Comment transmettre ? Bruno de Halleux

Antenne 110

 

L’Antenne 110 est connue aujourd’hui comme à l’origine de la Pratique à plusieurs. JAM a nommé cette pratique ainsi. Nous en avons témoigné de nombreuses fois lors de journées, congrès, invitations dans des centres hospitaliers ou des institutions.

 

J’ai écrit dans un Pipol News combien j’ai souvent eu, dans l’après-coup d’une journée ou d’une conférence, le sentiment de ne pas réussir à transmettre l’essentiel de ce qui fait le « lacanien » de l’Antenne 110. 

 

Sans doute y a-t-il des raisons à ce ratage ! J’en épingle deux. 

D’abord parce que ce qui a fait notre succès – nous sommes considérés comme la première institution à avoir mis en place cette pratique – fait aussi notre impasse. La PAP est idéalisée, interprétée dans tous les sens, élevée au rang d’une modalité essentielle pour le traitement d’enfants autistes, elle est copiée, imitée, elle fait épidémie, chacun en parle, partout, tout le temps, en un mot elle se présente comme un modèle. Pas seulement à l’extérieur, mais aussi intra muros. D’avoir été nommée, d’avoir connu ce succès entraîne son envers : virer à une méthode ou à une simple technique. Cela ressemble à des recettes : ne pas s’adresser en direct à l’enfant, parler à la troisième personne, faire appel pour n’importe quoi au tiers incarné de la direction, etc.

 

Ensuite, parce que ce que, ce qui doit être transmis de ce qui fait l’essentiel du « lacanien » à l’Antenne 110 n’est pas transmissible, et c’est de structure. C’est tout le problème de l’enseignement de la psychanalyse. La jouissance, l’objet a, l’au-delà du principe de plaisir ne se décline pas en termes signifiants. On ne peut qu’approcher ce point, le resserrer, en faire le tour, et on ne peut en prendre la mesure qu’en fonction des progrès de sa propre analyse ! Même sans analyse, on peut vérifier que lorsqu’on parle, on en dit beaucoup plus, ou beaucoup moins que ce qu’on veut dire. Le dit ne résorbe jamais le dire… Il y a toujours un plus de jouir qui nous échappe !

 

Alors qu’est-ce que le « lacanien » à l’Antenne 110 ? Pour ce soir, je propose que ce lacanien, cet essentiel si difficile à transmettre ait quelque chose à voir avec le « désir de l’analyste » que Lacan déploie dans le séminaire XI.

 

Je déplie rapidement quatre points sur ce désir :

– il défait le syntagme PAP, c’est-à-dire, dénouer, désunir, séparer toute signification figée propre à la PAP, mais aussi à nos concepts. Pas de définition arrêtée de la PAP, ce n’est pas une méthode, ni une technique, c’est à réinventer sans cesse. 

– il aimante avec tous les moyens possibles un désir de savoir pour chacun.

– il contre les effets de transferts qui couvrent ou voilent, par le biais des idéaux, le réel en jeu dans notre clinique. 

– il provoque un désir d’atteindre au réel, comme l’écrit Jacques-Alain Miller dans sa présentation du thème du prochain congrès de l’AMP, un désir de réduire l’Autre à son réel et de le libérer du sens. 

 La clinique avec les enfants autistes nous y rend d’autant plus sensibles quand l’intervenant est confronté dans sa propre analyse au désir de l’analyste.