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  • Congrès de la NLS Ce qui ne peut se dire

    D’aucuns auront reconnu dans notre titre les accents de la formule de Wittgenstein, l’ultime proposition de son Tractatus : “ce dont on ne peut parler, il faut le taire”[1]. Nous coupons la formule en son milieu et gardons le suspens pour la compléter à l’envers du philosophe à partir de ce qu’offre Lacan dans son Séminaire VI avec l’orientation décisive qu’en a donnée Jacques-Alain Miller à Athènes[2].

    Car l’expérience psychanalytique, elle, invite précisément à ne pas taire ce qui ne peut se dire, “ce qui fournit une occasion de mettre à l’épreuve le fait que les mots ne suffisent pas pour tout dire”[3]. Au fil de la cure, l’aspiration à trouver le mot qui dirait la chose se dissipe, même si Lacan a commencé par installer le Nom-du-Père comme le fin mot de l’histoire. Il en faisait un Autre de l’Autre, le point de garantie de l’ordre établi, qu’il a consacré comme ordre symbolique. Mais ce que J.-A. Miller montre dans son intervention c’est que dans la suite et jusqu’au bout de son enseignement il a démantelé systématiquement cette pseudo-harmonie du symbolique. C’est le sens de cette formule du Séminaire VI : “il n’y a pas d’Autre de l’Autre”.

    L’association libre rencontre nécessairement l’impossible à dire. C’est alors au moment où le mot manque au dire, que le sujet défaille jusqu’au point panique où il doit faire face, dit Lacan, à son existence. “À ce moment, qui est, si l’on peut dire, un point panique, le sujet a à se raccrocher à quelque chose, et il se raccroche justement à l’objet en tant qu’objet du désir”.[4]

    Wittgenstein aurait raison, relève Jean-Claude Milner, “si seulement, ce dont on ne peut pas parler consentait à se taire”[5]. L’analysant conclurait son analyse sur la révélation d’un manque à être qui constitue la métonymie de son désir et rejoindrait “l’horizon déshabité de l’être”[6]. C’est une version de la fin de l’analyse, note J.-A. Miller, qui fait du sujet un non-dupe, autrement dit un sujet qui se fond dans l’errance.

    Or, comme il l’a souligné à Athènes, le lieu où se joue la fin de l’analyse n’est pas du côté de l’être insubstantiel d’un désir qui serait pure métonymie signifiante, mais du côté du fantasme qui est substance jouissante. Ainsi “le cœur de ce Séminaire, ce n’est pas l’interprétation, c’est le rapport inconscient du sujet à l’objet dans l’expérience désirante du fantasme”[7].

    Qu’est-ce qu’une pratique de la psychanalyse qui vise l’objet a du fantasme ? Il ne s’agit pas ici de raconter les fantasmagories analysantes mais de cerner, comme Lacan le fait avec ses analyses de rêves ou avec Hamlet, ce autour de quoi se structure la vie du sujet lorsqu’il est prisonnier de son fantasme – au singulier et inconscient. Du fantasme inconscient il n’y a pas l’expérience directe, c’est pourquoi il est nécessaire de la reconstituer dans nos constructions.

    Le congrès de Gand portera ainsi sur ce qui ne consent pas à se taire et se fraie un chemin dans l’inter-dit. Nous aurons à mettre en valeur “l’opposition entre l’ordre fermé du père – la métaphore est toujours un arrêt – et ce que le désir comporte au contraire d’irrégulier et de foncièrement déplacé”[8]. Le thème se déploie entre ce qui ne peut se dire qu’entre les lignes et ce qui reste impossible à dire. Si “l’analyste s’offre comme support à toutes les demandes et ne répond à aucune”[9], ce n’est pas seulement dans cette non réponse que se trouve le ressort de notre présence, soutient Lacan à la fin du Séminaire VI. La vraie nature des objets du fantasme que révèle ce Séminaire est d’être objets réels, “tout séparés qu’ils soient du sujet, ils sont dans un rapport étroit avec sa pulsion vitale”[10]. C’est de cela que l’analyste se fait l’inexorable[11] support. La reconstitution d’une structure du fantasme comme soutien du désir servira, dans les diverses structures, de plaque tournante à articuler la relation du désir du sujet au désir de l’Autre… sans Autre.

    Dominique Holvoet

    [1] L. Wittgenstein, « Tractatus logico-philosophicus », Coll. Tel, Gallimard, Paris, 1961, n°109, p. 27 et p. 107.
    [2] J-A Miller, “L’Autre sans Autre”, intervention en clôture du congrès d’Athènes, mai 2013. A paraître dans Mental 30 et Hurly Burly 10. Version de travail disponible sur le site de la NLS.
    [3] J-A Miller, “La psychanalyse, sa place dans les Sciences”, Mental, 25, p. 19.
    [4] J. Lacan, Le Séminaire, Livre VI, Le désir et son interprétation, La Martinière et le Champ freudien éditions, juin 2013, p. 108.
    [5] J.C. Milner, « L’oeuvre claire, Lacan, la science, la philosophie », Paris, Seuil, 1995, p. 169.
    [6] J. Lacan, « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 641
    [7] J-A Miller, “L’Autre sans Autre”, op. cit. p. 13.
    [8] J-A Miller, Idid, p. 17.
    [9] J. Lacan, Ibid, p. 572.
    [10] J. Lacan, Ibid., p. 469.
    [11] J. Lacan, Ibid. p. 565.

    http:www.nlscongress.org/

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