femenina que lo ayuda, también lo puede quebrar, es también la que puede transformarlo en Tiresias –castrarlo-. Así es como esta mano puede igualarlo, permitirle saber hacerse el igual a Tiresias, haber hecho de Otro, y así adivinar qué se le ha dicho. ¿Qué se le ha dicho? Pues, que la voz del superyó femenino, los dichos que la representan se originan en su propio goce, en su Otro goce que le pertenece.
En efecto, Lacan hace de este goce una exigencia superyoica, un mandato que enuncia una orden de goce: “Goza” (Jouis); frente al cual sólo se puede responder “oigo” (j‘ouis). Por eso, la voz que enuncia “me has satisfecho” puede llamarse superyo, aunque parezca inofensiva. Se trata del superyo femenino, que apela a igualarse a este goce no simbolizado, no tan fácil deenfrentar. Es, en palabras de Lacan, -“una surmoitié que no se surmoite tan fácilmente como la conciencia universal”- (juego de palabras con surmoi, superyo, y entre surmonter, superar y moite, húmedo/da o avoir les mains moites, tener las manos húmedas). Por eso la voz enuncia o bien redúcete al padre muerto, hazte tomar la mano por Antígona, o bien a convertirse en el amante castrado Tiresias.
Y Lacan no invita especialmente al thombrecito a que ceda a esta voz, sino que invita a que los dichos del superyo femenino sean “refutados, inconsistidos, indemostrados, indecididos”. Inconsistirse, indemostrarse e indecidirse es la lista de los tres registros: la inconsistencia, lo indemostrable, lo indecidible, precedidos por “completarse”, que queda un tanto de lado, porque, en efecto estos tres verbos son también formas de la incompletud, a partir de la cual se plantea el problema de lo decidible y los problemas ligados a laconsistencia. Tres maneras de decir S(A/).
El camino frente a la surmoitié por consiguiente es -inconsistir-indemostrar-indecidir- a partir de las vías del decir. No se trata de feminizarse, tampoco, desde luego, de identificarse al falo; se trata de un decir que dice del Otro que no existe. Este es el lugar que Lacan asigna al psicoanalista, al nuevo Edipo:saber responder a este llamada, pudiendo reenviarla a la verdadera lógica de la posición femenina, que es rebatir los semblantes que apuntan a cualquier consistencia del Otro. Una indicación clave para la clínica.
Pipol News 43 - 12/04/2013
Le tact féminin
Patricia Bosquin-Caroz
(Paru dans LQ n°309)
L’inconscient ! Hélène en connaît un fameux bout, analysante longtemps, analyste pendant, toujours et encore. On a été attentif à son témoignage d’A.E. (1), véritable traversée du cauchemar qui accouche du désir de l’analyste. Épuré, nettoyé des idéaux éducatifs, curatifs, dirigistes… le désir de l’analyste est le levier de la cure menée à partir de cette place vide.
Dans son livre, L’inconscient de l’enfant (2), Hélène Bonnaud témoigne à nouveau, non de son expérience d’analysante, mais plutôt de sa pratique d’analyste avec les enfants. Jacques-Alain Miller, à la dernière Journée de l’Institut de l’Enfant, en mars dernier, avançait que la psychanalyse avec les enfants n’existe pas, entendez en tant que spécialisation. Il faisait valoir la formule « s’analyser avec un psychanalyste » qu’on soit enfant, adolescent ou adulte. C’est de cette expérience qu’Hélène rend compte dans son livre, à savoir, comment les enfants s’analysent avec elle.
On la suit alors dans ces multiples rencontres avec des enfants, des parents - surtout des mères -, au sein de son institution, un CMPP (3). Hélène ne fait pas la différence entre son cabinet et l’institution, puisque c’est le discours de l’analyste et son éthique qu’elle importe en ce lieu. Récits de cas, considération sur la cure et usage des concepts analytiques s’entrecroisent. C’est ainsi qu’Hélène se fait passeur d’une expérience au plus près du réel du cas. C’est avec des mots simples que l’auteure, instruite des concepts freudiens et lacaniens, s’adresse au lecteur. Hélène fait passer au public l’épure du cas singulier sans céder sur la rigueur de sa formation analytique.
Elle nous livre, ainsi, quelques-unes de ses perles cliniques ou des indications précieuses sur le maniement de l’inconscient avec un enfant.
La lalangue
Les dessins des enfants ! Que faire des dessins des enfants ? Comment les interpréter ? Ces questions apparemment anodines sontsouvent présentes lorsque nous travaillons en cartels ou en séminaires sur la pratique analytique avec de jeunes enfants. Car l’enfant se sert du trait, du jeu et de sa lalangue comme autant de façon de s’articuler à l’Autre. Dans son livre, Hélène répond à cette préoccupation clinique de façon lumineuse. Elle part du prérequis que l’inconscient c’est l’achoppement, la bévue, la rature. « Je le dis mal », entend-on parfois, nous dit-elle. « Mais ce qui se dit mal, c’est ce qu’il fallait dire… Au regard de l’inconscient, il n’y a pas mille façons de dire. C’est plutôt ce qui rate, achoppe, fout le camp. C’est ce qui dérange qui se manifeste au lieu de l’inconscient. » Et de poursuivre : « Les enfants disent la même chose lorsqu’ils font un dessin : “Je l’ai raté, il n’est pas beau, j’ai mal fait“. Elle précise que l’analyste ne répond pas : “Ce n’est pas grave, tu n’as qu’à le refaire”». Et avec un tact bien à elle, Hélène nous donne une petite leçon clinique dont on peut franchement tirer enseignement. J’ai adoré ce passage : « L’analyste prend le dessin et demande : Qu’est-ce qui ne te plaît pas ? Il s’intéresse au raté. Il prend le dessin et explique à l’enfant qu’un beau dessin n’est pas ce qu’il préfère, qu’il aime bien aussi quand il y a des erreurs, ou des défauts. Il explique qu’il y a des choses qu’on ne sait pas bien dire avec des mots, alors on les dit avec des dessins. Et il commente le dessin avec l’enfant, en cherchant à causer le désir qui s’y inscrit. » Il y a bien des années le CEREDA (4) avait fait sien une phrase célèbre de Colette, « Comment l’esprit vient aux femmes ? », en intitulant une de ses Journées : « Comment le sexe vient aux enfants ? ». Avec ce livre nous aurions une façon de répondre à la question : « Comment l’inconscient vient à l’enfant ? »
Lire un symptôme
Je soulignerais encore un autre aspect particulier de cette pratique avec les enfants, qui souvent fait l’objet d’un embarras pour le clinicien et qui pourtant ne devrait pas faire obstacle aux principes analytiques. L’enfant, la plupart du temps, est adressé au praticien parce que ses conduites posent problème à l’entourage familial ou scolaire. Toutefois, ce qui gêne les parents ou l’école ne recouvre pas forcément ce qui dérange l’enfant. C’est alors que le « savoir lire un symptôme » (5) de l’analyste est requis. Prenons le cas exemplaire deLéa. La chute des résultats scolaires et « le trouble de l’attention » ne sont en rien le symptôme dont souffre l’enfant. Alors que la situation familiale se stabilise et que la dépression de la mère s’apaise, on assiste chez Léa à une dégringolade des résultats scolaires. Léa ne s’intéresse pas au savoir scolaire et ne s’en préoccupe pas. Hélène s’interroge : d’où vient cette inhibition quant au savoir scolaire et plus particulièrement cette difficulté à lire l’écrit, à le comprendre ? L’analyste fait rapidement l’hypothèse que Léa est accaparée par quelque chose de plus obscur en rapport avec la féminité et le lien amoureux. Léa ne peut lire ce qui s’écrirait du rapport entre un homme et une femme. Faute de lire, elle épie, guette. Elle a le couple à l’œil. Elle se donne aussi à voir, déjà très sexy pour son âge. La pulsion scopique est convoquée mais tourne court. Elle ne peut s’articuler au savoir et c’est le corps de l’enfant fétichisé qui vient boucher l’écart entre d’une part le savoir scolaire désarticulé de l’intérêt de l’enfant et sa question plus intime. L’enfant se fait alors réponse du réel et propose son corps en guise de réponse à sa question portant sur le sexuel.
L’analyste repère cette position de l’enfant et l’interprète à l’occasion d’un rêve. Néanmoins Hélène souligne aussi que sa visée n’est pas de rééduquer l’enfant mais d’accueillir le savoir de celui-ci. Léa a un savoir comment faire avec un homme, un savoir sur ce que c’est que d’être une femme et qu’elle veut proposer ou donner à voir à sa mère. Ce cas illustre fort bien ce que J.-A. Miller avançait dans l’argument de la 2e Journée de l’Institut de l’Enfant, concernant le savoir-jouissance (6). Léa a un savoir qui s’est déclenché via un événement de corps. Les larmes de la mère ont percuté le corps de l’enfant et provoqué un circuit de répétitions, un cycle savoir-jouissance qui risquerait de prendre la forme d’un cycle définitivement stabilisé si l’analyste ne se faisait pas point d’adresse du symptôme. Ce qui donne une chance, comme le souligne J.-A. Miller, d’intervenir avant que les effets d’après-coup de cette percussion n’aient pris la forme d’un cycle définitivement stabilisé. Dans ce cas, le transfert est le lieu de la mise en acte de ce savoir insu sur la féminité et le seul levierpermettant un desserrage de cette identification précoce à la petite femme qui manque à l’Autre. L’analyste, formée par sa propre expérience de l’analyse, en sait évidemment quelque chose de ces cycles savoir-jouissance, de cette répétition infernale qui grâce à l’acte de l’analyste a une chance de se déjouer.
On pourrait enfiler les perles. Je ne le ferai pas et laisserai au lecteur le plaisir de lire ce livre très enseignant sur la façon dont les enfants pratiquent la psychanalyse avec un analyste. À cet égard, Hélène démontre que la formation de l’analyste en passe d’abord par sa propre expérience de l’analyse et par le contrôle de celles qu’il dirige. Sans ces deux piliers (le troisième étant la formation clinique), analyse personnelle et contrôle, comment pourrions-nous avoir l’appréhension de l’inconscient comme bévue et celle du symptôme comme ce qui est à lire ?
Notes
1 Analystes de l’École : psychanalystes qui, au terme de la procédure dite de la « passe », sont jugés susceptibles par la commission responsable dans chaque École de l’AMP, de témoigner des problèmes cruciaux de la psychanalyse.
2 Bonnaud H., L’inconscient de l’enfant - Du symptôme au désir de savoir, Navarin & Le Champ freudien, 2013, disponible sur ecf-echoppe.com.
3 Centre Médico Psycho Pédagogique.
4 Centre d’Étude et de Recherche sur l’Enfant dans le Discours Analytique.
5 C’est J.-A. Miller qui a proposé cette formule, cf. Mental n° 28.
6 J.-A. Miller, « L’enfant et le savoir », Peurs d’enfants, col. Petite Girafe, Navarin éditeur, Paris, 2011, p. 19.
Pipol News 42 - 10/04/2013
Une femme s’autorise d’elle-même
Miquel Bassols, ELP, Barcelone
Tant qu’un sujet se range dans le cadre classique de l’Œdipe, il peut toujours se dire « je suis un homme », ou bien « je suis une femme ». La structure symbolique de l’Œdipe est le règne des identifications sexuées, soutenues précisément dans ce cadre oedipien qui les définit pour chacun. Il y a cependant un petit problème : suivre cette voie conduit à savoir ce qu’est l’homme, non ce qu’est la femme. Ce fut le problème de Freud, qui laissa la question indexée par l’obscurité de son fameux « continent noir ». Et Lacan prit la question au sérieux en prononçant son aphorisme bien connu : « La femme n’existe pas ».
Au-delà de l‘Œdipe – celui-là même dont Freud pensait que les femmes ne sortaient jamais tout-à-fait – il n’y a pas le signifiant de La femme qui permettrait de soutenir une identification claire et définie. Au delà de l’Œdipe, il restera toujours quelque peu précaire de dire « je suis une femme » ou même « j’ai été une femme ». On pourra toujours en venir à mettre en doute cette affirmation, à demander des preuves convaincantes, ou à réclamer un effort de plus, encore un effort de plus pour arriver à être une femme. Et l’on pourra encore moins se dire : « j’ai été une femme » : allez donc savoir dans quel Autre monde, dans quelle Autre vie. Au-delà de l’Œdipe, il est encore moins vrai que Dieu les fit homme et femme au nom d’une loi naturelle. Et encore moins pour ce qui concerne La femme.
Si « les femmes se conjuguent au futur », alors de toute façon il me sera seulement permis de dire : « je serai une femme » - c’est une décision, un désir décidé sur l’être, un désir qui se soutient et qui se satisfait seulement en un arriver à être, dans un devenir constant qui n’aboutit jamais, voué, comme le désir lui-même, à son infinitude. C’est en réalité le véritable problème de toute affirmation d’identité, qu’elle soit ontologique, professionnelle ou nationale. Une affirmation d’identité est toujours un projet plutôt qu’une assertion conclusive. Ou encore, il me sera permis de dire : « j’aurai été une femme… », conjugué au futur antérieur. Et aussitôt les conditions suivent, précisément : « si je me suis réglé sur ce désir décidé. »
Par suite, une règle d’or se vérifie pour le psychanalyste lacanien : une femme ne s’autorise que d’elle-même, dans son désir, pour arriver à être. Ce qui veut dire, en premier lieu, qu’elle ne s’autorise pas de sa mère. Il n’en va pas toujours ni nécessairement ainsi pour un homme. Il s’ensuit que Lacan a conjugué le bien connu « l’analyste ne s’autorise que de lui-même », avec cet autre aphorisme : « l’être sexué ne s’autorise que de lui-même…et de quelques autres.1 »
Si une femme ne s’autorise que d’elle-même pour l’être, si elle ne s’autorise que de cette Autre qu’elle est en réalité pour elle-même, alors en fin de compte chaque sujet, homme ou femme, se trouve profondément divisé devant cette condition de la féminité, celle d’être précisément Autre à elle-même.
Il en résulte également que j’ai toujours apprécié la façon dont a été traduite en espagnol - dans l’édition Amorrortu - l’expression freudienne « Die Ablehnung der Weiblichkeit2» pour désigner le roc de la castration dans la butée de l’analyse freudienne, terminable et interminable. C’est l’expression « Désautorisation de la féminité » que le traducteur a retenu. En effet, c’est seulement au-delà de l’Œdipe qu’une femme ne s’autorise que d’elle-même, ce qui se conjugue au futur d’un désir décidé.
Traduction: Jean-François Lebrun
1 Dans son Séminaire du 5 avril 1974, Les non-dupes errent »(inédit)
2 Ndt : C’est le « refus de la féminité » qui a été retenu par le traducteur dans la version de « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin » in Résultats, idées, problèmes Paris, PUF,1985 , pp.266 et 268.
FLASH 01
On nous pose une question sur les simultanées
À l’approche de la date butoir pour l’envoi des propositions de textes pour les simultanées cliniques de PIPOL 6 sous le titre « Le cas, l’institution et mon expérience de la psychanalyse », une question nous a été adressée : Le mode d’intervention que vous proposez pour les simultanées m’intrigue. Vous nous demandez de témoigner de ce que l’analyse personnelle nous a enseigné et comment elle nous a permis l’abord d’un cas. Quelle différence faites-vous entre cet exercice et l’extraction d’un savoir à partir du contre-transfert ?
Notre réponse : Le contre-transfert, tel que nous avons appris à en faire usage dans notre jeunesse, consistait à considérer que ce qui est éprouvé par l’analyste est une indication par rapport au cas. « Quand je reçois cette personne, mon affect devient triste. C’est qu’il me fait passer sa dépression par la mystérieuse identification projective. » Nous n’adhérons pas à ce genre de pratique qui fait des émois fantasmatiques du praticien un outil de travail pour la cure.
Une version plus soft consisterait à faire l’effort d’un travail de départage entre ce qui appartient au « patient » et ce qui appartient au praticien dans le cadre de l’événement transférentiel. À vrai dire, cette procédure ne nous est pas étrangère. Savoir faire ce genre de distinction à partir de sa propre analyse fait partie de ce qui est exigé d’un lacanien. C’est une condition préalable.
Mais dans les deux cas, il s’agit d’une idée selon laquelle l’analyste peut devenir, s’il se forme correctement, une sorte de Tabula rasa, dépouillé de toute touche personnelle. Nous n’y croyons pas. Le « nettoyage » du cadre fantasmatique qui fausse la route du clinicien, qui fait qu’il ne voit le cas qu’à partir de sa fenêtre, n’est qu’une partie de ce qui s’apprend en analyse. C’est un savoir par la négative : pas de ça dans ma clinique. Mais si le fantasme ne peut pas être la boussole du clinicien, un aperçu de son sinthome peut tout à fait lui donner une indication sur ce qui se joue dans la rencontre transférentielle. Nous proposons de remplacer la boussole du fantasme par celle du sinthome. La question est de savoir quelle est la part sinthomatique que le patricien met dans sa pratique afin de soutenir l’un ou l’autre cas clinique. Armé de son symptôme de « résistant », un clinicien soutiendra la singularité d’un sujet face à la pression de se soumettre à l’universel. Guéri de sa tendance à se faire objet de l’Autre, il pourra occuper de la bonne façon une position de« semblant d’objet » dans laquelle le sujet le met. Son rapport sensible au pas-tout féminin lui permettra de lire la jouissance dans l’inconsistance d’un sujet, sans y voir une malveillance « manipulatrice ». La réduction du sinthome à un phénomène de corps creusera chez le patricien une place pour l’ininterprétable. Etc.. Ainsi, le praticien, multifacette sinthomatique, aura une corde pour chaque cas.
Nous trouvons un appui pour ce travail de recherche dans les propos de Jacques-Alain Miller à la fin des journées de l’ECF en 2009 (« L’événement Paris »). L’extraction d’un savoir à partir de sa propre analyse, a-t-il dit, est une pratique qui remonte à Freud. Il suffit de consulter L’interprétation des rêves pour en être convaincu. Certes, ce genre d’exercice doit se faire dans les conditions qui conviennent. Lors de PIPOL 6, nous assurerons ces conditions.
Gil Caroz
Pipol News 41 - 08/04/2013
Après l’Œdipe les femmes se conjuguent AU FUTUR
Deuxième commentaire du titre
Philippe Hellebois, ECF, Mons
Ce n’est pas en vain qu’une femme qui m’a toujours
été fidèle, pense que j’en suis une, moi aussi.
Lettre de Jacques Lacan à Janine Loo,
le 11 octobre 1976 (1).
Ce très beau titre, proposé par Jacques-Alain Miller pour le Congrès Pipol 6, démontre combien l’évidence et le mystère se rejoignent pour faire énigme dès qu’il s’agit de parler des femmes. Continent noir, amies du réel, hors la loi, etc., que ne dit-on pas ? On les diffame, notait d’ailleurs Lacan. Et maintenant ? Elles ne se diraient qu’au futur ! Comment ça, l’inconscient œdipien ne préférait-il pas le futur, non pas simple, mais antérieur, j’aurai été la plus belle … ? Et après l’Œdipe, que deviennent les hommes ? La femme serait donc l’avenir de l’homme qui, en attendant de comprendre, se tracasse …
Je proposerais de prendre pour guide, non pas Virgile, mais une femme, Emma Bovary, évoquée plusieurs fois par Jacques-Alain Miller dans son cours de L’Un tout seul, et notamment lorsqu’il abordait la question autour de laquelle tourne notre titre (2). Emma Bovary a tout ce qu’il faut pour cela puisqu’elle est l’une des plus grandes héroïnes littéraires de l’hystérie d’avant la psychanalyse. Sous les espèces du bovarysme, elle a même donné son nom au phénomène qui en est le fondement, soit l’impossibilité pour la sexualité féminine de trouver une place dans le monde de l’homme quand il est organisé par le père. Flaubert montre qu’elle n’est nulle part et partout à la fois, c’est-à-dire jamais vraiment là où elle semble être – Emma se rêve toujours ailleurs. Que ce soit chez son gros cultivateur de père, au couvent où elle fut éduquée, dans le mariage avec Charles Bovary – l’impuissance personnifiée, l’homme à dégoûter tous les hommes de devenir médecin ! –, ou encore dans la maternité, Emma ne se sent bien nulle part. Si elle prend des amants pour exister malgré tout, elle n’en est pas comblée davantage puisqu’elle attend l’amour, évidemment, et ne rencontre que des jouisseurs à la petite semaine – s’il y a quand même de grands moments, que ce soit dans un fiacre ou ailleurs, c’est surtout pour le lecteur ! Tout cela finit évidemment fort mal, c’est-à-dire dans l’arsenic, Emma devenant pour l’éternité (tant qu’il reste des lecteurs), la victime de l’Œdipe, et secondairement des hommes qui y ont cyniquement le beau rôle.
Emma aura donc été fille de son père, épouse d’un mari, mère de sa fille, mais rien comme femme, étant donné que femme veut dire encore autre chose. Dans l’Œdipe, point de femmes, sinon exclues, mais seulement des mères et des filles donnant l’illusion que la femme existe. Si femme il ya quelque part, elle ne se rencontrera forcément qu’ailleurs, soit dans un autre système, appelé Au-delà de l’Œdipe – un système tellement autre d’ailleurs qu’il n’en est même plus un, et que les femmes qui y vivent ne peuvent se référer qu’à leur singularité, et n’exister qu’une par une. C’est un monde nouveau qui ne se conjugue qu’au futur puisqu’il faut le mériter au sens où il ne se rencontre qu’après avoir traversé, voire épuisé, l’ancien. C’est une sorte de terre promise où l’on n’arrive qu’après un long voyage, tel les émigrants du Nouveau Monde découvrant harassés et hagards une Californie riant dans le soleil. Et ceux qui naissent hors ou sans l’Œdipe, considérés pendant longtemps comme des infortunés, soit les psychosés ? C’est pareil, la femme sera pour demain quand je serai la femme de Dieu, en attendant ce n’est un vœu Qu’il serait beau… !
Les femmes peuvent se rassurer, elles ne verront pas le futur sans nous. Elles y rencontreront certainement des hommes, mais un peu différents de ce qu’ils étaient. Ceux-ci ne pourront plus se compter comme père ou fils, c’est-à-dire en se référant à un ordre, celui de la famille, mais seulement un par un. Ce seront donc des hommes sans Homme, qui seront père et fils quand même ou parfois, mais aussi et surtout autre chose.
Quoi ? Ce qu’ils sont déjà sans le savoir, soit des individus habités eux aussi d’une jouissance énigmatique et sans loi. Celle-ci n’est l’apanage de personne, les femmes ont seulement l’avantage, considérable néanmoins, d’en être, d’y naître, plus proches. Est-ce un privilège du corps ? Freud le pensait. Et Lacan ? Réponse à Bruxelles !
1. Loo, J. avec deux lettres de Jacques Lacan, Entrelacs, Mon ami le séducteur, Les petits dépressifs, Paris, Epel, 2002.
2. Miller, J.-A., « L’Un tout seul », Séances des 9 février et 2 mars 2011. Inédit.
Pipol News 40 - 07/04/2013
Violaine Clément, NLS, Fribourg, Suisse
Soirée préparatoire à PIPOL 6, Nice
François Bony, ACF ECA- Estérel Côte d’Azur, ECF, Nice
La femme qui dit vise
Violaine Clément, NLS, Fribourg, Suisse
Le titre de cet ouvrage, Belle et bête fait penser à un film de Walt Disney, et pourrait être donc un conte moderne s’il ne m’avait pas rappelé un genre littéraire fort ancien, que j’affectionnais particulièrement grâce à la culture de mon enseignant de l’époque, et surtout, faut-il le préciser, grâce à son charme extrêmement latin.
J’ai donc recherché dans quel genre antique on pouvait classer cet opuscule, et me suis d’abord tournée vers les épigrammes, celles de Juvénal ou de Martial, enfin chez Catulle, qui les précédait tous deux. Je retrouvai dans mon livre ces quelques vers du carmen 108 :
Si, Comini, populi arbitrio tua cana senectus spurcata impuris moribus intereat,non equidem dubito quin primum inimica bonorum lingua exsecta avido sit data vulturio,effossos oculos voret atro gutture corvus, intestina canes, cetera membra lupi.
L’introduction de mon maître italien, Paolo Fedeli, rattache ce type de poème aux arai, poèmes de malédictions déjà connus chez les poètes alexandrins les plus raffinés. On trouve chez ces auteurs, dont les textes ont traversé les siècles, recopiés par des moines sur lesquels l’effet a dû être étonnant, des horreurs qui toujours ont à voir avec le corps et le dégoût qu’il suscite lorsqu’il est pris en morceaux, qu’il émet des odeurs ou des humeurs nauséabondes, ou enfin qu’il est simplement victime de l’outrage des ans. Tu étais vieux, tu étais gros, tu étais petit, tu étais moche. (p.7)
Alors, pourquoi une telle détestation envers cet ouvrage qui s’inscrit finalement dans une longue tradition littéraire ? Est-ce seulement parce que c’est une femme qui écrit des cochonneries ? Non, non non, et non… écrit une autre femme, écrivain elle aussi, Christine Angot. Ce n’est pas de la littérature… Peut-être bien ! Une femme nous offre là un récit dans lequel elle a mis du sien. Elle a payé d’un morceau de chair, cette oreille bouffée, la fin de son amour. Cet amour qui n’est pour elle qu’un masque socialement acceptable que j’avais trouvé pour racheter mes pulsions dégoûtantes (p. 111) Ce qui est finalement nouveau, et insupportable à beaucoup d’entre nous, n’est-ce pas qu’on lise, sous la plume d’une femme, sa jouissance à se faire dévorer, mais pas par n’importe quel cochon… Non, non et non ! Par le Roi des cochons !
En lisant Belle et bête, j’entends ma petite-fille de trois ans réclamer en boucle Les trois petits cochons, dont Youtube nous offre une merveille (pour autant qu’on l’écoute en anglais, pour la prosodie). Elle attend avec une délicieuse horreur le moment où elle (les trois petits cochons, c’est elle) risquera d’être enfin dévorée par le loup. Si vous regardez la vidéo (de préférence en anglais), vous verrez au mur, dans la maison du troisième cochon, des tableaux représentant Father, et Mother, lui en chaîne de saucisses, elle en truie allaitant une marmaille de pourceaux ! L’étymologie du mot satire n’est-elle pas la saucisse, la farce ? C’est donc bien à une farce que nous sommes conviés.
Marcela Iacub nous donne à entendre, au-delà de ses trois rêves de charcutière, un rêve bien plus ancien, et plus profondément enfoui en elle, d’être avalée par l’amour d’un prince, fût-il déjà roi, déjà marié à une femme puissante, une Reine Mère. Les femmes ignorent(…) à quel point c’est beau d’être une truie (p.56) . Ne répond-elle pas à Lacan qui demandait aux femmes de dire quelque chose de la jouissance féminine ? Pourtant, elle accepte de renoncer (pour pas cher/chair, une oreille), de renoncer à son désir : on la voit donc continuer sa vie de nonne, continuer à écrire sans désirer, car le prix du désir pourrait être la mort. Que c’était plus important d’écrire que de désirer et de mourir, de mourir de mon désir. (p.113) C’est à ce choix que nous devons cette imprécation contre l’homme, cet autre en elle-même, qu’elle refuse de manger, mais qu’elle nous livre ainsi en pâture, dans un sacrifice qui interroge aujourd’hui. Obscène ? Certes, comme ce dit de Coluche, paraphrasant Saint-Paul : Ne faites pas aux truies ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse. Si elle n’est pas chrétienne, en bonne freudienne elle se méfie de ce que l’amour du prochain cache d’horreur et de haine, mais elle n’hésite pas pourtant à se présenter en sainte. Et nous pouvons lire dans ce il est beau d’être une truie quelque chose de semblable au rêve de Schreber : Qu’il serait beau d’être une femme…
Sainte, elle l’est : en sacrifiant ainsi le cochon, mais en s’offrant aussi en sacrifice, comme la truie qu’elle rêve d’être, elle nous permet d’entrevoir ce qui se cache en général derrière les masques, le cochon et la truie. Par son livre, elle veut nous faire partager ce repas eucharistique, et c’est bien pour cela que certains refusent de manger de ce pain-là : ils savent que cette communion pourrait les transformer à leur tour en membres d’une église, voire d’une secte qui rappelle celle du Phénix. Ne pas vouloir regarder par ce trou de serrure-là peut se comprendre. En effet, contrairement au rite de la secte chez Borges, qui permet la transmission de l’espèce, dans ce livre, nous n’aurions jamais de rapport sexuel à proprement parler. Les organes sexuels sont l’oreille et la bouche. Le phallus, c’est la langue.
Mutilée, Marcela Iacub la juriste ne porte pas plainte. On voit quelle confiance a cette fille de juristes dans le droit. Elle sait bien qu’elle ne sera pas entendue (l’oreille dévorée en fait signe), alors elle réinvente par l’écriture une très ancienne mise à mort symbolique, l’imprécation. Lorsque les Grecs utilisaient l’imprécation pour se protéger, ils faisaient exister les dieux, et donc la communauté humaine de ceux qui y croient. À quels dieux croit donc Marcela Iacub ? Au dieu de l’écrit, au dieu des intellectuels, ces déjà-morts ? Il y a pour elle un dieu dans l’écrit, qui l’empêche de se tuer, et qui lui permet de mettre à mort l’autre. Je suis hantée par l’idée que si je n’écris pas ou plus, un monde ou tout au moins le mien disparaîtra. (p.56)
Un compagnon d'Ulysse transformé en pourceau ...
Soirée préparatoire à PIPOL 6, Nice
François Bony, ACF ECA- Estérel Côte d’Azur, ECF, Nice
Une cinquantaine de personnes étaient présentes jeudi 28 mars à la salle du Forum pour assister à la soirée préparatoire à PIPOL 6 « Après l’Œdipe les femmes se conjuguent au futur».
Une courte introduction de François Bony portait sur la modification du titre du congrès et annonçait ses différentes séquences pour inviter au voyage à Bruxelles.
Chantal Bonneau a décliné la question de la féminité dans l’histoire de la psychanalyse, puis l’a illustrée par un cas de la clinique contemporaine : un sujet aux prises avec les coordonnées de son être féminin trouve à obturer, par la fonction d’usage des progrès de la science, sa question féminine en la recouvrant par sa détermination à avoir un enfant et s’inscrit ainsi en tant que mère dans le lien social.
Philippe de Georges, à partir de deux textes « l’interprétation à l’envers »1 de J-A Miller et l’une de ses propres interventions en 1997 « Le déclin du père et après », nous a conduits au fait que la clinique contemporaine était de plus en plus une clinique de la séparation et du partenaire symptôme. Il a mis l’accent sur le dérangement de la défense dans « la psychanalyse d’outre-père » dans la perspective d’isoler l’évidence de l’opacité du traumatisme ‒soit ce S1 séparé du S2 que l’on retrouve dans le discours de l’analyste à la place de la production et qui vient rendre compte du rapport du sujet à la jouissance (la sienne et celle de l’Autre).
Gilbert Jannot nous a ensuite parlé du réel sans loi en tant qu’il est voilé par les possibilités de jouissance de l’objet qu’offre le discours capitaliste. Il a montré comment le symbolique était de plus en plus inadapté à faire une place à l’évènement imprévu. Puis, à partir d’un cas développé par Dominique Miller2 dans Mental 27/28, il a indiqué l’orientation nouvelle à donner à la pratique. En effet l’intervention de l’analyste par son « Je respire » qui répond au « vous soufflez » vient signaler le réel de ce sujet à savoir une angoisse fondamentale de mort.
Enfin, Franck Rollier nous a parlé de la praxis au CPCT. En déployant un cas de sa pratique où il s’agissait de séparer le sujet d’un point de jouissance qui consistait à « gérer » son frère cadet. Il a démontré en quoi cette praxis répondait à deux des trois axes développé par J-A Miller dans la conduite de la cure dans son texte « Petite introduction à l’au-delà de l’Œdipe »3 soit : « …tenir écarté le Sujet supposé savoir des semblants du père » et « …détacher les signifiants maîtres, et faire consister le plus-de-jouir, mais au profit du second, non du premier».
La discussion fut riche et animée, les témoignages de satisfaction nombreux.
1. Miller J.-A., L’interprétation à l’envers, La Cause Freudienne n°32, Vous ne dites rien, 1996, p 9-13
2. Miller D., Quand un sujet moderne préfère la finalité à la causalité, Mental n°27/28, p.397-400
3. Miller J.-A., Petite introduction à l’au-delà de l’Œdipe, La Cause Freudienne n°21, Au-delà de l’Œdipe, p.3-5
Pipol News INFO n° 07
Annuaire des Institutions de l’EuroFédération de Psychanalyse
Ces jours-ci, l’Annuaire des Adhérents et l’Annuaire des Régions de l’EuroFédération de Psychanalyse sont en train d’être mis à jour en vue de PIPOL 6. Le Bureau de l’EuroFédération, avec l’accord de son Conseil, a pris la décision de rédiger pour cette même occasion un nouvel annuaire sous le titre « Réseau PIPOL », qui recensera les institutions de soins orientées par la psychanalyse lacanienne en Europe.
Les conditions d’inscription d’une institution dans le Réseau PIPOL seront les suivantes :
1. L’institution sera officiellement orientée par la psychanalyse. Des effets de transfert envers une personne orientée par la psychanalyse ne seront pas suffisants pour une admission dans l’annuaire. Une affirmation de la part des instances dirigeantes de l’institution concernant son orientation à partir de la psychanalyse lacanienne telle que celle-ci est enseignée dans le Champ freudien est indispensable.
2. Les institutions admises dans le Réseau PIPOL peuvent être des structures inscrites dans l’Autre (hôpitaux, centres de santé mentale, institutions pour enfants, centres d’hébergement post-hospitalisation, etc.) ou des initiatives personnelles de praticiens-analysants, quelle que soit leur ampleur.
3. Un rapport écrit, bref et saillant (3200 signes espaces compris), sera adressé au secrétaire du Bureau de l’EFP, Guy Poblome (poblome.guy@gmail.com) d’ici le 1er mai 2013. Ce rapport contiendra :
- Les coordonnées de l’institution : nom, adresse, tél, email, site (s’il y en un).
- Nom et coordonnées du directeur ou d’une personne représentant l’institution auprès de l’EFP.
- Une description de l’institution, de son cadre, du public qu’elle accueille, des circonstances de sa fondation, de la façon dont la psychanalyse y prend sa place (clinique, enseignements, publications…).
Le Bureau décidera à partir de ces textes de la pertinence de l’inscription d’une institution dans l’annuaire. Ce dernier sera composé de l’ensemble des textes des institutions admises, selon un ordre alphabétique. Il se trouvera sur le site de l’EFP. Une version papier sera distribuée aux congressites de PIPOL 6.
Gil Caroz
Président de l’EuroFédération de Psychanalyse
Avril 2013
Pipol News 39 - 04/04/2013
Marcela et son tout-seul
Patricia Bosquin-Caroz
(Paru dans LQ n°307)
Dans les jours qui ont suivi sa condamnation par le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris, je me suis procurée l’ouvrage Belle et bête et l’ai lu. J’ai ensuite proposé à la Commission Pipol d’emboîter mon pas. Un débat électronique a eu lieu, une semaine durant sans discontinuer !
La Commission s’est passionnée, divisée, embrasée et finalement apaisée ! Une première interprétation du nouveau titre de Pipol 6 proposé par Jacques-Alain Miller, « Après l’Œdipe les femmes se conjuguent au futur », en est sortie. Certes, Marcela enflamme, mais pas seulement ! J’ai aimé ce livre parce qu’il a fait vibrer en moi quelques cordes sensibles.
La femme et la vérité
Enfant, j’ai très tôt été fascinée par un personnage féminin de l’Histoire de France : Jeanne d’Arc. Je suivais avec ma grand-mère le théâtre de son procès mis en scène et diffusé sur le petit écran. J’ignorais à l’époque que ce théâtre deviendrait plus tard celui de mes songes les plus privés et donnerait ensuite son cadre au fantasme : une femme est sacrifiée. Bien après, dans mon témoignage de passe, j’ai fait état de la figure christique sublimée, nom d’Idéal, capiton de ma fenêtre fantasmatique ; mais jamais celle plus hideuse qu’elle masquait : une femme est brûlée vive. Je l’ai évoquée par le biais d’une phobie, ensuite par celui d’une fiction pulsionnelle, montage, fait d’une bouche, de regards et de feu.
Dans la passe, la fiction est un recours nécessaire pour parler de l’intime, sans en violer son secret. Je m’en suis donc tenue à la version du corps cloué, ensuite à celle du corps bouffant-bouffé et j’ai laissé dans l’ombre l’évocation du corps calciné. Sans figure, sans représentation, le corps consumé n’émeut pas. Il n’est que ruine, désastre, anéantissement. Tentation et risque suprême. Pensons aux kamikazes, et à leur traduction surmoïque de l’énoncé bien connu des lacaniens : « Père ne vois-tu pas que je brûle ? » Cendres ou poussières, il se confond avec l’innommable qui gît derrière le masque. Lacan dans sa préface à l’Eveil du printemps fait de l’Homme masqué, un des Noms-du-père et donc un des noms de La femme qui ne s’écrit qu’à barrer le La. L’Homme masqué tire vers la vie. Le masque lui, voile l’impossible à dire le rapport sexuel et la mort. Lacan a formulé l’impossible écriture de la femme et du rapport sexuel. Entendez, La femme et non les femmes. Elles, au contraire, sont vivantes, incarnées, elles regardent du côté de la vie, tout comme l’homme masqué de Wedekind. Elles s’écrivent au singulier pluriel et même se conjuguent au futur ! Jeune femme, ma terreur du feu a fait rempart contre le ravage que comportait le fait deparler et surtout de dire La vérité. Lacan évoque dans son séminaire Encore, l’affinité de la femme avec la vérité, mais il souligne à cet égard que l’une et l’autre ne peuvent que se mi- dire. Ainsi, à ma façon un peu kamikaze, la vérité m’a très tôt brûlée. Plus tard, mon amour pour elle s’est révélé explosif. L’analyse m’a appris à m’en faire le démineur. Le déminage implique un savoir sur le fonctionnement de la bombe (pulsionnelle) et en retour un savoir-y-faire. Avec la psychanalyse, il n’est pas question d’ignorance ni d’apaisement thérapeutique. Avec elle il s’agit d’abord de laisser tomber son masque pour aller jusqu’au bout et toucher à l’horreur de sa vérité monstrueuse, celle du réel de sa jouissance. En cela l’AE[1] est une sorte de saint moderne. Il se risque à dire un bout de sa jouissance qui fait son humanité, même si de l’intime il fait un discours public, ré-habillé par la fiction menteuse.
A la lecture de Belle et bête, la corde de l’audace féminine qui se risque à dire la vérité sur l’horreur de la jouissance a certainement et à nouveau vibré en moi. Soulignons que la jouissance est ce qui fait notre humanité et non notre animalité. On imagine mal en effet une truie jouir de l’idée d’être une truie ! Il faut être détraqué par le langage pour concevoir une chose pareille ! Mais de dire la vérité, sa vérité, l’auteure en a payé le prix. Elle a été quasi unanimement décriée, accusée d’être sans foi ni loi pour avoir révélé la vie privée de son partenaire. Elle l’aurait même fait, dit-on, aux fins de le traîner dans la boue. Elle serait alors celle qui a châtré l’homme aimé en écrivant un livre assassin. Le retournement de l'amour en haine dévoilerait in fine la fiction œdipienne que recouvrait l'amour pour le cochon. Autrement dit, ce récit scandaleux aurait eu comme visée de confirmer l'adage populaire selon lequel les hommes sont tous des cochons, pour le bonheur ou le malheur des dames. L’une d’elles, l’héroïne, faisant exception par son acte d’écriture, estocade finale mettant la bête au sol ! Vengeance féminine suprême s'exerçant dans la mise à mort de l'amant ? Ou érotisme sublime… ? L’un et l’autre ? Pourquoi pas ? C’est une lecture possible qui en retour départage les pour et les contre ce procédé littéraire.
L’auto-érotisme tourne court
Si l’inconscient vibre (à grande échelle) à la lecture de cette autofiction, s’il est ému, scandalisé ou révulsé, il peut aussi en être instruit. Aussi, ai-je abordé Belle et bête à la lumière du dernier cours de JAM : « Les tout-seuls » (à paraître cette année). Je me suis laissée enseigner par un récit témoignant au plus près d’un fonctionnement pulsionnel singulier. M. Iacub conduit le lecteur au plus proche de sa rencontre avec la jouissance de son partenaire pulsionnel. La pulsion orale et sa réversibilité serait le commun dénominateur de la rencontre des deux. Deux tout-seuls se fréquentent et échouent à faire lien. Lacan dit dans son séminaire Encore que si le rapport sexuel n’existe pas, néanmoins la liaison, elle, existe. Plus tard il nous apprend que ce avec quoi on fait lien, c’est le symptôme. Le symptôme fait lien, d’où le titre d’un autre cours de J.-A. Miller, tout autant essentiel pour lire Belle et bête : « Le Partenaire-symptôme ». Dans le récit de M. Iacub, les amants ne font pas vraiment lien. L’auteure décrit fort bien l’impossible lien ou liaison durable, ne serait-ce même que dans le moment ou l’espace des brèves rencontres qu’ils ont eues. Elle ne peut créer un lien à partir de son fantasme de dévoration, puisque dans le cas de son partenaire-cochon, la pulsion nes’articule pas au désir. Elle rend avec perfection la rhétorique du UN de la jouissance où l'autoérotisme de la pulsion cannibalique se jacule, sans pour autant s’articuler à l’Autre. Jaculation qui la percute, résonne en elle tout en la laissant toute seule. La pulsion orale auto-réversible est poussée assez loin de sorte qu'elle objecte à tout lien amoureux. Ceci illustre parfaitement ce que J.-A. Miller met en lumière dans son dernier cours à propos de la pulsion du Un. Le récit de M. Iacub dénude ce point et montre comment la pulsion ne s'embarrasse pas de l'amour. Ce qui ne veut pas dire que la pulsion se passe complètement de l'Autre, mais l'Autre est ici réduit à son corps, réellement. De là, elle en déduit les coordonnées du passage à l'acte final (fait ou fiction, peu importe ici). « Ces rencontres que j'avais tant aimées n'étaient pas une espèce de sublimation, une forme de sexualité alternative, une perversion fantasmatique, mais un avant-goût. Ce que voulait le cochonétait me dévorer. Comme tu ne pouvais pas le laisser faire, comme c'était dangereux, il devait se contenter de ces étranges séances que nous avons eues pendant sept mois... »
Avec Belle et bête, l’auteure nous emmène au pays des « Tout-seuls », réalité ou fiction postoedipienne. M. Iacub s’y inclut et ne dénonce pas ce qui d’elle-même l’a conduite au bord de l’abîme. Elle en fait le constat. L’écriture lui sert, non pas à accuser, mais comme elle le note elle-même, à se préserver d’un danger.
Pipol News 38 - 02/04/2013
L’air du temps, l’ère du féminin
Marie Izard Delahaye, Rouen, Normandie
Quel mouvement pour les femmes ?
Virginie Jacob Alby, Nice, ACF Estérel Côte d’Azur
Reseña de la sesión del 19 de marzo de 2013 realizada en la CdC-ELP
L’air du temps, l’ère du féminin
Marie Izard Delahaye, Rouen, Normandie
Le deuxième Congrès Européen de Psychanalyse, PIPOL 6, se tiendra à Bruxelles les 6 et 7 juillet 2013. Il abordera « les conséquences de l’ère Après l’Œdipe » et les diversités de la pratique de la psychanalyse en Europe.
L’objectif est ambitieux : dessiner « la carte de l’Europe à partir des particularités de la pratique psychanalytique dans chacune de ses régions.»1 Voyons comment nous nous sommes emparés de cette question en Normandie.
Le séminaire Psychanalyse et Institutions de l’ACFN s’inscrit dans le champ de la psychanalyse appliquée, psychanalyse en extension, et résonne avec le thème du congrès. Nombreux sont les collègues qui, depuis trois ans, sont venus parler de leur pratique au sein de leur institution. Ces témoignages nous ont permis de mieux connaître ce qui se passe en Normandie, sur le terrain. Nous avons ainsi pu appréhender la façon dont opère le discours analytique dans des institutions qui relèvent du discours du Maitre. Quels sont les points communs entre ces interventions, si singulières, et reflétant en partie la diversité des pratiques de la psychanalyse en Normandie ? Nous avons entendu le désir décidé des praticiens, une détermination à ne pas lâcher la boussole qu’ils avaient choisie, contre vents et marées. Il se dégage de cette position subjective un effet d’entraînement qui conduit quelques uns, pas encore orientés, à s’arrimer, à s’accrocher ; un transfert de travail opère. Alors, de désir en désirs, par ricochet, le séminaire avance…Des groupes de travail se créent au sein des institutions en vue d’écrire, au un par un, des textes qui trouvent dans l’espace de ce séminaire, un lieu d’adresse. Opération de transmission de ce qu’ils tentent de cerner.
Les institutions viennent à l’ACF. Elles se transportent via des praticiens inscrits dans une communauté analytique, pas sans leur désir d’analysant, inlassablement convoqué.
A l’occasion de ce congrès, l’accent est mis sur l’expérience psychanalytique du praticien : « C’est que de faire la lecture de sa propre lalangue dans son expérience analytique, le praticien est aussi bien disponible à lalangue d’un autre (…) Cette lecture du langage le plus privé du sujet permet au praticien de répondre de façon inventive, au-delà du langage institutionnel. »2
Nous avons pu entendre cette année une infirmière psychiatrique, devenue psychologue clinicienne, orientée par la psychanalyse, qui a choisi d’occuper à nouveau un poste d’infirmière. Se décline la clinique et un réel insupportable. Ici, il faudra creuser une brèche dans l’Idéal social, et saisir comme signes du réel pour le sujet ce que l’institution condamne. Une psychomotricienne accueille une petite fille, là une brèche encore, dans l’Idéal de la rééducation. Puis, deux collègues, confrontées quotidiennement au réel de la mort, tentent d’écorner aussi ce qui fait l’Idéal de l’hôpital « accepter de mourir avec philosophie…ou un mourir tranquille. » Chacun s’oriente du réel en jeu, pas sans difficultés mais en tentant d’amorcer une pratique à plusieurs. Nos collègues font valoir l’intranquilité de celui qui porte le discours de la psychanalyse dans l’institution mais aussi son enthousiasme et sa joie dans le travail.
Ce n’est pas tout ! Un nouveau titre a surgi : « Après l’Oedipe les femmes se conjuguent au futur ». Prenons pour passerelle ce court fragment : « C’est en faisant émerger ce qui échappe à la norme-mâle que ce qui ne peut pas être dit ni représenté, soit le féminin, ce « noyau invisible », peut se cerner, se transmettre. Car pour que le féminin trouve une place dans l’avenir, ceux qui s’orientent de la psychanalyse lacanienne ont leur partie à jouer dans la civilisation. En y mettant du sien, en étant là, et en faisant partie d’une communauté analytique car il n’y a pas de transmission sans corps et sans autres »3
Comment articuler le « pour tout x » de la norme-mâle et le « pas tout » du féminin ?
C’est à cela que nous nous attelons dans les institutions et c’est avec impatience que nous entendrons ce qui se dira à Bruxelles !
1. G. Caroz, PIPOL NEWS 0, site de l’Eurofédération de psychanalyse.
2. G. Caroz, PIPOL NEWS 2, site de l’Eurofédération de psychanalyse.
3. Troianovski L. cité par Patrosino L. , PIPOL NEWS n° 30, site de l’EuroFédération de Psychanalyse.
Quel mouvement pour les femmes ?
Virginie Jacob Alby, Nice, ACF Estérel Côte d’Azur
« Les femmes se conjuguent au futur» revient à faire des femmes des verbes. « Au commencement était le verbe », ainsi pourrait-on dire : « au commencement étaient les femmes » ?
Les femmes comme les verbes se conjuguent à tous les temps, en l’occurrence à Pipol 6, elles se conjuguent au futur. Conjuguer introduit à la notion de temps et d’ « érotique du temps » proposée par Jacques Alain Miller. Les femmes, qu’elles soient du passé ou du futur, font ainsi objection à l’être, elles ne sont plus ou ne sont pas encore.
Lacan nous a appris que les femmes ont davantage à voir avec l’objet a qu’avec le sujet barré et qu’ainsi elles ne s’inscrivent pas de la même façon dans le temps que le sujet barré. S’agira-t-il donc pour chacune « d’éclipser le temps, de l’épurer, de le manœuvrer, de créer l’imprévu »*, ou simplement de se situer entre l’inspire et l’expire. Ainsi au bord du trou, au bord du vide, à l’approche du réel, comment se mettront-elles en mouvement ? Quel sera leur cri, en feront-elles encore naitre la vie ?
S’orientant du futur, dans un basculement incessant de l’être au néant, animées par l’objet a, quel sera le mouvement des femmes au futur ? Comment occuperont-elles l’espace et le temps ? Retrouvons nous à Pipol VI pour en extraire des bouts de réponses.
* Jacques Alain Miller, « Introduction à l’érotique du temps » Mental n°22, Avril 2009.
Reseña de la sesión del 19 de marzo de 2013 realizada en la CdC-ELP
Reseña de la sesión del 19 de marzo de 2013 realizada en la CdC-ELP, del trabajo de preparación del Segundo Congreso de la Eurofederación del Psicoanálisis (PIPOL VI) bajo el título: Después del Edipo las mujeres se conjugan EN FUTURO / “El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis”que se celebrará en Bruselas los días 6 y7 de julio del 2013.
Intervinieron: Patricia Heffes y Anna Aromí. Moderó: Ricard Arranz. Reseña realizada: Begoña Ansorena Anza.
Si bien las dos presentaciones diferían en cuanto al contenido, la primera sobre el diagnóstico clínico en una institución infantil y la segunda sobre cuestiones epistémicas que plantea el título del propio congreso, veremos como no difieren en su argumentación ya que la lógica que siguen está apoyada en la última enseñanza de Lacan con las referencias inestimables de Jacques-Alain-Miller.
Patricia Heffes, presentó un trabajo de la institución donde trabaja con niños de 0 a 6 años, en relación a una pregunta planteada en la práctica misma, sobre el problema que presenta el diagnóstico exigido por la administración. La pregunta que se plantea es qué de lo que se presenta como problemático en el niño induce a error a la hora de diagnosticar, ya que hay una serie de fenómenos que “sueltos” tomados a primera vista, inducen al practicante a ubicarlos del lado de la psicosis o del autismo y sin embargo, la experiencia muestra que muchos de ellos no lo son.
Los motivos de consulta en la institución plantean una serie de interrogantes que Patricia Heffes responderá desde la orientación psicoanalítica. Para ello, tomó el texto de Nota sobre el niño1.
· la relación entre la madre y el niño: bajo la modalidad de madres solas, independientemente de que haya padre o no.
· La aparición de un padre homologable a la madre, en lo que tiene que ver con la crianza sin otro modelo que la madre misma.
· La existencia de numerosas consultas por un mal funcionamiento fisiológico en niños y niñas que aún no han cumplido los dos años: niños que no quieren evacuar las heces, se combinan con otros en los que el control de esfínteres no se concreta hasta bordeando los cuatro años.
· Niños que no hablan hasta los tres años y cuando lo hacen no se les entiende casi nada. Por nombrar solo algunos.
Señala que estos y otros motivos de consulta, en sí mismos, están dentro de la rutina. Lo que los hace llamativos es la recurrencia por un lado, y por otro destaca la posición de la familia respecto a ellos ya que no parece preocuparles el síntoma en sí, ni siquiera lo interpretan como un síntoma. Existe una ajenidad con eso que le ocurre al niño, pero al mismo tiempo les inquieta por la proximidad. En la mayoría de los casos, el motivo de consulta sobre el niño, se presenta ligado a lo insoportable para la madre.
Esto le lleva a preguntarse sobre si habría que hacer una actualización de la Nota sobre el niño tomando la Alocución de Lacan de 19672 e interroga la Nota sobre el niño en relación con los fenómenos actuales:
¿Qué relación tiene hoy una mujer con la maternidad, partiendo de la hipótesis de que algo ha cambiado en los modos de goce?
¿Qué implicación lógica existe entre la relación de una mujer con la maternidad y los síntomas en el hijo?
¿Qué consecuencias clínicas tiene la relación entre un hombre y una mujer en lo que concierne a los hijos?
Patricia Heffes propone retomar laNota sobre el niño para reflexionar sobre estas preguntas. Señaló la función de residuo de la familia conyugal y que como señala J.Alain Miller en El reverso de la familia,3 se verifica que la función de la familia conyugal permanece dominante, modificada apenas, por la homosexualidad. Es por su función de residuo, de objeto a, que se mantiene la familia conyugal. Lo que vivimos hoy día lo confirma. Interpreta esta resistencia misma de la familia conyugal por el carácter irreductible de la transmisión, no la transmisión de un saber, ni la transmisión de las necesidades, sino una transmisión constituyente para el sujeto. Esto supone su relación a un deseo que no sea anónimo. Es necesario que el sujeto sea aquí llamado por un Je.
En cuanto a las respuestas sobre el síntoma que da la Nota sobre el niño, Patricia Heffes, refiere que dichas respuestas se relativizan cuando vemos que solo se trata de semblantes, falo, objeto a, Nombre del Padre, fantasma. La referencia al falo se neutraliza, los nombres del Padre se pluralizan, el deseo de la madre deja de ser barrado por la ley y el orden tradicional. Para ello propone la lectura de JAM (curso 2/3/2011)4 donde apunta al goce como acontecimiento del cuerpo, goce concebido desde fuera de la maquinaria del complejo de Edipo, lo que permite escapar a la dialéctica binaria de interdicción-permiso.
Desde esta perspectiva, las tres estructuras freudianas se debilitan y aparece como respuesta a la pregunta por el síntoma la cuestión del goce.
Finaliza Patricia, comentando que en la institución, con estos supuestos casos “graves”, lo que ocurre es que con sólo operar la separación a través de hacer intervenir significantes, surge una vivificación del niño que posibilita, a veces, la constitución de un síntoma. De lo contrario, el niño envestido por el goce no aparece más que como un cuerpo mortificado.
Por su parte Anna Aromí, presentó su trabajo interrogándose, a partir del sintagma “analista-analizante” puesto en circulación por parte de Jacques-Alain Miller en las Jornadas de ECF de 2009, el nuevo sintagma propuesto para el Segundo Congreso Europeo (PIPOL VI) “practicante –analizante”.
En aquellas Jornadas, JAM propuso el término analista-analizante, y con él produjo un desplazamiento y una interpretación que anudaba de una nueva manera psicoanálisis puro y psicoanálisis aplicado. El analista-analizante entonces ponía el acento en la idea de que el campo de aplicación del psicoanálisis no depende de ninguna técnica sino de una ética, la ética de lo real, y que esa ética del analista se forja, se produce, en su propio análisis.
El problema, como dice Miller en Sutilezas analíticas5, es que si a los operadores se les llama analistas, no es de extrañar que ocurran fenómenos no deseables en las autorizaciones. De ahí, me parece, la aparición del “practicante-analizante” en el horizonte del Pipol 6. Practicante es un término que encontramos en la Proposición, pero que usado de esta nueva manera deja abierta la posibilidad de que el operador se haya -o no- autorizado como analista. No es eso lo que más cuenta. Lo importante es la relación de cada uno con su propio inconsciente. “Ser analista no es analizar a los demás, dice Miller en Sutilezas analíticas, es primeramente continuar analizándose, continuar siendo analizante, como Freud” de su propio inconsciente. Esta sencilla formulación tiene sin embargo consecuencias enormes, porque si reducimos el psicoanálisis al ejercicio profesional de los psicoanalistas quedamos confundidos con los psy y con los trabajadores sociales. Entonces, si hay un baremo para medir al practicante en relación con el psicoanálisis, no es su ejercicio profesional, sino su relación con su propio inconsciente. Me parece que en este punto ha habido un paso entre el Pipol 5, con la cuestión de intentar localizar el analista en el clínico, y el Pipol 6 con el practicante analizante. El foco se ha desplazado de la clínica, a otra cosa: a la cuestión de saber cómo cada uno se las apaña para mantenerse en posición analizante. Y a veces eso resulta más fácil de decir que de hacer.
En este desplazamiento a otra cosa, a Anna Aromí le parece completamente coherente que el ejercicio del practicante analizante pueda apoyarse en invenciones, con la idea de Miller en su curso de 2011, El ser y el Uno, cuando dice que en el fondo el psicoanálisis no se puede transmitir, sino que el psicoanálisis se tiene que re-inventar con cada paciente. Es una propuesta maximalista, aunque bien freudiana, que hace ver hasta qué punto la experiencia analítica está, o debería estar, gobernada por lo singular en cada sujeto de su relación con un real sin ley. En este registro podemos decir que la invención forma parte indisoluble del psicoanálisis.
Esto no quiere decir que las estructuras clínicas se borren, no quiere decir que no sirvan para nada, significa que las estructuras no son la única guía, la más importante, ni siquiera la más interesante.
Inventar significa esto: con cada paciente lo que conviene, pero teniendo en cuenta –y esto es lo nuevo- que las estructuras no alcanzan para dar cuenta de la relación del parlêtre con lo real. Es decir que podemos prescindir de las estructuras a condición que sepamos servirnos de ellas cuando sea conveniente. Dejar la clínica atrás significa, como dice Gil Caroz en su Presentación de Pipol 6, que “hay tantas clases como casos”.
Otro elemento que está cambiando, prosigue Anna Aromí, en la forma que teníamos de considerarlo hasta ahora, es el goce. Nos hemos formado en la consideración del goce como lo opuesto al placer y por tanto como un mal para el sujeto, un exceso a reducir, mientras que la nueva perspectiva del sinthome hace aparecer otra dimensión del goce, que engloba la dialéctica placer/goce y que la supera. Es la parte de goce que hay en cada uno vinculada a un real sin ley, que no entra en dialéctica con nada ni nadie, es el goce del cuerpo que se goza solo, sin Otro, y Miller pone ahí el ejemplo de Alien para ilustrarlo. Por eso, este goce nos hace entrar en otra zona distinta, una zona que empezamos a explorar, una zona que a Lacan le hizo desear cambiar de nombre al inconsciente y llamarlo parlêtre. Se entiende entonces que Miller diga que la perspectiva del sinthome nos separa de la clínica clasificatoria y que, por eso, abandona tranquilamente al DSM el término de clínica.
Con todo esto, la práctica del psicoanálisis cambia de acento y se trata entonces de llevar la trama de discurso del paciente -con el Edipo, las identificaciones, los sentidos gozados - a esa zona primordial fuera de articulación, fuera de sentido. Es decir, se trata de reconducir al sujeto a reconocerse en su existencia contingente, fuera de todo sentido. Por esto no basta con el síntoma, que no deja de estar vinculado al Edipo y al sentido, y por esto hablamos ahora del sinthome porque es el elemento que nos sirve para designar lo radicalmente singular fuera de toda clasificación. Para decirlo con Gil Caroz en su Presentación, “los avances más recientes de J.-A. Miller permiten atravesar el estándar edípico para cernir el armazón, el nudo, que el sujeto se ha construido para afrontar su existencia, el goce que se ha producido del encuentro contingente entre el significante y el cuerpo –punto extremo de singularidad que llamamos el Uno solo”.
Anna Aromí, resume su trabajo en dos puntos:
1.- La condición de la invención depende de que el practicante consienta a estar atravesado por lo que no sabe. Esto significa que se autorice (de forma anticipada) a sostenerse en un “no entender” y de que aquí no rinda las armas, no busque fuera de su propia relación con el inconsciente.
2.- Si esto es así, si hay una relación de confianza con el inconsciente, con el propio inconsciente, y se trabaja duro durante el tiempo necesario, el acto analítico (el que profirió el analista del practicante y al que el practicante consintió) dará sus frutos. Y mientras no entrega los frutos definitivos, sean cuales sean, ese acto va a estar orientando al practicante, va a dar un marco analítico a su acción, incluso sin él saberlo.
Los dos trabajos dieron lugar a un intenso debate, en relación a la clínica, los ejemplos presentados por Patricia, nos enseñan los efectos en los niños del “simbólico ya no es lo que era”, “hay gran desorden en lo real” y que el Edipo no brinda una orientación eficaz y quedó algo más oscuro, el tema de la Institución para seguir debatiendo en futuras reuniones.
1. Lacan,J. Nota sobre el niño. El Analiticón nº3. Paradiso. Barcelona. 1987.
2. Lacan,J. Discurso de clausura de las Jornadas sobre las psicosis en el niño. El Analiticón nº3. Paradiso. Barcelona. 1987.
3. Extracto de la Intervención de Jacques-Alain Miller en las XXXIV Jornadas de la ECF en Noviembre de 2005(Texto establecido por Monique Amirault y Dominique Holvoet) “Consecuencias”, 8.
4. 5° cours de Jacques-Alain Miller – 2 mars 2011- L’Être et l’Un . “ Qu’est-ce que le réel?”.
5. Miller, J.A. Sutilezas analíticas. Buenos Aires. Paidós. 2011.
Pipol News 37 - 31/03/2013
Marcela Iacub et l’obsessionnel
Gil Caroz
(Texte paru dans LQ n°304)
Derrière les frontières de l’Empire obsessionnel, la voilà, terre noire, Empire du diable. Incohérente, imprévisible, de mauvaise foi, capricieuse. Petit garçon, il adéjà développé ce sens clinique qui lui permet de la sentir de loin. C’est dans l’air : « aujourd’hui, elle n’est pas dans son assiette. Elle sera injuste, elle déprimera, j’en serai le responsable, elle fera une crise de colère ». Il la hait. Il l’aime.
Pourtant leur lien a été parfait. Rien de plus sublime qu’un amour entre un petit garçon et sa mère. C’était le paradis. Aucun signe ne permettait de prédire que les promesses de la vie pouvaient être mises en question. Mais cette sphère intacte a explosé comme un ballon acheté à la foire le jour où il a appris : elle a aimé, elle aime un autre. A la folie. La sphère intacte n’a jamais existé. C’était du bluff. Elle est infidèle. Au nom de cet amour, pour suivre un homme, elle aquitté pays, famille, mari, enfant. Elle en pleurait toujours. Ses humeurs convergeaient encore et encore vers ce point. Non pas que l’homme ne valait pas la peine, mais quand on a commis l’irréparable, ne fut-ce que par désir et amour, ça ne pardonne jamais.
Mais si derrière les lignes qui contournent l’empire phallique elle est devenue l’incarnation du diable même, qui pourrait ne pas l’aimer tout en la haïssant ? Elle est authentique. Elle ne s’encombre pas. Elle est généreuse. Elle a de l’humour. Elle sourit. Elle dit « fonce, vis ta vie. N’aies pas peur. Ne te laisse pas décourager par les bien-pensants qui te disent de ne pas bouger, de te soumettre à la raison, leur raison, leurs idéaux ». Elle en connaît un bout, mais elle n’a pas les angoisses du propriétaire ni le souci du qu’en dira-t-on. L’Autre est bien là, mais nul n’est tenu, dit-elle, d’obéir à la lettre à ses exigences. Lui aussi peut être fou à l’occasion. Elle est pragmatique. Il y a les règles et la loi, mais elle va chercher la personne qui les incarne. Elle parle, elle négocie, elle obtient. Elle traverse tout lesrefus car pour elle « non » n’est pas une réponse valable.
« N’enlève pas tes chaussures jeune homme, tu n’es pas à la mosquée. Mets au contraire ta paire de chaussures de femmes, couleur rouge, et entre dans le bureau de l’analyste. L’analyste tolèrera ça, il est formé pour ça. Il est un peu femme lui même ». Là, chez l’analyste, il a découvert que pas tout est derrière les frontières. Qu’il a une connaissance intime de la terre noire. Qu’il la connaît « de l’intérieur ». Bref, à l’occasion il est lui-même un peu femme. Il a ses humeurs, ses amours fous, il peut être généreux et méchant, pragmatique et rêveur, capricieux et rationnel. Il constate qu’il peut commettre, et qu’il a d’ailleurs commis lui aussi, l’irréparable. C’est comme ça !
Aveu
Oui. J’ai dit que j’étais ni pour ni contre. Que la lecture de Belle et Bête n’était pour moi qu’un appui pour la pensée en vue de PIPOL 6. Ni plus ni moins. J’ai fini par écrire une petite note de commentaire sur le nouveau titre : « Après l’OEdipe, les femmes se conjuguent au futur », où j’ai mis en tension les nouvelles manifestations du féminin après l’OEdipe et le refus du féminin qui vient y répondre1.
J’avoue. Ce n’était pas vrai. J’ai aimé Belle et Bête. Ce roman m’a bouleversé par son authenticité, par ce récit au bord de l’abîme, qui cerne le point où les mots s’arrêtent et la pulsion commence. Pulsion baptisée « cochon ». La bête est incluse dans l’amour fou. Il faut avoir un don particulier pour bien le dire. J’ai aimé aussi le parcours, la traversée, la solidification de l’écriture comme sinthome.
J’avoue : le procès, son résultat, ne m’intéressent pas trop. Mes analysantes me l’ont appris dès le début de ma pratique : l’hystérique dit la vérité. C’est une condition préalable à toute clinique possible, et aucun tribunal ne peut toucher à cela. La psychanalyse et la loi de la Cité se séparent sur ce point.
Retour à l’obsessionnel
« Ne touche pas à la chienne, disait le père, tu risques d’attraper une maladie ». Il aimait la chienne, mais il a fini par ne plus s’en occuper du tout par peur des microbes. Elle est morte de chagrin. Il a fait connaissance avec d’autres chiennes. Charmantes. Capricieuses. Généreuses et méchantes à la fois. Tristes et vivantes. Intrusives et pleines d’intelligence. Honnêtes et de mauvaise foi. Il lui a fallu tout un parcours pour pouvoir toucher les chiennes sans angoisse, sans pensées incroyables. Ne vous insurgez pas, s’il vous plaît. Les femmes ne sont pas des chiennes et les hommes ne sont pas des cochons. Je le sais sans revoir mes cours de biologie de l’école secondaire. Dire que les femmes se conjuguent au futur n’implique pas de raconter un conte de fée, mais de tenter une traversée furtive des écrans qui nous séparent du réel.
1 http://www.europsychoanalysis.eu/site/page/fr/7/fr/pipol_news_34_-_24032013#article-box-195
Capitale de l'Europe (Photo de Justine Junius)
Pipol News 36 - 30/03/2013
Marcela Iacub, continent très noir
Clotilde Leguil
(Texte paru dans LQ n°304)
Oui, c’est encore l’histoire d’une femme qui disparaît. A croire qu’Hitchcock et Lacan avaient vraiment vu juste. Quelle que soit l’époque, quel que soit le style, quelle soit le partenaire, le rapport du sujet à sa propre féminité met en jeu un rapport à la disparition de l’être. On a beau être une juriste brillante, une intellectuelle foucaldienne qui a satribune dans Libération, on a beau dénoncer le féminisme victimaire dans Les Temps Modernes, on a beau vivre au XXIe siècle où l’abolition du genre voudrait que la féminité ne soit qu’une fiction hétéronormative, on n’en est pas moins concerné par la féminité quand il s’agit de sa propre existence. On n’en est pas moins rattrapé par une dimension de son être qui peut confronter le sujet à son propre anéantissement.
Pourquoi l’auto-fiction de Marcela Iacub, Belle et Bête qui vient de paraître chez Stock, assorti d’un encart signalant qu’il porte atteinte à la vie privée d’un autre, intéresse-t-elle la psychanalyse ? Parce que par-delà l’objet médiatique qu’est ce livre, on peut y déchiffrer quelque chose de l’angoisse féminine face à l’abîme qu’une femme peut être pour elle-même. Si Marcela Iacub a écrit ce livre, que l’on peut trouver hilarant et furieux comme certains l’ont dit, ou très glauque, ce n’est peut-être pas seulement parce qu’on l’a incitée à le faire, c’est peut-être aussi parce que ce qu’elle a vécu, elle ne pouvait le traverser, s’en arracher, qu’à condition d’essayer d’en dire quelque chose par l’écriture. « L’écriture a été une manière de sortir de cette histoire », a-t-elle déclaré elle-même1. Car l’amant qu’elle s’est choisie, l’a mise en rapport avec un autre partenaire, qui n’était plus un autre être, ni même un animal, comme elle le répète à souhait, mais une part d’elle-même, inquiétante et dangereuse.
Qu’est pour elle cet amant qui n’était pas son genre ? Quel effet a-t-il eu sur son être ? Dans un premier temps, elle s’en amuse. Elle le traîne dans la boue lui renvoyant le traitement auquel elle a eu droit : « Tu étais vieux, tu étais gros, tu étais petit et tu étais moche. Tu étais machiste, tu étais vulgaire, tu étais insensible et tu étais mesquin. Tu étais égoïste, tu étais brutal et tu n’avais aucune culture. Et j’ai été folle de toi2 ». Les cinq premières lignes de son auto-fiction donne le ton. Pas d’idéalisation, certainement pas. De l’ironie sur cet homme qu’elle baptiste « le cochon » en choisissant de filer la métaphore tout au long de son court récit.
Mais il y a autre chose.
Marcela Iacub, elle, n’est pas vulgaire, n’est pas insensible, n’est pas vieille, n’est pas grosse, n’est pas mesquine… mais elle se découvre en truie. Et elle a adoré être la truie du cochon. La truie, ce n’est pas la cochonne, c’est véritablement la réduction de la féminité à un pur objet de jouissance pour le cochon. « Grâce à toi espèce de truie, espèce de rien, espèce de bouffe à cochon, je me mange, je me jouis, je sens mon goût… 3» lui dit son amant romantique. Or, se découvrir la truie du cochon la conduit à une véritable extase : « personne ne m’avait parlé ainsi et j’ai pleuré en moi4 ».
Alors, qu’est-il arrivé à cette femme superbe, intellectuelle et séductrice, cette femme forte qui a pensé qu’elle pouvait tenter l’aventure avec celui qu’elle avait défendu publiquement lorsqu’il était mis en cause pour sa conduite à l’égard des femmes ? Il lui est arrivé qu’elle s’est faite bouffée. Pas métaphoriquement, non, cela, c’est banal. Cela nous arrive à tous et à toutes, dès que nous parlons et que nous nous risquons àentrer dans le monde de l’Autre. Non, elle s’est faite bouffée réellement. Son cochon d’amant était un cochon-cannibale. Et le cochon cannibale lui a arraché l’oreille et s’en est délecté en réclamant la seconde alors qu’elle pleurait et que le sang giclait. C’est une fable certes, mais c’est par ce biais de la dévoration réelle qu’elle a choisi de parler de son histoire.
Voilà. L’ex-mangeuse de viande devenue végétarienne qui déclarait dans son précédent livre que manger des êtres vivants était intolérable, s’est elle-même donnée à bouffer, dans le réel, à une gueule vorace qui n’attendait plus que de se refermer définitivement sur elle. Se faire manger vivante… jusqu’à ce qu’il ne reste rien, tel était son fantasme. Se donner à manger à sa propre pulsion jusqu’au bout. S’avaler tout cru. Disparaître, non pas seulement symboliquement, mais réellement en se faisant bouffe à cochon. Son dernier cauchemar, qu’elle relate à la fin de son récit, l’a réveillée : « Je me voyais transformée en quelques cheveux et deux ou trois ongles que le cochon n’avait pas avalés et qu’il avait laissés sur le canapé de ton appartement. J’étais une conscience sans corps, une conscience qui flottait dans les ruines d’elle-même5 ».
Après cette curieuse histoire d’amour, c’est en effet avec les ruines d’elle-même que la narratrice s’est retrouvée. Avec ce continent très noir qu’elle avait peut-être jusque là passée sous silence. Et dont Freud et Lacan ont su parler. Ce continent noir qui fait que la psychanalyse pour une femme peut être parfois le détour nécessaire pour ne pas exister en disparaissant ainsi dans les limbes muettes de la pulsion de mort.
Pipol News INFO n° 06
Pipol News INFO n° 05
INFORMATIONS PRATIQUES
Modification du prix d'inscription au Congrès et à la soirée
I. L'inscription à PIPOL 6 à prix réduit est toujours en vigueur, et ceci jusqu'au 31 mars.
Vous pouvez donc encore vous inscrire au prix de 130€ (65€ pour les étudiants de moins de 26 ans, avec justificatif). A partir du 1er avril, le prix d'inscription sera de 160€ (80€ pour les étudiants de moins de 26 ans).
II. L'inscription au prix de 45€ à la soirée du samedi 6 juillet, rebaptisée "Soirée du Futur", sera en vigueur jusqu'au 30 avril. A partir du 1er mai, il sera de 50€.
Horaires
Du samedi 6 juillet 2013, 10h (accueil à partir de 9h) au dimanche 7 juillet 2013, 17h30.
(Les dossiers d'inscription pourront être retirés à partir du vendredi 5 juillet 2013).
Hébergements et autres informations sur Bruxelles
Oui, Bruxelles peut vous accueillir à prix raisonnable !
Voici quelques informations pour vous aider à vous y retrouver :
1) Sur le site du Congrès, Resotel propose une sélection de chambres de très bons hôtels où des chambres ont été retenues à l’intention de Pipol VI http://www.europsychoanalysis.eu/site/page/fr/21/fr/htels/
2) Pour ceux qui cherchent des possibilités moins onéreuses, nous attirons votre attention sur la rubrique www.hostelsinbrussels.bedans le lien Resotel. Celle-ci conduit vers les adresses des 5 auberges de jeunesse à Bruxelles dont les 4 premières sont les plus proches du Square.
3) De plus, nous avons visité pour vous quelques hôtels 3,2, et même 1 étoile. Tous au « centre ville » donc à 10’ à pied du Square : prix aux alentours de 55€ euro pour chambre double par nuit :
Astrid(3 étoiles), Place du Samedi 11, 1000 Bruxelles
Tél : +32 2 219 31 19 - http://www.astridhotel.be/- astrid@3sh.be
Windsor(2 étoiles), Place Rouppe 13, 1000 Bruxelles
Tél : +32 2 511 20 14 - www.hotel-Windsor.com- info@hotel-Windsor.com
A la grande cloche(2 étoiles), Place Rouppe 10 Place, 1000 Brussels
Tél: +32 2 512 61 40 - http://www.hotelgrandecloche.com/
Barry(1 étoile), place Anneessens 25, 1000 Bruxelles
Tél : +32 2 511 27 95 - http://www.hotelbarry.com/- hotel.barry@skynet.be
Floris Avenue(4 étoiles), Avenue de Stalingrad 25-31, 1000 Bruxelles (un peu plus cher)
Tél.: +32 2 548 98 38 - http://www.florishotels.com/belgium-hotels/brussels-hotels/floris-avenue-hotel-brussels- avenue@florishotels.com
4) Si vous préférez chercher par vous-mêmes, il existe un large choix de chercheurs d’hôtels sur internet, comme www.venere.com ou www.booking.com.
Vous pouvez également vous organiser en petits groupes, afin de trouver des appart-hotels encore plus démocratiques que les hôtels. Pour ceci, vous pouvez aller voir sur rentbynight.com, sur www.immobe.be ou encore sur www.housetrip.com, si vous désirez prolonger votre séjour au delà du week-end.
5) Quand il s’agit de s’orienter dans une ville que l’on ne connaît pas, quelques petites pistes peuvent être intéressantes.
Pour se déplacer dans Bruxelles :
Le réseau STIB (www.stib.be) vous permet de bouger d’un coin à l’autre de la ville. Il s’agit d’un réseau de trams, bus et métros. Les arrêts le plus proches du Square sont Royal, Gare Centrale et Palais.
Si vous êtes au moins à deux, il peut être intéressant de prendre un « jump 10 voyages ». Vous pouvez vous en procurer dans les bornes automatiques situées dans la plupart des arrêts. Petit truc : si vous ne disposez pas de carte bancaire belge, vous aurez besoin de monnaie pour acheter les billets à la borne. Cependant, certaines gares de métro disposent de guichets d’achat de billets. Vous trouverez ces renseignements sur leur site.
Pour le choix de quartier : Le Square est situé au cœur même de Bruxelles, l’accès est donc assez facile. Cependant, il y a des quartiers plus sympas que d’autres.
Vous pouvez choisir les alentours de la Grande Place ou de la Place Sainte-Catherine, à 1000 Bruxelles.
En vous éloignant un peu, 1050 Ixelles est une commune riche en différentes ambiances. Du plus chic quartier du Bailli, avec l’avenue Louise et ses grandes boutiques, jusqu’au quartier le plus alternatif Saint Boniface, en passant par Matongué, quartier africain.
Vous pouvez découvrir la multiculturelle commune de Saint-Gilles (1060), le somptueux Uccle (1180), très calmes Auderghem (1160), Woluwé Saint-Pierre (1150) et Saint-Lambert (1200).
Si vous avez des questions sur votre choix de quartier, ou pour toute autre question, n’hésitez pas à nous contacter directement par mail (itxasomuro@gmail.com), ou au numéro 0032 483365082.
Pipol News 35 - 26/03/2013
Philippe Muray, where are you when we need you?
Yves Vanderveken, ECF, Bruxelles
Marie Izard Delahaye, Rouen, Normandie
Marie Ser
Philippe Muray, where are you when we need you?
Yves Vanderveken, ECF, Bruxelles
J’ai ri de bon cœur à l’appel de Jacques-Alain Miller, qui me rappelait là à mes amours clandestines avec cet infréquentable de lecture peut-être interdite, classé nouveau-réac, à l’ironie cinglante et délicieuse, seulement gâchée par son côté ronchon qui le tira un peu plus du côté du sombre avenir que vers le gai savoir. Je garde le souvenir d’une lecture à mourir de rire par Lucchini de son fameux Il faudrait ne jamais (débattre)1. Appel salvateur par rapport à ce One Woman onusien. C’est qu’à réaliser de la sorte la femme comme l’avenir de l’homme, l’onu fait des femmes un nouveau tout – celui de « toutes-les-femmes »2, ensemble dont Lacan tenait à démonter l’inconsistance, le pas-tout. Sacralisation hystérique qui a comme conséquence, sans le savoir peut-être, de ranger à nouveau le féminin sous le registre d’Un signifiant – phallique donc, fût-ce par son rejet. Histoire peut-être de faire rentrer le diable dans sa boîte et d’œuvrer pour la paix et l’amour universel, autre nom de la mise sous silence de la pulsion. One Woman annonce ainsi plus que de beaux jours à venir au rejet du féminin. Si on tente de prendre le féminin par ce biais, son rejet en est le complément.
C’est ce qu’envisageait, dans son genre – pamphlétaire, incorrect, délétère, noir, non caste3, mais drôle – notre cher Philippe dans un de ses Exorcismes spirituels : Gonzessland. « Il n’y aura pas d’homme du XXIe siècle. S’il doit y avoir quelque chose, ou plutôt quelqu’un, ce sera une femme ; et même un femme, comme je propose de l’écrire pour marquer la mutation. Le femme du XXIe siècle. On nous l’a assez dit que la femme était l’avenir de l’homme, que le futur était femme et que le nouveau millénaire serait féminin ou ne serait pas. Eh bien, ça y est, c’est fait, l’avenir est là. Demain est enfin devenu aujourd’hui. La femme n’est plus l’avenir de l’homme, elle est le présent d’un monde qui n’a pas encore de nom »4. Il en voit, dans sa logique, les conséquences dans les repentances, la victimisation, le remplacement du pénisneid par l’envie du pénal et plus encore. « L’histoire était diviseuse, irrationnelle, discriminante, remplie d’imprévus, de catastrophes, d’erreurs, de divagations, de bégaiements, de retour en arrière, de grands désastres. Le monde qui s’annonce sera fusionnel [Yes,… One Woman], mélangiste, convivial, transfrontalier, fluide, correct, osmotique, contactophile et placentaire. Il sera surtout zéro défaut ou du moins il y tendra. Le souci de la sécurité, à tous les niveaux et sur tous les plans, s’associe à merveille avec celui de l’éthique et des bons sentiments. […] Tout ce qui, à l’époque de la domination masculine, relevait de la dialectique disparaitra sous les irradiations de la volonté du Bien et sous les bombardements de la bonté de la Transparence obligatoire. Mais c’est le prix à payer pour que le monde soit remis en ordre, pour que la planète soit nettoyée et les cerveaux débarbouillés de leur « part d’ombre » (Tiens, revoilà Alum Goodme) définitivement libérés de tout un tas de vieilleries, culpabilité, arrière-pensées, soupçons, humour noir, négativité, tentation critiques et ainsi de suite. Le principe de précaution précédera la vie. Le XXIe siècle sera propre ou ne sera pas. »5 « La liberté sans doute y perdra ses plus belles plumes. »6
Allez, doucement Philippe… Ouf, te revoilà pour l’occasion. Piqure de réveil. Merci pour la récréation. T’inquiète, Après l’œdipe, les femmes se conjuguent au futur, c’est aussi autre chose. Ça ne fera pas One ! Du moins, pas celui-là.
1. Ph. Muray, Essais, p. 1567.
2.Ibid., p. 409.
3. Voir la traduction qu’en propose J.-C. Milner dans son dernier Le sage trompeur, Verdier, 2013.
4.Ibid., p. 1277.
5.Ibid., p. 1278.
6. Id.
Un effort de traduction
Marie Izard Delahaye, Rouen, Normandie
Qu’est ce que je comprends quand je lis cette phrase : « Après l’Œdipe, les femmes se conjuguent au futur ? »
Au premier abord, rien.
Alors, par quel bout l’attraper ?
Les femmes, oui, ça je comprends, je crois comprendre, la femme n’existe pas, alors les femmes, oui.
Au futur, donc pas maintenant, et aujourd’hui, c’est le temps de l’Au-delà de l’Oedipe.
Mais, cependant, c’est aujourd’hui, en ce temps de l’au-delà de l’Œdipe, que se trame l’action, car notre verbe est au présent.
Oui, c’est par le verbe d’abord qu’il faut tenter une approche de compréhension, le verbe qui est censé dire ce qui se passe, de quoi il s’agit, quelle est l’action.
Je cherche la définition de conjuguer, se conjuguer, dans la langue commune, celle du dictionnaire. Alors, se conjuguer vient de conjugare, réunir ensemble ; de cum et de jugum, union, joug.
Mais aussi dans sa forme pronominale selon le Larousse, « se combiner, être joint, pour parvenir à un résultat précis.»
Cela s’éclaire, un peu.
Les femmes se combinent, s’associent, pour parvenir à un résultat précis.
Est-ce à dire que le futur s’annonce du côté du féminin ?
Que les femmes feront davantage entendre leurs voix, qu’elles seront plus nombreuses et plus audibles ?
Après l’Œdipe et l’au-delà de l’Œdipe, ce serait l’ère du féminin où nous entendrons l’air des femmes, ce qu’elles ont à dire, plus précisément ?
Les femmes, une par une, de par le monde, se font entendre, certaines se font emprisonner quand elles soutiennent la dimension subjective.
Est-ce à dire que le monde contemporain, dans un futur proche pourrait bien avoir à faire avec les femmes, autrement ?
Alors, j’en serai, mais j’en suis déjà !
La force des simultanées
Marie Ser
Et si ce pouvait être l’occasion de forger une foule d’où parle l’exception, pour que cette force matérielle devienne humaine ?
L’institution du psychanalyste
L’institution est un discours, un mode de lien social, une grammaire où l’exception, qui n’a pas de coordonnées, a sa place.
Il y a une différence entre le « un tout seul singulier » et le « un tout seul exceptionnel ».
L’équivoque rend l’exception inconsistante. L’effet de vérité sur le « un tout seul exceptionnel » entraîne sa disparition, puisque l’exception n’a pas d’égal.
L’exception n’a pas de valeur, il a une place ou il est exclu.
Le psychanalyste a la particularité de laisser la place du maître vacante, l’exception n’a que faire de cette place, il n’a rien à y loger.
La modalité du lien social pour une exception, c’est d’être à la fois dedans et dehors. Dedans pour les comportementalistes? Dehors pour les psychanalystes?
....
Pipol News 34 - 24/03/2013
Le réel a répondu
Après l’Œdipe1, la question de savoir ce que veut une femme n’est plus sans réponse. Le réel a répondu à sa façon, c’est-à-dire qu’on ne sait toujours pas ce qu’elle veut, mais on s’y cogne d’une façon inédite. Le sans loi du réel s’est imposé au seuil du XXIe siècle. Les réactions à cette nouvelle donne varient selon les discours. Le fondamentaliste, militant de causes perdues, se conjugue au passé. Il rêve de pouvoir restaurer la loi d’un père dont l’Œdipe et le père de la horde seraient le modèle. Le capitaliste traduit le sans loi de la jouissance en termes de consommation qui se conjugue au présent : « consommons maintenant, car demain, c’est l’apocalypse ». L’homme de science, abandonné par le Dieu des philosophes, fait appel aux comités d’éthique. Le scientiste ne se conjugue à rien, il se perd dans ses chiffres qui n’embrayent sur aucun bout de réel.
Pour le psychanalyste, le sans loi du réel est un problème qui comporte une voie de solution. Il fait du féminin sa boussole afin de s’orienter vers le monde de demain. Il traverse les grilles de lecture traditionnelles pour lire la clinique et la civilisation à partir de la logique du pas-tout.
Le maître, l’institution, le féminin
Le maître devra se laisser enseigner par le féminin. Il le sait sans le savoir. À l’ONU on stipule qu’il est impératif d’inclure des femmes dans toute décision prise lors de négociations de paix, car celles-ci sont le plus touchées par les conflits modernes. La psychanalyse dégage la logique qui est ici à l’œuvre. Le lien entre bourreaux et victimes met en scène l’impuissance de la logique du tout à verser dans l’universel les singularités des modes de jouissance. Cette impuissance conduit l’agent du phallus à sortir les armes, afin de mettre au pas le féminin.
Le rapport entre le maître et le féminin est une thématique qui aiguisera notre réflexion concernant les simultanées de PIPOL 6 sur le thème de l’institution. Une place donnée à la logique féminine est une condition préalable à toute présence possible du « lacanien » au sein d’une institution. Une clinique du un par un implique une tolérance du maître à cette logique.
Refus de la féminité
Mitra participera à PIPOL 6. L’expérience qu’elle a vécue dernièrement confirme, encore, l’indication de Jacques-Alain Miller, selon laquelle on ne peut « douter que la psychanalyse au XXIe siècle sera aux mains des femmes »2. En effet, il est attendu qu’une femme, sensible à la logique de l’Un-tout-seul, soit la première à rétorquer par le pas-tout3 au tout, par le singulier à l’universel, par le nouveau à la tradition, par le futur au passé et au présent. Quand elle le fait au nom du droit à la parole libre, fondement de la psychanalyse, cela n’est pas toujours confortable, et parfois même dangereux. Cette position féminine, qui se confronte à ce que Freud appelle « refus de la féminité »4, rejoint celle de l’analyste en tant qu’il soutient l’Un-tout-seul.
Que nous soyons femmes ou hommes, nous sommes confrontés à notre propre refus du féminin. De même, ce refus n’est pas uniquement l’apanage de pays où le régime s’accroche au père fondamentaliste. Quand les représentants des neurosciences et du marteau sans tête qu’est l’évaluation s’en prennent à la psychanalyse, ils réalisent ce refus. Sous la barre de l’évaluation, il y a un fondamentalisme. Sauf que c’est plus soft. La démocratie nous protège. On s’en prend à notre pratique, on la dit inapte à soigner l’autisme aujourd’hui (l’hystérie demain), mais on ne s’en prend pas à notre corps.
Sur la scène du langage
On le constate depuis quelques années, la parole sur le sexuel a été arrachée au refoulement. Elle est souvent la scène d’une sorte de reality show, d’une tentative désespérée non pas de témoigner de la chose, mais de la rejoindre via le signifiant. Mais elle est aussi la scène de nouveaux modes de l’art d’écrire, qui vise un point au-delà des vérités, à partir d’un amour du réel. La généralisation de ces effets sur le langage ne nous permet plus de les lire comme le lot exclusif d’une structure particulière, perverse ou psychotique par exemple. Après l’Œdipe, nous y voyons plutôt autant de tentatives d’atteindre l’Un-tout-seul en tant que produit de la rencontre entre le corps et le signifiant. Le psychanalyste accueille ces phénomènes et soutient la voie sinthomatique qui s’élabore à partir de ce point. Car pour la psychanalyse la jouissance se borde par un style singulier qui se précise, qui s’épure.
Rendez-vous à PIPOL 6 où on parlera de tout ça, et d’autres choses encore.
Gil Caroz
1 Au verso de l’affiche, PIPOL NEWS 0
2 MILLER J.-A., Les Tout-seuls, cours de l’année 2010-2011, séance du 9 février 2011, à paraître.
3 LACAN J. Le séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 74.
4 FREUD S., « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin » (1937), Résultats, idées, problèmes (II), 1985, p.268.
Pipol News 33 - 23/03/2013
Pour que quelque chose résonne, il faut le corps. La transmission en psychanalyse. [1]
Leonora Troianovski, ELP, Barcelone
Suivant la voie ouverte par Pipol 5, le praticien devient, avec Pipol 6, partie prenante du cas, le singulier relayant l’universel. Je trouve là un fil pour penser la question de la transmission en psychanalyse : la théorie nouée àl'expérience.
Le savoir en question dans cette transmission peut-il se passer du corps ? Le cas d'une jeune fille m'a récemment appris comment la « réalité virtuelle » peut nécessiter une « présence ». Elle me disait : « Je passe toute la journée dessus, sur Facebook, je peux parler ». Mais elle pouvait aussi repérer ce qu’elle ôtait du circuit : « Quand je suis à l’université, bien que j’aie toujours envie de m’en aller, j’attends à chaque fois que tous les autres s’en aillent, et quand ils sont partis, je pense qu’ils m’ont abandonnée. » Ça veut dire qu’entre y aller et ne pas y aller avec son corps, il y a des choses qui se passent…
Pour chacun, quelque chose de la présence du corps dans la rencontre avec l’autre, introduit castration et désir : il y a des moments clefs, un espace du regard dont on ne peut se soustraire que par un acte, mais il y a aussi possibilité d'une rencontre « sans préalable » avec le réel, l'altérité qui survient dans la plus pure contingence.
Au cours de la huitième conversation clinique de Barcelone[2], nous étions « prisonniers » (plus d’un aurait voulu s’en échapper) de cette dimension de la rencontre. Là où on attendait un enseignement, la transmission d’un savoir sur la clinique, nous nous sommes rencontrés. Ce fut autre chose ! Quelque chose qui transcende ce cadre[3] et qui a touché, a fait écho dans le corps de chacun.
Ce qu’on peut en penser après coup, c’est qu’à cause de cela, justement, la transmission d’un savoir sur la clinique a eu lieu !
Les échos produits (que les témoignages des participants situent dans un éventail qui va de l'enthousiasme à l'inconfort et jusqu’à l’angoisse) m’enseignent que la transmission dont il s’agit en psychanalyse ne passe pas seulement par ce qui se lit, même quand cela s’entend, si cette lecture et cette écoute se réduisent à un redoublement du message.
Au contraire, nous constatons une fois de plus que « cela se passe » dans la mesure où, comme le dit Lacan dans ses Écrits, le lecteur doit y mettre du sien.
Depuis quelque temps, je pense aux « Actes de l'École » et à son rôle dans la formation de l'analyste et dans la transmission de la psychanalyse. Pendant un long moment, les Rencontres, Congrès, Conversations, et même les Assemblées étaient pour moi l’occasion d’« apprendre », de prendre note du savoir qui s’y dépliait.
Cette prise de notes avait un double sens, le transfert des connaissances de l'autre vers mes cahiers, mais aussi le soutient de l’Autre du Savoir, un « prendre note » de son existence ! Des choses me sont arrivées, en particulier dans la mesure où je consentais à « me rendre », à y mettre le corps et à écouter ce qui se disait. Ensuite, l’analyse en recevait l’écho. « (…) l'enseignement pourrait être fait pour faire barrière au savoir[4] », écrit Lacan et, de fait, ces échos mettaient en jeu quelque chose d'un autre ordre.
À un moment précis, j'ai « découvert » que ce qui avait un effet de formation, un effet subjectif, avait beaucoup à voir avec ma présence auxévénements. Le transfert du savoir avait résonné dans le corps, l’avait divisé ou surpris, l’interrogeait, l’angoissait, l’incommodait, produisait de nouvelles connexions, de nouvelles lectures.
Ce déplacement implique une bascule du signifiant École vers le signifiant Acte : pour qu’il y ait acte, il faut y mettre le corps. Les résonances diverses de l’événement de Barcelone – je pense que nous pouvons déjà l'appeler ainsi, vu les effets qu’il produit – les diverses interprétations et émotions qu’il a suscitées constituent, à mon avis, le Sujet École.
À ce sujet vivant qui palpite, qui, avec l’École, fait l’expérience de la psychanalyse, seul comme il l’a toujours été dans sa relation à la cause psychanalytique[5], il appartient de faire avec ces effets, puis, s’il le désire, de mettre encore en jeu, une fois de plus, son corps dans son acte.
Dans cet esprit, je pensais à une certaine dimension de la politique en psychanalyse, comme à une conjecture dans laquelle on est obligé de prendre position. Ce qui fait le psychanalyste, je pense, c'est la dimension éthique de sa responsabilité en la matière.
Dans « Le banquet des analystes »[6], Jacques‑Alain Miller nous rappelle la thèse très forte de Lacan en matière de transmission de la psychanalyse – thèse en raison de laquelle il fonde son école : « L'enseignement de la psychanalyse ne peut se transmettre d'un sujet à un autre que par les voies d'un transfert de travail... ».
Je comprends que parler de transfert en ce qui concerne la transmission nous montre le nouage structural qu’il y a en psychanalyse entre théorie et pratique, ce qui met au premier plan la dimension de l'expérience.
Nous pouvons donc dire qu'il n'y a pas de théorie sans lien à l’expérience, l’expérience de l’incalculable, en quelque sorte[7].
Les Actes de l’École – en tant qu’actes et non en tant qu’activités – montrent l’aspect central du corps dans la formation de l'analyste : sa présence et son consentement à recevoir en lui les échos de chaque rencontre, de même que le choix répété de prendre à sa charge le travail de lecture de ce qui s’y écrit pour chacun.
Pipol News 32 - 22/03/2013
Comment contrôler ceux qui croient à la clinique du Tout ?
Dossia Avdelidi, NLS, Athènes
L'objet "rien" comme préliminaire à tout traitement possible de l'Anorexie Mentale
Charlotte Laplace, ACF-Belgique, Bruxelles
Comment contrôler ceux qui croient à la clinique du Tout ?
Dossia Avdelidi, NLS, Athènes
Mon intention est de vous faire part de mon expérience en tant que contrôleuse d’une équipe de psychologues dans un centre de santé mentale. Comment une analyste lacanienne peut-elle contrôler à la fois un psychothérapeute cognitivo-analytique, une psychothérapeute cognitivo-comportementale, un conseiller philosophique – jusqu’à mon arrivée dans le centre j’ignorais l’existence de ce terme –, une thérapeute systémique et une Gestalt-thérapeute ? Voilà le problème face auquel j’ai été confrontée. Ces praticiens utilisent des techniques – le mot parle de lui-même – totalement contraires à l’éthique de la psychanalyse.
Ainsi ai-je découvert avec stupeur que les cognitivistes proposaient des exercices de masturbation à ceux qui avaient des problèmes sexuels et que leurs conseils ressemblaient davantage à des décrets. Je ne me réfèrerai ici qu’à quelques-unes des techniques utilisées par ces approches. La psychothérapie existentielle visant à surmonter la rupture entre le Moi et le corps utilise des techniques commela reconnexion avec l’être corporel, le développement d’une plus grande prise de conscience du vécu interne, la kinesthésie (connaissance de la sensation du corps et de ses mouvements) et l’attention émotionnelle à la façon dont on s’exprime avec notre corps.
Pour traiter le trouble d’anxiété généralisée, le psychothérapeute cognitivo-analytique propose des exercices de respiration diaphragmatique, de relaxation musculaire progressive et de relaxation dans l’imaginaire, alors que pour les crises de panique il ajoute aux propositions précédentes l’apprentissage de nouveaux comportements et compétences, des techniques permettant de gérer son temps ou de capter l’attention ainsi que de l’exercice physique. Mais ce qui est particulièrement inquiétant, c’est ce qu’ils nomment intervention ; une intervention qui doit être, concernant notamment les questions sexuelles, tout à fait précise, comme ils le soulignent. Elle comprend la thérapie de couple, l’amélioration de la communication au sein du couple, des techniques de résolution de problèmes, des exercices de focalisation sensuelle, l’utilisation de l’imagination ou d’un matériel érotique quelconque, voire l’intervention à l’aide d’un programme de masturbation ! Quant au conseiller philosophique, il ne croit guère à l’existence de l’inconscient. D’autres tout au moins y croient, même s’ils choisissent simplement de l’ignorer, de l’écarter, de considérer que là n’est pas la question.
Comment donc, à l’époque de l’au-delà del’Œdipe, à l’époque de l’Un-tout-seul, une lacanienne toute-seule peut-elle se rebeller contre la technique, le protocole, l’orthopraxie et le pour tout x phi de x ? La clinique du pas-tout fut ma réponse.
Jacques-Alain Miller nous invite à substituer à notre croyance au tout, le Un. Il estime que le tout dernier enseignement de Lacan explore l’au-delà de l’Œdipe non pas au seul bénéfice de la femme, mais de tout être parlant : « Ce tout dernier enseignement de Lacan explore donc l’au-delà de l’Œdipe, mais pas au seul bénéfice de la femme, il pose que pas pour tout x, phi de x est aussi bien la loi de l’être parlant comme tel»[1], affirme-t-il. Lacan a pu dégager le sinthome parce qu’il a généralisé la formule du pas pour tout x, phi de x. Pour tout être parlant, il y a une part de jouissance qui échappe au phallus, qui n’entre pas dans le symbolique.
Dans la « Préface à “ l’Éveil du printemps” » Lacan nous enseigne que « si ça rate c’est pour chacun »[2]. Le sexuel fait trou dans le réel pour chacun. Toute la jouissance ne peut pas se signifiantiser. Le rapport sexuel n’existe pas indique l’existence d’un trou. Il y a du non symbolisable.
Jusqu’au dernier enseignement, le régime de la jouissance était conçu à partir du mâle, alors que dans le dernier enseignement c’est à partir du féminin que la jouissance est conçue. « La jouissance comme telle est la jouissance non-œdipienne, c’est-à-dire conçue comme soustraite, ou comme en dehors de la machinerie de l’Œdipe. C’est la jouissance réduite à l’évènement de corps »[3].
L’étude de la sexualité féminine a permis à Lacan de lever le voile sur cette jouissance où se situe le sinthome, jouissance que Miller nomme d’addiction, et qui n’a de rapport qu’avec l’Un tout seul, le S1 sans le S2. La clinique contemporaine est une clinique du pas-tout.
Au moment où Lacan fonde son école, il met en question le Nom-du-Père. Lacan a créé une École en rupture avec la tradition, l’orthodoxie, l’orthopraxie et le Nom-du-Père. Du désir de Freud de sauver le père, d’un désir soutenu par un fantasme, d’un désir qui n’est pas pur, a procédé une communauté qui a pris la forme d’une Société régie par le principe de l’exception. Il y en a au moins un qui est en position d’exception par rapport à la castration. Mais « le discours analytique, comme nous le rappelle J.-A. Miller, c’est la psychanalyse au-delà de l’Œdipe, autrement dit, la psychanalyse moins le désir de Freud »[4].
C’est cette rupture avec la tradition, l’orthodoxie et l’orthopraxie que nous enseignent les principes directeurs de l’acte analytique présentés par Éric Laurent en 2006 à l’assemblée générale de l’AMP[5]. Je n’en mentionnerai ici que deux :
« Il n’y a pas de cure standard, pas de protocole général qui régirait la séance et la cure psychanalytique ».
« La psychanalyse ne peut déterminer sa visée et sa fin en termes d’adaptation de la singularité du sujet à des normes, des règles, des déterminations standard de la réalité ».
Le premier cas que j’ai été appelée à contrôler est celui d’une névrose obsessionnelle grave. La psychothérapeute cognitivo-comportementale m’explique alors qu’elle ne peut pas faire avancer la cure, qu’elle est bloquée, parce que toutes ses tentatives sont vaines.
Mais voyons le cas de plus près. Il s’agit d’une jeune femme qui présente des symptômes obsessionnels graves. Elle se lave les mains sans cesse, passe des heures aux toilettes et a peur des microbes et des maladies infectieuses, en particulier du SIDA. Elle ne touche à aucune poignée de porte les mains nues. En fait, ce dont elle a peur, c’est de transmettre aux autres un microbe dont elle serait porteuse. Ses symptômes sont apparus un an plus tôt lorsqu’elle a entendu sa sœur dans la chambre voisine faire l’amour. Elle a éprouvé alors le sentiment qu’elle allait se retrouver seule, que sa sœur allait l’abandonner. Il s’agit du moment du déclenchement. De son enfance, elle n’a pas grand-chose à raconter. Pas de névrose infantile.
D’après ce que j’apprends, la sexualité est une question qui pose problème à cette jeune fille. Elle n’a pratiquement jamais eu de relations et ne supporte pas de parler des questions sexuelles. La thérapeute cognitivo-comportementale me dit qu’elle a beaucoup de mal avec la patiente en question car bien qu’elle insiste à lui poser des questions sur sa sexualité, celle-ci ne répond pas. Elle se déclare choquée du fait que cette jeune femme n’a aucun rapport avec sa sexualité, alors que tout le monde en a un. J’essaie de la mettre en rapport avec son sexe mais je n’y arrive pas. Ce n’est pas normal. Elle n’y a jamais touché, me dit-elle. Je crie presque alors d’une voix désespérée : Ne touchez pas à ce qu’elle ne peut pas toucher. L’hypothèse de la psychose ne lui avait même pas traversé l’esprit. Les apparences sont trompeuses : évidence pour nous, terra incognita pour eux.
Tout le monde a un rapport avec sa sexualité est l’axiome avec lequel cette thérapeute cognitivo-comportementale a dirigé cette patiente. Plongée dans les protocoles, les techniques et les contrats thérapeutiques comment trouver le temps de faire face à la singularité du sujet ? Et de quelle singularité parle-t-on puisque les techniques de ces thérapeutes s’appliquent à tous ? Elles sont littéralement pour tout le monde. Les nouvelles de l’au-delà de l’Œdipe ne leur sont sans doute pas parvenues. Peut-être parce que pour que l’on puisse parler de l’époque de l’au-delà, encore faut-il être passé par l’époque de l’Œdipe !
[1]Miller J.-A., L’Être et l’Un, cours du 2 mars 2011 ; inédit.
[2]Lacan J., Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 561.
[3]Miller J.-A., L’Être et l’Un, op.cit.
[4]Miller J.-A., « Petite introduction à l’au-delà de l’Œdipe », in La Cause Freudienne no 21, mai 1992, p. 3, version cd-rom.
[5]Eric, Laurent, Principes directeurs de l’acte psychanalytique, http://www.causefreudienne.net/ecole/textes-fondateurs/principes-directeurs-de-l-acte-psychanalytique
L'objet "rien" comme préliminaire à tout traitement possible de l'Anorexie Mentale
Charlotte Laplace, ACF-Belgique, Bruxelles
Ce titre, directement inspiré du célèbre écrit du Dr. Lacan D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose, est un hommage à ces patients que nous rencontrons dans le lieu de l'institution et à Lacan qui a su élever ces patients à la dignité de sujets. Ce titre est aussi l'hypothèse préliminaire que nous posons quant à l'objet pulsionnel de l'Anorexie Mentale, comme étant le "rien", et ceci pour envisager son traitement. J'en ferai ici une interprétation brève, suivie d'une vignette clinique.
L'Anorexie est un trouble avant tout psychiatrique. Si elle relève d'une causalité psychique, comme son nom l'indique, elle est en effet aussi marquée par un déni massif. À quoi s'ajoute le risque mortel, conséquence de la non-alimentation.
Le cadre de l'Unité des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA), de la clinique La Ramée, se structure autour de soins spécialisés de l'Anorexie et de la Boulimie.
Le Docteur Passelecq, qui en est le directeur thérapeutique, pose, dès l'entrée du patient, l'objectif du contrat poids (S1), et l'utilise comme critère clinique fondamental du progrès thérapeutique médical et de subjectivation de la causalité psychique par la patiente anorexique. C'est que l'objet "rien", visé par la pulsion orale (1), est justement ce dont il faut départir l'anorexique, bien au delà de l'enjeux crucial lié au poids.
Le "Non" de l'anorexique ne cause pas son désir. Ce "Non" est S1 qui répond au S1 "Mange !"
La Boulimie, l'envers tragique de l'anorexie, s'épuise, quant à elle, dans un "Oui" tout aussi figé. Il nous faut repérer à la fois la similitude et la tentative de différenciation, introduites dans ces "Oui-Non", pour penser l'opération à produire.
"Trouer le signifiant", cette formule de la psychanalyse appliquée, trouve ici son essor, pour penser une réponse singulière à produire à l'endroit du sujet. Une réponse, un S2 singulier, à ce S1 universel selon lequel il faut manger pour vivre !
A la clinique la Ramée, ce S1 impersonnel est néanmoins et paradoxalement soutenu. Il est soutenu à partir d'un ensemble d'accompagnements : entretiens médicaux et paramédicaux, activités quotidiennes, qui sont obligatoires, mais qui sont envisagés dans la perspective d'amener le sujet à s'inventer un S2.
Ma fonction de responsable d'Activités Thérapeutiques (2) consiste à tenter de déplacer ce "rien", mangé par l'Anorexique, sur des médias. Je rencontre également les patients pour, je le dirais ainsi, créer un accrochage singulier.
En guise d'exemple de cette pratique, je prendrai Judith. Celle-ci refuse de lâcher sa volonté de ne pas s'alimenter car, dit-elle, c'est la seule chose qu'elle éprouve comme une réussite personnelle. Par ailleurs, elle considère le reste de sa vie comme un échec total. C'est comme un constat qu'elle fait et qui la tient dès lors qu'elle manifeste des angoisses intenses, et que les soignants tentent d'en relativiser l'impact mortifère.
Quand je la rencontre, une autre valeur qu'elle se donne m'apparaît d'emblée, c'est sa parole qui s'insulte. Je fais alors l'hypothèse que cette solution du ne "rien" manger, qui fait pour elle sa valeur, doit sans doute être aussi une non-valeur : elle s'insulte. A la fois, elle a de la valeur à vider la volonté orale qui la vise, et de la non-valeur quant au reste de sa vie, non valeur qu'elle doit soutenir pour ne pas "être dévorée" par cette même volonté orale. Ce paradoxe mortel, je consens à lui en faire hommage comme "trait-tement", pour ensuite tenter de lui ouvrir un autre accès. Son être entier peut s'en départir pour laisser place à des objets qui peuvent occuper la fonction.
Une conversation s'entame, suivie de beaucoup d'autres, où nous traiterons ensemble les différents points de son physique ou de sa vie, qui la terrassent. Un de ceux-ci concerne sa voix qu'elle qualifie de nasillarde. "Nazi" est le terme que j'attrape sans le lui dire. Je lui indique seulement la possibilité de travailler sa voix avec un musicien qui travaille dans mon service. Elle accepte. Ensuite, je l'interroge sur son histoire en tant que juive et sur le terme "Nazi". Là-dessus, elle me dira, entre autres choses, qu'elle ne cesse d'entendre ce qui ne se dit pas dans sa famille : dès lors qu'elle les interroge sur l'impact de la déportation, un silence s'installe. Je saute sur l'occasion pour lui dire qu'entendre ainsi les choses est un trait de grande intelligence. Elle consent au compliment et me renvoie le même trait ! Nous commencerons, à partir de cette amorce du lien avec moi, un vrai travail.
Du lacanien dans l'institution,titre de notre soirée, je le situerai à l'endroit de ma pratique à partir des faits suivants :
D'une part, le "Réel" est à situer à différents niveaux : le "notre" à soutenir par la cure comme orientation, celui de l'institution à situer pour "faire-avec", et celui du sujet à traiter thérapeutiquement pour réduire l'impact mortifère.
D'autre part, il est nécessaire que nous incarnions nos dires dans un style singulier, et ceci pour humaniser notre fonction nommée par l'institution.
En guise de conclusion, je vous laisse avec les paroles d'Edith Piaf que Judith a choisie avec le musicien pour enregistrer sa voix et pour, dit-elle, l'entendre enfin : "Non! Rien de rien. Non! Je ne regrette rien."
(1) En guise d'introduction à la compréhension de l'objet "rien" je vous invite à l'excellent compte rendu qui se trouve sur internet d'une conférence d'Anne Lysy: http://pontfreudien.org/content/anne-lysy-lanorexie-je-mange-rien
(2) Mon équipe est composée de 11 personnes dont les formations sont les suivantes: Ergothérapie, Artistiques: -Théâtre,Musique, Écriture, Peinture, Sculpture, Dessin, Stylisme et Sportive.
Pipol News 31 - 20/03/2013
COMUNIDAD DE CATALUNYA de la ELP
Espacio Hacia el Pipol
Resumen
Sesión del 19 de febrero de 2013 (Vicente Palomera e Iván Ruiz)
Sesión del 19 marzo 2013 (Anna Aromí)
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Reseña de la sesión del 19 de febrero de 2013
Intervinieron: Vicente Palomera e Iván Ruiz.
Moderó: Neus Carbonell
Reseña realizada por Mario Izcovich
Asistimos a una sesión con dos intervenciones que un principio parecían desconectadas una de la otra, sin embargo, el debate nos permitió encontrar los puntos que tenían en común que no era otra cosa que la forma de abordar la cuestión a partir del después del Edipo, no pensada como una cuestión temporal en el que después podría suponer, sino a partir de una lógica distinta y una lectura apoyada en la última enseñanza de Lacan.
La presentación de Iván Ruiz giró en torno a la cuestión del autismo tomando como índice una experiencia con niños autistas realizada con la Asociación TEAdir. Se trata de un taller que se realiza una vez a la semana durante dos horas.
Iván Ruiz se pregunta y nos pregunta: … “¿cómo puede un sujeto ubicarse en el lazo social si su posición es externa a él? … “¿Cuál es el discurso que conviene en una institución que acoja a sujetos que no se han instituido previamente en él?... En efecto, para el psicótico y el autista se trata de entrada de la institución previa en el discurso”…
Ruiz siguiendo a Lacan señala que el sujeto autista está fuera del discurso pero está en el lenguaje. Se pregunta: … “¿qué institución podemos proponer desde el psicoanálisis? La experiencia, y luego la viñeta, que nos presentó, se orientan por la práctica entre varios.
… “La apuesta, señala Ruiz, es la de inventar modalidades que permitan hacerse partenaire del sujeto y que anuden el Otro de la palabra con el Otro del lenguaje, excluyendo el goce, que siempre está en exceso”...
Citó a Di Ciaccia cuando señala que la práctica entre varios es un bricolage que sirve para cubrir los agujeros de la estructura y permite al sujeto autista decir no al Otro del goce mortífero y sí al Otro de la cadena significante. Para luego añadir: … “no existe una pretensión concreta sobre lo que se espera de cada niño, pero sí una oferta para su inscripción en la cadena significante”...
Ruiz se apoyó en una viñeta de un niño de cuatro años que asiste al taller. Y señaló que la experiencia busca prescindir del marco educativo como tal. En cambio, señaló: … “Y no será sino en las exigencias que el caso impone donde podrán encontrarse los modos de forzar dulcemente al sujeto a entrar en el campo de la palabra, en la posibilidad del encuentro, y en el esbozo de un lugar para el llamado y la demanda…
Vicente Palomera a partir del artículo de S. Freud de 1913 “Dos mentiras infantiles” introdujo una relectura de la viñeta de Freud desde la perspectiva del después del Edipo. Vimos con Palomera como hay dos interpretaciones posibles. La interpretación desde el Edipo, que en este caso pone la cuestión de la culpabilidad y el amor al padre en el centro y la interpretación del después del Edipo, relectura de lo dicho por Freud a partir de la homofonía Eeis (hielo) - Kreis (círculo) - Glace (helado) - Glas (vidrio) que conecta con el síntoma de la mujer adulta, que no es otro que temor angustioso a los fragmentos de vidrio.
El animado debate giró en torno a dos cuestiones que nos interpelan y en relación al Segundo Congreso de la Eurofederación. El sintagma después del Edipo y que es para el psicoanálisis una institución en la actualidad.
Así como el Padre ya no es más lo que era, las instituciones después del Edipo tampoco ya no son lo que eran. En las instituciones del tiempo del Edipo había una respuesta establecida, en cambio en este después del Edipo se trabaja sin la buena respuesta. Hay algo a inventar en cada caso. Los practicantes analizantes lo están como sujetos de la experiencia, así el saber queda suspendido.
Finalmente se discutió acerca de la posición del analista. De un lado el analista que se presta a algo y del otro se propone, como posición en relación a los autistas, la expresión forzar dulcemente que se plantea como una paradoja. Ciertamente el forzamiento existe siempre, por ejemplo cuando en el dispositivo del análisis se le pide a un paciente que asocie libremente. Su lado paradojal señala precisamente que toca algo del fantasma del analista.
Mario Izcovich
Sesión del 19 marzo 2013
Anna Aromí, ELP, Barcelona
Las Jornadas de la ECF de 2009, tituladas "¿Cómo se deviene analista en los inicios del S. XXI?" marcaron un antes y un después en el uso del significante "el analista". Ocurrió a partir de la puesta en circulación, por parte de Jacques-Alain Miller, del sintagma "analista-analizante". Por su parte, el Encuentro Pipol de 2013 ha propuesto, para trabajar el tema "Después del Edipo. Diversidad de la práctica psicoanalítica en Europa" un nuevo sintagma, el de "practicante analizante". ¿Qué podemos decir de estos nuevos sintagmas?, ¿a qué responden?
Por otro lado, del practicante analizante, dice Gil Caroz en su presentación del Pipol, se esperan invenciones en la práctica. ¿De qué invenciones se trata? y ¿de qué dependen? Estos son algunos de los interrogantes que me interesa proponer a la conversación.
La invención del practicante-analizante
1. ¿Qué trae de nuevo el practicante-analizante?
Las Jornadas de la ECF en 2009 constituyeron un verdadero acontecimiento. Para abordar la cuestión de ¿Cómo volverse analista en el S. XXI?, J.-A. Miller propuso el término analista-analizante, y con él produjo un desplazamiento y una interpretación que anudaba de una nueva manera psicoanálisis puro y psicoanálisis aplicado. Recordemos que era la época de los ataques de los representantes de la evaluación contra el psicoanálisis, y por tanto, como respuesta, la época de la utilidad pública del psicoanálisis y del psicoanálisis aplicado. El analista-analizante entonces ponía el acento en la idea de que el campo de aplicación del psicoanálisis no depende de ninguna técnica sino de una ética, la ética de lo real, y que esa ética del analista se forja, se produce, en su propio análisis.
El problema, como dice Miller en Sutilezas analíticas, es que si a los operadores se les llama analistas, no es de extrañar que ocurran fenómenos no deseables en las autorizaciones. De ahí, me parece, la aparición del “practicante-analizante” en el horizonte del Pipol 6. Practicante es un término que encontramos en la Proposición, pero que usado de esta nueva manera deja abierta la posibilidad de que el operador se haya -o no- autorizado como analista. No es eso lo que más cuenta. Lo importante es la relación de cada uno con su propio inconsciente. “Ser analista no es analizar a los demás, dice Miller en Sutilezas analíticas (12/11/2008), es primeramente continuar analizándose, continuar siendo analizante, como Freud” de su propio inconsciente. Esta sencilla formulación tiene sin embargo consecuencias enormes, porque si reducimos el psicoanálisis al ejercico profesional de los psicoanalistas quedamos confundidos con los psy y con los trabajadores sociales. Entonces, si hay un baremo para medir al practicante en relación con el psicoanálisis, no es su ejercico profesional, sino su relación con su propio inconsciente. Me parece que en este punto ha habido un paso entre el Pipol 5, con la cuestión de intentar localizar el analista en el clínico, y el Pipol 6 con el practicante analizante. El foco se ha desplazado de la clínica, del reinado de la clínica por así decir, a otra cosa: a la cuestíon de saber cómo cada uno se las apaña para mantenerse en posición analizante. Y a veces esoresulta más fácil de decir que de hacer.
Y es que todas estas cuestiones no son fáciles de pensar. Hay obstáculos. Me parece que uno de los obstáculos es que estamos sometidos a una fuerte tendencia a pensar las cosas de dos en dos. Tendemos a hacer parejas. Esto es así por la propia estructura del sujeto, que organiza su pensamiento a partir del estadío del espejo, pero también por la estructura del lenguaje, que esbinario, S1-S2. Y, aunque repetimos “la proporción sexual no existe”, esto no impide que la hagamos exisitir a veces, sin darnos cuenta, por ejemplo en la forma de pensar la experiencia analítica. Porque la proporción sexual no existe pero la proporción analítica tampoco. Es decir que la transferencia es la ficción, es el semblante operativo que se necesita para transitar un análisis, pero esto no distribuye la experiencia en dos campos: el campo del analista y el campo del analizante, como se tendería a pensar. Se trata de otra cosa, de otro tipo de anudamiento. Me parece que la “revolución” en la que nos encontramos actualmente implica esto: que analista y analizante no ocupan dos campos distintos en la experiencia, sino que ambos están del mismo lado, llamando a la puerta del inconsciente. Es lo más importante, me parece, de estos términos nuevos analista-analizante o practicante-analizante: que nossitúan a todos teniendo que pensar de una manera distinta a la del discursocorriente, incluso al discurso corriente del lacanismo, donde hemos aprendido lo que sabemos, que nos ha servido y nos sirve para orientarnos.
2. Invenciones en la práctica
Que el ejercicio del practicante analizante pueda apoyarse en invenciones me parece completamente coherente con la idea de Miller en su curso de 2011, El ser y el Uno, cuando dice que en el fondo el psicoanálisis no se puede transmitir, sino que el psicoanálisis se tiene que re-inventar con cada paciente. Es una propuesta maximalista, aunque bien freudiana, que hace verhasta qué punto la experiencia analítica está, o debería estar, gobernada por lo singular en cada sujeto de su relación con un real sin ley. En este registro podemos decir que la invención forma parte indisoluble del psicoanálisis.
Pero de esto también se desprende otra cosa, y Miller lo explica de manera detallada y preciosa en Sutilezas (10/12/2008) y es que, cuando franqueamos el umbral del psicoanálisis, lo referido a lo terapéutico y a lo clínico queda atrás. Y aquí entra en juego un elemento primordial que es lamanera que tengamos de concebir el síntoma, porque el síntoma como disfuncionamiento llama a la clasificación y a la terapéutica, mientras que el sinthome, que no es pregunta sino respuesta a lo real, es un inclasificable y no se puede terapeutizar. En este sentido, la clínica es el arte de la clasificación, incluso de la clasificación lacaniana neurosis/psicosis. ¿Sepuede hacer sin? Sí, sin duda, y tenemos ya numerosos ejemplos de ello en los testimonios de los AE, pero también, sin ir más lejos, en el Seminario del Campo Freudiano de Barcelona tuvimos un ejemplo con el trabajo que presentóNeus Carbonell y el comentario de Mª Hélène Brousse resaltando la ausencia de clasificación diagnóstica en el caso, porque no hubiera cambiado nada decir que era un caso de neurosis o psicosis, no era eso lo interesante de lo que enseñaba.
Ahora bien, conviene aclarar que esta nueva perspectiva no significa que las estructuras se borren, no quiere decir que no sirvan para nada, significa que las estructuras no son la única guía, la más importante, ni siquiera la más interesante.
Inventar significa esto: con cada paciente lo que conviene, pero teniendo en cuenta –y esto es lo nuevo- que las estructuras no alcanzan para dar cuenta de la relación del parlêtre con lo real. Es decir que podemos prescindir de las estructuras a condición que sepamos servirnos de ellas cuando sea conveniente. Dejar la clínica atrás significa, como dice Gil Caroz en su Presentación de Pipol 6, que “hay tantas clases como casos”.
Otro elemento que está cambiando en la forma que teníamos de considerarlo hasta ahora es el goce. Nos hemos formado en la consideración del goce como lo opuesto al placer y por tanto como un mal para el sujeto, un exceso a reducir, mientras que la nueva perspectiva del sinthome hace aparecer otra dimensión del goce, que engloba la dialéctica placer/goce y que la supera. Es la parte de goce que hay en cada uno vinculada a un real sin ley, que no entra en dialéctica con nada ni nadie, es el goce del cuerpo que se goza solo, sin Otro, y Miller pone ahí el ejemplo de Alien para ilustrarlo. Por eso, este goce nos hace entrar en otra zona distinta, una zona que empezamos a explorar, una zona que a Lacan le hizo desear cambiar de nombre al inconsciente y llamarlo parlêtre. Se entiende entonces que Miller diga que la perspectiva del sinthome nos separa de la clínica clasificatoria y que, por eso, abandona tranquilamente al DSM el término de clínica.
Con todo esto, la práctica del psicoanálisis cambia de acento y se trata entonces de llevar la trama de discurso del paciente -con el Edipo, las identificaciones, los sentidos gozados, etc.-, a esa zona primordial fuera de articulación, fuera de sentido. Es decir, se trata de reconducir al sujeto a reconocerse en su existencia contingente, fuera de todo sentido. Por esto no basta con el síntoma, que no deja de estar vinculado al Edipo y al sentido, y por esto hablamos ahora del sinthome porque es el elemento que nos sirve para designar lo radicalmente singular fuera de toda clasificación. Para decirlo con Gil Caroz en su Presentación, “los avances más recientes de J.-A. Miller permiten atravesar el estándart edípico para cernir el armazón, el nudo, que el sujeto se ha construído para cernir su existencia, el goce que se ha producido del encuentro contingente entre el significante y el cuerpo –punto extremo de singularidad que llamamos el Uno solo”. Ahí “el practicante puede aprender de aquellos que exploran esta zona del ultrapase, para tender hacia una dimensión de invención necesaria para esos sujetos para quienes el estándart edípico no brinda ninguna orientación eficaz”.
Un ejemplo personal. Mientras estudiaba en la Universidad, un acontecimiento traumático sacudió mi existencia y, por un azar, me encontré dirigiéndome al psicoanálisis. Fue un encuentro, traumático también, pero de una índole muy distinta porque cambió mi vida. Más adelante, superado el impasse, y habiendo conocido algo más del psicoanálisis, me decidí a emprender la formación y a cambiar de analista por uno de orientación lacaniana. En esa época era posible, sin ser psicólogo ni médico, ofrecerse como “colaborador voluntario” en instituciones psiquiátricas o, como empezaban a llamarse, de “salud mental”. Era a principios de los años 80. Así entré en varias instituciones, desde el IMPU (Instituto Municipal de Psiquiatría de Urgencias), donde me cedieron el espacio de terapia de grupo con pacientes psicóticos, hasta el Centro de Salud Mental Nou Barris del que formé parte del pequeño equipo que lo puso en marcha.
Lo común de todo ese recorrido, lo recuerdo bien, era una búsqueda imperiosa de orientación clínica. A pesar de que los casos que llevaba en general funcionaban bien, en un punto siempre me encontraba desorientada, siempre encontraba algo que no entendía y que achacaba a una necesidad de mayor precisión diagnóstica. Al principio lo relacionaba con mi falta de formación en psicología o psiquiatría pero –habiendo podido hacerlo- no emprendí nunca esos estudios, sino que buscaba insistentemente en los recursos del psicoanálisis: las supervisiones, los seminarios, el análisis. Hasta que en un momento del trabajo analítico me dí cuenta de que el problema no era el diagnóstico de los pacientes, sino el diagnóstico de mi propia demanda. Me dí cuenta de que estaba buscando siempre lo mismo: que el Otro me dijera qué había detrás de las palabras que me dirigían los pacientes. Y eso era exactamente lo que busqué durante muchos años en mi análisis, primero lo que había detrás de las palabras que me había dirigido mi padre y después lo que había detrás de las palabras que yo misma decía.
Por eso me gustó la manera en que Gil Caroz habla del practicante-analizante cuando dice que “lee en la narración del sujeto aquello que está escrito más allá de la pantalla del lenguaje”. Es esta lectura lo que “permite al practicante responder de manera inventiva”. Actualmente puedo decir que intento ejercitarme en una lectura distinta, una lectura de las letras de goce con las que se han tejido los encuentros contingentes de mi vida.
Para concluir yo resumiría este trabajo en dos puntos.
. La condición de la invención depende de que el practicante consienta a estar atravesado por lo que no sabe. Esto significa que se autorice (de forma anticipada) a sostenerse en un “no entender” y de que aquí no rinda las armas, no busque fuera de su propia relación con el inconsciente.
. Si esto es así, si hay una relación de confianza con el inconsciente, con el propio inconsciente, y se trabaja duro durante el tiempo necesario, el acto analítico (el que profirió el analista del practicante y al que el practicante consintió) dará sus frutos. Y mientras no entrega los frutos definitivos, sean cuales sean, ese acto va aestar orientando al practicante, va a dar un marco analítico a su acción, incluso sin él saberlo.
Entonces: confianza en el propio inconsciente, en la medida que es un inconsciente en elaboración permanente, y sostenerse todo lo posible de forma activa en el no saber. ¡Todo un programa!
Pipol News 30 - 19/03/2013
À propos des simultanées
Laura Petrosino
Dans notre époque d’Après l’Œdipe où le symbolique devient de plus en plus incapable de faire une place au réel, tout ce qui relève de l’inattendu, de l’incalculable et de l’imprévisible, est craint. Ce monde contemporain – où le marché propose un univers onirique, où la science cherche à mesurer le réel, à le maîtriser, voire à le faire disparaître – trouve un écho dans le refrain de la chanson du célèbre groupe de rock britannique Radiohead : « No alarms and no surprises ». Ainsi, nous interrogerons à Pipol 6 le fait de savoir comment concevoir une présentation clinique qui puisse transmettre un réel refusé par notre civilisation. De plus, comment mettre en valeur la singularité du sujet mise en péril par les discours normatifs ? La question se pose car nous croyons que l’existence de ce réel contingent qui oriente la psychanalyse lacanienne, dépend non seulement de la clinique mais aussi de sa transmission. Une œuvre de l’artiste contemporain Pablo Reinoso nous permet de penser cette problématique.
Le cadre de l’institution
« Cadre » est le titre que l’artiste a choisi pour cette pièce qui représente un cadre en bois traditionnel mais dont les baguettes qui constituent un des quatre angles s’émancipent de la forme instituée en s’entre-tissant, en se nouant d’une manière singulière. Reinoso fait avec le bois ce que Gaudí faisait avec la pierre.
Cet angle – qui malgré son originalité ne dépasse pas les limites du rectangle, établies par le bord extérieur du cadre – appelle l’attention du spectateur invité à reconnaître dans un objet commun, déjà vu, un détail qui fait naître du nouveau. Autrement dit, dans l’institué, ce que nous savons, ce que nous pouvons anticiper de la forme traditionnelle qui permet d’identifier un objet, l’artiste introduit l’inattendu qui fait irruption et surprend.
Dans les simultanées de Pipol 6, il s’agira d’inclure dans la construction du cas la dimension institutionnelle. Comment entendre cela ? La notion d’institution peut être prise dans le sens classique des lieux tels que l’école, l’hôpital, le centre de santé mentale et même le divan[i], mais aussi au sens de ce qui est routine, régularité, coutumes et règlements. Or, ce qui fait cette régularité pour le sujet, c’est ce cadre, cette grille de lecture, que Lacan appelle la « fenêtre du fantasme ». Alors, cet objet d’art évoque d’abord la dimension institutionnelle dans ce que ce cadre a de traditionnel.
La singularité
Seulement, comme nous disions plus haut, cette œuvre a la particularité de présenter dans un de ses angles une série de nœuds qui introduisent dans la forme classique une singularité qui a à voir avec ce qui est le plus propre au sujet. L’artiste met ainsi en relief une nouveauté en créant une tension entre deux ordres : l’établi et l’inédit.
Ces nœuds surprennent parce qu’ils font partie d’une forme connue qu’en même temps ils débordent. Cet objet permet d’apprécier comment ces deux dimensions de l’institué et de la nouveauté coexistent sans s’exclure et illustre comment le cadre et ce qu’il représente de la structure, est nécessaire pour que l’invention propre au sujet puisse émerger comme surprise[ii].
Par ailleurs, l’originalité de ce cadre qui a la propriété de mettre en relation la structure et les nœuds, nous semble une métaphore heureuse de la façon dont le premier et le dernier enseignement de Lacan peuvent s’articuler dans l’expérience de la psychanalyse. Dans ce fil, nous croyons qu’Après l’Œdipe n’implique pas de se passer de la notion de structure mais de mettre l’accent sur le un par un tout en situant dans chaque cas clinique ce qui est de l’ordre du réel, du symbolique et de l’imaginaire. La direction de la cure, à notre époque, dépendant donc de moins en moins de la référence structurale.
Le vide
Or, comme Jacques-Alain Miller a pu le dire à Comandatuba, le seul principe qui régit la pratique lacanienne est le « ça rate ». Quand nous comprenons comment une interprétation a opéré, il ne s’agit pas d’une interprétation analytique[iii]. Si la surprise est une faille dans l’établi, une erreur dans la régularité, nous pourrions dire que le « ça surprend » est une déclinaison possible du « ça rate ».
Alors, le « cadre » de Reinoso n’est pas un cadre de plus, de la même façon que la roue de bicyclette de Duchamp, élevée au statut d’objet d’art, n’est pas une roue quelconque[iv]. Il n’a pas la fonction de tous les autres cadres, celle de border une représentation. Il permet, au contraire, de cerner l’immensité du fond en isolant un morceau du mur. Il fait exister un vide de représentation là où il n’y avait rien. L’artiste nous surprend ainsi une seconde fois en nous invitant – comme Lacan dans le séminaire XIX[v] – à regarder ce qui passe habituellement inaperçu : le mur lui-même. Cette modalité de la surprise n’est pas, il nous semble, du même ordre que celle produite par les nœuds car elle ne se déduit pas des lois imposées par le cadre, elle n’a aucun rapport avec ce qui la délimite.
Ainsi en appliquant cette œuvre au thème des simultanées, nous pourrions dire que c’est grâce à ce cadre de la construction du cas, incluant et l’institué et l’invention singulière, que ce qui ne peut pas être dit est cerné et devient dés lors susceptible d’être transmis. Gil Caroz[vi] avec Bruno De Halleux l’expliquaient ainsi : « Ce qui me surprend à chaque fois, c'est un sentiment de n'avoir pas su dire l'essentiel. Comme si au cœur de ce que nous racontons de notre clinique, de nos recherches, de nos avancées, se loge un indicible, un petit quelque chose qui vaut comme un noyau invisible, une cause intransmissible, condition pour que cette clinique puisse se déployer ». L’effort de construire un cadre dans l’écriture d’un cas vise alors à faire émerger un vide de représentation en cernant un réel qui est moins récit d’une histoire que série de fragments isolés par une logique. L’enjeu est de taille car si « l’avenir de la psychanalyse dépend de ce qu’il adviendra de ce réel »[vii], l’existence de celui-ci dépend en partie du discours analytique.
A Pipol 6, qui s’inscrit dans les développements de Jacques-Alain Miller à propos de l’Un-tout-seul, nous espérons pouvoir attraper quelque chose de l’ordre du ratage là où il y a eu de la surprise dans l’institué. C’est en faisant émerger ce qui échappe à la norme-mâle que ce qui ne peut pas être dit ni représenté, soit le féminin, ce « noyau invisible », peut se cerner et se transmettre. Car pour que le féminin trouve une place dans l’avenir, ceux qui s’orientent de la psychanalyse lacanienne ont leur partie à jouer dans la civilisation. En y mettant du sien, en étant là, et en faisant partie d’une communauté analytique car il n’y a pas de transmission sans corps et sans autres[viii].
Laura Petrosino
Informations pratiques
Toutes les séances simultanées se dérouleront le premier jour du congrès, soit le samedi 6 juillet 2013, de 10h à 13h et de 15h à 18h. Les textes peuvent être écrits et présentés dans une des cinq langues du congrès : anglais, français, espagnol, italien et néerlandais. Ils sont à envoyer d’ici le 16 avril 2013 à minuit à Laura Petrosino, secrétaire des simultanées (mlpetrosino@gmail.com), et à Gil Caroz (gil.caroz@skynet.be). Les textes sélectionnés seront travaillés avec des « mentors », afin de permettre à chaque orateur de prendre la température de l’Autre et d’affiner son travail avant le Congrès.
Quelques indications techniques concernant le texte :
- L'ensemble ne doit pas dépasser les 9000 signes, espaces compris (15 minutes de parole).
- Caractères : Times New Roman.
- Taille de police : 12
- Format du fichier : Document Word 97-2003
- Nom du fichier : NOM-LANGUE (par exemple : COHEN-FRANÇAIS)
- En haut de la première page, centrés : Titre du texte et en dessous vos nom et prénom.
[i]Bassols, M., « Présence de l’institution dans la clinique », PIPOL NEWS 4 :
http://www.europsychoanalysis.eu/index.php/site/page/fr/7/fr/bulletin/#article-box-157
[ii]Nous nous inspirons des développements de Jacques-Alain Miller dans son article « Introduction à l’érotique du temps », La cause freudienne n°56, Paris, Navarin, pp. 63-85.
[iii]Miller, J.-A.,“Une fantaisie”, Mental, n° 15, 2005, pp 9-27.
[iv]Nous nous inspirons du travail de Gérard Wacjman dans L’objet du siècle, Paris, Verdier, 1998.
[v]Lacan, J., « …ou pire », Séminaire livre XIX, Texte établi par Jacques-Alain Miller, Seuil, Paris, 2011.
[vi]Caroz, G., “Le cas, l’institution et mon expérience de la psychanalyse », Pipol News n°2 :
[vii]Lacan, J., “La troisième”, La Cause freudienne n° 79, Navarin, p. 32.
[viii]cf. Troianovski, L., “Para que algo resuene hace falta el cuerpo. La transmisión en psicoanálisis”. À apparaître dans Pipol News.
Pipol News 29 - 17/03/2013
New Congress Title
Albanian
PAS EDIPIT GRATË ZGJEDHOHEN NË TË ARDHMEN
Rasti klinik, Institucioni dhe përvoja ime e psikanalizës
Arabic
ما بعد الأوديب النساء منحازات للمستقبل
الحالة, المؤسسة, وتجربتي مع التحليل النفسي
Basque
EDIPOAREN ONDOREN EMAKUMEEN ADITZAK ETORKIZUNEAN JOKATZEN DIRA
Kasua, instituzioa eta nire piskoanalisaren esperientzia
Bulgarian
СЛЕД ЕДИПА ЖЕНИТЕ СЕ СПРЯГАТ В БЪДЕЩЕ ВРЕМЕ
Случаят, институцията и моят психоаналитичен опит.
Catalan
DESPRES DE L'EDIP LES DONES ES CONJUGUEN EN FUTUR
El cas, la institució i la meva experiència de la psicoanàlisi
Danish
EFTER ØDIPUS ER KVINDER KONJUGERET I FREMTIDEN
Den kliniske case, institutionen og min erfaring med psykoanalyse
Dutch
NA DE OEDIPUS VERVOEGEN DE VROUWEN ZICH IN DE TOEKOMSTIGE TIJD
Het geval, de instelling en mijn ervaring van de psychoanalyse.
English
AFTER OEDIPUS WOMEN ARE CONJUGATED IN THE FUTURE
The case, the institution and my experience of psychoanalysis
Esperanto
POST LA EDIPA KOMPLEKSO VIRINOJ KONJUGACIIĜAS EN OS-TEMPO
La kazo, la institucio kaj mia psikanaliza sperto.
French
APRES L’ŒDIPE LES FEMMES SE CONJUGUENT AU FUTUR
Le cas, l’institution et mon expérience de la psychanalyse
German
NACH DEM ÖDIPUSKOMPLEX WERDEN FRAUEN IM FUTUR KONJUGIERT
Der Fall, die Institution und meine Erfahrung mit der Psychoanalyse
Greek
ΜΕΤΑ ΤΟ ΟΙΔΙΠΟΔΕΙΟ ΟΙ ΓΥΝΑΙΚΕΣ ΣΤΟ ΜΕΛΛΟΝΤΑ ΧΡΟΝΟ
Η κλινική περίπτωση, το θεσμικό πλαίσιο και η εμπειρία της ψυχανάλυσης
Hebrew
אחרי האדיפוס הנשים מוטות בזמן עתיד
המקרה, המוסד וההתנסות האישית שלי בפסיכואנליזה
Italian
DOPO L'EDIPO LE DONNE SI CONIUGANO AL FUTURO
Il caso, l’istituzione e la mia esperienza della psicoanalisi
Norwegian
ETTER OEDIPUS BØYES KVINNENE I FUTURUM
Den kliniske case, institusjonen og min erfaring med psykoanalyse.
Polish
PO EDYPIE KOBIETY ODMIENIAJĄ SIĘ W CZASIE PRZYSZŁYM
Przypadek, instytucja i moje doświadczenie psychoanalizy.
Russian
ПОСЛЕ ЭДИПА ЖЕНЩИНЫ СКЛОНЯЮТСЯ В БУДУЩЕМ
Случай, учреждение и мой опыт психоанализа.
Spanish
DESPUES DEL EDIPO LAS MUJERES SE CONJUGAN EN FUTURO
El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis
Ukrainian
ПІСЛЯ ЕДИПУ ЖІНКИ ОБЇЄДНУЮТЬСЯ ДЛЯ МАЙБУТНЬОГО
Клінічний випадок, клінічна установа та мій особистий досвід в психоаналізі
Pipol News 28 - 16/03/2013
HACIA EL SEGUNDO CONGRESO DE LA EUROFEDERACIÓN
Antoni Vicens, Presidente de la ELP
La cita de julio en Bruselas se presenta emocionante. Sobre todo tras el cambio de título del Congreso. Este cambio afecta sobre todo a las sesiones del domingo; para el sábado el tema sigue siendo el mismo.
Siempre partimos de la constatación de la unidad del psicoanálisis. Jacques-Alain Miller nos acostumbró a decir que nunca está contraindicado el encuentro con un psicoanalista. Y sea cual sea la modalidad en la que el encuentro entre un psicoanalista y un psicoanalizante se produzca, la misma causa está en juego: esa que nos lleva a emparejar, aunque sea en la dimensión de lo imposible, aunque sea por un instante, el goce con la palabra.
Los trabajos del Segundo Congreso de la EuroFederación de Psicoanálisis, que reúne a las Escuelas de toda Europa, ocuparán entonces dos jornadas de julio. El tema de la primera, organizada en salas simultáneas, queda bien delimitado por las palabras de su Presidente, Gil Caroz: se trata de “acercar, con lo que se dirá, ese punto indecible” ese núcleo invisible, esa causa intransmisible, condición de nuestra clínica, “poniendo de evidencia el triángulo que se forma entre el caso, la institución y la experiencia del psicoanálisis del practicante”. Convengamos en que no es necesario psicoanalizarse para trabajar en el campo de la salud mental; es el caso de la mayoría, seguramente. Pero comprobamos que aquellos que trabajan en una institución y a la vez son psicoanalizantes, tienen siempre algo nuevo que decir. Puede ser que un caso cuyo tratamiento está bajo su responsabilidad lleve a sus asociaciones por un camino inesperado para ellos mismos. Puede ser que los efectos de su trabajo como analizantes encuentre un reflejo en el modo en que, al día siguiente, reciben las demandas de sus pacientes. Puede ser que la experiencia del psicoanálisis proporcione nuevas ideas sobre la organización institucional, que la eximan de los protocolos mortificantes y de las evaluaciones absurdas, y permitan hablar de las relaciones transferenciales que inevitablemente se producen en el uso de la palabra.
Si hay que reconocer una plataforma común entre estos tres lugares (psicoanálisis, práctica, institución) es lo que Lacan denominó lalangue, con lo que quería designar la lengua en su uso, con todos sus idiomas y dialectos, incluido en silencio, y en tanto que nunca dice del todo aquello que creíamos que queríamos decir. Las lenguas son plurales, pero, más que eso, desbordan siempre al ser hablante que se instala en ellas. Hablan entonces el paciente, el analizante, la institución; y, sin saberlo, es la misma lalengua, por aparentes que sean las diferencias.
Por lo que se refiere a las sesiones de domingo, con el título “Después del Edipo, las mujeres se conjugan en futuro”, del que tenemos el espectacular cartel que adjunto, estamos a la espera de nuevas sorpresas.
Para mantenerse al corriente de las novedades del Congreso, os invitamos a visitar su página web:
http://www.europsychoanalysis.eu/site/page/es/6/es/congreso/
Nota sobre la presentación de ponencias, tal como figura en la página web del Congreso:
Todas las sesiones simultáneas tendrán lugar el primer día del congreso, es decir, el sábado 6 de julio de 2013 de 10:00 hs a 13:00 hs y de 15:00 hs a 18:00 hs. Los textos pueden escribirse en cualquiera de los cinco idiomas del congreso: inglés, francés, español, italiano o neerlandés. Pueden enviarse a partir de ahora y hasta el 16 de abril de 2013 a la medianoche a Laura Petrosino, secretaria de las simultáneas (mlpetrosino@gmail.com) y a Gil Caroz (gil.caroz@skynet.be). Los textos seleccionados serán luego trabajados con los “mentores” a fin de permitir a cada orador tomar la temperatura del Otro y afinar su trabajo antes del congreso.
Algunas indicaciones técnicas con respecto al texto:La totalidad del texto no debe exceder los 9.000 caracteres incluyendo espacios (15 minutos de presentación oral).Tipografía: Times New Roman.Tamaño de la fuente: 12.Formato del archivo: Documento Word 97-2003.Nombre del archivo: APELLIDO-LENGUA (por ejemplo: LOPEZ-ESPAÑOL) En el margen superior de la primera página, en el centro: Título del texto y abajo vuestro apellido y nombre.
Pipol News 27 - 15/03/2013
Appel à contributions pour les simultanées cliniques de PIPOL 6
La force des simultanées
Les simultanées du deuxième Congrès Européen de Psychanalyse, PIPOL 6, sous le titre « Le cas, l’institution et mon expérience de la psychanalyse » seront l’occasion de forger une foule qui ne parle pas d’une seule voix, mais avec une pluralité d’énonciations singulières. Ainsi, conformément à l’ère d’Après l’Œdipe, nous pousserons notre intérêt pour la diversité de la pratique psychanalytique en Europe à l’extrême du un par un. Ce type particulier de foule, où chacun s’efforce de cerner ce qui le différencie absolument de tout autre, est le socle de notre « force matérielle ».
L’institution du psychanalyste
Pour le psychanalyste, l’institution est un discours, c’est-à-dire un mode de lien social qu’il installe dans les lieux où il déploie son acte1. Derrière le divan, l’analyste établit un rapport sérieux à une « autre scène », soutient l’hypothèse que les ratages de la parole veulent « dire quelque chose », et manie l’équivoque signifiante afin de produire des effets de vérité. Outre ces trois pôles : l’inconscient, le sujet supposé savoir, et l’interprétation, le dispositif institué par le psychanalyste a la particularité de laisser la place du maître vacante, afin de permettre au sujet d’y déposer ses propres signifiants-maîtres.
En sortant de son cabinet, le psychanalyste ne sort pas pour autant de son discours. Analystes et analysants qui opèrent dans des institutions de soin de « santé mentale » s’y déplacent avec le discours du psychanalyste. Que le maître ou le savoir s’incarnent dans ces lieux n’est qu’une donnée supplémentaire que le praticien de la psychanalyse doit prendre en considération dans le calcul de son action. Par ailleurs, cette présence du maître et du savoir l’expose à des cas qui se rencontrent rarement en cabinet. En effet, le sujet déboussolé, le non-dupe, celui qui n’arrive pas à accrocher l’énigme de son existence à une signification quelconque, vient trouver dans cette présence une modalité de lien social, une alternative discursive qui l’arrime au signifiant, lui procure des identifications et soutient son être.
Derrière l’écran du langage
Mais pour le psychanalyste, l’institution ne se limite ni à une machine à produire de l’aliénation, ni à un appareil de solidification des identifications. Une fois que le sujet a trouvé un apaisement dans un cadre discursif qui se soutient du langage commun, le praticien orienté par la psychanalyse s’applique à défendre la singularité qui résiste au code de l’Autre. Il tente de lire lalangue qui précède la parole du sujet, lettre qui lui permettra de nouer un lien symptomatique qui se passe de l’institution en tant qu’incarnée par le maître.
Quand l’Un-tout-seul rencontre un autre
Nous savons, depuis PIPOL 5, que le cas exposé dans nos colloques n’existe pas comme tel2. C’est une construction du praticien, et le praticien y est présent comme Velázquez dans Les Ménines. Reste à savoir s’il est présent par son fantasme, ses idéaux, et ses identifications, ou au contraire par son style le plus intime, déterminé lors de la rencontre traumatique du signifiant avec le corps. À partir du moment où le praticien commence à avoir un écho de sa singularité la plus privée dans le cadre de son expérience de la psychanalyse, il peut creuser une place et manier la singularité du sujet qui lui parle. C’est dire que le travail en institution se pratique à partir de ce que l’expérience de la psychanalyse enseigne au praticien sur son rapport le plus authentique au réel. Ce rapport aux singularités et au réel, allégé des défenses, lui permet, selon le cas, de renforcer l’arrimage du sujet à l’Autre de l’institution quand il le faut, ou bien de soutenir chez le sujet un travail sur la lettre, une élaboration de sa lalangue, afin de border la jouissance qui l’envahit3.
Invitation
Nous invitons les patriciens de la psychanalyse en Europe à parler à partir de cette place depraticien-analysant, en nouant trois fils : le cas, l’institution et l’expérience de la psychanalyse du praticien. Il vous est demandé, vous qui souhaitez participer aux simultanées en tant qu’orateurs, d’illustrer un événement clinique, en montrant comment votre expérience de la psychanalyse vous a permis d’opérer avec le cas et l’institution, tout en prenant le réel en jeu comme appui de votre action.
Pour terminer, rappelons cette définition mobile que nous avons donnée de l’institution. L’analyste transporte son discours dans sa valise. Il l’installe là où il est et, par son éthique, qui consiste à écraser l’universel par le singulier4, il vise le point Un-tout-seul qui échappe à l’institution. Par conséquent, tous les collègues sont invités à participer aux simultanées cliniques de PIPOL 6, même si leur institution se limite au divan5.
Informations pratiques
Toutes les séances simultanées se dérouleront le premier jour du congrès, soit le samedi 6 juillet 2013, de 10h à 13h et de 15h à 18h. Les textes peuvent être écrits et présentés dans une des cinq langues du congrès : anglais, français, espagnol, italien et néerlandais. Ils sont à envoyer d’ici le 16 avril 2013 à minuit à Laura Petrosino, secrétaire des simultanées (mlpetrosino@gmail.com), et à Gil Caroz (gil.caroz@skynet.be). Les textes sélectionnés seront travaillés avec des « mentors », afin de permettre à chaque orateur de prendre la température de l’Autre et d’affiner son travail avant le Congrès.
Quelques indications techniques concernant le texte :
- L'ensemble ne doit pas dépasser les 9000 signes, espaces compris (15 minutes de parole).
- Caractères : Times New Roman.
- Taille de police : 12
- Format du fichier : Document Word 97-2003
- Nom du fichier : NOM-LANGUE (par exemple : COHEN-FRANÇAIS)
- En haut de la première page, centrés : Titre du texte et en dessous vos nom et prénom.
Gil Caroz
Directeur de PIPOL 6
EuroFédération de Psychanalyse
1 MILLER J.-A., « Vers PIPOL 4 », Mental n°20, février 2008.
2 MILLER J.-A., « Parler avec son corps », Mental n°27/28, septembre 2012.
Pipol News 26 - 10/03/2013
Le nouveau titre général de PIPOL 6, « Après l’Œdipe les femmes se conjuguent AU FUTUR » a frappé la commission d’organisation de PIPOL 6 comme un coup de tonnerre. Dans le document ci-dessous, chacun (presque) y va de l’effet immédiat que cela a eu sur lui. Ces bafouilles sont disparates : association libre, référence littéraire, reprise approfondie d’un témoignage de passe, souvenir, féminité décidée, critique, œuvre d’art... Parallèlement, certains membres de la commission sont au travail de préparation de leur propostion d’intervention aux simultanées du Congrès sous le titre : « Le cas, l’insititution et mon expérience de la psychanalyse ». Et vous ?
Gil Caroz
Claire Piette
Les femmes se conjuguent au futur parce qu'elles veulent toujours encore un dire
Les femmes se conjuguent au futur parce qu'elles ne s'assemblent jamais complètement
Les femmes se conjuguent au futur parce qu'au radical, il leur faut toujours un ajout
Les femmes se conjuguent au futur parce qu'elles adviennent d'une parole qui sera
Les femmes se conjuguent au futur parce qu'elles s'immiscent toujours dans l'imprévu
Les femmes se conjuguent au futur parce qu'elles ne cessent pas de ne pas s'écrire
Charlotte Laplace
Temps 1 : « Après l’Œdipe » = le premier titre de PIPOL 6.
Temps 2 : « Après l'Oedipe, les femmes se conjuguent AU FUTUR ».
Temps Présent ! : « Inscrits-toi ! Il en va de ta responsabilité vis-à-vis de l'avenir de la psychanalyse ... »
Effets d'après(ce)coup !
Gil Caroz : « Euh ... Charlotte, t'y vas toi ! »
Charlotte Laplace : « Ben oui... suis une membr-esse sans membre de la commission PIPOL 6, ... mais pas sans désir ! »
Eric Costers
A la sortie de la réunion de la Commission Pipol 6, hier soir, je cherchais ma voiture. Où l'avais-je donc garée ? Une collègue, charmante, faut-il le préciser, observait mon manège à quelques pas et me héla : « Hé, tu es peut-être une femme ? » N'auriez-vous pas messieurs, comme moi, adoré cette question ? Mais pourquoi ? C'est en me posant cette question que m'est venue l'idée de participer aux gazouillis auxquels Gil nous invite. Il n'y a pas que sur Twitter que l'on gazouille, dans l'équipe Pipol 6 aussi ! Evidemment je ne dirai rien du pourquoi : soporifique ! Mais le comment ? Analysant depuis belle lurette, ce sont les comments qui constituent le gril de l'aventure ! Ce n'est pas un même genre de savoir, du pourquoi et du comment, qui s'en déduit ! Qu'il suffise, ici, de remarquer que la question - sur le mode « ceci n'est pas une question » - fut posée par une femme.
« Peut-être », dit-elle. Hé oui, même le présent, elles le conjuguent au futur !
Après l'Œdipe les femmes se conjuguent au FUTUR : et la psychanalyse, donc.
Itxaso Muro
Kolkoa, mot basque pour décrire le lieu chaleureux et rassurant formé par le creux entre les seins d'une femme. Là où les femmes gardaient leurs sous et objets de valeur.
« Qui a-t-il derrière un grand homme ? », dit-on en Espagne. « Une grande Femme ». Un grand creux où déposer son « objet de valeur ».
Eh bien, qui a-t-il derrière une grande femme ? Et qu'est-ce qu'il en est du kolkoa après l’Œdipe ?
Gil Caroz
Les titres et les noms ont leur vie. Des noms qui changent, qui s’élaborent, qui sont aimés, qui sont haïs, qui se remplacent, ou qui ne se remplacent pas. Pluralités de noms. Ça embrouille, mais c’est bien psychanalytique, bien après l’Œdipe.
Mais pourquoi diable gardez-vous le titre « PIPOL 6 » aux côtés du « Deuxième Congrès Européen de Psychanalyse » ? Ici 2ème, là-bas 6ème, on ne comprend plus rien. La question m’a encore été posée hier. Je me la pose aussi depuis un certain temps.
Il paraît que dans l’artillerie de l’armée anglaise, à l’époque où les canons étaient encore tirés par des chevaux, il y avait toujours quelques soldats dont le rôle était de tenir les chevaux lorsque les canons tiraient, afin d’éviter le déchaînement de panique du pauvre animal. A l’armée comme à l’armée, pendant l’entraînement, ces soldats devaient se mettre en position de tenir le frein d’un cheval. Le fait que les chevaux ont été remplacés par des camions et ensuite par des chars n’a pas empêché de poursuivre la tradition. Quand on tire au canon dans l’armée anglaise, il y a toujours un soldat qui se met en position de tenir le cheval, bien qu’il n’y ait aucun cheval dans les parages. Hors-sens et trace indélébile du passé. Qui a dit que quand les canons tirent les musent se taisent ? Est-ce toujours ainsi dans l’artillerie anglaise ? – Je défie nos collègues anglais de se renseigner et de nous le dire.
Ainsi PIPOL est un signifiant qui a de la force, devenu un nom propre ineffaçable, indélébile, qui a forcé sa place parmi les signifiants qui organisent le travail des adhérents à la psychanalyse lacanienne en Europe. Merci Judith !
Juliette de Halleux
La jouissance féminine est sans limites mais peut ne pas être sans bord !
Cette jouissance mélancolique, océanique, volcanique, incandescente emporte le corps d’une femme. Ressentir, éprouver, ne rien pouvoir en dire, s’en plaindre ou s’en enthousiasmer, s’envoler... se perdre. Toujours.
Tonino De Bernardi nous propose une version contemporaine de Médée. Une version « Après l’Œdipe » dans son film Médée miracle.
Une femme perd l’amour du partenaire, erre un temps et choisit de tout quitter. Y compris ses enfants. Elle ne les tue pas. Elle est mère aussi intensément qu’elle est femme. Lors d’une ultime rencontre avec l’homme qu’elle a perdu, elle lui donne ses enfants. Elle n’en dit rien, à personne.
Et si la perte est totale, plutôt que de s’éjecter de la scène, elle part soigner la douleur des autres « laissés tomber » du monde, en Afrique. Elle se range à être l’objet de son propre fantasme.
Mais, il n’en reste pas moins qu’elle choisit la vie. Un choix qui comporte une invention mais au prix d’une séparation réelle.
Au-delà du ravage, l’analyse peut donner un autre destin à cet illimité. Des témoignages d’AE nous ouvrent cette voie.
L’Après Œdipe, s’il peut être sans limites, n’est pas nécessairement sans bord.
Pascale Simonet
Les femmes se conjuguent au futur...
Pauvre égarée que je suis face à ce nouveau titre !
Troublant trou noir qui s'ouvre à son évocation si l'on prend au sérieux l'acte d'une vraie femme ! 1
A tenter de le saisir avec des mots nouveaux, je me trouve désemparée tel le spectateur vacillant devant le troublant trou blanc du ventre féminin porteur d'avenir, qui s'évapore à son approche, mis en scène par Anish Kappour en 2007 :
http://www.dailymotion.com/video/x8snjk_troublant-trou-blanc_creation#.UTOCLaW_Z1Q
Ma voix de femme me quitte et me déserte face à l'énigme qu'il ouvre.
Habillé une nouvelle fois de silence, ressurgit mon vieux « je ne sais pas », éculé à force d'en avoir usé et abusé.
Toutefois, c'est en cela même qu'inexplicablement, ce nouveau titre me plait et m'attire !
L'avenir serait-il donc ouvert à la furie, à l'égarement, à l'incandescence du volcan, à la vacuité du rien ? On le pressent, mais comment ? Selon quelles modalités ? Avec quelles limites ?
Comment nouer l'insaisissable solitude toujours singulière à l'improbable avenir ? Comment penser l'impensable ? A partir de quoi articuler l'inarticulable ? Avec quelles conséquences ?
Un bien fameux défi à relever pour la damnée que je suis à m'approcher de ces questions brûlantes !
Ce n'est plus à la grammaire, mais au grimoire des sorcières et des inventeurs isolés que nous allons devoir nous référer !!!
1 « L'acte d'une vraie femme n'est pas celui de Médée, mais il en a la structure, c'est le sacrifice de ce qu'elle a de plus précieux pour creuser en l'homme un trou qui ne pourra pas se refermer. » J.-A. Miller, « Des semblants dans la relation entre les sexes », la Cause freudienne, 36, pp. 7-15.
Justine Junius
Dans Le livre de l'intranquillité, Fernando Pessoa écrit : « Il me faut choisir entre deux attitudes détestées - ou bien le rêve, que mon intelligence exècre, ou bien l'action, que ma sensibilité a en horreur ; ou l'action, pour laquelle je ne me sens pas né, ou le rêve, pour lequel personne n'est jamais né. Il en résulte comme je déteste l'un et l'autre, que je n'en choisis aucun, mais comme, dans certaines circonstances, il me faut bien ou rêver, ou agir, je mélange une chose avec l'autre. »1
Voilà un homme sur un bord bien singulier... Est-ce une modalité de jouissance à inscrire dans la féminisation de la modernité ?
1 Pessoa F., Le livre de l'intranquillité, Christian Bourgeois éditeur, 1999, p.40
Monique Kusnierek
Après l'Oedipe, les femmes se conjuguent au futur.
Qu'est-ce que cela veut dire ? La formulation de la phrase, elle-même, m'échappe.
Qu'est-ce ce qu'on dit quand on dit qu'on conjugue au futur ? Que ce n'est pas encore là ? Que ce sera là demain ? Qu'on ne perd rien pour attendre ? Que peut-être ? Plus tard ? Qu'on ne sait pas ? Qu'on verra ?
Je pourrais sans doute recouvrir le trou, creusé par la question que ce titre me pose, avec ce que je sais déjà, avec ce que l'on a déjà dit d'elles, ou, mieux encore, avec ce qui s'en dit aujourd'hui. Mais alors la question serait réglée, entendue. Est-il possible de faire autrement ?
Ah ! Mais je viens d'entrevoir une petite lumière, que voici : qu'Après l'Œdipe, les femmes se conjuguent au futur veut peut-être tout simplement dire qu'elles se conjugueront au cas par cas, que ce n'est pas déjà réglé à l'avance ! Comment ai-je fait pour ne pas lire cela au départ ?
C'est fou qu'il faille toujours réinventer ce qui se dit pour que cela échappe au bien entendu. Comme s'il s'agissait, à chaque fois, de faire un tour sur soi-même pour donner vie à l'inédit.
Anne Debecker
Blanche-Neige et le malaise dans la civilisation
Le film Blanche-Neige et le chasseur réalisé par Rupert Sanders ne fera sans doute pas date dans l’histoire du cinéma. Mais, il m’a inspirée. Quand je l’ai vu, je me suis dit : « Waouh ! Voilà la femme au 21è siècle !!?? »
Ce film est sombre contrairement au dessin animé de Walt Disney tout en couleurs et clarté. L’horreur est sans limite et masquée par la beauté arrogante de la reine diabolique. La femme y est traitée bien différemment que dans le dessin animé. Blanche-Neige est une femme, jeune certes, mais femme. Souvenez-vous, dans le dessin animé il s’agissait d’une jeune fille toujours souriante, proprette, sifflotant, chantant et lisse tant sa division était recouverte par la duperie d’un rapport sexuel existant et les normes sociales de l’époque. Seuls, les nains représentaient le vivant des pulsions.
Ce monde-là n’existe plus. Le réel court tout au long du film. Il s’agit de lutter pour sa vie, de dépasser ses angoisses, d’innover, d’agir sans répit. La princesse, Blanche-Neige, sale, mal fagotée, en guenilles est guidée par des intuitions. Elle parle peu même pour conclure des deals afin de survire. Elle agit ; elle se bat. Ce n’est donc plus le beau prince qui délivre le royaume mais elle qui, épée à la main, affronte l’horreur. De plus, le prince charmant ne l’est plus, charmant. C’est un mauvais garçon aux penchants suicidaires qui lui sauve la vie grâce à l’appât du gain et au fait qu’elle lui souffle l’imposture de l’Autre. Pas d’illusions, les héros sont dépeints comme antihéros, habillés de réel, le rapport disons harmonieux entre homme et femme n’est pas d’actualité, chacun y est pour sa propre jouissance.
Le film se termine quand la princesse quitte l’horreur pour rejoindre l’énigme de la différence sexuelle.
Maud Ferauge
Bafouille, j'aime beaucoup ! Cela m'évoque la chanson très ironique de Pierre Perret Les jolies colonies de vacances. Un p'tit clin d'œil aux enfants qui écrivent à leurs parents quand ils sont en colonies... merci papa, merci maman ! Je le cite :
« J'vous écris une p'tite bafouille
Pour pas qu'vous vous fassiez du mouron
Ici on est aux p'tits oignons
J'ai que huit ans mais j'm'débrouille
J'tousse un peu à cause qu'on avale
La fumée d'l'usine d'à côté
Mais c'est en face qu'on va jouer
Dans la décharge municipale »
Quand les femmes se conjuguent au futur, ce n'est pas sans ironie ! Rires !
Yves Vanderveken
Philippe Sollers revient à plusieurs reprises dans son œuvre sur la dimension essentielle que constituent à ses yeux les phrases qui débutent chacun de ses livres.
Son très beau dernier, Portraits de femmes, déjà évoqué à plusieurs reprises, commence ainsi : « On ne naît pas homme, on le devient, la plupart du temps à ses dépens. »
Intéressant renversement contemporain.
Jean-Claude Encalado
Dans le même mouvement où Virginia œuvra pour la reconnaissance de l'égalité des droits des femmes (avec Une chambre à soi ou avec Trois Guinées), elle aspira à inventer une écriture singulière, proprement féminine, afin de traiter, elle le dit explicitement, les voix qui l'envahissaient. Et nous offrit ces si beaux textes : Vers le Phare, Les Vagues, qui nous font entendre le murmure de la mer, le pépiement des oiseaux, le bruissement des ailes du papillon.
Voix, sons, bruissement.
Valérie me joue une œuvre pour piano, Aveu de Schumann ou un Prélude de Scriabine. La musique de Schumann épousait les variations mélancoliques de son âme. Scriabine traduisait en notes de musique les couleurs qu'il percevait. Valérie peut jouer pendant des heures. Elle me dit: « Tu entends, là, une couleur ? » « Et ici, c'est comme une chute, tu la sens ? »
Guy Poblome
Des nouvelles du front
Pourquoi parler du champ de bataille, alors que nous sommes invités à bafouiller sur les femmes ?
J'ai adoré la reprise, dans les échanges entre Jacques-Alain Miller et Alain Badiou, de cette pièce de Courteline dans la Règle du jeu (http://laregledujeu.org/2013/02/28/12569/victoire-a-tunis-massacre-a-paris/), La peur des coups, qui m'a beaucoup fait rire. Les hommes ont peur d'y aller. Oh, pas les soldats ! Eux, ils ne reculent pas devant le sacrifice pour aller au casse-pipe. Des hommes, des vrais.
Si l'ONU prétend que les femmes sont vectrices de paix, il se fait qu'elles sont de plus en plus nombreuses dans les corps d'armée. On y perdrait son latin. Le pas-tout qui caractérise le féminin selon Lacan les rend certainement d'autant plus efficaces, sinon redoutables.
Dans notre bataille, que nous menons vers PIPOL 6, nos armes stratégiques, que sont entre autres les Annuaires de l'EuroFéfération de Psychanalyse - Annuaire des Régions et Annuaire des Adhérents -, sont en passe d'être mis à jour. De quoi peut-être monter à l'assaut de l'OMS et contraindre son Conseiller européen pour la Santé mentale à descendre dans l'arène ?
Patricia Bosquin-Caroz
Femmes au pluriel
Le féminin, oui, encore, à condition de le mettre au pluriel ! Les femmes, adolescente, j'aimais les regarder, je les ai enviées, admirées, craintes... pas toutes, certaines. Très jeune, cet attrait a d'abord pris les couleurs du féminisme pour finalement buter sur l'écueil que l'on connaît. Tout au long de mes études, le problème que me posait la féminité ne cessait de me tarauder. A l'université j'ai voulu le résoudre en me penchant plus avant sur le thème « De la femme au devenir femme ». On ne naît pas femme, on le devient. Pour répondre à cette question qui me turlupinait : « Qu'est-ce qu'une femme ? », j'ai préféré Duras à Beauvoir. A l'époque je n’avais pas lu le séminaire Encore et ignorais les avancées de Lacan sur le sujet. Je protestais contre le primat du phallus, très pénien chez les freudiens ! Ma référence. Et puis vint l'expérience d'une cure analytique lacanienne et grâce à elle, la révélation puis la traversée d'une certaine forme de misogynie hystérique, bien entendu à moi-même ignorée ! Celle-ci trouvait son fondement dans l'amour inconditionnel pour le père mort idéalisé, désincarné, mon partenaire fantasmatique. Comme on le sait, vouloir être l'unique, celle qui manque au père, ne tolère aucune concurrence. Ici, on est loin du féminin pluriel tel que le dépeint si bien Philippe Sollers dans son dernier livre Portraits de femmes. Bien sûr il s'agit là du point de vue d'un homme. Quant à moi, il me fallut m'armer d’un désir décidé pour franchir l'écran qui me séparait de ma féminité et m'avancer dans une zone non balisée par l'Œdipe. Faire sienne sa folie amoureuse pour un homme, sa gourmandise illimitée et son corollaire mélancolique, n'était aucunement prévisible ! Pourtant, la psychanalyse peut nous amener à traverser l'horreur de savoir et nous permettre de se découvrir Autre à soi-même. Inquiétante étrangeté féminine, qui reconnue comme telle, ensuite détachée de toute forme de culte privé (passe oblige) peut ouvrir la voie au désir de l'analyste. C'est à cette condition que ce désir nettoyé de la méconnaissance fera place, sans jugement, sans haine, sans fascination, sans crainte et sans pitié, à la différence absolue. Avançons que le féminin serait le nom de l'absolue singularité du parlêtre, l'étranger en soi, la part de dinguerie propre à chacun. Il n'est donc pas l'apanage du sexe féminin, ce que Lacan nous apprend par ailleurs. Dans son dernier cours l'Etre et l'Un, JAM nous rappelle que c'est par le biais de la jouissance féminine que Lacan va isoler le régime de la jouissance « comme telle », jouissance qui échappe à l'interdit, à la loi de la castration, à l'Œdipe. Cette jouissance non symbolisable, non négativable, indicible, a des affinités avec l'infini (non dénombrable) et à ce titre avec la jouissance féminine. JAM précise, que c'est d'avoir généralisé la formule de la sexuation « pas pour tout x phi de x », que Lacan en vient à dégager le sinthome. L'invention singulière est dès lors affine avec la logique féminine qui objecte au standard œdipien, puisqu'elle prend appui sur la part de jouissance non résorbable en chacun. Aujourd’hui, les AE savent démontrer leur savoir-y-faire avec cette part de jouissance opaque, résiduelle, inéliminable. Mais ce qui s'obtient par la voie du discours analytique ne se donne-t-il pas aussi à voir au grand jour, quand nous assistons un peu partout à la présence de plus en plus affirmée des femmes dans le monde artistique, politique,... et à ce qui leur est consubstantiel, l'émergence des solutions sur mesure, palliant à l'effondrement des valeurs universelles ? A les entendre, la clinique des modalités du « faire couple » en est d'ailleurs exemplaire. Comment ferons-nous lien entre les « Tout seuls » dans le monde de demain ? Peut-être que PIPOL 6 nous en donnera quelques idées. Après-tout n'est-ce pas le défi que relèvent certaines institutions orientées par la psychanalyse, qui tentent d'articuler la logique du « pour tout x » avec celle du « pas-tout » ?
Pipol News 25 - 04/03/2013
Deuxième Congrès Européen de Psychanalyse
Communiqué de PIPOL 6
Le titre général du Deuxième Congrès Européen de Psychanalyse, PIPOL 6, a été mis à jour en fonction des actualités qui nous occupent. En prolongeant « Après l’Œdipe » par « les femmes se conjuguent AU FUTUR », ce titre nous tire vers l’avant et réinterprète l’indication « l’avenir est féminin » déjà mentionné dans le premier argument, « Au verso de l’affiche ». Ce titre nous servira de boussole lors des plénières du Congrès du dimanche 7 juillet 2013 qui seront épistémiques et politiques.
Le thème des Simultanées cliniques, « Le cas, l’institution et mon expérience de la psychanalyse », reste inchangé. En effet, la première journée du Congrès, le 6 juillet, Journée des simultanées, sera « l’occasion de forger une foule qui ne parle pas d’une seule voix, mais avec une pluralité d’énonciations singulières ». Ceci à partir de témoignages du travail en institution de praticiens orientés par la psychanalyse lacanienne à travers l’Europe et selon les indications de l’Appel à contributions qui a été diffusé et qui se trouve sur le site de l’EuroFédération.
Gil Caroz
Président de l’EuroFédération de Psychanalyse
Pipol News 24 - 03/03/2013
Deuxième Congrès Européen de Psychanalyse - PIPOL 6
Les 6 et 7 juillet 2013
Mise à jour
Nouveau titre du congrès
APRES L’ŒDIPE LES FEMMES SE CONJUGUENT AU FUTUR
Cette mise à jour du titre et du congrès résulte d’un échange entre Mitra Kadivar et Gil Caroz, par l’intermédiaire de Jacques-Alain Miller, au cours duquel Mitra a accepté l’invitation de participer à PIPOL 6. Nous vous livrons cet échange ci-dessous.
Gil Caroz à Mitra (Bruxelles, le 15 février 2013, 14h41)
Chère Mitra Kadivar,
Je souhaite vous inviter à participer aux séances plénières du IIe Congrès européen de Psychanalyse (PIPOL 6), qui aura lieu à Bruxelles, le 6 et 7 juillet prochains. Si vous acceptez, l’EuroFédération de Psychanalyse prendra bien entendu en charge les frais de votre voyage et votre logement. Le titre actuel du congrès est le suivant : Après l’Œdipe : Diversité de la pratique psychanalytique en Europe.
Après l’Œdipe est une expression forgée par Jacques-Alain Miller spécialement pour ce congrès. Aujourd’hui, après ce que vous avez vécu durant 52 jours, elle apparaît comme un S1 en attente d’une interprétation. Nous ajouterons donc un S2 à ce S1 : Après l’Œdipe (S1) : l’avenir féminin (S2).
Les événements « Mitra » qui nous ont mobilisés font apparaître un domaine de l’impossible derrière un bord, un littoral. Du même coup, ils esquissent ce qui est du registre du possible dans le champ de la pratique psychanalytique aujourd'hui. Vu d’ici, le contexte dans lequel vous pratiquez est patriarcal à l’extrême, tout en ayant contracté un pacte diabolique avec le discours de la « Santé mentale » dans ses manifestations les plus féroces. Le fait que ce soit une femme qui ose s'aventurer dans la diffusion de la psychanalyse dans ce monde particulier n’est pas un hasard. Avec Lacan, nous sommes au-delà de la question « que veut une femme ? » dans une zone où les hypothèses sur la jouissance féminine transforment la psychanalyse en une éthique qui soutient les singularités, et surtout qui fait place à l’Autre jouissance, au-delà du phallus, sans prétendre la mettre au pas. Cela n’est pas sans difficulté ni sans risque. Le maître, quand il va jusqu’au bout de sa logique, se découvre dangereusement ravageant par rapport à la logique féminine, celle du pas-tout, de l’Un-tout-seul. Là où en Europe, nos combats consistent à opposer la singularité et l’universel en tant que discours, votre internement a dévoilé ce qui court sous la barre des offensives contre la psychanalyse. Il ne s’agissait pas d’un débat, mais d’une attaque sur le corps d’un sujet qui porte la voix de la psychanalyse. Par ailleurs, votre résistance déterminée à cette attaque nous éclaire sur notre clinique du symptôme en tant qu’il est à lire plutôt qu’à guérir.
Lors de PIPOL 6, nous entendrons une panoplie de témoignages de patriciens orientés par la psychanalyse lacanienne, venant des quatre coins de l’Europe. Aux côtés de cette exposition de la diversité de la pratique psychanalytique, l’étude des points de butée que vous rencontrez dans votre pratique, ainsi que la façon dont vous les traversez, nous sera un appui précieux. Elle fera ressortir le réel derrière le masque des versions plus « soft » de l’Autre, que nous rencontrons dans nos régions.
Espérant que vous accepterez cette invitation, je vous souhaite un bon repos avant la reprise de vos activités. Tel que nous avons appris à vous connaître, cela ne devrait pas tarder.
Bien cordialement,
Gil Caroz
Président de l’EuroFédération de Psychanalyse
Mitra à JAM (Téhéran, 17 février 2013, 10h13 HNEC)
Cher Jacques-Alain,
J'accepte, bien sur, et avec de la joie l'invitation de Gil Caroz. Seulement je pense qu'il est préférable qu'il se renseigne auprès de PG Gueguen sur les difficultés d'inviter une Iranienne à un congrès en Europe, il a failli que je ne sois pas à Genève à temps. Ensuite s'il est prêt à s'engager dans l'aventure qu'il ait la gentillesse de me faire signe.
Bien désolée pour le retard, je n’ai jamais été aussi fatiguée de ma vie.
Bien à vous
Mitra
Gil Caroz à Mitra (Bologne, le 17 février 2013, 15h42)
Chère Mitra,
Un grand merci pour votre réponse. Je suis bien-sûr prêt à m'engager dans l'aventure et à traverser des montagnes de difficultés s’il le faut, pour rendre possible votre voyage à Bruxelles. Votre présence à PIPOL 6 sera d'une très grande importance pour le thème que nous avons à traiter et qui concerne l'avenir de la psychanalyse dans le monde.
Bien à vous,
Gil Caroz
Pipol News INFO n° 04
Hébergements à Bruxelles.
Oui, Bruxelles peut vous accueillir à prix raisonnable !
Voici quelques informations pour vous aider à vous y retrouver :
- Sur le site (ou le portail ?) du Congrès, Resotel propose une sélection de chambres de très bons hôtels où des chambres ont été retenues à l’intention de Pipol VI
- Pour ceux qui cherchent des possibilités moins onéreuses, nous attirons votre attention sur la rubrique www.hostelsinbrussels.be dans le lien Resotel. Celle-ci conduit vers les adresses des 5 auberges de jeunesse à Bruxelles dont les 4 premières sont les plus proches du Square.
- De plus, nous avons visité pour vous quelques hôtels 3,2, et même 1 étoile. Tous au « centre ville » donc à 10’ à pied du Square : prix aux alentours de 55€ euro pour chambre double par nuit :
Hôtel - Astrid (3 étoiles), place du samedi
- Windsor (2 étoiles), place Rouppe
- A la grande cloche (2 étoiles), place Rouppe
- Barry (1 étoile), place Anneessens encore moins cher mais moins confortable
- Floris Avenue (4 étoiles), av. de Stalingrad, un peu plus cher.
Il y a sur internet d’autres propositions pour lesquels vous aurez des avis de clients, qui vous permettront de faire votre choix.
Si vous supprimez le petit déjeuner qui est souvent très cher, Vous trouverez dans les cafés des environs des petits déjeuners corrects.
Vous pouvez aussi aller voir sur appart-hôtel. En se mettant à plusieurs, cela permet de partager les prix.
Bonne chasse
Pipol News 23 - 24/02/2013
Éric Taillandier, Rennes
Un accueil des demandes au CMPP de Laval
Frédérique Bouvet, Rennes
UNO per UNO
Éric Taillandier, Rennes
Vous connaissez le Un-tout-seul qui commence à prendre une certaine consistance dans notre champ. Mais connaissez-vous le UNO ? C’est le jeu de cartes le plus prisé par les jeunes de l’Institut Médico-Educatif où j’interviens. Sans doute parce que ses règles sont très simples et ne nécessitent pas d’accès préalable à un niveau avancé de symbolisation. C’est essentiellement basé sur la reconnaissance visuelle : on joue des cartes de la couleur demandée (rouge, vert, bleu ou jaune) ou portant le même symbole (tel chiffre de 0 à 9 ou quelques autres cartes spéciales). C’est ludique… et très vite rasant en ce qui me concerne. Quand on joue à deux notamment, ce qui arrive fréquemment, on ne peut pas vraiment développer de stratégie particulière face à son adversaire. En effet, on ne peut pas garder de cartes trop longtemps en réserve, le but du jeu étant justement de s’en débarrasser au plus vite. Alors, on se laisse guider au gré des signes et des couleurs des cartes qui tombent de façon métonymique. Il se trouve que certains jeunes, qui réclament pourtant des entretiens avec moi « pour parler », se saisissent bien plus volontiers du jeu laissé à leur disposition sur un coin de table que de la parole. Il me faut donc composer avec le UNO-tutto-solo de chacun, car chaque jeune, évidemment, s’en saisit à sa manière. Fragments d’une clinique quotidienne au UNO per UNO.
Sur le plan du désir, pour Sonia, c’est plutôt le désert. Rien n’est vraiment investi. Elle a affaire au vide subjectif et ne prend jamais aucune initiative personnelle. Du coup, c’est très compliqué de la solliciter, car il faut choisir pour elle, la stimuler en permanence. Le risque est alors de faire à sa place, en fonction de notre propre idée, mais, en même temps, c’est souvent le seul moyen pour lui éviter le laisser en plan subjectif. Cela affecte aussi son corps : elle papillonne ou se ramollit en fonction des circonstances. Quand on joue au UNO, comme je ne supporte pas de voir les cartes qu’elle a dans la main (car invariablement son poignet se détend vers moi, laissant apparaître son jeu), je lui dis : « Cache ton jeu ! Défends-toi ! Mets-moi une méchante carte ! » Et de me tordre de douleur en faisant le pitre lorsqu’enfin elle se résout à m’attaquer un peu. Mais bon, jusqu’à présent je ne réussis pas à être suffisamment méchant pour elle : « Tu me fais rire, Éric ! » Par contre, récemment, elle a dit d’une voix minuscule, quasi inaudible : « Je parle pas assez fort… il me faudrait un micro ». Je lui sers désormais de haut-parleur auprès des collègues !
Lenny, lui, a une furieuse tendance à se faire oublier. On l’oublie physiquement, on oublie d’écrire son nom, il s’oublie lui-même dans le tableau familial, etc. On en a déjà parlé ensemble. Alors maintenant, quand il arrive dans mon bureau, il me déloge de mon fauteuil en disant : « Laisse la place au chef ! C’est moi le Président ! » Je m’exécute. Il sort le UNO. Bon, il adapte les règles au gré de son propre jeu, histoire d’avoir toujours la main. Il supporte donc difficilement de perdre… et moi les tricheurs ! Je rage, j’enrage et lui dis : « Ouh, ouh ! Ne m’oublie pas ; je t’ai vu ; t’as triché ! » C’est juste pour lui proposer un Autre qui ne l’efface pas trop vite de son désir.
François, c’est encore différent. Au début, il me frappait dès qu’on se croisait. C’était parce que je ne formulais pas correctement mon refus de jouer avec lui au foot, son seul centre d’intérêt. D’abord, j’ai arrêté de refuser. C’était ballot. Puis j’ai posé quelques conditions : pas sur l’herbe, pas quand il pleut. Et puis j’ai joué et je joue toujours une à deux fois par semaine avec lui. Longtemps on n’a fait des matchs que tous les deux, l’un contre l’autre. Et puis il a voulu prendre le nom de joueurs connus. Il commençait à introduire des petits autres. Ensuite, il a voulu des spectateurs, comme au stade. Alors, j’ai fait les simagrées footballistiques classiques (les hourras de la foule après un but, les simulations de blessures, les soignants qui débarquent sur la pelouse, les cartons des arbitres, etc.). Petit à petit, François accepte que d’autres jeunes se joignent à nous sans les taper et peut me dire qu’il n’a pas envie qu’untel ou untel joue avec nous. En plus, il progresse et moi aussi. Mais comme je travaille en Bretagne, il pleut quand même souvent (« Mais nous avons la chance qu’il fasse beau plusieurs fois par jour ! »), alors on se replie dans mon bureau, ce qui était longtemps impossible. Et là, on joue au… UNO ! Mais un peu moins tutto solo qu’auparavant, me semble-t-il.
Le UNO, c’est finalement pas si ennuyeux que ça, pour peu qu’on soit attentif à ce qui s’y jouit de la solitude de chacun dans son rapport à l’Autre.
Un accueil des demandes au CMPP1 de Laval
Frédérique Bouvet, Rennes
Des praticiens du CMPP de Laval, orientés par S.Freud, J.Lacan et J.-A. Miller, ont inventé un dispositif d’accueil des premiers rendez-vous suite à un constat : lorsqu’un parent, un travailleur social, un enseignant s’adressaient précédemment au CMPP, un délai d’attente d’un an, parfois, s’installait avant que l’enfant puisse être reçu. Nous sommes d’abord partis d’une contingence. Durant les vacances scolaires, nous avions des créneaux horaires vacants mais temporaires, du fait de l’absence de quelques uns à leur séance. Des rendez-vous ont donc été proposés à ceux qui avaient adressé une demande à l’institution depuis moins de trois semaines. Nous avons constaté des effets à cette offre. Certains ne venaient pas au rendez-vous proposé, leur temps subjectif ne correspondait pas à cette proposition trop rapide. Pour d’autres, au contraire, cet accueil leur permettait de formuler plus précisément leur question. Dans ce dispositif, du fait d’un délai d’attente raccourci, nous avons constaté que nous recevions davantage de sujets névrosés, alors qu’auparavant, ils s’orientaient finalement vers le libéral.
Les praticiens du dispositif participent à une réunion clinique hebdomadaire où chacun a construit, élaboré et rédigé ce qu’il a extrait de cette première rencontre. Il en rend compte à ses collègues et se décide la suite donnée à ce premier rendez-vous : une poursuite des entretiens avec le même praticien, avec un autre pour introduire une coupure, pas d’autre rendez-vous proposé, une orientation vers le libéral ou bien encore, parfois, le nom de l’enfant est mis sur une liste d’attente pour être reçu ultérieurement par un des praticiens du CMPP. La question de l’acte, du transfert, de la demande est au centre de nos élaborations. Ce dispositif, au départ expérimental, s’est étendu en dehors des périodes de vacances scolaires et démarre sa quatrième année d’existence. Au départ, il faisait appel au désir décidé de chaque praticien qui s’y engageait pour une année. Pratiquement tous les praticiens du CMPP sont intervenus dans ce dispositif. Depuis septembre 2012, tous les praticiens de l’institution y interviennent à tour de rôle pour une durée de six mois. Un système de tuilage a été mis en place : quatre praticiens, deux anciens du dispositif et deux nouveaux. Le médecin-directeur et les deux psychologues-stagiaires font aussi partie du dispositif. L’offre créant la demande, nous avons constaté la première année, 30% de demandes supplémentaires adressées à l’institution. Nous avons donc décidé de réduire la voilure. Le traitement des nouvelles demandes a été limité en réinterrogeant nos propres disponibilités quant à l’éventuelle suite qui serait donnée à ces rendez-vous, limités à deux, trois maximum, le temps d’extraire les signifiants maîtres exprimés dans ces rencontres, pour donner consistance à une réponse réfléchie à plusieurs. Actuellement, dans le cadre de ce dispositif, nous recevons chaque semaine deux, voire trois nouvelles demandes. La même secrétaire nous transmet hebdomadairement, au plus près les signifiants de chaque demande. Ce travail est possible grâce à une participation active des trois secrétaires dans les différents lieux de réflexion, de formation du CMPP notamment sur la demande, où depuis plusieurs années, nous avons la chance de travailler avec des analystes de l’ECF, extimes, pour élaborer notre pratique. En fonction de l’urgence subjective que nous percevons, se décident les noms des enfants qui seront reçus la semaine suivante. Toutes les demandes sont donc accueillies, entendues et traitées une par une. Les sujets qui ne sont pas reçus dans le cadre du dispositif sont alors inscrits sur une liste d’attente et seront reçus par un des praticiens du CMPP plus tardivement.
Quelles sont les demandes adressées au CMPP ? Elles sont multiples et variées… Notre monde contemporain exige un enfant parfait, c’est un fait. Il y a une demande parentale, sociale, scolaire de réparer l’enfant, de le normer. Le savoir est davantage du côté de la science que du côté du sujet, qui s’adresse au CMPP avec un diagnostic qui ferme toute causalité psychique comme la dyslexie, l’hyperactivité, la « surdouance ». Ces catégories instrumentales épinglent l’enfant avant que nous ayons pu entendre ce qui « cloche » pour lui ou ses parents. Il arrive parfois que la demande soit orchestrée par un « Autre », Internet ou expert, qui exige telle rééducation ou tel type de prise en charge. Ce n’est plus la recherche d’une cause qui est recherchée, mais une plainte concernant un trop.
Nombre de parents sont déboussolés comme l’illustre cette demande : « Mon enfant ne veut pas prêter ses jouets à son frère…, que dois-je faire ? » Il devient de plus en plus difficile pour certains parents d’exercer une autorité parentale. Dépossédés de leur rôle, ils s’identifient au discours du maître, se mettent sous la barre des signifiants de l’évaluation et attendent denotre part des conseils. Pour contrer cette pente, l’invention de ce dispositif, qui s’inspire des lieux alpha, tels que définis Jacques-Alain Miller2, est essentielle. Ce n’est pas un lieu d’écoute « où un sujet est invité à déblatérer à tire-larigot (…) mais un lieu de réponse, un lieu où le bavardage prend la tournure de la question et la question elle-même la tournure de la réponse »3.
Quel constat pouvons-nous faire après plusieurs années d’existence de ce dispositif ? Un tiers des demandes ne débouchent pas sur un traitement. Souvent ce dernier se fait avec le praticien qui a reçu l’enfant dès la première rencontre. Nous proposons davantage à un parent dans un premier temps de venir seul parler de son enfant, voire de ses enfants quand une demande concernant une fratrie est adressée à l’institution. Il est arrivé que nous décidions de recevoir un parent sur une durée limitée plutôt que de recevoir son enfant. Parfois devant un énoncé descriptif de la demande, un des praticiens téléphone désormais aux parents qui se font alors davantage sujets d’une énonciation, et ce, avant de proposer un rendez-vous. En réinterrogeant nos disponibilités, nous nous questionnons aussi sur la durée et la fin de chaque traitement en cours. La théorie des cycles introduite par J.-A. Miller dans la conversation de Barcelone4 correspond davantage à nos pratiques actuelles avec les enfants et les adolescents. L’accent est mis sur l’effet thérapeutique rapide en psychanalyse qui s’oriente du réel, « réduit la jouissance attachée au symptôme et relance un nouveau cycle dans la direction de la cure »5.
Si le dispositif ne réduit pas la liste d’attente des demandes au CMPP, il a des effets sur chaque praticien, sur le qui-vive dans sa pratique, sans cesse renouvelée.
Marie-Hélène Brousse, membre de l’ECF, qui était l’invitée du CMPP pour sa dernière journée clinique intitulée « les surprises de la demande », indiquait que ce dispositif, « est une invention particulière, une pratique à plusieurs », sans standards mais pas sans principes, issus de l’orientation de l’équipe, dans son ensemble très sensible au discours analytique. Ce dispositif « vient tempérer le surmoi contemporain, répondre à l’énigme de ce qu’est un enfant (…) Il permet d’attraper des signifiants-maîtres du lien enfant/mère (…) et introduit une division, là où il y avait une clôture du côté de la vérité. »6
Cette instance de travail est-elle transposable dans d’autres institutions ? « Il y a un principe de base – le discours analytique – mais le mode de fonctionnement est à inventer. » Effectivement, l’orientation lacanienne est partagée dans différentes institutions, mais ce sont les praticiens et leur désir décidé qui, un par un, « forment » une institution ainsi que les patients accueillis. Ce dispositif contribue à rendre toujours vivante notre pratique.
1 Centre Médico Psycho Pédagogique.
2 Miller J.-A., « Vers Pipol 4 », Mental, Paris, NLS, n°20, février, 2008.
3 Ibid., pp. 186-187.
4 Ouvrage collectif : (s/dir. J.-A. Miller), Effets thérapeutiques rapides en psychanalyse, La conversation de Barcelone, Paris, Navarin, 2005.
5 Ibid., p. 80.
6 Non relu par Marie-Hélène Brousse.
Pipol News 22 - 17/02/2013
Concernant les Simultanées cliniques de PIPOL 6
Question du CIEN, réponse de PIPOL
Cher Gil Caroz,
Ce mot dans l'après-coup de ma lecture de "l'appel à contributions pour les simultanées cliniques de PIPOL 6".
De nombreux professionnels de différentes disciplines, qui travaillent dans les laboratoires du CIEN, pourraient être à même de témoigner de la façon dont leur expérience analytique les conduit à appuyer leur action sur la prise en compte du réel en jeu pour chaque sujet dans les institutions dans lesquelles ils interviennent. Cependant, ils n'y interviennent pas en tant qu'analystes et ne pourront illustrer leur expérience à partir de cas ou d'événements cliniques, mais plutôt à partir de ce que nous nommons des "vignettes pratiques" tirées des lieux dans lesquels ils exercent, en tant qu'enseignants, éducateurs, AVS, magistrats, etc.
Accueillerez-vous des contributions de ce type ? Trouvez-vous pertinent que nous relayions votre appel auprès des professionnels de différentes disciplines qui travaillent dans les laboratoires du CIEN en les incitant à proposer des contributions pour ces simultanées ? Ou l'accent est-il mis ici exclusivement sur la clinique ?
Vous remerciant pour votre réponse, qui nous permettra d'orienter notre action au mieux,
Bien cordialement,
Agnès Giraudel
Présidente du CIEN
Chère Agnès Giraudel,
Merci de votre mail et de votre question qui me permet de préciser certaines choses.
Nous porterons un intérêt lors des simultanées de PIPOL 6 sur le travail de praticiens orientés par la psychanalyse en tant qu’ils sont analysants. Le terme « psychanalyste » que j’ai utilisé à certains endroits de l’Appel à contributions est à comprendre comme la substance qui cause le désir pour la psychanalyse chez chaque praticien. Il ne s’agit pas de témoigner d’interventions qui se font « en tant qu’analyste », ce qui est du côté de l’être, mais d’interventions qui s’appuient sur le fait qu’il y a du psychanalyste dans ce qui oriente l’action de l’analysant.
Les propositions de contributions doivent donc répondre à trois conditions :
1 Qu’il s’agisse d’un praticien analysant, qui témoigne des effets de son analyse sur sa pratique. Cela va de celui qui débute son analyse, jusqu’à celui qui l’a terminée. Car comme les AE nous disent souvent, on n’arrête jamais d’être analysant, ne fût-ce que par l’auto-analyse, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y pas de différence entre le début et la fin.
2. Qu’il s’agisse du témoignage d’un travail avec un sujet, et non de considérations générales sur la pratique.
3. Qu’il s’agisse d’une pratique qui fait usage d’un dispositif institutionnel.
Pour répondre à votre question : aux côtés des travaux d’un grand nombre de cliniciens qui travaillent dans des institutions de soins, nous accueillerons aussi certaines contributions de professionnels qui travaillent dans les laboratoires du CIEN qui peuvent témoigner, comme vous dites très bien « de la façon dont leur expérience analytique les conduit à appuyer leur action sur la prise en compte du réel en jeu pour chaque sujet dans les institutions dans lesquelles ils interviennent ».
Vous pouvez donc inciter des professionnels de différentes disciplines qui travaillent dans les laboratoires du CIEN à proposer des contributions pour les simultanées de PIPOL 6.
Cordialement,
Gil Caroz
***
PROLONGATION DE L’INSCRIPTION À PRIX RÉDUIT
Chers collègues,
La commission d’organisation de PIPOL 6 a décidé de prolonger de deux mois la
possibilité d’inscription à prix réduit au congrès PIPOL 6. Vous pouvez donc encore
vous inscrire au prix de 130 € (65 € pour les étudiants de moins de 26 ans, avec
justificatif). À partir du 1er avril, le prix d’inscription sera de 160 € (80 € pour les
étudiants de moins de 26 ans).
Pour la commission d’organisation,
Guy Poblome
Secrétaire de PIPOL 6
Inscriptions en ligne : www.europsychanalyse.eu
Renseignements : +32 (0)483 365 082 | info@europsychanalyse.eu
Pipol News 21 - 11/02/2013
« C'est vrai que je suis devenue "Mitra, ou comment s'en débarrasser",
ce qui me donne de l'espoir de voir réaliser mon vœu de vous revoir très bientôt ».
Un mail de Mitra KADIVAR, ECF-Messager, 08/02/2013
Tercera reunión preparatoria para el encuentro de PIPOL VI
Neus Carbonell
ELP, Barcelona
El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis
Luisella Rossi
Madrid
Tercera reunión preparatoria para el encuentro de PIPOL VI
Neus Carbonell
ELP, Barcelona
El día 15 de enero tuvo lugar en la sede de Barcelona de la CdC de la ELP la tercera reunión preparatoria para el encuentro de PIPOL VI que tendrá lugar el próximo mes de julio en Bruselas. Intervinieron Lidia Ramírez y Miquel Bassols.
Ramírez, inspirada por el texto de presentación de dicho encuentro, escrito por Gil Caroz, planteó su intervención a partir de tres preguntas que formuló de la siguiente manera: “¿Cómo entiendo en mi práctica la afirmación de "dar a los ideales de una institución el lugar que les corresponde, es decir, prescindir y servirse de ellos al mismo tiempo"; ¿cómo orientarme en mi práctica con "lo real de la clínica"?; ¿cómo favorecer que el sujeto "se comprometa en la vía de un shintome singular"?”
Para desplegar las consecuencias de estos interrogantes, Ramírez recurrió a su práctica como “Coordinadora del equipo del caso” en el proyecto Interxarxes. De su exposición sobre su trabajo se reveló que hacer presente el psicoanálisis en las instituciones implica tomarse en serio el lugar de la transferencia, la invención del sujeto para responder a su malestar, y la puesta a distancia de los ideales sociales. El trabajo de Lidia Ramírez, pues, planteó cómo en un entorno que incluye instituciones diversas de los ámbitos pedagógico, clínico y trabajo social es posible operar desde un discurso que no es el esperado y, sin duda, producir efectos desde allí.
Miquel Bassols empezó su intervención subrayando el carácter de investigación que tienen los encuentros PIPOL como espacios “para pensar un problema y transmitir su lógica a la Escuela y al Otro social”. Asimismo señaló que se trata de tomar una posición política respecto a las “inercias en la historia del psicoanálisis, cuando somos más bien llevados por ellas” . Bassols señaló que la relación del psicoanálisis con las instituciones es algo que el Campo Freudiano se toma en serio desde hace muchos años y de forma muy distinta a cómo lo hizo la IPA, para quien el psicoanálisis se diluye en la psicoterapia. Para la orientación lacaniana, hay solo Un psicoanálisis que es el que responde a la orientación de la Escuela Una.
Bassols pasó a analizar algunas de las premisas de este encuentro. En primer lugar, señaló que si la Institución es una manifestación del discurso del Amo, el inconsciente tiene su misma estructura. Mientras que el discurso del analista es su reverso. Así, no hay discurso del psicoanálisis, sino discurso del analista, tomado uno por uno “en cada coyuntura y en cada lugar clínico”.
La investigación que plantea el próximo PIPOL debe responder a los interrogantes abiertos por una cierta alteración de la división ficticia entre psicoanalista y psicoanalizante. “como si se tratara de dos sujetos distintos”. Bassols insistió en que en realidad no hay dos sujetos, “sino que solo existe el sujeto analizante; y una función que causa el trabajo del inconsciente, puesto que el analista forma parte de su concepto”.
Ahora bien, apuntó Bassols, en el psicoanálisis existen al menos dos formas de uso de la transferencia. A saber, o bien como Sujeto Supuesto Saber; o bien como transferencia de un sujeto con su incosnciente por medio del analista. Esta última es mucho más difícil de soportar. Entonces, plantearse cuál es el lugar del psicoanálisis en la institución exige plantearse qué modo de transferencia elige el analista en cada lugar y en cada momento.
El debate que suscitaron estas dos intervenciones dio muestra de la necesidad de seguir trabajando los interrogantes abiertos. Esperamos, pues, las próximas reuniones.
El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis
Luisella Rossi
Madrid
El deseo de escribir surge, cuando, en el Departamento de niños, dedicado este curso a “la práctica entre varios”, al comentar la Introducción a las simultáneas PIPOL 6, me siento concernida por la cuestión de los efectos que en la praxis del analista tiene su propia experiencia como analizante.
En el hacer cotidiano de la clínica y cada vez que intento la construcción de un caso para presentar en un espacio de trabajo, este sesgo reaparece, como una pregunta: ¿cómo dar cuenta de esto? ¿Dónde? Aquí he podido hacer tal o cual intervención, que respondió a tal o cual momento de mi trabajo como analizante. Otras veces estos efectos no hallan una correspondencia claramente localizable, sino que aparecen como cambios en el abordaje de la construcción del caso, cambios en la manera de hacer en la clínica, de hacer con el goce en el encuentro con el otro.
Me parece que esta característica fundamental de nuestra praxis, adquiere en el momento actual, el de la hipermodernidad, esencial importancia, pues es lo que diferencia la ética analítica de cualquier otra que intente, ante la caída del NP refrenar el goce. Éticas que ante su propio fracaso hipertrofian los mecanismos de control dispersando enloquecidas irrupciones de goce que borran al sujeto.
Esto me evoca situaciones de mi práctica clínica, como médico que al tomar la opción de intentar analizarse, ha descubierto que, así como lo dice Lacan, en “Psicoanálisis y medicina”, conferencia de 1966: “En la medida en que el registro de la relación médica con la salud se modifica, donde esta suerte de poder generalizado que es el poder de la ciencia brinda a todos la posibilidad de ir a pedirle al médico su cuota de beneficios con un objetivo preciso inmediato, vemos dibujarse la originalidad de la demanda”.
Más allá de un pedido, hay una demanda singular, única vía, que al respetar el sujeto, permite inventar regulaciones efectivas del goce.
Recientemente, dos situaciones diferentes de la práctica me han hecho encontrar la institución bajo dos presentaciones distintas, pero que me han planteado idénticas dificultades. Una, la atención de un caso que por la irrupción de goce requirió para su tratamiento, de una modalidad derivada de la práctica entre varios, donde una joven mujer recibe antidepresivos “para sacarla de la depresión” según las pautas de “la buena práctica” que rechazan al sujeto, al sostenerse en el “igual para todos". En este caso, el encuentro con un psicoanalista lacaniano permitió detener la irrupción de goce ya que la transferencia con uno de los miembros de la familia, posibilitó hacer un lugar al sujeto sometido al imperativo familiar "tiene que estar bien". Otra, la invitación a tomar parte en un servicio de seguimiento en salud mental ofrecido para estudiantes con el nombre “seguro” en el que los informes exigidos desprecian la clínica y reclaman la alienación a compendios estadísticos que dejan fuera del cálculo la subjetividad. ¿Cómo hacer con estas demandas que piden al médico y al psicoanalista que obture la vía del malestar? Por otra parte, por qué no aprovechar esta ocasión para introducir otra ética?
¿Qué puede hacer el psicoanalista o el médico que encuentra este panorama institucional-sanitario-familiar? Rechazar el lugar del "distribuidor", al que los métodos por los que la institución se deja orientar, empujan al médico, no significa no responder. He tratado de encontrar en mi experiencia analítica, la manera de avanzar, al decir de Lacan: "en otro registro" pues no se puede separar la demanda de la subjetividad.
Y engarzadas a la subjetividad, articuladas a lalengua, también están las demandas de fármacos dirigidas al médico, es decir en la transferencia. En este sentido, la caída durante el trabajo analítico, del ideal en el que me he formado acerca de la prescripción farmacológica, ha posibilitado realizar las indicaciones orientadas por lo insoportable de un goce singular, permitiendo la emergencia de un sujeto borrado por los excesos del mismo.
Pipol News 20 - 04/02/2013
Quand il y a du lacanien en institution
Philippe Bouillot
Le Courtil
Denis Chaidron
Centre Chapelle-aux-Champs
Gigliola Corato
Centre médical Enaden
Bruno de Halleux
Antenne 110
Quand il y a du lacanien en institution ?
Maud Ferauge
Centre PMS communal de Schaerbeek
Justine Junius
École du Soleil Levant - École de la maison familiale
Fabienne Hody
Centre de jour Grandir
Gil Caroz
Ouverture
Philippe Bouillot
Le Courtil
Les exposés que nous entendrons ce soir ont le grand avantage d’être très courts, très resserrés, très élagués. Je ne ferai qu’une petite reprise à chaque fois pour donner toute sa place à la discussion avec vous sur tous les points que vous trouverez saillants.
C’est une deuxième soirée organisée par l’ACF-Belgique et l’EuroFédération de Psychanalyse, jalons sur la route qui nous mène à PIPOL 6. Au fond, avant d’explorer la diversité des pratiques psychanalytiques européennes, nous allons explorer les pratiques belgo-belges et ça ne nous manque pas, comme vous le verrez. La soirée n’est pas totalement européenne. Nous accueillons ce soir cinq collègues argentines qui sont des passages et que nous saluons.
Le jeu de contrainte qui a été proposé aux auteurs était assez strict. Yves Vanderveken, président de l’ACF-Belgique, leur a demandé un format très court, 3200 signes. L’orientation de la soirée est dans la manière même dont il l’a conçu et dans l’invite qu’il a fait à ces auteurs en demandant de faire un témoignage très personnel, bref, une énonciation, une vignette, un point précis, quelque chose de vif qui pointe, dans le travail quotidien, l’orientation par la psychanalyse lacanienne. Une interprétation de la formule « Quand il y a du lacanien en institution ».
Avant de passer la parole aux orateurs, je voudrais vous proposer une citation en exergue. Elle est à la page 31 du Séminaire de Lacan sur l’angoisse. On est dans un temps d’élaboration qui n’appartient pas au tout dernier Lacan. Je vous la propose, parce qu’elle est en rapport, me semble-t-il, avec l’orientation dont il est question ici. « Il n’est pas d’enseignement qui ne se réfère à ce que j’appellerai un idéal de simplicité ». Et Lacan ne s’excepte pas, ça concerne son enseignement aussi. Chacun peut constater que ce n’était pas un idéal qui étouffait Lacan. Il pose la question : dans le fond, pourquoi le réel serait-il simple, qu’est-ce qui peut permettre de concevoir le réel comme ça ? « Eh bien, rien – rien d’autre, dit-il, que cet initium subjectif sur lequel j’ai mis l’accent […] à savoir qu’il n’y a d’apparition concevable d’un sujet comme tel qu’à partir de l’introduction première d’un signifiant, et du plus simple, celui qui s’appelle le trait unaire ». Il évoque ici cette frappe initiale, « le trait unaire en tant qu’il est avant le sujet […] Tout ce qui est enseignable doit conserver le stigmate de cet initium ultra-simple. C’est la seule chose qui puisse justifier à nos yeux l’idéal de simplicité. »
Une poignée de main
Denis Chaidron
Centre Chapelle-aux-Champs
Je rencontre Monsieur A. il y a quelques années au sein de l’institution où je débute un nouveau travail. Il se traîne dans les couloirs comme un pantin désarticulé. Coutumier de passages à l’acte sévères, son état oscille entre des moments mélancoliques et quelques périodes plus exaltées. Aucune institution psychiatrique ne veut de lui, les seules ayant accepté la présence de Monsieur A. ne l'ont toléré que quelques mois.
Tout le corps de ce patient pose problème. L'irruption d'un symptôme somatique provoque menaces, revendications : Monsieur A. veut plus de médicaments, plus de soins, plus d’entretiens.
Au milieu de tout cela, de façon plus localisée, Monsieur A. soigne sa main gauche, siège de fréquentes automutilations. Les soins médicaux rythment son quotidien : consultations orthopédiques, sutures, chirurgie réparatrice, pansements et j’en passe. Ce morceau de corps, cette main l’encombre et le persécute. Il arrive d'ailleurs que cette main soit soignée puis mutilée dans les minutes qui suivent. Monsieur A. est décidément un sujet perpétuellement en crise...
Régulièrement, Monsieur A. vient me parler. Mon bureau, c'est "porte ouverte", souvent plusieurs fois par jour, pour se plaindre, s'épancher, pour téléphoner, accessoirement pour me prendre les fruits qui traînent sur mon bureau. Parfois, juste avant de sortir, il chute de tout son corps, souvent lorsque sa mère vient de lui annoncer une mauvaise nouvelle au téléphone.
De manière fortuite, je note qu'il éprouve un certain plaisir à me serrer la main. À la sortie de mon bureau, Monsieur A. me dit au revoir et me tient la main un certain temps, la referme progressivement (non sans provoquer une certaine douleur) jusqu'à ce que je crie "aïe". J'ajoute au cri une petite grimace. Il s'ensuit un rituel qui s'installe. Une à deux fois par semaine, le patient rejoue le petit scénario lorsqu'il quitte mon bureau. Cette fois, pour ma part, c'est sans un mot mais toujours avec la même grimace. Ni trop, ni trop peu. Quelquefois le patient s'enquiert de la trop grande fermeté de sa poigne. Il me demande alors si son geste n'est pas trop fort et l'ajuste en conséquence.
Quels ont été les effets de cette petite intervention après-coup ? D'une part, le sans-limite de sa demande s'est quelque peu tari. La demande s'est transformée en parole, plus civilisée. D'autre part, la castration, la barre s'est déplacée sur la main du thérapeute. Enfin, le seul traitement chirurgical dans cette vignette, c'est peut-être le caractère ajusté du geste, bref le réglage !
Albertine : l’orientation en toile de fond
Gigliola Corato
Centre médical Enaden
Quand Albertine pose sa candidature au Centre de jour d’Enaden, elle est plutôt figée, massive telle une statue, comme « coincée » dans son corps. Elle nous parle très peu ; elle dit : « je veux venir ici pour faire des activités, pour bouger ». Elle ne se repère plus très bien dans le temps. Elle dit qu’elle est en dépression depuis sa séparation d’avec son mari. Elle dira, aux questions qu’on lui pose pour tenter d’en savoir un peu plus, qu’elle ne sait plus trop bien. Elle a essayé un autre centre de jour, mais cela n’allait pas, ça ne bougeait pas.
Malgré nos nombreuses questions et le peu d’éléments que nous avons sur les coordonnées de son histoire, nous l’acceptons. Nous l’accueillons à partir de ses mots, de sa demande de bouger, sans plus.
Dès son entrée au centre, deux mois plus tard, elle s’inscrit et participe à sa manière à toute une série d’activités (surtout les sportives). Le reste du temps, elle reste assise, silencieuse, figée dans son fauteuil.
De notre côté, nous l’inscrivons régulièrement à l’ordre du jour de nos réunions cliniques, car, même si nous pouvons repérer la fonction de l’institution pour elle (« bouger et avoir des contacts »), nous ne savons pas bien comment nous y prendre. Presque à chaque réunion, nous nous demandons si sa place est bien au centre…
En effet, outre le fait qu’elle « n’entende » pas certaines règles de l’institution, certains de ses symptômes (notamment des problèmes d’hygiène, d’énurésie, de santé) rendent difficile la vie communautaire ou la participation à des activités.
Un jour, nous entendons un bruit sourd : Albertine est tombée, d’un coup ! Lorsque ma collègue accourt pour voir ce qu’il se passe, elle lui répond que tout va bien, qu’il n’y a pas de problème. Ma collègue lui propose d’aller voir son médecin pour discuter de ces chutes de tension. Elle refuse. Devant notre insistance, elle finit par accepter, nous dit qu’elle y est allée, mais nous apprenons qu’il n’en est rien. Sa tension est très basse, nous sommes inquiets. Nous en rediscutons en réunion clinique. Nous nous demandons comment faire malgré nos tentatives de problématiser cela avec elle. Nous décidons, avec le psychiatre de l’institution, d’y aller du côté d’une responsabilité médicale. Nous lui renvoyons que, pour pouvoir poursuivre les activités, il faut s’occuper de sa tension et qu’elle doit donc en passer par son médecin. Elle y va et elle revient avec un traitement.
Il me semble que notre orientation s’est manifestée à plusieurs niveaux : tout d’abord, le pari, l’accueil du sujet sur les quelques mots qu’il nous dit ; ensuite dans la façon de lire, d’accueillir ses « symptômes », sa singularité. En effet, il y a une double face chez elle : d’une part, la rigidité du corps (l’immobilisme) et d’autre part, sa détermination à se mettre en mouvement sans tenir compte de certaines manifestations corporelles qui ne lui posent pas de problèmes. C’est pour les autres (les patients et l’équipe) que c’est à la limite du supportable. Le travail se situe alors du côté d’un symptôme à construire avec elle et selon une certaine modalité qui est celle de l’acte.
Comment transmettre ?
Bruno de Halleux
Antenne 110
L’Antenne 110 est connue aujourd’hui comme à l’origine de la Pratique à plusieurs. JAM a nommé cette pratique ainsi. Nous en avons témoigné de nombreuses fois lors de journées, congrès, invitations dans des centres hospitaliers ou des institutions.
J’ai écrit dans un Pipol News combien j’ai souvent eu, dans l'après-coup d’une journée ou d’une conférence, le sentiment de ne pas réussir à transmettre l’essentiel de ce qui fait le « lacanien » de l’Antenne 110.
Sans doute y a-t-il des raisons à ce ratage ! J’en épingle deux.
D’abord parce que ce qui a fait notre succès – nous sommes considérés comme la première institution à avoir mis en place cette pratique – fait aussi notre impasse. La PAP est idéalisée, interprétée dans tous les sens, élevée au rang d’une modalité essentielle pour le traitement d’enfants autistes, elle est copiée, imitée, elle fait épidémie, chacun en parle, partout, tout le temps, en un mot elle se présente comme un modèle. Pas seulement à l’extérieur, mais aussi intra muros. D’avoir été nommée, d’avoir connu ce succès entraîne son envers : virer à une méthode ou à une simple technique. Cela ressemble à des recettes : ne pas s’adresser en direct à l’enfant, parler à la troisième personne, faire appel pour n’importe quoi au tiers incarné de la direction, etc.
Ensuite, parce que ce que, ce qui doit être transmis de ce qui fait l’essentiel du « lacanien » à l'Antenne 110 n’est pas transmissible, et c’est de structure. C’est tout le problème de l’enseignement de la psychanalyse. La jouissance, l’objet a, l’au-delà du principe de plaisir ne se décline pas en termes signifiants. On ne peut qu’approcher ce point, le resserrer, en faire le tour, et on ne peut en prendre la mesure qu’en fonction des progrès de sa propre analyse ! Même sans analyse, on peut vérifier que lorsqu’on parle, on en dit beaucoup plus, ou beaucoup moins que ce qu’on veut dire. Le dit ne résorbe jamais le dire… Il y a toujours un plus de jouir qui nous échappe !
Alors qu’est-ce que le « lacanien » à l’Antenne 110 ? Pour ce soir, je propose que ce lacanien, cet essentiel si difficile à transmettre ait quelque chose à voir avec le « désir de l’analyste » que Lacan déploie dans le séminaire XI.
Je déplie rapidement quatre points sur ce désir :
- il défait le syntagme PAP, c’est-à-dire, dénouer, désunir, séparer toute signification figée propre à la PAP, mais aussi à nos concepts. Pas de définition arrêtée de la PAP, ce n’est pas une méthode, ni une technique, c’est à réinventer sans cesse.
- il aimante avec tous les moyens possibles un désir de savoir pour chacun.
- il contre les effets de transferts qui couvrent ou voilent, par le biais des idéaux, le réel en jeu dans notre clinique.
- il provoque un désir d'atteindre au réel, comme l’écrit Jacques-Alain Miller dans sa présentation du thème du prochain congrès de l’AMP, un désir de réduire l’Autre à son réel et de le libérer du sens.
La clinique avec les enfants autistes nous y rend d’autant plus sensibles quand l’intervenant est confronté dans sa propre analyse au désir de l’analyste.
Quand il y a du lacanien en institution ?
Maud Ferauge
Centre PMS communal de Schaerbeek
Dans la mesure où chacun en CPMS travaille à partir de sa propre expérience clinique et de sa propre formation, la mienne d’orientation est lacanienne. Je vous parlerai donc à partir d’un point crucial à mettre en avant, à savoir que le CPMS est avant tout un service de première ligne. Il ne peut dès lors faire l’impasse d’un regard clinique sur les situations qu’il rencontre puisque, dans sa définition même, il est appelable quand survient un réel. L’école appelle le CPMS afin qu’il l’aide à s’y repérer dans les diverses situations de passage à l’acte qu’elle rencontre. Est-ce possible de répondre à ces demandes sans repères cliniques ? L’orientation lacanienne offre la possibilité de trouver « une échappée » pour un bricolage singulier. Il s’agit donc de laisser un espace pour que chaque intervenant du service PMS ou de l’école puisse poser des hypothèses à partir du réel enjeu afin d’éviter les stigmatisations qui bouchent le questionnement. J’illustrerai cela par un cas que j’ai suivi avec ma collègue assistante sociale.
Dylan, quinze ans, vient nous voir à sa demande quand il est « sous pressing ». Il a 12 ans quand nous le rencontrons pour la première fois au lycée. Il vient pour résoudre un problème qui le tourmente : il a choisi la section latine, mais il se demande s’il ne devrait pas plutôt choisir les sciences. Nous sommes d’emblée frappées par son énonciation. Ma collègue s’embarque avec lui dans une discussion sur le bien-fondé des deux sections. Quant à moi, je lui parle de son goût pour le latin. Plus il parle, plus son corps commence à s’agiter. Très vite, on s’aperçoit qu’il va falloir arrêter son flux de paroles. Il dit qu’il voudrait être médecin. Je l’arrête : « mais alors, c’est le latin que vous devez suivre. Les meilleurs médecins ont fait leurs études secondaires en latin ». Interloqué, Dylan s’arrête enfin de parler.
L’énonciation, mais aussi la façon bien singulière que Dylan a de faire lien social posa d’emblée un problème à l’école. Il nous faudra accueillir les plaintes sinon l’angoisse des profs en conseil de classe soit pour dégonfler les interprétations et/ou diagnostics lus à voix haute soit pour trouver ensemble « un mode de présence » à bricoler avec lui afin d’éviter l’envahissement incessant de Dylan. L’impasse est la suivante : quand les profs écoutent Dylan, ils ne parviennent plus à l’arrêter, mais quand ils ne l’écoutent pas, ils culpabilisent de le trouver seul dans la cour, sans amis. Ça les inquiète. Les éducateurs ne peuvent plus faire leur boulot, car Dylan s’invite à toutes les récrés dans leur bureau. La préfète, quant à elle, se voit questionner à tout bout de champ sur le fondateur de l’école. D’ailleurs, cela ne semble pas aider Dylan non plus. Il y a du « trop ».
Nous proposerons aux profs de nous introduire dans la circulation que Dylan a instaurée malgré lui dans son école, ce qui sera facilité par le fait qu’il a transféré sur notre équipe. Avec nous, il viendra parler de ses angoisses corporelles ou de ses troubles du langage. Nous inviterons éducateurs et profs à certes l’écouter, mais tout en le prévenant que la discussion aura une fin, montre à l’appui, quitte à fermer la porte du bureau pour arrêter la conversation. Nous leur faisons aussi entendre que pour Dylan être seul n’est pas nécessairement une souffrance, car son accroche est le savoir.
Depuis trois ans, on nous parle de Dylan à chaque conseil de classe. À chaque fois, il nous faut trouver un mode de présence adéquat. Dylan, quant à lui, dit s’en sortir dans la vie grâce à sa mère qui souhaite qu’il devienne quelqu’un, mais aussi grâce au CPMS. Dylan ne souffre pas tant d’être seul, mais souffre de la langue. Ma collègue, assistante sociale, est par ailleurs devenue une véritable partenaire pour Dylan. Depuis peu, une petite réunion s’est instaurée dans notre service pour interroger autrement le réel que nous rencontrons dans les écoles. À suivre.
Hicham
Justine Junius
École du Soleil Levant - École de la maison familiale
L'école du Soleil Levant est une école singulière : elle entretient une histoire avec la psychanalyse. Dès lors si comme toute école, elle incarne le discours du Maître, de par son histoire, elle fait place à l'occasion à un autre discours.
Lors d'une conversation avec son institutrice, Hicham, dix ans, la prévient que s'il fait des choses bizarres, c'est parce qu'il entend des voix. Elle lui propose de venir m'en parler. Il accepte. Il m'explique qu'il entend des voix depuis peu de temps, depuis la mort de son grand-père qu'il n'a vu que deux fois. Ce monsieur souffrait d'un cancer du sang. Une voix le prévient de la mort imminente de quelqu'un. Il ne veut pas la croire, et puis son grand-père meurt. Il me relate ensuite différents moments où la voix surgit. Par exemple, la lumière de sa classe grésille ; il entend : "Tu vas mourir". La voix de Michaël Jordaens, célèbre joueur de basket lui suggère de lancer la balle dans une direction précise. Hicham s'exécute et se fait engueuler par ses camarades pour avoir lancé la balle dans le vide. Il poursuit le récit de ces moments énigmatiques tout en me faisant part d'une voix qui l'envahit au moment même où il me parle. Il se demande si elle est le fruit de son imagination ou pas. Nous terminons l'entrevue. Mais peu de temps après, il toque à ma porte et me confie : "J'entends encore la voix qui me demande pourquoi je vous ai dit tout ça !" Je l'invite à s'asseoir, et embarrassée lui dis : "Cette voix n'a pas l'air de vouloir vous laisser tranquille. Qu'allons-nous faire ?" J'ajoute : "Je pense que la seule personne qui pourra trouver des solutions, c'est vous." Hicham semble apaisé et retourne en classe. De mon côté, je n'étais pas rassurée : l'avais-je laissé tomber ? J'avais tenté de me décompléter en lui restituant quelque chose. J'en parle à mon analyste, qui calmement me dit d'attendre la prochaine rencontre.
Deux semaines plus tard, je reçois Hicham qui m'annonce qu'il n'entend plus de voix. Je lui demande ce qui s'est passé. Il répond : "C'est depuis que j'ai reçu un iphone de 800 euros !" Je ne l'interrogerai pas davantage. Nous continuons de nous voir tous les quinze jours. Sa méfiance ne semble plus s'exprimer par des voix, mais au travers des jeux et des histoires qu'il met en scène avec notamment des Legos. Nous jouons ensemble pour construire des défenses. Il ponctue certaines de mes interventions par "ça me paraît juste".
Dans cette école, une réunion d'équipe est organisée sur base volontaire où l'on tente de parler d'un élève autrement. La construction collective du cas a donné l'envie à un instituteur de mettre sur pied un atelier Legos avec Hicham. En classe, son institutrice lui donne une place de partenaire : notamment "le gardien des coupes". Cependant, ce n'est pas si simple... À mes débuts dans l'école, je voyais la réunion se laisser dévorer par de nombreux points pratiques. J'ai dû apprendre à m'imposer et demander à ce qu'on parle d'abord de l'enfant mis à l'ordre du jour. Je constate que c'est quelque chose à relancer constamment. Je me suis souvent dit d'ailleurs qu'outre l'analyse, mon expérience du Courtil oriente ma pratique dans l'école. En effet, j'y apprends qu'il n'y a pas d'autres savoirs que celui qui se construit au plus près de la clinique.
Série-eux et légers
Fabienne Hody
Centre de jour Grandir
« Je suis un clown. Prenez exemple là-dessus, et ne m’imitez pas ! »1
Antoine est un de ces enfants qui nous a appris à reconnaître la spécificité de l’autisme et son travail d’immuabilité. Il pouvait se griffer le visage pour une casserole déplacée, il n’acceptait de manger que « 4 ». Depuis sa logique rigoureusement autistique a été progressivement voilée par un accès à la parole de plus en plus fluide, un plaisir manifeste dans le jeu avec d’autres et en particulier mon collègue Davy.
Antoine a bien grandi, son premier vélo est maintenant bien trop petit pour lui. Pour soutenir le changement, je tente de m’appuyer sur le signifiant de la nouvelle année qui commence et sur une identification idéale possible au « grand » qu’il est devenu. J’ai tout faux, c’est la crise. Cette simple invitation à prendre un autre vélo éveille une colère/angoisse telle qu’il se roule par terre en hurlant. Impossible de changer de vélo, impossible pour lui de se voir changer et devenir trop grand pour son vélo qui lui ne grandit pas.
Sans montrer la moindre attention à la scène, mon collègue Davy prend le vélo plus grand et en vante à haute voix les multiples qualités. Il l’admire, l’essaye, dévale la pente et manifeste bruyamment son plaisir. Il invite alors Antoine à venir sur ses genoux et fait une ou deux descentes avec Antoine. Après quoi, Davy s’éclipse et Antoine continue à rouler joyeusement. De mon côté, j’ai discrètement observé la scène en me gardant bien de faire le moindre commentaire.
Le lacanien dans l’institution, c’est moins la disance lacanienne, que le clown qui joue des semblants, à la fois série-eux et légers dans sa rencontre avec les enfants ; sans se prendre au sérieux, en sachant lâcher prise, en sachant ne pas savoir, en s’appuyant sur le symptôme et non sur l’idéal.
(…) notre intention (…) C’est quelque chose qui consiste à (…) inciter(le sujet) à passer dans le bon trou de ce qui lui est offert, à lui, comme singulier2.
K n’a pas encore 4 ans, petite boule d’angoisse muette, quand elle entre à Grandir. Elle refuse avec violence toute initiative de notre part, mais se colle au corps de l’intervenante de manière tellement fusionnelle que s’en est insupportable.
K ne tolère aucune intervention dans son jeu, ajoutez un bloc à sa tour et tout devra être détruit. Par une gestuelle destructrice similaire, elle frappe le tableau avec la craie, sans s’intéresser aux traces que laisse son geste. J’entoure d’un cercle les traits. Surprise. Elle recommence, j’entoure à nouveau ses traces d’un cercle. Elle s’arrête et exige d’autres cercles qu’elle remplira ensuite de traces.
Je poursuis en dessinant en les nommant : deux yeux, un nez, une bouche dans les cercles. Là, elle prend ma main pour me faire poursuivre, jusqu’à remplir le tableau. Et de là, nous pourrons passer au dessin sur une feuille de papier. C’est ma main qui doit ternir le crayon, c’est ma bouche qui doit nommer « œil », « nez », « bouche ». Si je me tais, elle tente d’actionner mes lèvres de ses doigts.
Elle dessine et s’intéresse à l’écriture. Elle ne parle pas, mais utilise des éléments de langage gestuel.
1 Lacan, La troisième, p. 15.
2 Lacan, Le plaisir et la règle fondamentale.
Perspectives
Gil Caroz
Que veut dire « Quand il y a du lacanien en institution » ? D’emblée, nous l’avons situé du côté de l’existence, de « il y a un trou » plutôt que du côté de « je suis » de l’identification. Le lacanien est cette substance discursive qui troue le discours commun, qui traverse les écrans des fantasmes, qui fait usage du discours institutionnel sur le mode de « s’en passer, s’en servir », qui aborde sans reculer, de façon pragmatique et en prêtant son corps quand il le faut, un réel qui est parfois intenable. Mais la présence de cet élément discursif dépend de quelqu’un ou quelques-uns qui peuvent la soutenir par leur position. C’est cette position singulière qui permet de dire que la solitude n’est pas une souffrance dans tous les cas, d’accueillir un signifiant hors sens comme une demande, de se dépêtrer du savoir livresque pour soutenir un savoir « clownesque », de rendre au sujet le savoir qu’il place chez le praticien et qui le persécute, de s’abstenir de plaquer un sens sur l’événement clinique. Mais ne nous trompons pas ! Tout cela n’est pas une simple technique. Cette « simplicité » de l’abord du réel de la clinique témoigne d’une formation profonde et sérieuse de ceux qui soutiennent « l’élément lacanien ». Il s’agit d’un engagement, qui passe tout d’abord par le divan.
Est-ce dû au contexte institutionnel ? En tout cas, les cas présentés ont témoigné notamment d’une clinique de limitation et de localisation de jouissance, plutôt qu’une clinique du symptôme : un point arrêt d’une pensée qui tourne en rond, de « crises » répétitives, d’une hallucination angoissante, d’automutilations violentes, d’un corps qui bouge en faisant fi de ses limites… Cette pragmatique de la limitation prend son appui d’une éthique « sans standards, pas sans principe »: un usage du discours du maître, d’une parole, d’une mise en scène comique, d’un geste, d’une grimace…Et tout cela dans une ambiance où l’invention est à l’avant plan. Lors d’une prochaine soirée de préparation, nous tenterons d’aborder une clinique du symptôme en institution.
Le local de l’ACF était bondé. Quelques courageux, désireux de s’enseigner des praticiens qui ont mis du leur, ont passé la soirée sur le pas de la porte. D’autres s’étaient assis sur les tables et les escaliers qui conduisent à la bibliothèque. Les chançards avaient une chaise. Une animation rigoureuse et légère à la fois, faisant usage du Witz en abondance, s’est faite caisse de résonnance de cette pratique désireuse. Silence attentif, rires, applaudissements, conversation - étaient au rendez-vous. Paradoxalement, cet abord sans recul du réel n’est pas sans joie, et cette joie n’a pas manqué de marquer la soirée elle-même. Manifestement, la substance lacanienne n’a pas de goût pour la dramatisation. Joie lacanienne.
Pipol News INFO n° 03
Deuxième Congrès Européen de Psychanalyse (PIPOL 6)
Après l’Œdipe
Qu'en est-il du rapport sexuel,
du mariage, de la procréation, de la filiation, etc ?
PROLONGATION DE L’INSCRIPTION
À PRIX RÉDUIT
Chers collègues,
La commission d’organisation de PIPOL 6 a décidé de prolonger de deux mois la possibilité d’inscription à prix réduit au congrès PIPOL 6. Vous pouvez donc encore vous inscrire au prix de 130 € (65 € pour les étudiants de moins de 26 ans, avec justificatif). A partir du 1er avril, le prix d’inscription sera de 160 € (80 € pour les étudiants de moins de 26 ans).
Pour la commission d’organisation,
Guy Poblome
Secrétaire de PIPOL 6
Pipol News 19 - 30/01/2013
Quand il y a du lacanien en institution
Joëlle Hallet, Liège, Belgique
Olga Montón, ELP, Madrid
Sylvie Simon-Godès, Île de la Réunion
Quand il y a du lacanien en institution
Joëlle Hallet, Liège, Belgique
Voilà qui me parle !
Ce sera donc un plaisir d’entendre, le 31 janvier qui vient, les flèches que mes collègues de l’ACF-Belgique darderont vers PIPOL 6, et de participer au débat d’une heure qui les suivra – un luxe : une heure d’élaboration à plusieurs.
En lisant le titre de cette soirée, j’ai tout de suite pensé à Théo (2 ½ ans), à ce que les puéricultrices de la pouponnière m’en ont dit, pas plus tard que le mois dernier, lors de brefs échanges le concernant.
Clara (psychologue, en préambule d’une réunion) : « Il y a de jeunes puéricultrices dans le groupe de Théo, elles ont plein d’idées, elles organisent maintenant des petits ateliers avec les enfants. »
Atelier ? Ce mot, qui m’apparaît nouveau dans la bouche de Clara, m’interpelle – j’ai dû le prononcer quelques fois jadis, évoquer probablement les ateliers du Courtil, ceux de l’Antenne 110… tant d’années depuis que je travaille avec cette équipe.
Atelier ? Le fait est, ma curiosité s’éveille, mais je n’en dis mot, je les laisse me dire, en réunion ou lors d’autres moments, comment elles rencontrent Théo dans le quotidien.
On me parle donc de Théo… puis de Théo en atelier.
Magali (puéricultrice) : « Théo, d’abord, il n’y participe pas : il vient au bord (sic) et il regarde. Quand il a bien regardé, je lui dis : “Si tu veux, tu peux aussi venir déposer des gommettes sur le sapin de Noël, mais tu n’es pas obligé (resic), tu peux aussi simplement regarder”. Alors, il peut venir… Il est comme ça Théo, il faut lui laisser le choix. »
Lors d’une autre réunion de décembre, nous parlons de Kalya : faut-il, ou pas, lui parler de sa mère toxicomane qui est « enfermée » en prison (et qui téléphone parfois, très rarement, « vraisemblablement quand elle s’ennuie ou quand une assistante sociale lui a rappelé qu’elle est mère », me dit-on) ? Telle est la question. Je leur réponds que Kalya a en tout cas entendu ce mot, « enfermée », dont elle fait usage à sa façon. Son premier mot en séance a en effet été èè’mer–condensation de « fermer » et de « aimer », c’est comme cela que j’ai entendu sa façon de déployer ensuite ce premier signifiant : elle ferme toutes les portes, y compris celles des armoires et des boites de jeux, sitôt celles-ci ouvertes, en clamant « èè’mer » comme on dit « on ferme ! » ; elle clamera ensuite « on range ! » avant d’avoir commencé à jouer (Kaya ne joue en effet pas, elle ne fait pas semblant) ; et elle manifeste envers sa puéricultrice un amour exclusif, fermé au tiers (je ne verrai d’ailleurs d’abord d’elle, collée à sa puéricultrice, que son dos, en ces premières séances où je ne savais pas que sa mère était enfermée). « Èè’mer », cet élément de lalangue de Kalya, met les adultes en joie : c’est tellement « elle » ! Ça leur parle plus que de longs discours.
En ce mois de décembre, je mesure le chemin parcouru depuis le début des années 2000, quand j’avais donné à Clara, qui me demandait « un peu » de lecture (« pas trop »), un exemplaire de Grandir sans parents1, édité par Terre du cien.
C’est un fait, ce n’est pas principalement par la lecture que l’enseignement de Lacan passe auprès des adultes de la pouponnière – encore que Magali m’ait demandé quel livre je pouvais lui conseiller (j’avais évoqué brièvement, auprès d’elle qui me parlait de Théo, un dit d’Éric Laurent, et le livre2 de celui-ci ; et Magali avait été émue que le premier mot de Théo ait été Lili, pour la désigner).
Dans cette « équipe », l’enseignement de Lacan passe par : « Quelle joie trouvons-nous dans ce qui fait notre travail ?3 » – cette question que j’ai faite mienne, je la leur ai transmise, en leur disant qu’elle nous était adressée par Lacan.
« Le lacanien » en institution, n’est-ce pas d’une langue, le lacanien, dont il s’agit ? Au croisement de lalangue des tout-petits, de nos questions d’adultes (les mots pour les dire) et du réel qui nous affecte les uns et les autres (ce n’est pas le même pour tous), je ne connais point d’autre langue que celle de Lacan pour nouer, pour tresser ces registres, en laissant place à la singularité du parlêtre. N’est-ce pas à nous de transmettre « le lacanien » comme langue vivante, qui façonne le réel que nous rencontrons ?
1 « Grandir sans parents 3 », Travaux du laboratoire franco-bulgare, Année 2000-2001, co-édité par Médecins du Monde Aquitaine et Centre Interdisciplinaire sur l’Enfant (Terre du cien), avec le concours du Conseil général de la Gironde.
2 Éric Laurent, La Bataille de l’autisme. De la clinique à la politique, Paris, Navarin / Le Champ freudien, 2012.
3 Jacques Lacan, « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 369.
«EL MAESTRO LACANIANO»
¿«Zoquette» o escritor?
Olga Montón, ELP, Madrid
Daniel Pennac, escritor francés nacido en Casablanca en 1944, cuenta en el libro autobiográfico “Mal de Escuela”, sus avatares infantiles y juveniles con la educación.
Nombrado por el otro y por sí mismo como “el zoquete” logra cambiar su destino al encontrarse con un “maestro lacaniano”, capaz de decir “sí” ante lo más singular del sujeto a pesar del plan de estudios y la institución.
Comienza el libro así:
“Comencemos por el epilogo: mamá, casi centenaria, viendo una película sobre el autor al que conoce muy bien. Se ve al autor en su casa, en París, rodeado de libros, en su biblioteca que es también su despacho. La ventana da al patio de una escuela. Jolgorio de recreo. Se dice que durante un cuarto de siglo el autor ejerció el oficio de profesor y que eligió ese apartamento que da a dos patios de recreo como un ferroviario que se instala, al jubilarse, junto a un apartadero. Luego se ve al autor en España, en Italia, discutiendo con sus traductores, bromeando con sus amigos venecianos y, en la altiplanicie del Vercors, caminando solitario, entre la bruma de las alturas, hablando del oficio, de la lengua, del estilo, de la estructura novelística, de los personajes… Nuevo despacho que da, esta vez, al esplendor alpino. Las escenas están salpicadas de entrevistas con artistas a quienes el autor admira y que a su vez, hablan de su propio trabajo: el cineasta y novelista Dai Sijie, el dibujante Sempé, el cantante Thomas Feresn, el pintor Jürg Kreienbühl.
Regreso a París: el autor sentado ante su ordenador, entre diccionarios esta vez. Siente pasión por ellos, dice. Por lo demás, y es el fin de la película, te enteras de que ha entrado ya en el diccionario, el Robert, en la letra P, con la denominación Pennac, que viene de su apellido completo Pennachioni, Daniel como nombre de pila.
Mamá, pues ve esa película en compañía de mi hermano Bernard, que la grabó para ella. La mira de punta a cabo, inmóvil en su sillón, con la mirada fija, sin decir palabra, mientras cae la noche.
Fin de la película.
Créditos.
Silencio.
Luego, volviéndose lentamente hacia Bernard, pregunta:
- ¿Tú crees que lo logrará algún día?
Y es que siempre fui un mal alumno y nunca se ha recuperado por completo de ello”
Vemos la posición de la madre sostenida hasta el fin de sus días. Da igual los éxitos conseguidos por el hijo. En la “novela familiar” Daniel tiene una posición determinada para la madre que ella no es capaz de movilizar.
Escuchando a Bernard Seynhaeve en Madrid *, sobre su trabajo en la institución y su posición como director, pensé que al igual que hay un “padre lacaniano” podría haber una “institución lacaniana” y porqué no, un “maestro lacaniano”.
Sabemos que la institución es aquella que hace valer sus ideales, la institución dice “no”. Diríamos que sería la instalación de un ideal bajo la amenaza de la castración, la prohibición, lo que pone veto a la satisfacción pulsional. Dicta sus normas y protocolos. Organiza el plan de estudios a cumplir.
J.A. Miller, en su comentario sobre el seminario “Las formaciones del inconsciente” de Lacan, afirma que el padre lacaniano dice sí, no es el absoluto de la prohibición y es un sí mucho más prometedor. Hace falta un “no”, por supuesto, no existiría el sí sin el “no”. Pues bien, haciendo un paralelismo con la institución educativa, “el maestro lacaniano” sería aquel que instala la ley, pero también la transgrede por nosotros. Es el maestro para el que existen casos particulares. Sabe transgredir la ley donde hace falta. Cierra los ojos cuando hace falta de la buena manera. Sabe hacer excepciones.
Una ley que hace posible la movilización del deseo. “A lo que dice sí, es al deseo” dice Miller.
El “maestro lacaniano” abriría la vía del deseo, humaniza la ley haciendo posible el deseo.
En el caso de Daniel Pennac, ante su posición de “zoquete” (y sus constantes travesuras por las que son castigados todos sus compañeros injustamente), escribe Pennac: “también se puede merecer la injusticia”. Ante la búsqueda, por parte de los profesores, del culpable de las travesuras, no hay denuncia por parte de los compañeros y el mismo no confiesa.
…….“¡Nadie lo sabrá nunca!. Pero lo que experimenta, por encima de todo, es la oscura alegría de haberse vuelto incomprensible para los “ricachones del saber” que le reprochan no comprender nada de nada. A fin de cuentas, ha descubierto una aptitud: dar miedo a quienes le asustaban; goza intensamente de ello. Nadie sabe de qué es capaz y eso está bien.”
Tras acabar en un internado por robar la caja fuerte de su casa, tiene un buen encuentro con el que podría ser un “maestro lacaniano”, que Daniel Pennac nombra como”el primer salvador”. Este maestro restituye su lugar de saber, un saber singular, y lo toma no sólo como sujeto de goce a educar.
“……..yo rodaba abonando un campo donde no podía comprender ni lo que me enseñaban ni lo que la escuela esperaba de mí, puesto que me consideraban un incapaz. Aquel veredicto me ofrecía las compensaciones de la pereza”.
……...”Llegó luego mi primer salvador.
Un profesor de francés.
A los catorce años.
Que me descubrió como lo que era: un fabulador sincera y alegremente suicida.
Pasmado, sin duda, ante mi capacidad de forjar excusas cada vez más inventivas para las lecciones no aprendidas o los deberos no hechos, decidió exonerarme de las redacciones para encargarme una novela. Una novela que yo debía redactar durante el trimestre, a razón de un capítulo por semana. Tema libre, pero me rogaba que las entregas llegaran sin faltas de ortografía, “para poder elevar el nivel de la crítica”
………………………. había descubierto al narrador que llevaba en mí”.
En este momento pudo como sujeto tomar las riendas de su destino. Se hizo adicto a los diccionarios y escritor. Más tarde él mismo también se hizo maestro.
Si se considera al niño como un objeto se produce la estigmatización del alumno. Eres el zoquete, el hiperactivo, el torpe, el violento, etc. No hay, por tanto, responsabilidad del niño como sujeto de su propio desarrollo, de su propia vida. Para intervenir en el malestar del otro, habrá que escucharlo, y así se responsabilizará de sí mismo y de su malestar.
No podemos quitar la responsabilidad a cada sujeto, a cada alumno, en las decisiones que toma, incluida la de fracasar, la de permanecer desatento, la de negar lo que ignora, la de decidir ser hiperactivo, o reclamar privilegios, o la de hacer de la queja su pasión.
Lacan nos mostró, que en la locura se produce una decisión, lo que llamó “decisión insondable del ser”. La decisión subjetiva, pues, del fracaso escolar ha de ser también encargada a cada alumno. Cada alumno debe de hacerse cargo en tanto vía de solución personal, que no global.
Se trataría pues de una nominación por el deseo, algo propio y subjetivo. Asignación ambigua en la que el joven se sienta reconocido. El maestro de Daniel Pennac le trasmitió el deseo de que escribiera una novela, saltándose todos los programas y protocolos establecidos por la institución. Y no fue una nominación que partiera de la evaluación unívoca y que no cree en la lengua como productora del sujeto.
Finalmente, no se trata solo de la transmisión de información si no de algo que sucede con la palabra a nivel del deseo.
Profesando el deseo, el profesor da lugar al deseo del alumno.
* Ciclo: “La práctica lacaniana en instituciones. Otra manera de trabajar con niños y jóvenes”. El Sábado 27 de octubre de 2012, Bernard Seynhaeve, Director de Le Courtil. Departamento de psicoanálisis con niños del NUCEP con la colaboración del Espacio Madrileño de Psicoanálisis con Niños.
** JA Miller, sobre el seminario de Lacan “Las formaciones del inconsciente”
Case Marmaillons
Sylvie Simon-Godès, Île de la Réunion
Le 15 novembre 2007, j’ai ouvert un lieu nouveau, Case Marmaillons, dans un quartier de Saint-Pierre connu pour ses difficultés sociales et la détérioration du tissu urbain, habitations, écoles, dans le sud de l’île de la Réunion. Un grand et beau local de plusieurs pièces a été mis à notre disposition par la commune, car nous avons pu être intégrés dans le Contrat urbain de cohésion sociale (CUCS) comme « maison pour les familles ».
J’ai ouvert ce lieu pour que des familles sortent de leurs murs déjà écrits pour venir dans les murs « vierges » de cette case - maison en créole. Des petits enfants avec leurs parents poussent la porte et nous faisons le pari que, peut-être, quelque chose se desserre du symptôme avec lequel ils entrent.
Notre équipe accueille des enfants de la naissance à six ans avec leurs parents ou des futurs parents. Parmi ceux-ci, plusieurs sont très jeunes.
Nous présentons Case Marmaillons comme lieu d’accueil, de rencontre et de jeu, d’écoute et de parole, de socialisation et de médiation. Sa fréquentation – cinq heures par jour, cinq jours par semaine - est gratuite, à l’exception de dix euros par an et par famille.
Nous avons particularisé le temps de l’accueil afin que le désir de ceux qui y viennent puisse s’y inscrire et ne pas être anonyme. Tandis que les enfants et leurs parents visitent le lieu, on déplie tout ce qu’il est possible d’y faire si on le souhaite et on précise aussi qu’il est possible de ne rien faire, la déambulation étant un mode courant pour les tout-petits, pour certains parents, mais aussi pour nous-mêmes. C’est un mode de présence des corps que nous a appris cette clinique et dont nous tenons compte sans que ce soit systématique.
Nous proposons des occasions de rencontre ou d’expression à travers divers ateliers pour enfants ou pour adultes, des groupes de paroles pour adultes, des groupes de paroles pour les enfants, des rencontres thématiques, mais aussi des entretiens individuels.
Case Marmaillons est repérée comme « complémentaire » de l’action des réseaux de terrain, puisque si des familles viennent spontanément, certaines nous sont orientées par les travailleurs sociaux, par les écoles, par la psychiatrie, par les services hospitaliers, gynéco, maternité, pédiatrie, etc.
Quand quelqu’un pousse la porte, nous ne savons rien de celui qui arrive ni de ce qui le pousse à venir, mais de toute façon, en ouvrant ce lieu, nous avons fait une offre. Notre clinique dans la contingence des rencontres, et grâce au transfert, bien souvent diffracté comme le permet ce lieu, traite déjà quelque chose du réel. Notre clinique du détail nous rend vigilants à la question du sujet face à l’insupportable. Nous ne sommes pas un lieu de traitement, mais notre travail sur le lien et notre désir ne sont pas sans effets. Ici « on est parents comme on peut » déloge un peu l’enfant.
Nous ne sommes pas bénévoles, mais engagés au salaire débutant. Si nous sommes quelques-uns à être orientés par la psychanalyse, tous ont un désir décidé. Nous sommes des « accueillants » quelque soit notre fonction d’origine : psychanalyste, psychologue clinicienne, puéricultrice, éducatrice de jeunes enfants, animatrice. Seule la fonction de directrice est épinglée et certains en font un usage singulier, comme cette mère qui demande toujours à me parler et évoque un jour la grossesse qu’elle a interrompue volontairement « parce qu’elle ne voulait pas que son enfant soit fou comme son père ».
Nous avons mis en place des temps qui ont un effet de formation : chaque jour, une demi-heure de reprise clinique pour traiter le réel rencontré dans la journée ; une réunion clinique hebdomadaire pour la vigilance quant à notre orientation ; une « super-audition » deux fois par mois ; un séminaire une fois par mois où nous décryptons des textes fondamentaux de la psychanalyse et où deux accueillants présentent un cas ; deux fois par an, nous bénéficions du concours d’un extime, membre de l’École qui nous aide à nous orienter et nous repérer dans ce qui va et ce qui rate. Nous construisons notre clinique au cas par cas avec le repérage que nous tentons de faire dans nos réunions cliniques. Nous transmettons à l’ACF régionale, dans une conférence de « Constellations », dans un temps ouvert au social à l’ACF « Des usages singuliers d’un lieu en prise directe dans le social » ; à PIPOL 4 et à Nonette.
Un an avant l’ouverture de la structure, nous avons fait un grand travail - qui se poursuit - de construction d’un réseau important dans le champ social, judiciaire et éducatif. Nous n’avions pas fait ce même travail dans le champ médical, celui-ci est venu vers nous dès l’ouverture. Nous sommes financés par l’État, la commune, la CAF, le REAAP, l’ARS et le Conseil général. Nous luttons pour que ce budget qui a baissé depuis deux ans augmente : nous avons mis en place un « comité de pilotage » deux fois par an avec tous les partenaires financiers et techniques. Dans un souci de transparence, nous y présentons nos bilans d’activités et financiers, ainsi qu’un plan prévisionnel, non sans en profiter pour leur faire entendre quelques très courtes vignettes témoignant de notre orientation.
Après huit mois de fonctionnement, les demandes affluent, celles des familles et celles des partenaires. Le réel qui nous tombe parfois dessus nous impose une clinique de la hâte et de l’urgence tandis que le quotidien se poursuit et s’invente chaque jour. En pouvant entendre une mère dire combien son enfant est un insupportable pour elle, au fond, nous lui permettons de lover au centre ce qui fait symptôme pour elle et cela permet un pas de coté. Et après tout, être « insupportable », c’est déjà être quelque chose et pendant ce temps, son enfant s’occupe de son coté à ses constructions.
Une autre, orientée par la PMI avant la décision de placer son enfant, ne vient que pour « parler à l’un d’entre nous en aparté » et passera, au bout d’un certain temps, de l’échange privé au collectif en se rapprochant peu à peu du groupe des parents, puis en s’y installant. Son enfant deviendra un bon objet, sous le regard des autres mères, le placement n’aura pas lieu.
Une autre encore ne regarde pas, ce n’est pas possible, elle se méfie. Elle vient voir la directrice parce que son enfant « a trop d’imagination, ça la saoule ». Il a des dinosaures qui lui font mal dans la tête, il doit trouver une solution pour les faire partir, il ne dort plus. Il va se construire un ami imaginaire.
L’une a fait une « bouffée délirante » et ne peut se tenir dans le lieu que debout. C’est entre deux espaces ou devant une table qu’elle parle à l’accueillante avec qui elle a un transfert de ce qui se « passe dans sa tête ». Et toujours debout, elle proposera de mettre en place un atelier « perles » pour les parents. Elle change lors de posture dans le lieu, le trou se referme un peu.
Un enfant mis en position d’exception par sa mère « fait » le tigre, beaucoup. Mais quand une accueillante croise son regard, sous la table, c’est l’angoisse insupportable. Cette angoisse le relève.
D’autres, enfin, trouvent une accroche dans l’identité « parents de Case Marmaillons » à partir de laquelle ils peuvent voir et entendre leur enfant : « je ne savais pas qu’il fallait leur parler, et que si on leur parlait, ils pouvaient comprendre ».
C’est une clinique qui nous devance et dont nous attrapons des bouts. Elle est tous les jours à reconstruire, au fur et à mesure des rencontres et de la contingence du moment.
Pipol News 18 - 24/01/2013
De la médiation thérapeutique à l’objet a
Marie-Hélène Issartel, ECF, Lyon
Maurizio Montanari
Centro di Psicoanalisi Applicata LiberaParola, Modena
De la médiation thérapeutique à l’objet a
Marie-Hélène Issartel, ECF, Lyon
La psychothérapie institutionnelle, comme la psychanalyse, ont été mises à l’index par la HAS dans son rapport du mois de Mars 2012.
Celui-ci les classe dans les « interventions globales non consensuelles » et énonce que « l’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence de (leurs) interventions ».
Pourtant les psychothérapies institutionnelles sont pratiquées dans de nombreuses institutions et les hôpitaux où sont accueillis et soignés des enfants psychotiques et autistes. La plupart, de référence analytique, constituent des groupes autour du jeu et de la parole, mais aussi de différents médiums : peinture, terre, eau, ou encore musique, théâtre, danse…diverses pratiques artistiques. Ainsi, à l’hôpital de jour où je travaille, différents dispositifs sont proposés à l’enfant : ateliers animés par un peintre ou une musicothérapeute, groupe « contes » autour du livre et de la voix, « petits papiers » autour du dessin et du découpage, « arts plastiques » avec la terre, plâtre , tissus et bois, des temps cuisine ou jardinage animés par les infirmiers ou les éducateurs . Il s’agit, dans un accompagnement non directif, de permettre aux enfants d’expérimenter, éprouver du plaisir à faire, à créer, seul ou avec les autres quand cela est possible. Accueillir leurs productions des plus informelles au plus esthétiques ou inventives, sans jugement ni interprétation, font de ces temps des moments ludiques qui cristallisent le temps et ordonnent la journée. Si le corps et la parole sont convoqués dans ces rencontres entre les intervenants extérieurs, les soignants et les enfants, l’intention thérapeutique y est secondaire, « de surcroît ». Les processus psychiques à l’œuvre quand ils sont aperçus, ne sont jamais communiqués aux enfants mais ils s’intègrent, sous forme de témoignage, à l’élaboration clinique au sein des réunions de service.
Dans son ouvrage Médiations thérapeutiques et psychoses infantiles, Anne Brun, professeur de psychopathologie à l’Université Lyon 2, développe les processus psychiques mobilisés par ces pratiques largement répandues. Sa thèse est la suivante : « les médiations thérapeutiques permettent aux enfants d’accéder au processus de symbolisation à partir de la sensorialité…la matérialité du médium malléable jouant un rôle primordial dans cet accès à la symbolisation ».
Pour l’auteur, c’est « à partir de la sensori-motricité et de la matérialité du médium malléable que peut s’enclencher le processus de symbolisation ». Cette rencontre vise « à réactiver des expériences primitives qui n’ont jamais pu être mises en images ou en mots », lesquelles trouvent à s’exprimer dans le cadre du transfert et du contre-transfert avec les soignants. Dans une relation en miroir avec le médium proposé à l’enfant, l’originaire trouve à émerger sous la forme de sensations hallucinées dans un appel à la figuration. Dans son livre, l’auteur rend compte des divers ateliers auxquels elle a participé soit comme « observatrice écrivante » soit comme superviseur.
Nous rapportons le cas de José, autiste sans langage, qui débute son travail en peinture à l’âge de 9 ans. Quand il était chez ses parents, enfermé dans sa chambre, il passait son temps à déchirer les catalogues, mâchonner les bouts de papiers arrachés pour en faire des boulettes qu’il recrachait. En institution, son unique activité consiste à faire des trous au centre de toutes les formes repérées dans les catalogues. José a un objet autistique : un panneau sur lequel est écrit soit « Stop », soit « Attention, chien méchant ». La médiation picturale proposée à l’enfant ne prend en compte ni son objet autistique ni son activité stéréotypée. Au début, terrorisé par les bruits des bouteilles de peinture, José se protégeait en fermant les yeux, des oreilles et la bouche avec ses bras tandis qu’il se collait contre l’observatrice la couvrant de salive. « José se protège…d’un vécu d’ordre catastrophique. Ce bruit pourrait réactualiser chez l’enfant une sorte de sensation hallucinée d’explosion terrifiante d’un je/tympan/bouche/anus, zones corporelles partielles auxquelles le sujet est identifié dans le registre de l’originaire ». L’agitation intense fut traitée par l’infirmière, d’abord par des interprétations (« Tu as peur que ça explose dans ton oreille, dans ta bouche, dans ton derrière »), puis par un jeu théâtral en miroir qui apaisa un peu l’enfant. Mais à l’agitation, succédèrent de violentes lésions de grattage tant sur son corps que sur la feuille de papier. A la relation spéculaire entre la feuille et le corps, répondit le jeu en miroir de sa référente. Alors, l’enfant manifestait plus de plaisir à venir et à peindre sur et autour de la feuille. A son objet autistique, José substitua deux feuilles dessinées par l’observatrice entamant avec elle un jeu de caché-trouvé derrière le radiateur ou dans le four à micro-ondes.
Pendant les séances, l’enfant « demandait de façon impérative à sortir avec un thérapeute pour relever le sigle d’une voiture aperçue à l’extérieur. Le relevé calmait instantanément son agitation et il pouvait revenir peindre au sein du groupe ». L’auteur note l’évolution des relations de l’enfant avec ses soignants et les autres enfants. José a appris à peindre avec des traces rythmiques horizontales au bout d’un an puis, après la phase de grattage, à la verticale. L’application de la peinture en couche très épaisse ouvrit selon l’auteur à la tridimensionnalité qui se concrétisa, plus tard, par l’exploration du placard sur lequel étaient placées les feuilles.
Au bout de cinq ans, José peut exprimer et partager des affects avec les thérapeutes et les autres enfants en dehors du langage verbal, mais avec des gestes, des mimiques, des postures et des lallations.
Que dire de cette longue prise en charge ? L’engagement remarquable des soignants grâce au dispositif, a permis une pacification et une sortie de l’isolement de l’enfant. Mais faute de prendre en compte les inventions de l’enfant( le trou dans la feuille et l’écriture des sigles des voitures) et faute de repère dans la structure, aucune perte n’a pu s’inscrire du côté de l’enfant. Le médium pictural, objet proposé à l’enfant, n’est pas un « objet trouvé-crée », il reste un objet plaqué dont José acquiert un certain usage dans le cadre d’une relation spéculaire. Le « For-Da » ne fonctionne pas pour l’enfant. Dans ses rayures, il se confronte à l’impossibilité d’écrire l’absence de sa mère. A aucun moment, la feuille de peinture devient « ce petit quelque chose du sujet qui se détache » soit « le petit a » qui lui aurait pu lui ouvrir la voie du symbolique. « Faute d’avoir pu symboliser la perte de l’objet primordial de la jouissance »écrit J.C.Maleval, « le sujet autiste semble l’avoir vécue comme une mutilation insupportable, d’où la mise en place de stratégies défensives pour ne plus être affecté par la perte, en maîtrisant ses objets, et surtout pour ne plus ressentir d’émotions en se coupant de celles-ci ». Mais comment accéder au symbolique quand l’objet primordial de jouissance n’a pas été cédé ?
C’est le problème de Bob, 7ans, reçu à l’hôpital de jour depuis deux ans et dont nous avons ailleurs abordé le cas. Au début de la prise en charge, parlé par l’Autre, Bob se faisait l’écho des commandements de l’Autre ou des phrases entendues dans ses dessins animés préférés. Le passage à l’écriture des dires de l’enfant ont permis de creuser un écart entre les paroles de l’Autre et celles de l’enfant. Un petit dialogue est ainsi devenu possible dans lequel il peut rapporter des faits survenus dans la semaine .Cependant, peu de changement est observé au niveau du quotidien, « La jouissance du vivant ne se prend pas chez lui au signifiant ». Bob refuse de manger à table- il prend plusieurs biberons par jour chez lui- et il n’a pas acquis la propreté ; l’enfant se retient toute la journée et fait ses besoins dans la couche que lui met sa mère le soir. Les orifices du corps sont bouchés ! Faute de n’avoir pu céder l’objet de jouissance, les trajets de la pulsion ne se sont pas mis en place.
Quand arrive l’heure du déjeuner, Bob s’installe toujours à la même place à côté de son infirmière préférée exigeant une assiette comme les autres enfants mais il refuse de manger autre chose que du pain. « J’ai pas envie » dit-il pour toute explication à son refus. Son père rapporte une petite scène au restaurant Mac Do où il avait invité Bob et son frère en l’absence de la mère. L’enfant, très content de cette sortie inopinée, choisit son burger, une boisson et des frites, comme son grand frère. Une fois installé à table, Bob continua à jouer sans se préoccuper de la nourriture comme si elle n’existait pas. Le repas qu’il avait pourtant choisi, était devenu un pur non-sens, une sorte d’hallucination négative !
A l’hôpital de jour, Bob se rend rarement à l’atelier peinture. La première fois où il a accepté de peindre… ce fut la boîte de DVD de son objet autistique ! Plus récemment, il a consenti à laisser quelques traces bleues sur une feuille à l’aide d’un petit rouleau en mousse puis s’en est rapidement désintéressé. Par ailleurs, Bob est un enfant intelligent, il va l’école où il a appris à lire, mais comme il refuse d’écrire avec un quelconque crayon, on l’autorise à utiliser un ordinateur. Son objet autistique est aujourd’hui réduit à une paille articulée à une pince à linge. A l’atelier qu’elle anime, l’infirmière a eu l’idée de lui proposer de faire des bulles d’eau et de peinture avec sa paille ce qui le fait beaucoup rire. Depuis, le repas devient l’occasion d’un jeu d’échanges entre Bob et elle. Il accepte de manger avec les doigts du riz ou des coquillettes qu’il compte une par une. Le jeu permet de faire passer le trop de réel de l’objet nourriture au comptage de la jouissance. On peut faire l’hypothèse, certes, que les jeux inventés par la jeune infirmière permettent un investissement sensori-moteur de la zone buccale, mais, si dans ce cas il n’est pas possible de parler d’extraction de l’objet, un petit déplacement du bord de la jouissance a eu lieu. La paille réalise une sorte de métonymie du trou de la bouche bouchée par le sein ( biberon). Ce sont des « solutions » imaginaires là où la perte de jouissance n’a pu être symbolisée. Mais, à la différence du cas de José, la solution proposée à l’enfant s’appuie ici sur l’invention de l’enfant, c'est-à-dire sur son objet autistique. Elle est plus respectueuse même si l’enfant « reste inentamé quant à la jouissance ». Quant à la propreté, nous n’avons pas encore trouvé.
La psychothérapie institutionnelle réalise pour nous ce que Eric Laurent appelle : « un espace de jeu », un espace « où les échanges d’un type nouveau, articulés à un autre moins menaçant, peuvent se produire ».
1 Rapport de la HAS et de l’Anesm, « Autisme et troubles envahissants du développement : interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent », p.27, Mars 2012
2 Brun Anne, Médiations thérapeutiques et psychose infantile, Ed. Dunod, Vottem (Belgique), avril 2007.
3 terme emprunté à Piera Castoriadis-Aulagnier
4 A.Brun, Médiations thérapeutiques et psychose infantile, op. cit., pp. 181, 188-193, 211-215
5 J. Lacan, Le Séminaire, livre XI, Seuil, Paris,1973, p.60
6 J.C.Maleval, L’autiste et sa voix, Seuil, Paris, 2009, p.263
7 Le cas de Bob a été publié par Lacan Quotidien. On peut le retrouver dans le dossier de presse de l’ECF et en anglais dans le N°7 de la revue « Hurly-Burly », Mai 2012, pp. 201-205
8 J.C.Maleval, L’autiste et sa voix, op.cit., p.105
9 E.Laurent, La Cause Freudienne N°78, Navarin, 2011 , p.57
Ti aspetto fuori
Maurizio Montanari
Centro di Psicoanalisi Applicata LiberaParola, Modena
La sofferenza mentale dei migranti è complessa da trattare, specialmente quando l’Istituzione psichiatrica che se ne occupa, con la quale il nostro centro di psicoanalisi applicata collabora, tiene la posizione di padrona del territorio, imbevuta di una fede assoluta nel DSM. L'istituzione - padrone accoglie tutti cittadini, anche quelli stranieri, come un buon padre di famiglia. Dispensa regole e si prodiga per la loro salute mentale, secondo la logica descritta da Lacan : ‘'Nel legame sociale non c'è posto per le opinioni se non sono verificate da tutto ciò che assicura l'equilibrio della città'. Nelle riunioni cliniche congiunte dentro all'istituzione, i giovani psichiatri confessano il loro disagio quando, obbedendo alle indicazioni del dsm, sono costretti a catalogare come disturbi di personalità gravi o deliri molte espressioni di sofferenza quali le intrusioni di entità maligne ( la possessione zar degli Etiopi ), le stregonerie delle quali si sentono vittime, le crisi d’angoscia causate dalla migrazione, la diffusa sensazione di ritrazione degli organi maschili (koro). I medici si scoprono incapaci di tradurre sintomi incomprensibili, a disagio nel distribuire tante etichette di psicosi. Una difficoltà che cela qualcosa di profondamente legato al discorso della psicoanalisi che reclama il soggetto. Il buon padre di famiglia si veste da padrone e non riesce nell'ascolto dei figli che vengono dall’altra parte del mediterraneo, perchè non trova nel proprio bagaglio i codici adatti a decifrarne il rapporto con il loro l'Altro. Un Altro animista e religioso, verso il quale prendono forma sintomi oscuri al dsm, messaggi di un disagio che non è mai completamente del singolo, quanto della piccola comunità migrante. In Emilia, dove ci fu uno dei partiti comunisti più grandi d’Europa, l’istituzione forma medici rispondendo al suo Altro, che è quello del socialismo semi realizzato nel quale a tutti è data la possibilità di ottenere una buona salute mentale senza rivolgersi a un Dio. Dentro all'istituzione dunque non c’era alcuno spazio, se non quello del maggiordomo. Allora, di comune accordo con le autorità locali, siamo andati fuori. Abbiamo organizzato degli incontri dedicati esclusivamente agli psichiatri, in zone libere, autorizzati a fornire loro quei crediti formativi che il padrone voleva. In questa zona neutra essi hanno potuto liberamente sconfessare il dsm, interrogando la psicoanalisi sulla questione del sintomo come messaggio, analizzando i casi uno per uno. La psicoanalisi ha fornito loro quegli strumenti per riconoscere a quegli uomini e donne il diritto a non essere classificati come pazzi, ad esprimere malesseri in una lingua non codificata, rivolti ad un Altro rimasto nelle terre natie. La psicoanalisi dunque può funzionare anche in una biblioteca cittadina, o in un teatro, se pone al centro dell'attenzione la clinica e si mostra alleata dei medici, uno per uno. L’instrumentum analitico ha funzionato perché ha lasciato la contrapposizione immaginaria nella quale l'istituzione tiene in scacco, attirando i medici fuori le mura in luoghi di non sapere, a discutere del soggetto. Oggi questi incontri fuori istituzione, grazie alla richiesta fatta da quei medici, sono stati inseriti nel programma formativo dell'Università.
Pipol News INFO n° 02
PIPOL 6 : Soirée de la Diversité
Au moment de vous inscrire au Deuxième Congrès Européen de Psychanalyse (PIPOL 6), nous vous invitons vivement à vous inscrire également à la Soirée "Diversité"qui aura lieu le samedi 6 juillet 2013 dans un lieu étonnant, le complexe « Albert Hall » marqué par l'Art-Déco des années trente.
Tour à tour, ce fut une salle de danse, un cinéma de quartier, puis cette salle a retrouvé son faste d'antan pour nous accueillir ! L'AMP y a organisé sa soirée en 2002, mémorable pour beaucoup d'entre nous.
Un concentré de musique Klezmer nous accompagnera pendant le dîner. Ensuite, il nous fera danser dans la joie, l'exubérance, la nostalgie, l'humour... dans toutes les langues avant de passer la main à l'excellent DJ du lieu.
Inscription : http://www.europsychoanalysis.eu/events/listing/fr/
Prix d'inscription : 45 € (50 € à partir du 1er mai)
Commission d’organisation de PIPOL 6
Pour le Comité « Fêtes », Juliette Lauwers de Halleux
Pipol News 17 - 21/01/2013
Appel à contributions
pour les simultanées cliniques de Pipol 6
La force des simultanées
Les simultanées du deuxième Congrès Européen de Psychanalyse, PIPOL 6, sous le titre « Le cas, l’institution et mon expérience de la psychanalyse » seront l’occasion de forger une foule qui ne parle pas d’une seule voix, mais avec une pluralité d’énonciations singulières. Ainsi, conformément à l’ère d’Après l’Œdipe, nous pousserons notre intérêt pour la diversité de la pratique psychanalytique en Europe à l’extrême du un par un. Ce type particulier de foule, où chacun s’efforce de cerner ce qui le différencie absolument de tout autre, est le socle de notre « force matérielle ».
L’institution du psychanalyste
Pour le psychanalyste, l’institution est un discours, c’est-à-dire un mode de lien social qu’il installe dans les lieux où il déploie son acte1. Derrière le divan, l’analyste établit un rapport sérieux à une « autre scène », soutient l’hypothèse que les ratages de la parole veulent « dire quelque chose », et manie l’équivoque signifiante afin de produire des effets de vérité. Outre ces trois pôles : l’inconscient, le sujet supposé savoir, et l’interprétation, le dispositif institué par le psychanalyste a la particularité de laisser la place du maître vacante, afin de permettre au sujet d’y déposer ses propres signifiants-maîtres.
En sortant de son cabinet, le psychanalyste ne sort pas pour autant de son discours. Analystes et analysants qui opèrent dans des institutions de soin de « santé mentale » s’y déplacent avec le discours du psychanalyste. Que le maître ou le savoir s’incarnent dans ces lieux n’est qu’une donnée supplémentaire que le praticien de la psychanalyse doit prendre en considération dans le calcul de son action. Par ailleurs, cette présence du maître et du savoir l’expose à des cas qui se rencontrent rarement en cabinet. En effet, le sujet déboussolé, le non-dupe, celui qui n’arrive pas à accrocher l’énigme de son existence à une signification quelconque, vient trouver dans cette présence une modalité de lien social, une alternative discursive qui l’arrime au signifiant, lui procure des identifications et soutient son être.
Derrière l’écran du langage
Mais pour le psychanalyste, l’institution ne se limite ni à une machine à produire de l’aliénation, ni à un appareil de solidification des identifications. Une fois que le sujet a trouvé un apaisement dans un cadre discursif qui se soutient du langage commun, le praticien orienté par la psychanalyse s’applique à défendre la singularité qui résiste au code de l’Autre. Il tente de lire lalangue qui précède la parole du sujet, lettre qui lui permettra de nouer un lien symptomatique qui se passe de l’institution en tant qu’incarnée par le maître.
Quand l’Un-tout-seul rencontre un autre
Nous savons, depuis PIPOL 5, que le cas exposé dans nos colloques n’existe pas comme tel2. C’est une construction du praticien, et le praticien y est présent comme Velázquez dans Les Ménines. Reste à savoir s’il est présent par son fantasme, ses idéaux, et ses identifications, ou au contraire par son style le plus intime, déterminé lors de la rencontre traumatique du signifiant avec le corps. À partir du moment où le praticien commence à avoir un écho de sa singularité la plus privée dans le cadre de son expérience de la psychanalyse, il peut creuser une place et manier la singularité du sujet qui lui parle. C’est dire que le travail en institution se pratique à partir de ce que l’expérience de la psychanalyse enseigne au praticien sur son rapport le plus authentique au réel. Ce rapport aux singularités et au réel, allégé des défenses, lui permet, selon le cas, de renforcer l’arrimage du sujet à l’Autre de l’institution quand il le faut, ou bien de soutenir chez le sujet un travail sur la lettre, une élaboration de sa lalangue, afin de border la jouissance qui l’envahit3.
Invitation
Nous invitons les patriciens de la psychanalyse en Europe à parler à partir de cette place de praticien-analysant, en nouant trois fils : le cas, l’institution et l’expérience de la psychanalyse du praticien. Il vous est demandé, vous qui souhaitez participer aux simultanées en tant qu’orateurs, d’illustrer un événement clinique, en montrant comment votre expérience de la psychanalyse vous a permis d’opérer avec le cas et l’institution, tout en prenant le réel en jeu comme appui de votre action.
Pour terminer, rappelons cette définition mobile que nous avons donnée de l’institution. L’analyste transporte son discours dans sa valise. Il l’installe là où il est et, par son éthique, qui consiste à écraser l’universel par le singulier4, il vise le point Un-tout-seul qui échappe à l’institution. Par conséquent, tous les collègues sont invités à participer aux simultanées cliniques de PIPOL 6, même si leur institution se limite au divan5.
Informations pratiques
Toutes les séances simultanées se dérouleront le premier jour du congrès, soit le samedi 6 juillet 2013, de 10h à 13h et de 15h à 18h. Les textes peuvent être écrits et présentés dans une des cinq langues du congrès : anglais, français, espagnol, italien et néerlandais. Ils sont à envoyer d’ici le 16 avril 2013 à minuit à Laura Petrosino, secrétaire des simultanées (mlpetrosino@gmail.com), et à Gil Caroz (gil.caroz@skynet.be). Les textes sélectionnés seront travaillés avec des « mentors », afin de permettre à chaque orateur de prendre la température de l’Autre et d’affiner son travail avant le Congrès.
Quelques indications techniques concernant le texte :
- L'ensemble ne doit pas dépasser les 9000 signes, espaces compris (15 minutes de parole).
- Caractères : Times New Roman.
- Taille de police : 12
- Format du fichier : Document Word 97-2003
- Nom du fichier : NOM-LANGUE (par exemple : COHEN-FRANÇAIS)
- En haut de la première page, centrés : Titre du texte et en dessous vos nom et prénom.
Gil Caroz
Directeur de PIPOL 6
EuroFédération de Psychanalyse
1 MILLER J.-A., « Vers PIPOL 4 », Mental n°20, février 2008.
2 MILLER J.-A., « Parler avec son corps », Mental n°27/28, septembre 2012.
3 CAROZ G., « Introduction aux simultanées cliniques de PIPOL 6 », PIPOL NEWS 2, 01-11-2012
http://www.europsychoanalysis.eu/index.php/site/page/fr/7/fr/bulletin/#article-box-155
4 LACAN J., « Lituraterre », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 16.
5 BASSOLS M., « Présence de l’institution dans la clinique », PIPOL NEWS 4, 13-11-2012
http://www.europsychoanalysis.eu/index.php/site/page/fr/7/fr/bulletin/#article-box-157
Pipol News 16 - 17/01/2013
Antonio Di Ciaccia, Rome, SLP
«El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis».
Comentario introductorio a las simultáneas clínicas de Pipol 6
Sede de Bilbao de la ELP
Lucia D’Angelo, Barcelona, ELP
En vue de Pipol 6
Antonio Di Ciaccia, Rome, SLP
Belœil, le 14 juillet 721. Pour la énième fois, le texte est lu, relu, relu à nouveau. Terminé, donc. Je l’espère, malgré les erreurs, les coquilles qui seront prêtes à pulluler dès que le volume partira vers l’éditeur. Non, ce n’est pas fini. Qu’est-ce qu’il vient faire ce colophon ? Dans les textes anciens, le colophon venait donner des indications utiles sur l’auteur, l’imprimeur, voire le scribe. Et ici ? Lacan signe, le 14 juillet, qui est le jour de la Bastille, à Belœil, qui est le château de la noble famille belge de Ligne, alors qu’il affirme que lui n’est pas de la ligne de ce Charles Ier, qu’il nomme et dont il dit que lui a fait défaut. Alors que ne lui fait pas défaut, dit-il, ce perroquet tricolore, Coco – cubain, peut-être – qu’il classe comme un hétéro. J’interroge Google. La réponse donne un passage en anglais de Jean-Claude Milner : Charles Ier est Charles de Gaulle, et Coco, le parti communiste français. Ah ! Mais ce n’est pas dit que j’y voie plus clair. Mais, vite, il me faut répondre à Gil, à propos de Pipol 6. Comme il l’a fait déjà autrefois, Gil, en bavardant dans le rues de Milan, me pose une question précise à reporter pour Pipol 6 : « Tu as mis sur pied l’Antenne 110. Et Lacan, qu’est-ce qu’il t’a dit ? » La réponse m’est venue à l’instant : « Rien ». Mais je ne l’ai pas dit. Parce que ce rien n’est pas rien. Je m’explique.
À l’époque, quand j’arrivais à Paris, je faisais la navette entre 5, rue de Lille, et 260, rue Saint-Jacques. C’était comme passer dans l’espace d’un court trajet d’un climat à un autre, d’un monde à un autre. Le monde de Françoise Dolto, à qui j’avais choisi de parler de l’Antenne, était un monde connu. Peut-être même trop. À ce moment-là, elle écrivait ses livres sur les évangiles. Sachant mon passé qui, à l’époque, ne l’était pas encore, elle m’avait invité à la rejoindre dans cette œuvre. Gentiment, j’avais décliné l’offre. Par contre, je parlais, parlais en long et en large des enfants autistes, des difficultés, des inventions que l’on faisait à l’Antenne, lieu où d’ailleurs elle venait de temps en temps. Chaleureuse, je ne peux pas dire le contraire. Pacifiante, à souhait. Puis je me rendais à la rue de Lille. Tout cela s’évanouissait d’un coup, autre chose prenait forme, une subtile angoisse tranchante comme un couteau, et lui, le gardien du fil du tranchant. Pourtant gentil, toujours gentil. Un jour, je le lui avais dit. Il s’était mis à rire : « Oui, je ne suis pas juif ». Un jour, pourtant, je lui ai parlé de l’Antenne, au moment de sortir. Il s’arrêta. Portant son regard au-delà de mes yeux, il m’écouta : une, deux, trois secondes ? Le temps qu’il fallait: il avait l’art d’étendre le temps, pour que s’y dépose (comme s’il le rendait élastique pour contenir) le dire qui lui était adressé. Tout autre registre, donc. Mais bien plus essentiel. Bien que je ne lui aie plus jamais parlé de l’Antenne, cette affaire avait pris sa place, sans emphase, parmi les choses à faire, sans plus. Certains se rappelleront qu’à la suite d’hâtives interprétations qui étaient faites à propos des quatre discours, la doxa courante voulait qu’il faille faire un sort à toute institution, en premier lieu l’université, mais aussi toutes les autres. Ce n’est pas par hasard que la première fois que j’osai parler du travail de l’Antenne ce fut à Prémontré lors de ce colloque organisé en 1984 par Jacques-Alain Miller, qui avait su donner un nouveau départ à la façon d’entendre l’engagement qu’il fallait avoir dans des situations cliniques à partir de la chose analytique.
1Antonio Di Ciaccia termine ces jours-ci la traduction en italien des Autres écrits de Lacan. Il a trouvé malgré tout un petit moment pour avoir une pensée pour PIPOL 6.
«El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis».
Comentario introductorio a las simultáneas clínicas de Pipol 6
Sede de Bilbao de la ELP
Lucia D’Angelo, Barcelona, ELP
Lacan plantea en la” Apertura de la Sección Clínica” (1976)1 que la acción del analista con relación a su práctica se define como azarosa: “La clínica psicoanalítica debe consistir no sólo en interrogar al análisis, sino en interrogar a los analistas, de modo que éstos hagan saber lo que su práctica tiene de azarosa, y que justifique a Freud el haber existido”.
Cuando hay analista en el clínico – que fue la fórmula que guió los trabajos preparatorios de Pipol 5 acerca del tema de la Salud Mental – puso de manifiesto en los trabajos presentados, que el practicante no está en la posición de un experto respecto del analizante en la medida en que ambos comparten su experiencia singular con el inconsciente y con el goce.
Pipol 5 nos dejó como enseñanza la posibilidad de un nuevo abordaje de las presentaciones de los casos, a partir de recortes, dedicados a explorar la variedad de encuentros con la clínica que se producen y de interrogar los modos con los que cada practicante responde a lo que se desprende de su acción. De interrogar cada vez, en cada caso, del acto del que nos hacemos responsables en nuestra praxis, cuando hay analista en el clínico.
En el inicio de la Conferencia de Clausura de Pipol 5, Jacques-Alain Miller anuncia: “Nos reencontraremos dentro de dos años en Pipol 6. Y, tal como sucede hoy, será en torno a una fórmula. El significante que nos ha reunido aquí es el de la salud mental. La cuestión es saber cuál será el significante que le dará continuidad en 20132”.
Hoy lo sabemos, la fórmula es: Después del Edipo. Diversidad de la práctica psicoanalítica en Europa.
Sin embargo, según J.A. Miller, la lección que nos ha dejado el encuentro de Pipol 5 y que no deberíamos olvidar como practicantes del psicoanálisis es que:
“Exponer un caso clínico como si fuera el de un paciente es una ficción; es el resultado de una objetividad que es fingida porque estamos implicados aunque más no sea por los efectos de la transferencia. Estamos dentro del cuadro clínico y no sabríamos descontar nuestra presencia ni prescindir de sus efectos”3.
La referencia no podría ser mejor elegida porque nos propone como metáfora la inclusión del pintor Velázquez en el cuadro de las Meninas.
Esa referencia sirve para interrogar la variedad y la singularidad con los que cada practicante responde en la clínica – por su propio análisis y por el control – para alcanzar el universal de lo que llamamos el deseo del analista.
Esta vez, para la preparación de los textos que se presentarán en Pipol 6, la continuidad con el tema de Pipol 5 que subraya la importancia de la práctica elige como título: “El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis”, tal como propone el texto de Gil Caroz como Introducción del que hoy haremos una aproximación de lectura y que sin dudas animará los encuentros en la Escuela, para la producción de los casos que se presentarán en Pipol 6.
Tal como se señala en el texto, contextualizar el término de “institución”, implica confrontarnos en el campo de la salud mental – el cual nos concierne pero del cual nos diferenciamos – la serie dispar desde el Hospital Psiquiátrico hasta los lugares de formación psicoanálisis – nuestras Escuelas.
Sin embargo, para definir el mundo contemporáneo con la expresión de Después del Edipo, J. A. Miller nos invita a ampliar la lectura de las instituciones incluyendo otras formaciones humanas que tienen como esencia la doble función de “refrenar el goce” y de relanzar la repetición como un “refrán”. [Ver nota del traductor al castellano]
La expresión de refrenar el goce es una referencia de Lacan en su texto “Alocución sobre las psicosis en el niño” (1967)4 como Clausura a las Jornadas sobre el tema, donde dice lo siguiente:
“Parece en efecto que corríamos el riego de olvidar que en el principio del campo de nuestra función hay una ética y que, en consecuencia, cualquier cosa que se pueda decir, sobre el fin del hombre concierne a una formación que se puede calificar de humana, y ese es nuestro principal tormento. […]Toda formación humana tiene por esencia, y no por accidente, el refrenar el goce. La cosa se nos aparece desnuda, y no ya a través de esos prismas o lentes llamados religión, filosofía… hasta hedonismo, porque el principio del placer es el freno al goce”.5
Sin embargo, toda la lectura de este escrito es de estricta actualidad.
En efecto, en el marco de esas Jornadas sobre las psicosis en el niño, Lacan hace el comentario que no deberían extrañarse que las preguntas hayan confluido en tres temas: el niño, la psicosis y la institución.
En los tres temas es donde más se evoca la libertad.
Si la psicosis es la verdad de todo lo que se agita bajo esa ideología Lacan cree advertir el sentido de lo que hacen los colegas ingleses que a partir del testimonio de los psicóticos instauran - en ese campo y con esos partenaires - modos y métodos en los que el sujeto es invitado a pronunciarse a propósito de lo que ellos piensan como manifestaciones de su libertad.
Pero, se pregunta Lacan, ¿Acaso esta libertad suscitada, sugerida por cierta práctica que se dirige a estos sujetos, no conlleva en sí misma su límite y su señuelo?6
Lacan hace referencia a David Cooper, psiquiatra sudafricano, teórico y líder de la “antipsiquiatría”, situándose en contra de los métodos ortodoxos clínicos e institucionales de la psiquiatría de esa época.
Cooper pensaba que la locura y la psicosis eran el efecto de la sociedad y que la solución pasaba por una revolución, principalmente en el campo institucional. Su teoría y su práctica institucional tuvo grandes repercusiones en Inglaterra y principalmente en Argentina, país que él consideraba potencialmente revolucionario.
Sus libros “Razón y violencia” (1964) con R.D. Laing, “Psiquiatría y antipsiquiatría” (1967), “La muerte de la familia” (1971), “El lenguaje de la locura” (1978) fueron lecturas obligadas y puesta en acto de las instituciones afines a su doctrina de toda una generación que comenzaron a formarse en los años setenta en la Argentina en pleno discurso del freudo-marxismo y de Lacan. Muchos de nosotros formamos parte de esa generación.
Visto en perspectiva, es notable la fina crítica que hace Lacan de sus colegas y amigos ingleses en el escrito “Alocución sobre las psicosis en el niño” (1967) porque anticipa el fracaso de lo que más tarde aconteció en la teoría y las instituciones de la antipsiquiatría de los años setenta.
Lacan comenta que no pretende cerrar o abrir los problemas sobre la cuestión de una institución que esté en relación con el campo de la psicosis: “Se trata de situarlos y captar la referencia desde donde podemos tratarlos sin quedar nosotros mismos atrapados en cierto señuelo y para ello habrá que dar cuenta de la distancia en que reside la correlación de la que nosotros mismos somos prisioneros”.7
Es un comentario de rigurosa actualidad en las nuevas formas institucionales con las que nos confrontamos en nuestra época porque Lacan nos da una indicación clínica muy precisa : tratar los síntomas de la institución sin quedar atrapados por nosotros mismos como prisioneros.
Porque según Lacan: “El problema más candente de nuestra época, tiene que experimentar que el progreso de la ciencia vuelva a cuestionar todas las estructuras sociales. Aquello con lo que, no solamente en nuestro dominio de psiquiatras, sino tan lejos como se extienda nuestro universo, tendremos que vérnosla y de modo cada vez más apremiante: la segregación”.8
Después del Edipo, implica que otras éticas ocupan la orientación de las instituciones, supliendo el debilitamiento del lazo familiar, y ocupando el lugar que el padre ha dejado vacante. Aún así, en el nuevo paisaje institucional que se dibuja, los casos más felices son aquellos que se orientan por el psicoanálisis.
“El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis” significa que hay que obtener del propio análisis la experiencia del inconsciente y del goce en tanto que estamos concernidos como practicantes. Porque sólo a partir de esa experiencia se podrá dar cuenta de los ideales – y de las ideologías -concernidas en una institución y otorgarles el lugar que les corresponde, es decir, prescindir y servirse de ellas.
Si se trata de un saber que no se sabe – como en la experiencia analítica misma – sabemos que sin embargo, ello opera.
Bilbao, 13 de diciembre de 2012.
1 Lacan, J. : Apertura de la Sección Clínica (1976), Ornicar? Nº 3, Ediciones Petrel, España, 1981, p. 45.
2 Miller, J.A. :”Conferencia de Clausura de Pipol 5” en Revista El Psicoanálisis Nº 20, ELP, 2011, p.11.
3 Miller, J.A. : ibídem, p. 11.
4 Lacan, J. : “Alocución sobre las psicosis en el niño” 1967, en Otros Escritos, Paidós, Buenos Aires, 2012, p. 381.
5 Lacan, J.: op.cit. p. 384.
6 Lacan, J. : op. Cit. p,382
7 Lacan, J. : ibídem , p. 382
8 Lacan, J. : ibidem . p. 382
Pipol News 15 - 10/01/2013
Lieux cliniques Après l’Œdipe
Deux communiqués diffusés récemment par le Directoire de l’École de la Cause freudienne sur ecf-messager attirent notre attention1. Selon le premier en date du 10 décembre, d’une part, l’activité CPCT, d’avoir été réajustée, ne s’est pas tarie pour autant, et d’autre part, cette activité a été source d’inspiration pour la création d’autres lieux cliniques par des membres de l’ECF ou des ACF. Ainsi, entre enthousiasme et réajustement, un florilège d’institutions s’est créé dans le territoire couvert par l’ECF. C’est un fait, et les Simultanées de PIPOL 6 qui traiteront du thème de l’institution sous le signe de la diversité seront une bonne occasion de nous enseigner de ce « phénomène », car nous faisons l’hypothèse que si cette modalité d’institution a fleuri, c’est qu’elle est adaptée à notre temps et qu’elle nous donne une indication sur le réel du nous attend au XXIe siècle, Après l’Œdipe. Je relève deux points qui émergent de ces communiqués.
Clinique : Le communiqué du 10 décembre nous parle de « la pertinence d’une clinique en prise directe sur la cité et le malaise social, clinique du désarrimage à laquelle répondent des nouvelles modalités de subjectivation. Cette clinique des effets de discours et des événements prévaudrait à celle des structures et la question du diagnostic y serait contrebalancée par celle du pronostic. »
Nous lisons dans cette indication un pôle de la clinique Après l’Œdipe qui opère avec l’inconscient réel qu’il y a, avec l’effet immédiat d’une parole ou d’un événement sur le corps. Le sujet abandonne, décroche de sa famille, de l’école, du travail. Le temps de praticien est compté, soit par le dispositif qui implique un nombre de séances limité, soit par la fragilité du transfert. En effet, avec certains sujets « hypermodernes », certains adolescents par exemple, on n’est jamais sûr que la séance qui se déroule ne soit pas la dernière. Ceci installe le praticien dans une certaine urgence. La structure du cas est un savoir et le temps pour son élaboration manque. Le praticien est alors poussé dans le « faire », dans un effort de pragmatisme, de traitement direct du réel qui a produit le moment de vacillement du sujet. On comprend que dans ces cas la question du diagnostic est contrebalancée par la question de savoir ce qui va se passer pour le sujet : le pronostic.
Politique : Nous découvrons, dans le même communiqué l’indication suivante : « Jacques-Alain Miller a souligné à ce propos que ce modèle [celui des CPCT] s’était répandu, et avait été adapté et modifié, sans directive explicite des organes centraux de l’École. À l’origine des réussites les plus remarquables, on trouve l’initiative individuelle, l’engagement personnel, le désir décidé d’un ou plusieurs collègues, faisant preuve de pragmatisme et d’esprit d’entreprise. Il releva également l’impact de l’existence de telles structures, qui se glissent dans le tissu social, véritable maillage national, instrument souple, non centralisé et proliférant. Cette implantation diversifiée, non standardisée, qui pénètre en profondeur le tissu social, constitue notre interface avec la société civile et la classe politique, et participe de la défense de la psychanalyse contre les attaques répétées dont elle fait l’objet. »
Le deuxième communiqué, « Document des CPCT et autres lieux cliniques », nous procure les détails de cette force matérielle qui s’est construite ces dernières années à partir de ce qui devait n’être au départ qu’un laboratoire au sein de l’ECF. L’accent est mis ici sur la force d’un désir au cœur des initiatives, qui, même si elles répondent à un signe de l’École, ne se reposent ni sur ses directives ni sur son financement. Faisons de l’expression « interlocuteurs indépendants »2 notre boussole d’un mode de rapport avec le maître que la psychanalyse peut avoir pour défendre ses intérêts. L’obtention d’un financement de l’Autre social est une forme de reconnaissance avec lequel nous entretenons une position qui est de l’ordre de « s’en passer, s’en servir ». Cette interlocution avec l’Autre, sans se soumettre à l’éthique de l’évaluation, sans même faire semblant d’un consentement à cette éthique, est un art dont le moteur est un désir singulier à chaque fois, qui prend son appui de l’Un-tout seul.
Nous nous orientons donc sur le dernier cours de Jacques-Alain Miller, L’Être et l’Un, en disant que c’est sous la modalité de l’Un-tout-seul que l’avenir proche de la psychanalyse se dessine. L’initiative personnelle « sans directive explicite des organes centraux de l’École » est une manifestation de cet Un-tout-seul qui endosse l’objet de la psychanalyse et l’introduit dans le tissu social par son action indépendante. La passe, démonstration paradigmatique de l’Un-tout-seul quand celui-ci est cerné chez un sujet, devient ainsi la boussole de ces initiatives institutionnelles.
PIPOL NEWS accueillera volontiers vos commentaires sur ces questions. Nous serons intéressés à connaitre les points de vue et les expériences concernant l’institution venant de l’Albanie, l’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, la Bulgarie, le Danemark, l’Espagne, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Israël, l’Italie, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Suisse, l’Ukraine, ainsi que de tout autre pays d’Europe.
Gil Caroz, Janvier 2013
1 - « Communiqué du Directoire sur la conférence CPCT du 8 décembre 2012 ». ecf-messager : Liste d’information des actualités de l’École de la Cause freudienne et des ACF, le 10 décembre 2012.
- « Document des CPCT et autres lieux cliniques » (« Points saillants concernant les CPCT et autres associations créées à l'initiative de membres ECF ou ACF »). Ibid., le 17 décembre 2012.
2 L’expression est de Jacques-Alain Miller, cité par Nicole Borie dans «Points saillants concernant les CPCT et autres associations créées à l'initiative de membres ECF ou ACF». Ibid., le 17 décembre 2012.
Pipol News 14 - 09/01/2013
La mission qui nous revient en ce monde est de reconnaître et d’élucider la diversité humaine, la diversité des modes-de-jouir de l’espèce.
Jacques-Alain Miller, Mental n°20, p. 192
Santé mentale et manie de l’objet : deux surmoi à l’œuvre à l’ère du déclin de l’Œdipe
Despina Andropoulou, Athènes, NLS
Comunidad de Cataluña de la ELP
Espacio de preparación para PIPOL 6
Santé mentale et manie de l’objet : deux surmoi à l’œuvre à l’ère du déclin de l’Œdipe
Despina Andropoulou, Athènes, NLS
La clinique de la toxicomanie constitue de nos jours l’un des principaux champs de la clinique dite monosymptomatique. La ségrégation qu’elle induit reflète une participation à l’équilibre de « notre avenir des marchés communs »1 par le biais de la formation de groupes autour d’un objet de consommation. Le « succès de la toxicomanie »2 est dû au « choix alternatif » qu’elle constitue pour ceux qui cherchent à trouver leur place dans des groupes dont les membres sont liés entre eux par « un rapport aux règles non standard », permettant une organisation de leur jouissance conforme aux exigences du discours capitaliste et à la logique du peer group, de l’identification au semblable.
Travailler dans une institution qui a recours à différentes approches thérapeutiques pour traiter ce choix non standard de l’existence, eut des conséquences importantes sur mon parcours d’analyste en formation – conséquences qui d’ailleurs opèrent toujours aujourd’hui. Tout d’abord, une vacillation de la position phallique engendrant le renoncement au fantasme de sauver l’autre de la mort qui guette. Le surmoi, figure du pathos de la responsabilité, rejoint, sur ce point, l’injonction de l’ordre public qui exige l’abolition de la libido de l’être vivant in absentia du parlêtre.
En outre, travailler avec des collègues qui traitent l’impossible d’une façon différente rend nécessaire la redéfinition permanente de ce que signifie « être lacanien » au XXIe siècle, en repérant les points de divergence entre les différentes approches en ce qui concerne l’éthique de la cure. Ce savoir protège du dogmatisme et de l’idéalisation d’une doxa lacanienne qui ne relèverait pas de l’expérience clinique, et en même temps, permet l’élaboration de la cause du vouloir devenir analyste.
Dans ce contexte, le pessimisme engendré par la « mort du sujet », corollaire du statut des sujets démunis de l’armature phallique, se mit à céder progressivement sa place à un gay sçavoir issu du pragmatisme de l’observation clinique qui souligne l’évidence : pour être vivant, quelque chose sert d’ancrage et assure la vie. L’exploration de ce « quelque chose » constitue une façon d’introduire une réflexion sur le « faire automatique », à savoir sur l’Autre inventé par le sujet et représente précisément le travail à réaliser avec les adolescents.
Ces deux enjeux ont des conséquences majeures sur la façon d’intervenir entre l’exigence de la pulsion contre laquelle le sujet ne peut se défendre et sa volonté de répondre autrement, c’est-à-dire de devenir un sujet de parole. En d’autres termes, en réservant l’affect majeur du sujet de l’inconscient – le sentiment de culpabilité – pour le divan de sa propre analyse, il est possible à la clinicienne d’accueillir ce qui, du langage des adolescents, se met au service du détachement d’une parcelle de la jouissance qui puisse faire objet, objet d’une narration, d’un scénario, d’un storytelling, tenant lieu de fantasme3. La visée est d’obtenir une identification de jouissance au lieu de l’Autre, afin de s’écarter du passage à l’acte dicté par la pulsion de mort. Il est évident qu’en suivant cette orientation de la cure, la toute-puissance de l’idéal psychothérapeutique cède la place à la modestie qu’exige souvent le caractère précaire des solutions symptomatiques des sujets n’ayant pas recours à l’ordre symbolique rigoureux. D’un autre côté, le désir averti du praticien en analyse peut aider l’équipe à prendre des décisions beaucoup plus prudentes, à savoir des décisions qui prennent en considération les coordonnées subjectives du parlêtre : son savoir-faire et son impasse structurale.
S’orienter par ce qui fait lien social pour l’Un-tout-seul permet d’accueillir la surprise des trouvailles et de défendre le succès du pragmatisme de l’approche lacanienne au détriment de la prescription des guidelines thérapeutiques. La structure, « le réel qui se fait jour dans le langage »4 reste toujours une boussole qui indique ce qui perturbe l’existence et, en même temps, donne des indices sur ce qui pourrait aider le jeune, l’adolescent, à s’orienter autrement qu’en tant que déchet de l’Autre social. La singularité du cas fait appel à l’acte analytique qui relève du désir d’un sujet en voie de trouver ce que, tout d’abord, le salut par les déchets signifie pour lui-même.
1 J. Lacan, « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.
2 J.-L. Aucremanne, « Le succès de la toxicomanie », in Quarto no 80-81, 2004.
3 J.-A. Miller, « Le salut par les déchets », Mental, no 24, 2010.
4 J. Lacan, « L’étourdit », dans Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 476
Comunidad de Cataluña de la ELP
Espacio de preparación para PIPOL 6
Con PIPOL VI:
“Después del Edipo:
diversidad de la práctica psicoanalítica en Europa”
Reseña de la sesión del 18 de diciembre de 2012
Realizada por Ricard Arranz
Susana Brignoni y Graciela Esebbag, con la moderación de Lidia Ramírez, reflexionan, en un trabajo en curso, sobre algunos puntos del texto de Gil Caroz: “El caso, la institución y mi experiencia en psicoanálisis”.
Principalmente trabajan sobre la cuestión que hace referencia a “refrenar el goce”, y “relanzar la repetición como un refrán”.
Sobre el 1er punto: “Refrenar el goce”, cita que toman del texto de J. Lacan “Alocución sobre la psicosis en el niño” de 1967, extraen algunas ideas:
El buen modo de refrenar el goce es situando el principio del placer como freno, dirigido también a los profesionales, que toma la forma de si hay alegría en el trabajo.
Trabajan el texto de Maud Mannoni “La educación imposible”, de donde extraen algunas sugerencias basadas en el concepto que Mannoni propone de “Institución estallada”: la institución como lugar medio entre el asilo de los muros y la vida en el exterior, que tiene que ser un “lugar de vida” para el sujeto. La institución debería permitir al paciente hacer de “plomada”, donde este pueda inscribir su discurso, su deseo y su memoria. Evitando así un destino funesto supuestamente ya escrito, aspecto especialmente importante en instituciones de atención a la infancia.
Del 2º punto “Relanzar la repetición como refrán”, trabajan la tragedia de Sófocles “Edipo en Colona”, como sinónimo del después del Edipo, donde se destaca la errancia, tras el enigma del Edipo Rey.
Se constata que hoy no hay enigmas entre los profesionales sino certezas, el psicoanalista debe intentar reintroducir el enigma del no todo sabido, tratar de evitar así la repetición de un refrán sin sentido, introduciendo la en institución “cadenas lógicas de sentido”, que sirvan al paciente uno por uno, respetando sus tiempos, ya que esta dimensión del tiempo esta hoy elidida, y eviten la errancia de la repetición sin lógica.
Un amplio debate relanza el trabajo con aspectos como el análisis de los cambios de discurso, y como estos afectan al psicoanalista mismo y a su modo de intervenir en la institución, también como un “después del Edipo”, que podrá dar lugar a seguir trabajando en otras sesiones.
Pipol News 13 - 07/01/2013
Vous trouverez ci-dessous une version courte du texte d’introduction aux Simultanées de PIPOL 6 qui se dérouleront sous le titre : « La cas, l’institution, et mon expérience de la psychanalyse ».
La version complète de ce texte peut-être consultée en cliquant sur : PIPOL NEWS 2.
Un appel à contributions pour les simultanées sera diffusé prochainement.
Le cas, l’institution, et mon expérience de la psychanalyse
Introduction aux simultanées cliniques de PIPOL 6
(Version courte)
L’institution est une manifestation du discours du maître. L’ancien paradigme de l’institution est l’Œdipe familial1. Néanmoins, en épinglant le monde contemporain par l’expression Après l’Œdipe, Jacques-Alain Miller nous conduit à élargir notre grille de lecture des institutions sociales ou de soin. Après l’Œdipe d’autres éthiques sont venues orienter les institutions, suppléant à la fragilisation du lien familial et occupant la place vacante laissée par le père. Dans ce nouveau paysage institutionnel, les cas les plus heureux sont ceux qui se laissent orienter par la psychanalyse.
Dans le Champ freudien, la question du mode de présence de la psychanalyse dans une institution est étudiée depuis de longues années. On s’aperçoit que le praticien qui a l’expérience de la psychanalyse a très souvent un rapport juste et un savoir-faire inédit avec le réel de la clinique. Nous voulons expliciter ce point lors des simultanées de PIPOL 6.
Du discours et de lalangue en institution
L’orientation de la psychanalyse en institution passe par un effort de bien dire, mieux dire, dire autrement. À la place de « il vole tout le temps », on préfère : « il décomplète l’Autre ». À la place de « il est très violent », on préfère : « il passe souvent à l’acte », le passage à l’acte étant une parole qui passe dans le « faire » faute de pouvoir se dire. À la place de « il est hyperactif », on préfère : « la jouissance lui fait retour dans le corps ».
Cet effort d’arracher le discours ambiant de l’institution aux coordonnées imaginaires, éducatives ou « scientifiques » de l’événement clinique aux fins de le localiser dans la structure, n’est pas un simple humanisme de bonnes intentions car, quand on dit les choses autrement, on les modifie. À la longue, ces formules deviennent un langage institutionnel qui détermine une politique de l’institution face au réel de la clinique. En même temps, un praticien qui a l’expérience analytique réinvente à chaque fois, en fonction du cas, un bien-dire inédit, qui se décale du langage institutionnel commun, quel qu’il soit.
D’où vient cette capacité d’invention ?
C’est que de faire la lecture de sa propre lalangue dans son expérience de la psychanalyse, le praticien est aussi bien disponible à lalangue d’un autre. Il lit dans la narration du sujet ce qui est écrit au-delà de l’écran du langage. Cette lecture du langage le plus privé du sujet permet au praticien de répondre de façon inventive, au-delà du langage institutionnel.
L’institution comme canevas de la lettre
Lire lalangue ne nécessite pas toujours un effort de traverser la narration du sujet, puisqu’à l’occasion lalangue est à ciel ouvert. Dans ce cas, le praticien s’immisce dans cette lalangue en participant et encouragent le sujet à élaborer un travail de la lettre et ainsi enrichir sa lalangue, sans insister à comprendre ni se précipiter à plaquer un sens sur ce langage privé. Tous les éléments de la structure institutionnelle sont à disposition pour mettre en œuvre ce travail de la lettre : les espaces, les portes, les véhicules, les activités, les ateliers, etc. Ce partenariat « sujet-praticien » peut alors dessiner des circuits pulsionnels et y circuler, border une jouissance affolée qui éclabousse les alentours, pluraliser un Autre persécuteur et trop consistant, condenser hors corps une jouissance qui envahit le sujet, faire une rencontre d’un essaim de signifiants qui permettent au sujet de s’engager dans la voie d’un sinthome singulier.
De la langue privée à la langue publique
Mais il n’y a pas que la lettre. Dans d’autres cas, le lien de travail se tisse par un arrachement du sujet à la dimension autistique de sa lalangue, afin de la verser dans le langage. C’est une application du principe lacanien concernant les enfants autistes : « il y a sûrement quelque chose à leur dire »2. Ce principe est ainsi élargi au-delà de l’autisme stricto sensu vers la dimension autistique de tout sujet. Il s’agit justement de parler avec ce qui ne s’adresse pas à l’Autre, en introduisant lalangue dans le dialogue. Le patricien soumet alors au sujet l’hypothèse d’un Autre du code. Le sujet dit : « aïne né ka la audornuit ? », et le patricien lui répond : « mais si, Nadine est là aujourd’hui, elle est dans la cuisine ». La substance institutionnelle ne sert pas ici de canevas pour tracer la lettre, mais offre une matière à la construction d’un Autre.
Un élément majeur dans cette construction de l’Autre est la réunion d’équipe. Celle-ci opère comme un au-delà du praticien auquel ce dernier peut se référer. Si toute séance analytique implique la présence de l’Autre du langage comme tiers, la réunion donne souvent la consistance nécessaire à ce tiers dans le travail institutionnel. Ce lieu d’au-delà où la parole s’incarne dans plusieurs voix qui s’échangent allège le poids du rapport imaginaire entre le praticien et le résident, forgeant dans les certitudes une forme de dialectique.
Avoir l’expérience de la psychanalyse
Il faut avoir l’expérience de la psychanalyse, avons-nous dit, pour lire lalangue, d’abord la sienne, ensuite celle de l’autre. Ajoutons : il faut faire l’expérience de sa propre jouissance pour la manier dans la rencontre avec l’autre, sans passer par le père, la castration, la justice, la morale. Ou encore : Il faut connaître le divan pour se passer des idéaux d’une institution, et s’en servir à la fois.
Pourtant, le savoir-faire du praticien n’est pas établi. Tant que l’analyse n’est pas finie, ce savoir ne se sait pas, néanmoins, il transperce aussi bien le savoir qui s’élabore dans l’institution que la doctrine psychanalytique en général.
Eh bien, le projet audacieux des simultanées de PIPOL 6 sera d’approcher, par des dires, ce point indicible, en mettant en évidence le triangle qui se forme entre le cas, l’institution et l’expérience de la psychanalyse du praticien. Des praticiens analysants, qu’ils soient analystes ou pas, parleront à partir d’un cas, de la façon dont ils ont pu s’appuyer sur leur propre expérience de la psychanalyse pour lire lalangue, la soutenir, la verser dans le langage public et manier le discours de l’institution pour extraire et soutenir les solutions inventives du sujet.
Gil Caroz,
Directeur de PIPOL 6
EuroFédération de Psychanalyse
1 LAURENT E., « Institution du fantasme, fantasmes de l’institution », Feuillets du Courtil, n°4, avril 1992.
2 LACAN J., « Conférence à Genève sur le symptôme » (1975), in Bloc-notes de la psychanalyse, n°5, 1985.
Pipol News 12 - 26/12/2012
Comunidad de Cataluña de la ELP
Espacio de preparación para PIPOL 6
Reseña realizada por Lidia Ramírez, Barcelona, Catalunya, ELP
Isabel Alonso Martín, Vigo, Comunidad de Galicia, ELP
Comunidad de Cataluña de la ELP
Espacio de preparación para PIPOL 6
Con PIPOL VI:
“Después del Edipo:
diversidad de la práctica psicoanalítica en Europa”
Presentación
Los días 6 y 7 de julio de 2013 se realizará en Bruselas el 6to Encuentro Pipol.
El tema que nos convoca es “Después del Edipo: diversidad de la práctica psicoanalítica en Europa”. Título nada sencillo que nos pone a trabajar. Tal como señala Gil Caroz, director del Congreso, en una carta convocando a una reunión en La Coruña:… “Antiguamente, las instituciones han tenido un modo de relación al padre del Edipo. Se puede pensar que hoy están marcadas, generalmente, por un toque de un Después del Edipo. Por otro lado, sabemos que la presencia del psicoanálisis en estas instituciones, regidas por el discurso del amo y la ciencia, implica una serie de paradojas. Solo por citar una: una política clínica que se guía por el síntoma es contraria a la política del resultado terapéutico. La cuestión de saber cómo conservar el filo del psicoanálisis en el seno de una institución permanece abierta”...
Proponemos un espacio que a diferencia de otras oportunidades no se llamará hacia, que supone cierta preparación, cierta transición. El "con" supone que lo haremos desde el principio. El espacio ya será una forma de comenzar el PIPOL ahora mismo que nos acompañará en este recorrido. Nos interesa conocer como los analistas lacanianos que no son pocos se las arreglan en las instituciones de la ciudad. Tomaremos como orientación los ejes que a manera de triángulo se plantean para el Congreso: “El caso, la institución, y mi experiencia del psicoanálisis”, haciendo uso del sintagma después del Edipo, que marca un tiempo nuevo y contemporáneo.
Comisión organizadora: Ricard Arranz, Susana Brignoni, Neus Carbonell, Mario Izcovich (responsable), Lidia Ramirez y Alberto Valentinuzzi.
Primera sesión de trabajo
Reseña realizada por Lidia Ramírez, Barcelona, Catalunya, ELP
El pasado 13 de noviembre tuvo lugar la primera sesión de trabajo en relación al tema del Segundo Congreso de la Eurofederación de Psicoanálisis( PIPOL 6) que se celebrará en Bruselas el 6 y 7 de julio de 2013 y cuyo título "Después del Edipo. Diversidad de la práctica psicoanalítica en Europa" nos reunirá durante siete sesiones (18 de diciembre, 15 de enero, 19 de febrero, 19 de marzo, 16 de abril, 20 de mayo y 17 de junio), para trabajar alrededor del tema.
El espacio fue presentado por Mario Izcovich, responsable de la comisión de organización.
Mario inauguró el espacio retomando el título de PIPOL 6 y preguntándose qué ocurre en la época actual respecto de las diversas prácticas y en los diversos ámbitos. Recordó el encuentro con Gil Caroz, presidente de la Eurofederación de psicoanálisis, en A Coruña, en el que se habló sobre todo de la introducción a las mesas simultáneas que se organizarán a partir del título "El caso, la institución y mi experiencia del psicoanálisis". Posteriormente presentó los trabajos de Ricard Arranz y Hebe Tizio.
Ricard Arranz introdujo la idea de que después del Edipo, el psicoanálisis necesita una clínica renovada y tomó una cita de J.A. Miller de su seminario La fuga de sentido, para indicar tres respuestas posibles, la respuesta del analista edípico, la del psicoeducativo y la del post edípico. Después del Edipo, se trata de cómo regular el goce. Mientras que las instituciones apuestan, en el después del Edipo, por un discurso socio educativo con una significación fija para todos, y cuya consecuencia es la anulación de la clínica, para el psicoanálisis se trata de nombrar el goce con una lengua propia más próxima al saber hacer del sinthome que a la culpa edípica.
Hebe Tizio tituló su trabajo "Variaciones de la institución en el discurso analítico" partiendo de la idea de que la institución es discurso del amo y que desde el psicoanálisis la cuestión es cómo tratarla. Hizo una pequeña historia alrededor de este tratamiento, recordando como Freud creó la IPA produciendo un exceso de institucionalización que puso en riesgo el hilo cortante de la verdad Freudiana. Planteó una pregunta interesante, si Freud pensaba que con una élite analizada podría dar otra versión del amo diferente. Para M. Klein, y la psiquiatría inglesa se trataba de dar otra efectividad al discurso del amo. Lacan a la vez que plantea que toda formación humana tiene por función refrenar el goce, a lo que apunta es a descompletar la institución. Hebe Tizio plantea la formación del analista como un trabajo de desinstitucionalización y la posición de analizante como una manera de no instituirse del todo por la inercia de goce. En este sentido la Escuela como institución muestra que hay un real en juego a la vez que ofrece el dispositivo del pase para tratarlo.
Los dos trabajos dieron lugar a un intenso debate en el que se pusieron en juego, por un lado cómo el Después del Edipo es el nombre de una época y cómo se trata de dejar de autorizársela del discurso del Otro para autorizárse de su sinthome.
Escuchar la diversidad
Isabel Alonso Martín, Vigo, Comunidad de Galicia, ELP
Escucho a sujetos que viven en las llamadas casas de familia o casas de acogida( modalidad de institución pequeña, en la que viven 6 o 7 sujetos que han sido separados de sus familias de origen por estar en situación de desamparo, abandono o haber sufrido la violencia del Otro,acompañados de sus educadores).Son sujetos acogidos y tutelados por la administración de la comunidad autónoma en la que trabajo.
Mi trabajo lo realizo encontrándome con estos sujetos ,y con sus educadores en mi consulta y con los equipos técnicos de la Administración en sus despachos:
1) Los niños o adolescentes son traídos a la consulta por sus educadores a causa de sus dificultades en sus lazos, por su sufrimiento, por su malestar, por su desorientación, es decir por aquellos síntomas que son discordantes para el Otro ya sean sus educadores, los servicios sociales o la escuela. En ocasiones algunos sujetos han pedido ser atendidos por decisión propia.
La posibilidad de encontrarse con un analista les abre una puerta a ser escuchados en su particularidad, y yo les invito a que se hagan portavoces de sus palabras.
El paso previo al inicio de la experiencia es el consentimiento subjetivo del niño o del adolescente, más allá de la demanda de las instituciones. Este consentimiento a la experiencia apunta a que el sujeto se vea implicado en aquellas cosas de las que él o los otros se quejan , a que se pueda separar del síndrome de la institución ( el Otro es responsable de mis males, el estado debe reparar mis heridas...) y ofrecerles un dispositivo donde puedan tener un lugar propio a partir del cual se puedan responsabilizar de sus síntomas.
Promover que estos sujetos tomen la palabra implica que sean tomados en su particularidad, que se sientan autorizados para tratar de saber acerca de su malestar, que puedan vislumbrar que sus conductas sintomáticas y repetitivas son una respuesta, un funcionamiento, a lo marcado por lalengua en sus acontecimientos con lo real, que puedan tomar posición en relación a sus dichos y estén dispuestos hacer una demanda frente a su desorientación, a su sufrimiento.
Es un ejercicio de relanzar la palabra allí donde está el acto. Se trata en muchos casos de que el sujeto pueda incluirse en el discurso. Para otros se trata de buscar puntos de amarre allí donde están desconectados pero en todos los casos es necesario que la transferencia se ponga en marcha para sostener el SsS que el amor al inconsciente ocupe su lugar.
Si esto se logra y se les da un tiempo estarán confrontados a la posibilidad de elegir: otra vía para para moverse por la vida, otra manera de hacer más allá de la repetición sintomática, e inventar maneras propias para regular su goce, en muchas ocasiones desbordado, entrever su propio deseo, en fin, inventar un modo de sostenerse localizando apaños propios e incluso poder elegir otro destino
2) Encuentros con los educadores:
En esta experiencia también me reúno con los educadores responsables de los niños o adolescentes con una cierta frecuencia, tratando de establecer una “conversación entre varios”.
Estos encuentros son un marco en los que desde mi posición orientada por el psicoanálisis lacaniano no les doy consejos, ni pautas, no uso mi saber. Me coloco más del lado del vacío de saber e invito a la conversación partiendo de las cuestiones que a ellos les interrogan, les angustian, para no cerrarlas con un saber preestablecido, tratando de que se produzca una apertura para que puedan hacerse preguntas acerca de su posición en la institución, acerca de su posición con respecto a cada uno de los sujetos con los que que conviven y vayan surgiendo maneras de hacer diferentes con cada niño o joven teniendo en cuenta el estilo propio de cada educador.
Que estos educadores se sientan agujereados, movidos de su lugar de todopoderosos,interrogados acerca del uso o en ocasiones abuso de las normas como única manera de limitar, facilita su relación y su lazo con los niños,con los jóvenes dándoles la posibilidad de acogerlos de otra manera.
El efecto de estos encuentros varía en cada educador, pero de alguna manera para algunos ha supuesto un encuentro con el psicoanálisis, con un “tratamiento que no es como las otros”, la aparición de una transferencia y posibilitado que aparezca incluso una demanda propia de análisis ante un malestar subjetivo.
3)Encuentros con los equipos técnicos de la administración
Algunos equipos técnicos de la administración acceden a encuentros, reuniones para hablar y conversar acerca de estos niños, casi siempre tutelados . Estas conversaciones, cuando surgen, han posibilitado que pueda acompañar a algunos sujetos en proceso de adopción, que pueda escuchar a posibles padres adoptantes y sobre todo a recibir en mi consulta a sujetos con graves dificultades.
Mis maniobras van encaminadas a que los técnicos estén dispuestos a darles un lugar, a que decidan escuchar a estos niños, adolescentes con sus rasgos, con sus dificultades, en su singularidad separándoles de ser un meros expedientes, o de ser unos espectadores pasivos frente a las decisiones que les conciernen.
El efecto es doble del lado de los niños o jóvenes que puedan encontrar interlocutores en la administración con los que poder abordar cuestiones que les atañen: cómo es su futuro, la manera de vincularse o desvincularse de su familia de origen, cómo regular sus tiempos de estancia en las instituciones cuando se acercan a la mayoría de edad...
Del lado de los técnicos encontrase con estos chicos los separa de ser meros burócratas de la “protección de menores ”, los separa de la políticas totalizantes, uniformizantes y los coloca más cercanos atención del uno por uno.
Mientras para mi supone encontrar en el caso por caso también inventar y escuchar la diversidad.
Pipol News INFO n° 01
Inscriptions en ligne: www.europsychanalyse.eu
Renseignements : +32 (0)483 365 082 | info@europsychanalyse.eu
Pipol News 11 - 12/12/2012
Ce qui anime le fondateur laissera sa trace sur l’institution et sur ceux qui y travaillent
Christine Le Boulengé, Bruxelles-Capitale, ECF
Giuseppe Salzillo, Milano, Lumbardia
Pepa Freiría, Barcelona, Catalunya, ELP
Elejercicio de un poder, correlato de la impotencia
Ana Jiménez, Madrid
Ce qui anime le fondateur laissera sa trace sur l’institution et sur ceux qui y travaillent
Christine Le Boulengé, Bruxelles-Capitale, ECF
Je prends l’institution au sens où elle conjugue clinique, lien social et psychanalyse. Il m’est arrivé deux fois d’en fonder une, à trente ans de distance. Il n’y a pas que le temps qui sépare ces deux moments, il y a aussi les conditions du désir qui m’animait. Je vais en donner quelques coordonnées.
Le premier moment date de 1976, époque pépinière d’institutions pour enfants, avec la création des « services K », hôpitaux psychiatriques pour enfants. Je travaillais à l’époque dans une institution pour enfants où éclata un violent conflit avec la direction, qui mena à une grève originale : avec l’accord des parents, l’ensemble de l’équipe partit avec les enfants et poursuivit son travail dans un autre lieu que l’institution – c’était notre Vol au-dessus d’un nid de coucous. Au bout d’un mois, aucune négociation n’ayant pu aboutir, il ne fut plus possible de revenir en arrière. Il y avait donc l’équipe, les parents, les enfants, mais pas d’institution. Je fus mandatée pour la fonder, ce fut fait en trois mois. Elle fut agréée comme hôpital psychiatrique pour enfants, avec un système de subventions qui convenait parfaitement à notre fonctionnement – à l’époque, c’était encore possible. A cet égard, ce fut une réussite, j’avais mis en place les conditions pour la poursuite de cette expérience à plusieurs qu’est le travail institutionnel, c’était enthousiasmant. Là où ce le fut moins, c’était par rapport à ce que je voulais pour cette institution, une clinique orientée par la psychanalyse. C’était trop tôt pour moi, mon rapport à la psychanalyse était bien trop englué dans l’idéal. D’où une inhibition de mon désir : sur ce point, je cédai, je m’en remis à d’autres, et cela n’évolua pas comme je le voulais. Lorsque je m’en rendis compte, il était trop tard et je me retrouvai malgré moi complice du discours qui s’y était installé : non pas le discours du maître traversé par la psychanalyse, mais le discours du maître se renforçant des signifiants de la psychanalyse mis en position d’idéal. Un signifiant mis en position d’idéal est intouchable, impossible de le prendre à bras le corps, de s’en servir, ce qui empêchait, dans les faits, l’orientation de la clinique. Je n’étais plus en position d’inverser le courant. Lorsque j’eus fait le tour de cette impossibilité, je finis par quitter cette institution en espérant que, peut-être, de l’intérieur, de la base, par d’autres qui auraient été mordus par cette cause analytique, un nouveau discours pourrait émerger. J’y appris à mes dépens que pour que la psychanalyse existe, il faut y mettre du sien, du corps.
Le deuxième moment date de 2006, époque pépinière des CPCT, ces institutions légères proposant au tout-venant des consultations gratuites et limitées dans le temps. Mon désir, qui a gardé ce côté « désir d’autre chose », sortir de la routine, ainsi que le côté « partager des expériences avec d’autres » qui m’avait autrefois mené vers l’institution, se réveilla alors. Il se présenta non plus sous les espèces du mandat, mais sous les espèces de l’urgence subjective : il faut que ça existe, l’occasion (le local) se présente et je ferai ce qu’il faut pour que ça existe. Il n’était plus tellement question d’idéal, même si celui-ci n’est jamais absent, mais de gagner d’autres à cette nouvelle cause (eh oui, toujours le lien social !) qui, en insérant la psychanalyse dans le tissu social, participait de la défense de la psychanalyse contre les attaques dont elle fait l’objet. Il s’agissait aussi d’adapter le projet en fonction des conditions matérielles, sans céder sur l’impératif d’une pratique qui relève de la psychanalyse, pratique à inventer, celle des « traitements courts » - c’était émoustillant. Cette institution existe depuis six ans, elle m’anime encore tous les jours pour que cette cause reste vivante, sans que cela implique que j’y sois irremplaçable.
Il y a donc un temps pour toute chose et le désir qui, rappelons-le, n’est jamais un désir pur, il est toujours désir accroché à une jouissance singulière, ne se décide jamais que dans une certaine urgence : l’urgence subjective, celle du moment de conclure. Si la temporalité logique n’est pas respectée, cela pose des problèmes, inévitablement. L’urgence n’est pas alors celle du désir mais celle, éventuellement, de la demande de l’Autre.
Aprirsi alla perdita
Giuseppe Salzillo, Milano, Lumbardia
(1)
L’utilità, l’idea di performance, la velocità con cui ottenere ciò che serve, tutto ciò oggi è elevato a valore etico. È richiesta una velocità nell'esecuzione delle prestazioni e nel raggiungimento degli obiettivi sempre più alta, è una velocità che lascia sempre meno tempo ai ritardi, ai momenti di socialità, di condivisione, di incontro e di ascolto. Bisogna rispondere a parametri sempre più rigorosi, a standard che diventano criteri universali capaci di garantire prestazioni più veloci ed efficienti, utili per il conseguimento dei risultati prefissati. Ma quali risultati? E perché proprio quelli?
La sempre più esasperata ottimizzazione dei processi produttivi sembra puntare a farci diventare tutti dei “docili robot”.
L’etica utilitaristica è oggi imperante. Anche nell’attribuzione di un valore all’azione sociale è l’utile l’unico parametro in gioco. Il bello, il giusto, la solidarietà diventano flatus vocis, assumono la vaporosità retorica delle buone intenzioni. La cosa più importante è avere un congruo tornaconto, un adeguato vantaggio: anche le relazioni sociali tendono ad assumere un valore strumentale. Basta osservare lo stile con cui la politica organizza la sua parola vuota per rendersene conto.
(2)
Che posto dare dunque ai "ritardati"? Quale agli "emarginati"? Ed ai "folli"? Ed aggiungerei: la psicoanalisi, che posto può avere in tutto ciò?
Il concetto di salute mentale è entrato a far parte del sociale della psichiatria soprattutto quando questa ha capito che i manicomi non portavano da nessuna parte e che il loro compito era diventato solo quello di gestire l’angoscia della società di fronte all’impensabile della follia.
Potremmo osare un po' di più? Potremmo dire che non è tanto la follia a dover essere ricondotta all’ordine simbolico, ma al contrario è l’insieme delle istituzioni sociali che andrebbero reinterpretate a partire dalla singolarità del folle?
L’Edipo, infondo, potrebbe essere letto come una modalità (una tra le tante) di trattare le forze pulsanti dell’inconscio? Di strutturarle? Per renderle più sopportabili, affinché le spinte fluide della vita pulsionale possano riconfigurarsi rendendo più abitabile il mondo, rendendo possibili quelle istituzioni quali la famiglia, la struttura economica, i modi di produzione, e cosi via?
La questione in gioco è: come far sì che le singolarità possano stare in questo mondo, senza annullarsi nella massa omologante delle istituzioni.
(3)
L’inconscio non corrisponde ad una qualche “sostanza” osservabile, misurabile, esso si mostra come una strana ed opaca intenzionalità. Un’intenzionalità che si ripete. Aldilà di ciò che crediamo di sapere, su noi stessi e sugli altri.
L’unica vera certezza nella psicoanalisi è che c’è qualcosa che ritorna. Qualcosa che ci situa, ci getta lì, per niente padroni in casa nostra.
Il primo passo, un po' maldestro, è quello di tentare uno "sblocco", ovvero è quello di sciogliere il nodo di questa ripetizione che torna e poi ritorna ancora. La psicoanalisi invece ci indica una strada nuova. Ci suggerisce di analizzare il "blocco ripetitivo", di farne qualcosa, la psicoanalisi cerca la singolarità del proprio fallimento per farne un punto di forza.
L’inconscio ci fa vacillare, zoppicare. L’inconscio è strutturato come il linguaggio ma è anche battito temporale, è una discontinuità all’interno della catena significante. E' una temporalità pulsante. L’inconscio si apre e poi si chiude, come una ferita mal suturata.
Come dar conto di ciò nelle istituzioni?
(4)
Se da un lato la psicoanalisi ci orienta verso quell’operazione di riduzione del sintomo ai suoi minimi costituenti per poterne così estrarre una singolarità, quell’osso duro intorno a cui il sintomo si costruisce, dall’altro lato le istituzioni ci chiedono di ammaestrare secondo i modelli sanciti nelle linee guida, proprio quell’irriducibile che resiste all’omologazione standardizzante.
Se da un lato, la psicoanalisi ci chiede di non produrre senso attraverso il sintomo, piuttosto di farne un arte (un saperci fare attraverso), spegnendo in qualche modo la sete di senso di cui il sintomo sembra necessitare, dall’altro le istituzioni, quotidianamente, ci chiedono di fornire dati, resoconti, report, tabelle, grafici e proiezioni.
È una modalità esasperata di difendersi dal reale per mezzo di un simbolico che delira? Ok. Ma quale è la posizione di chi è orientato dalla psicoanalisi?
(5)
Oggi la psicoanalisi è chiamata a rispondere sempre di più a quel malessere generato dall’incapacità che gli strumenti psicodiagnostici mostrano. Il suo compito è quello di sostenere l'istituzione, come se fosse un soggetto nel suo sforzo di confrontarsi con quel vuoto generato dal suo estremo e folle tentativo di riportare tutto il reale a quel simbolico standardizzante. La psicoanalisi può sostenere quel cambiamento che si realizza nella scelta soggettiva di cedere il passo, di rinunciare a quel godimento della mancanza (l'introvabile "schizofrenococco", il fantomatico gene o quella porzione di cervello che fa da burattinaio) ovvero di smettere di godere della mancanza per aprirsi alla perdita. Dalla mancanza subita si passa alla perdita. E' proprio in questo punto che l'istituzione ha la possibilità di incontrare qualcosa di creativo. Qualcosa di Nuovo. Ed qui che la psicoanalisi può ritagliarsi un suo posticino. Un luogo di rigorosa osservazione e di continua verifica della teoria, proprio come accade nella pratica scientifica. Un luogo di invenzione e costruzione di nuove soluzioni all'insegna della tensione critica, proprio come accade nel campo dell’arte.
Rentabilizar o morir
Pepa Freiría, Barcelona, Catalunya, ELP
¿Cómo haremos para rentabilizar la institución?
Es la pregunta que parece atrapar a quien consiente en tomar a su cargo la lógica actual del “Progreso de la civilización”. De tal modo que, dentro de las instituciones, cualquier acción puede llegar a ser tomada por la idea de hacer más rentable la cosa, hacerla producir más y más… beneficios comparados con el total de recursos empleados para obtenerlos.
En el universo de la Protección a la infancia y en el ámbito de los servicios creados para acoger niños desamparados, se habla de rentabilidad social del mismo modo que en los planeamientos de infraestructuras. Bajo esa idea se buscan familias de acogida para los niños tutelados que están en centros o en residencias educativas. El coste para el Estado por niño y día en un centro es muy superior al que supone estando con una familia.
Si innovar o morir ha sido un lema orientador en el cosmos empresarial, su deriva hacia algo mucho más prosaico, parece haber explosionado contaminando a diestro y siniestro. Rentabilizar ¿aspira acaso a ser la respuesta universal al cierto enigma que aún sostenía la palabra innovación?
El problema de considerar a toda institución, sea del tipo que sea, social, jurídica, cultural, religiosa, sanitaria, pública o privada… según criterios de rentabilidad, no es un problema moral.
Llegar a la idea global de que una institución es un lugar en el que todos sus miembros deben creer que si no son rentables, morirán, es un problema de varité, de amenidad, de vida, al fin.
El delirio numérico-acumulativo de la rentabilidad, requiere de instancias evaluadoras, que aprenden rápido a manejar las cifras como una amenaza, una falsa espada de Damocles porque la cuestión no es rentabilizar o morir. La cuestión se parece más a lo que se preguntó en mi consulta un niño de 5 años sin ningún control de esfínteres, que intentaba buscar una manera de sostenerse, bordeando el agujero de lo real: si seguimos sumando trocitos de plastilina, se caerán por el borde de la mesa al infinito y más allá, y si no ¿qué?
Es ese qué, ese recorte posible de una contingencia singular, lo más valioso a mantener a flote en cada institución, en cada vida humana y es de lo que se ocupa el psicoanálisis allá por donde vaya.
Elejercicio de un poder, correlato de la impotencia
Ana Jiménez, Madrid
"Nuestra intención es mostrar en qué la impotencia para sostener auténticamente una praxis se rebaja, como es común en la historia de los hombres, al ejercicio de un poder"1.
Esta es la frase de Lacan que me evocan, siempre, las situaciones que violentan, de alguna manera, a los menores con que trabajamos. También se me vino a la cabeza cuando el Defensor del Pueblo inició su investigación sobre el funcionamiento de los Centros Específicos (es así como se llaman los centros terapéuticos de que dispone el Sistema de Protección de menores en España).
Esta investigación se realizó a partir de las quejas de padres “angustiados y desvalidos” ante “las dificultades que para la convivencia suponen los graves problemas de inadaptación familiar y social de sus hijos”; y a partir de las denuncias de educadores que trabajaban en este tipo de centros: irregularidades y vulneraciones de derechos, tales como prohibir a los menores la asistencia a un centro educativo, administrarles medicación contra su voluntad y sin la debida prescripción médica, o imponerles como castigo medidas de contención o de aislamiento, según se recoge en el Informe.2 Además, en pocos meses habían tenido lugar tres suicidios, y una tentativa.
Mientras el Defensor del Pueblo realizaba su investigación, le envié un escrito titulado "Otros modos son posibles". En él recurría a la frase de Lacan antes citada para señalar la lógica en jueg,o en prácticas que violentan a estos chicos. Por otro lado, presentaba la experiencia de la práctica entre varios como el modo de tratar las manifestaciones del malestar de estos chicos, acogidos en una institución.
No puedo saber si el escrito que envié se tuvo en cuenta, pero en las Recomendaciones3 del informe que elaboró, el Defensor del Pueblo señala “que no le corresponde decantarse por una u otra de las modalidades de atención que deben desarrollarse en estos recursos”; denuncia “que los modelos de intervención que se vienen desarrollando actualmente no están cumpliendo los objetivos que deberían perseguir, adolecen de una alarmante falta de garantías de los derechos de los menores y limitan en muchos casos sus posibilidades de desarrollo”; y recomienda “profundizar en la investigación de otros paradigmas o proyectos de intervención que favorezcan la autonomía del menor, para que pueda afrontar su futuro en mejores condiciones"4.
Yo no entendí inmediatamente esta frase de Lacan cuando la leí. Después la he ido transmitiendo a algunos educadores, en ocasiones en que se actualizaba, y han proferido exclamaciones del tipo ¡Es verdad!, o ¡Está claro! Esta frase… toca.
1] Lacan, Jacques. La dirección de la cura y los principios de su poder. Escritos 2. Siglo veintiuno.
2] Defensor del Pueblo. "Informes, Estudios y Documentos. Centros de Protección de Menores con Trastornos de Conducta y en Situación de Dificultad Social", 2009.www.defensordelpueblo.es
3] Ibidem nota 2
4] Ibidem notas 2 y 3.
Pipol News 10 - 05/12/2012
« Il est certain que se coltiner la misère, comme vous dites, c’est entrer dans le discours qui la conditionne, ne serait-ce qu’au titre d’y protester. »
Jacques Lacan à Jacques-Alain Miller, Autres écrits, p. 517
Confronting the real in Europe’s back yard
Iannis Grammatopoulos, London, Athens, Hellenic Society of the NLS
Marc Segers, Bruxelles-Capitale, ACF-Belgique
Ce qui a été trouvé en institution par h(a)sard, et qui ne se résorbe pas
Perla Miglin, Tel-Aviv, GIEP, NLS
Confronting the real in Europe’s back yard
Iannis Grammatopoulos, London, Athens, Hellenic Society of the NLS
Less than two years ago I was employed by the Greek Ministry of Citizen Protection, in a placement funded by the European Return Fund, a program of EU’s immigration policy, under the Commissioner for Home Affairs, in the premises of the Greek Police. The work description required psychologists, social workers and interpreters to address the psychosocial needs of individuals who had crossed the EU-Turkish borders illegally and were detained in centers established in abandoned army camps or old warehouses throughout the Greco-Turkish borders. One would expect that the plurality of institutions involved in this action I have just outlined would be adequate to tame that unknown and unstoppable wave of human units of suffering that had been piling up on Europe’s southernmost borders. That was not the case. And I am afraid that the one to blame is not merely, as we are so used to doing in Greece, local bureaucracy or corruption.
Embarking for the borders, with a contract by the respective Secretary of State in one’s bag and financially supported by an EU funding scheme, heading for a service that had been running for some time already, one expected that undertaking one’s duties would be similar to previous experiences.
I had worked in a state-related institution in the past, an Athens-based municipal center for psychosocial support. Despite the regular difficulties, I was still under the impression that when working in an institution that bears the recognition of the state one is safeguarded to an extent, or at least better equipped than when encountering cases of, let’s say, psychosis as a younger professional.
I was still a young professional when I reached the warehouse on the Greek borders that had recently been transformed into a detention center, with a blue and white plastic sign on it, bringing the building under the aegis of the local department of the police. The vehicles with the foreign number plates parked outside, marked by the sign of the European Borders Police, Frontex, or police forces from all over the EU, Lithuania, the Netherlands, France, even the island of Malta, made the new coming professional feel an air of confidence and certainty concerning the tackling of what he was about to encounter. That was not the case though.
After a discussion with my colleagues we decided to enter the section where people were kept –the cells- in order to inform them of our presence. In the absence of interpreters due to the fact that it was our first day there –which might indeed have been a mishap caused by Greek bureaucracy- it was agreed that I would have to address the detainees since I more or less spoke two of the languages most of them could understand. Accompanied by a social worker I entered the area of the cells, of an approximate length of 15-20 meters long alongside the old warehouse, consisting of six cells, with tall iron railings standing between them and us as well as separating one cell from another. I had prepared the introduction in my head: “We are not police officers, we are psychologists and social workers sent by the EU working with the police etc…” Apart from the symbolic armour of this array of institutional terms I also – quite stupidly- had thought that the imaginary could act as a final resort, since I’m a rather tall and relatively bulky man, but to no avail.
The appearance of my colleague and me in front of those huge cells triggered a massive reaction by the detainees, but an even more uncanny experience to me. Before even attempting to mouth a couple of words in English an overwhelming number of heads appeared between the cell bars obscuring the minimal light that entered the long, moist and dirty corridor. And, despite being Greek, I’m no Spartan to claim that I could battle under shade as well. For a second, a glimpse before the moment they started shouting, wiggling pieces of paper in Arabic or cutting their torsos with broken phone cards to attract our attention, the feeling I experienced was what I call similar to a touch of the real.
I thought of nothing. I simply felt that sea of souls that had not yet opened their mouths, forming a rising wave that hit me like a thunderbolt. It felt like electrocution –I have never been electrocuted in the past, I wouldn’t be writing this if I had I suppose, yet it is truly hard to put that experience into words. It was not the dirt, it was not the despair that had caused it, and it was no empathy or compassion that triggered that feeling. I would only compare it to an encounter with a form of the real due to the fact that it involved a lived, sheer bodily experience that is very hard to describe.
Within the next seconds I was trying to be heard over a chaotic combination of shouts, cries, noise, smells and shades of brown and grey. But the worst had passed. Needless to say my trying to speak two languages that in Greece we view as refined and elegant to people who were struggling with basic needs looked ridiculous to me and my colleagues afterwards. I doubt that any of them had any idea what France or England looks like or where they lie.
After the initial shock the time came for us to see the detainees individually. Neither the EU, nor the Commissioner for Home Affairs, the European Return Fund, the Greek Ministry of Public Order and Citizen Protection or the Greek Police had provided us with any relevant training on how to deal with those subjects. I ran my practice the same way I had done in the past when working with psychosis. Many of those detainees were not psychotic and I became aware of that quite quickly. Yet the condition they lived in made the place and discourse simulate exactly such a condition. So I told myself I was working with psychosis by default.
It is hard; it is almost impossible but you could try to imagine those conditions: six hundred people literally packed in an old warehouse transformed into a detention center capable of hosting less than a hundred detainees. Try to imagine many of those people not having been out of a cold and moist cell since they had entered the building, possibly months ago. Imagine them sharing a single bed at times with two cellmates or walking around in cells flooded from broken toilets. And even try to put yourselves in the position of those, rare cases indeed but existent, who had come from a country or provincial area in Southeastern Asia that no one else came from, being in a place where no one understood them and they understood no one. Their only point of reference was being detained.
The detainees were angry at the police officers and some even at the Greek Police for the bad conditions. To me they were only right concerning bureaucracy, which is a chimaera of our state indeed. I ran my sessions bearing in mind that I encountered people in a psychotic state because that was what I was more familiar with in my limited clinical experience. Yet the institution that was responsible for the unnecessary suffering of those people was not the Greek Police, it might not even have been the respective Secretary of State.
I’m not an expert in politics and European affairs and, therefore, I don’t know what the European discourse is dealing with at the moment. It must have something to do with the economy. I guess this might be another attempt to tame the real.
What I experienced though, despite working under their aegis, was that all those institutions and sub-institutions that the EU generates or involves are piling up humans and suffering in their back yard and creating batteries of the real by treating people like toxic waste. The EU, the Commission, the European Return Fund etc. were terms unfamiliar to the detainees. Yet those people are unfamiliar to Europe too. I suppose that the plurality of institutions, establishments, commissions and committees they have set up makes those in charge in Europe feel that somehow things will work or be addressed. I’m afraid that this is a banal and even misled idea. Things can’t just work anymore simply thanks to an existing network of discourses. Apart from common economic market, the real is piling up in the back yard too.
Un Praticien Ambocepteur
Marc Segers, Bruxelles-Capitale, ACF-Belgique
La position du praticien en institution s’articule en fonction d’une double appartenance, dans la mesure où son statut le place à l’intersection de deux mondes distincts : celui qui concerne l’institution dans laquelle il travaille, et celui qui soutient son travail de l’extérieur.
Dans le Séminaire X, L’angoisse, p. 195, Lacan parle d’éléments ambocepteurs pour qualifier la position du placenta et du sein, comme se rapportant de manière égale à la mère et à l’enfant.
Le praticien en institution se trouve dans une situation analogue.
Dans l’institution, son premier souci est évidemment le sujet avec lequel il s’engage.
C’est avant tout pour travailler avec les patients, résidents ou autres consultants qu’il est là. Mais que ce soit dans une pratique individuelle ou à plusieurs, il doit toujours tenir compte de ses collègues : même en dehors du travail clinique, son travail s’inscrit dans une perspective où ceux-ci sont présents. Réunions de staff, contraintes administratives, organisation de l’équipe, horaires, règles institutionnelles, congés, communications diverses font que nous ne travaillons jamais en institution comme en privé. L’institution a sa vie propre et chaque travailleur se doit d’en tenir compte. C’est une richesse que de pouvoir compter sur ses collègues, discuter de cas cliniques, se sentir faire partie d’une équipe. Mais l’institution a aussi ses lourdeurs, son inertie, ses habitudes, ses contraintes, qui, parfois, risquent de « fonctionnariser » ceux qui y travaillent.
Il importe donc que le praticien en institution puisse aussi rester « branché » sur ce qui cause son implication dans le travail à partir de l’extérieur. L’institution elle-même n’est pas isolée. Elle fait partie d’un ensemble que le politique organise, subsidie… et contrôle. Chaque institution participe donc, qu’elle le souhaite ou non, à une « politique de santé mentale » singulière, différente selon les régions ou pays où elle se situe. Les enjeux que nous avons à y défendre sont les mêmes que ceux qui gouvernent notre travail clinique : clinique du sujet, prise en compte de l’Inconscient… Il y a donc intérêt à ce que chaque praticien soit, au minimum, au courant, et mieux, s’engage activement, dans l’organisation de cette politique.
Son implication extérieure ne s’arrête cependant pas là. En effet, son orientation clinique et théorique se soutient de son inscription dans un mouvement qui est lui-même organisé institutionnellement, le Champ freudien en ce qui nous concerne. Relancer son intérêt pour la clinique ne va pas sans une relance théorique. Et celle-ci ne se fait pas, pas uniquement du moins, dans l’institution dans laquelle chaque praticien est engagé. Travailler en institution, implique de travailler en dehors aussi.
La promotion et la défense de la psychanalyse ont tout à gagner de cette double appartenance. Les sujets auxquels nous avons affaire, aussi.
Ce qui a été trouvé en institution par h(a)sard, et qui ne se résorbe pas
Perla Miglin, Tel-Aviv, GIEP, NLS
Une nécessité
Chaque matin, lorsque je me rends à une institution de Santé mentale, je suis exposée à une urgence subjective répétitive, la mienne. Celle-ci se manifeste par une nécessité de dire, de répondre à celui qui vient, parce qu’il souffre d’un mal-être qui l’oblige à mobiliser les signifiants de son existence, pour pouvoir vivre sa vie, sans négliger la perplexité qui se produit en lui, l’erreur qui se répète. C’est également une nécessité de confronter quelques énonciations de psychiatres, pris au piège des mirages générés par le contrôle ségrégatif qui impose une façon de jouir.
Résorber le vivant dans l’écrit, rêve génétique
Cette urgence subjective qui se révèle comme une nécessité, permet parfois de faire lien social, dans la mesure où elle nous sépare de l'Autre qui est en crise. Dans cette institution, les psychiatres appartiennent à des générations différentes et proviennent de formations différentes. Les plus jeunes sont immergées dans la néo-langue cognitive. Par leur formation, ils « habitent »1 les murs de l'asile, chacun à leur manière, de façon à éviter de se questionner par rapport à leur situation. Ceci, je peux le dire à partir de ce que j’ai appris dans mon trajet de formation en tant que psychologue clinicienne pratiquant dans une salle d'asile. Habituellement, je rencontre ces psychiatres au moment de la réception d'un nouveau patient. Les questions qu’ils posent au patient lors de l’entretien d’admission radicalisent chaque fois d’avantage l’existence d'une écriture dans le vivant – rêve de la génétique de résorber le vivant dans l’écrit. De cette façon, le patient devient une feuille, un document de plus dans la pénombre de l'anonymat. Les psychiatres déploient toutes leurs compétences et tout leur bagage de connaissance biologique. Cela nous rappelle ce que Lacan décrit comme les effets de la « laïcité » dans les murs de l'asile, « ces murs par quoi la laïcité a fait en elle exclusion de la folie et de ce que ça veut dire. Ceci ne s’aborde que par la voie d’une analyse du discours »1. Autrement dit, non seulement le « fou », mais aussi l’énonciation même de la folie, ce qu’elle veut dire, sont exclus au sein de l’asile.
La superstition chez les psychiatres
La formation d’autres psychiatres de cette institution a comme conséquence une forme de superstition. Ainsi par exemple, ils s’appliquent avec rigueur de dire « au revoir » au patient à la sortie du bureau, disant que le plus important est de bien saluer. Ou encore, ils rapportent, lors d’une réunion autour d’un café, le succès et l'expansion d'un médicament qui procure confort et de bien-être, consommé par des familles d’élite.
Lorsque le psychiatre, du fait d’être médecin, obtient de façon réitérée la confirmation de son autorité auprès de l'équipe de travailleurs sociaux et de psychologues, les effets de la laïcité tels que Lacan les décrit s’amplifient, et avec eux, l’évitement du discours. La laïcité lutte pour un monde ordonné par l’universel, mais la cause implique une modalité de jonction entre vérité et savoir. Cette jonction met en en péril la laïcité, car elle met en jeu « une saine idée de l’amour »2. C’est pourquoi, la laïcité se met à l’abri du discours. L'excuse habituelle est qu’il n’y a pas de temps pour les réunions interdisciplinaires.
La contingence et ce qui ne se réabsorbe pas
Pourtant, une des psychiatres a accepté que nous présentions ensemble un cas d'une jeune femme souffrante d’un phénomène psychosomatique. Nous avons commencé par une première réunion interdisciplinaire qui a allégé le climat de laïcité, réunion que nous nous sommes mis d’accord de nommer : "La prise de temps''. J’ai pu dire à la psychiatre lors de cette réunion qu’elle se laissait trop envahir par des questions de temps. Comme il s’agit d’une personne russophone, j’ai évoqué également l’existence, grâce à la présence du Champ freudien en Russie, de traductions en russe de quelques séminaires de Lacan. Cette rencontre contingente qui introduit un discours dans le lien avec une psychiatre pressée ne se résorbe pas dans l’excuse du manque de temps. Elle montre que le h(a)sard est la façon dont la contingence se lie à un traumatisme en tant que ce dernier est ce qui ne se réabsorbe pas.
1Lacan, J., Je Parle aux Murs (1972), Paris, Seuil, 2011, p. 95.
2Ibid, p. 104
Pipol News 9 - 01/12/2012
De l’utilité de la psychanalyse dans le travail éducatif à plusieurs
Jean-Pierre Galloy, Nancy
Que reste-t-il de la psychanalyse dans la tour de Babel du XXIe siècle ?
Marc-Antoine Antille, Lausanne
El antes y el ahora de la Institución
Mimí Bayarri de Romany, Valencia
Éditorial
Trois comptes-rendus de praticiens qui travaillent dans des institutions et qui trouvent dans la psychanalyse un appui pour pouvoir se dépêtrer des complexités qu’implique ce travail, sans reculer.
Jean-Pierre Galloy nous montre qu’il n’est pas nécessaire d’appliquer la psychanalyse proprement dite afin de s’orienter avec la boussole de l’expérience analytique. L’éthique de la psychanalyse permet de traverser les signifiants de l’institution (l’accompagnement familial, l’autisme expérimental, l’affectif, le cognitif, etc.) pour être attentif à la solution singulière qui est au cœur des « petites choses ou bizarreries » que l’enfant répète.
Selon Marc-Antoine Antille, la « pluralité » des éthiques cliniques est actuellement le maître mot des institutions psychiatriques en Suisse. La psychanalyse, jadis discours dominant dans les institutions de ce pays, partage aujourd’hui le terrain avec d’autres. Néanmoins, il souligne que seule la psychanalyse permet de repérer et manier le transfert, « toujours présent entre deux êtres parlants », et que cette qualité est essentielle, car le transfert se manifeste dans des institutions, non seulement dans les prises en charge de patients, mais aussi au sein des équipes.
Mimí Bayarri de Romany imagine une version contemporaine de quelques grands cas freudiens, se présentant en institution. La demande, telle qu’elle se découvre dans ces cas, s’adresse à un Autre dont le discours peut être situé entre la science et la magie. Plutôt que de nous encourager à dénoncer le monde dans lequel nous vivons, le texte de Mimi Bayarri nous incite à mettre en valeur les inventions cliniques mises en place par les praticiens en institutions, afin de rencontrer ces cas inédits. Il s’agit, comme nous l’avons déjà écrit, de regarder le monde contemporain tel qu’il est, droit dans les yeux, et adapter notre pratique à l’ère d’Après l’Œdipe. C’est ce que nous allons faire lors de PIPOL 6. GC
De l’utilité de la psychanalyse dans le travail éducatif à plusieurs.
Jean-Pierre Galloy, Nancy
Nous travaillons comme psychiatre dans un service d’accompagnement familial et d’éducation précoce d’enfants malvoyants et aveugles. C’est une structure qui trouve son origine dans les anciens SESSAD, qui s’est modifiée après les lois générales sur l’intégration des enfants handicapés en milieu scolaire. Pourquoi alors parler d’autisme ? Il s’avère que pour beaucoup de ces enfants atteints de déficiences sensorielles graves à la naissance, les risques de présenter des troubles du développement à spectre autistique sont particulièrement importants.
Nous ne nous étendrons pas sur la question du diagnostic. Cependant, pour certains de ces enfants, c’est ce diagnostic qui a pu être posé par les services de psychiatrie avec qui nous avons pu collaborer, notamment par le CRA. Le travail que l’on nous demande n’est pas spécialisé dans la prise en charge de l’enfant autiste. Il est d’accompagner chaque enfant et sa famille dans son entrée dans la vie sociale, particulièrement à l’école. Ceci nous permet une approche particulière de ces enfants.
Ainsi positionnés, nous apprenons de chacun quotidiennement à travers toutes les tentatives qu’il fait pour rentrer dans la vie avec les autres, par le langage. Notre impossibilité de nous représenter ce que serait son monde du fait de l’irreprésentable de la cécité nous amène à cette place. Il ne s’agit donc pas de lui apprendre ce que serait la réalité, forts d’un savoir commun (en l’occurrence le monde des voyants), mais de l’attendre pour qu’il trouve une manière de s’inscrire par le langage dans la communauté des êtres parlants.
Il n’y a pas pour autant de naïveté de notre part. Il y a lieu de chercher ce qui va d’abord être dans une rencontre entre un enfant et une éducatrice, l’émergence de signes qui, dans leur répétition, pourront s’élever à la hauteur de signifiants.
C’est bien sûr dans le champ affectif, mais tout autant – car ce n’est pas séparable – dans le champ cognitif, que cet étayage va pouvoir se déployer. Dans notre dispositif de travail, plutôt que de plaquer un savoir a priori sur l’enfant qui nous amènerait à attendre de lui quelque chose là où il n’est pas, nous supposons dans les petites choses ou bizarreries qu’il répète, constituent une solution qu’il trouve pour résoudre les impasses auxquelles il se trouve confronté. Il ne s’agit pas plus d’interpréter que de comprendre, mais tout d’abord de souligner, d’encourager, de favoriser ces tentatives. Ce ne sont pas les significations que l’on pourrait y mettre qui ont là de l’importance, mais bien plutôt la construction que l’enfant élabore à sa façon.
Il est probable que la privation sensorielle pour certains de ces enfants les expose à ce que l’on pourrait appeler un « autisme expérimental ». Ceci nous indique l’importance du champ scopique dans la construction du sujet. Mais il n’y a pas lieu de séparer, pour nous, ce qui serait l’effet d’une particularité sensorielle ou psychique. Certains enfants ont pu être acceptés plus facilement dans leur singularité sous couvert de leur cécité irreprésentable que dans la stigmatisation de leurs traits autistiques.
Nous en gardons la leçon. C’est bien d’abord de notre côté qu’apparaît la nécessité de nous déplacer, de nous interroger, de suivre l’enfant dans les méandres d’une relation naissante.
Ce renversement reste autant nécessaire avec les parents de ces enfants. Il l’est tout d’abord pour qu’ils restent les parents. Aucun savoir ne doit les déloger de cette place nécessaire à l’enfant dans l’émergence de sa subjectivité. Celui-ci, pour rentrer dans le langage, doit s’inscrire dans sa famille comme elle est. Le savoir médical a trop souvent recouvert les mots des parents, leurs inquiétudes, leurs doutes et leurs questions. Le problème ne me semble pas être celui de la culpabilisation supposée qui leur serait infligée. Il y a toujours de la culpabilité, c’est d’ailleurs l’effet d’être concerné par cette naissance aussi imparfaite soit-elle. Mais il y a un malentendu à vouloir la recouvrir. Elle est tout autant l’autre face de l’inquiétude dont on ne se débarrasse pas si simplement. Elle signe un souci pour l’enfant, un engagement dans ce chemin tortueux qu’il y a lieu d’entendre.
Dans la rencontre, l’éducatrice peut venir en reconnaitre le poids, dans l’écoute des mères autour du travail avec l’enfant, mais doit respecter cette part de lien familial noué à l’enfant. Là encore, ce ne peut pas être à nous d’en décider le destin.
Ce travail ne peut se faire qu’à plusieurs. Lorsque la parole peine à émerger chez l’enfant, il est bien nécessaire d’en parler ailleurs. Une élaboration non plus sur l’enfant, mais sur le travail, permet de supporter, voire de traverser ce que peut susciter d’angoisse une telle rencontre. D’accepter de se départir de nos a priori ou de nos convictions, de se laisser guider par le seul désir d’une rencontre singulière sans le filtre des normes communément admises est rendu possible par un soutien mutuel où vient s’écrire un savoir y faire au un par un.
Ce soutien a sa place au cœur du dispositif de travail. Il nécessite d’être orienté dans un au-delà des projections du roman familial propre à chacun, jusqu’à ce qu’il y a de plus intime. Ce n’est pas sans croiser l’angoisse, comme le rappelait Lacan dans son discours aux internes. Mais l’expérience de la cure analytique vient nous servir de boussole.
S’agit-il de psychanalyse pure? Assurément pas. De la psychanalyse on peut s’en passer… mais à condition de s’en servir.
Que reste-t-il de la psychanalyse dans la tour de Babel du XXIe siècle ?
Marc-Antoine Antille, Lausanne
Actuellement, les institutions psychiatriques en Suisse sont organisées selon le mode de la politique gouvernementale : la pluralité est visée afin de maintenir un équilibre entre les différentes forces politiques. Le rapport au maître y est dilué et cette pluralité devient le maître mot, pourrait-on dire.
La formation de « spécialiste en psychiatrie et psychothérapie » – tel est le nom du titre obtenu au terme de la formation – est effectuée dans l'un des trois courants : psychanalytique, systémique et cognitivo-comportemental, selon le choix du médecin. Il en est de même pour le psychologue dont la formation post-graduée aboutit sur le droit de pratique et devient ainsi commune.
Le courant psychanalytique était dominant jusqu’au XXIe siècle, mais nous pouvons constater que le partage du terrain est devenu la règle dans la majorité des institutions psychiatriques helvétiques.
Y aurait-il un dénominateur commun pour le travail thérapeutique en équipe ?
Pouvons-nous trouver quelque chose qui ferait lien, à part la théorie des discours – théorie difficilement abordable par nos collègues d’autres orientations ?
Le transfert serait quelque chose de repérable, puisqu’il est toujours présent entre deux êtres parlants, dans ce qui se manifeste de manière consciente et inconsciente, dans la relation.
Celui qui se met à la place du thérapeute va naturellement mettre en jeu la pulsion, en étant objet de haine, d’amour, de rivalité.
Ànous de trouver de nouveaux signifiants, de nouvelles modalités, pour que ce concept fondamental, qui n’est pas seulement présent dans une cure analytique, puisse se travailler en équipe sous des formes dialectiques contemporaines. Ànous de repenser les nouvelles articulations du transfert au savoir en institution.
El antes y el ahora de la Institución
Mimí Bayarri de Romany, Valencia
A la Institución Psiquiátrica acude, Dora, Juanito, el presidente Schereber, el hombre de las ratas.
Antes los pacientes, que eran remitidos al centro, llegaban asustados, diciendo no estar locos, el referente manicomio estaba presente, y peleaban por demostrarlo, por lo que la demanda de ser escuchados sobre sus síntomas era insistente aunque el significante psiquiatría se imponía con las medicaciones, estas no eran tan eficaces como para vivir siempre con ellas, lo que permitió que existiera sesiones clínicas, que la palabra fuera escuchada.
Actualmente el paciente que acude al centro de Salud Mental acude como si entrara al Olimpo de los dioses, donde hay respuesta para todo, existen pócimas divinas que producen bienestar, Dora viene con su queja, quiere estar dormida , a Juanito lo traen sus padres porque no les gusta como es, les molesta, quieren que se lo cambien, a Schereber, lo trae la policía, los servicios sociales.., es el que más pelea viene; a denunciar que es agredido por el Otro, el hombre de las ratas acude porque el miedo le paraliza, porque no quiere ser padre. Para todos hay pócimas maravillosas.
Los psiquiatras atienden unos 18 pacientes al día, los psicólogos citan los pacientes cada dos o tres meses, las enfermeras ponen los maravillosos inyectables -actualmente dosis que duran un mes-, las trabajadoras sociales acuden a sus casas. Los ordenadores han anulado las historias clínicas confidenciales, ahora todo está en red, pudiendo acceder a él todo el sistema sanitario.
¿Qué clínica contemporánea hay en las instituciones? Ninguna, no hay clínica, hay laboratorios. Un psiquiatra contestaba a una pregunta de un PIR, ¿cómo se diagnostica? Dice: “Si a un paciente le das un antidepresivo y funciona está depresivo, si no, se lo cambias por un neuroléptico y si funciona es esquizofrénico. Y bipolar es alguien que a veces le funciona la una y otras la otra”.
¿Cuál es nuestro lugar en la institución? Por nuestra orientación lacaniana sabemos que los agujeros de lo real movilizan todo lo simbólico y son individuales de cada sujeto, debemos ponernos a la escucha de ese real, sin taponarlo.
Si Edipo acudiera a un Centro de Salud Mental, seguro que le daría un neuroléptico. top
Pipol News 8 - 29/11/2012
« L’antipsychiatrie est un mouvement dont le sens est la libération du psychiatre »
(Lacan, Je parle aux murs, pp. 13-14, le 4 novembre 1971)
Ni institution, ni psychanalyse : un chemin à l'envers
Elena Madera, Bruxelles-Capitale
Né istituzione né psicoanalisi : un percorso al contrario
Elena Madera, Bruxelles-Capitale
Une maternité au pied de la lettre
Laura Sokolowsky, Paris
Hypothèse d’un répartitoire des institutions
Gil Caroz, Tel-Aviv, Bruxelles-Capitale
Ni institution, ni psychanalyse : un chemin à l'envers
Elena Madera, Bruxelles-Capitale
Née en Italie, j'ai commencé mes études en psychologie en me disant : « Jamais je ne travaillerai en institution et jamais je ne m’intéresserai à la psychanalyse ». Je me suis inscrite au cours de psychologie clinique cognitivo-comportamentale. Au fur et à mesure que j’avançais, je n'y trouvais rien qui me passionnait. J'avais la sensation d'avoir raté complètement mon choix. Mes études se poursuivaient mues seulement par une force d'inertie liée à une obligation que je sentais vis-à-vis de mes parents, jusqu'à ce que je rencontre des écrits de Basaglia.
Je commençai à m’intéresser à l'antipsychiatrie. Franco Basaglia s'est battu pendant toute sa carrière contre la ségrégation des malades mentaux, pour redonner le statut de sujet à ceux qui étaient réduits à leur étiquette diagnostique. Sa proposition de loi visant la fermeture des hôpitaux psychiatriques - point culminant de son engagement - a transformé l'organisation (et la politique) de la Santé mentale publique en Italie depuis la fin des années ’70,entrainant la fermeture des hôpitaux psychiatriques.
Dans ma naïveté, j'ai pris ce discours à la lettre, et mon « non à l'institution » s'est répandu en manifestations contre le savoir universitaire, manifestations contre la politique dans les prisons, manifestations contre la politique institutionnelle, assemblées et séminaires d'autoformation face au savoir universitaire. Le slogan « anti-institution » me donnait une voix à laquelle m'identifier, mais dans laquelle ma propre parole devenait anonyme.
Mes stages universitaires sur le terrain me faisaient réaliser de plus en plus que le rêve Basagliano (comme on l'appelle en italien) n'avait rien à voir avec sa réalisation, l’idéal étant bien loin de sa mise en acte. Bien que les hôpitaux psychiatriques n'existent plus en Italie, la « maladie mentale » existe encore (au sens où on la fait exister) et est traitée comme telle (éducation, rééducation, normalisation, tests diagnostiques, médicaments). D'autres institutions, dans la santé publique, ont pris la place de l'institution mère.
