La santé mentale, le paradigme de l’homme neuronal et la psychanalyse Yves Vanderveken

Si PIPOL 5, par la question qu’il pose : « La santé mentale existe-t-elle ? », ne se veut pas nécessairement militant, il porte pourtant une revendication. Citons l’argument : « Nous déplorons les ravages commis au nom de la santé mentale qui nous ont privés de quelques interlocuteurs sérieux. Aussi, nous ne revendiquons pas un consensus, nous revendiquons un débat » – j’ajoute : « une discussion savante ».

 

Que se passe-t-il avec ce concept de santé mentale ?

 

Le projet thérapeutico-rééducatif, le vouloir guérir, n’est pas neuf. Tout comme le programme politique, de gestion des masses, est la structure même du discours du maître et de la civilisation, en tant qu’il vise l’adaptation de l’individu aux idéaux d’une société donnée, la constituant par là-même. Ces projets et programmes ne sont pas déterminés, mais trouvent néanmoins nécessairement appui sur un paradigme de conception de l’être humain. Le paradigme actuel de conception de l’être humain à quant à lui radicalement changé. Il est nouveau et n’est pas sans contenir en germe, (parce qu’en pratique, c’est autre chose – nous en sommes la preuve !) une puissance universelle, donc universalisante et universaliste, considérable.

 

Référons-nous sur cette question à un de ces interlocuteurs sérieux que nous convoquons. Francis Wolff est philosophe et enseigne à l’École normale supérieure à Paris. Il vient de commettre un ouvrage des plus intéressants et recommandables entre tous : « Notre humanité. D’Aristote aux neurosciences »[i]. Il y extrait – ce qui est un parti pris conceptuel qu’on peut discuter, mais intéressant par leur opérativité et leurs connexions permutatives possibles – quatre moments-clés qui constituent une représentation que les hommes se font de leur humanité, déterminant et charriant « leur lot de croyances morales et d’idéologies politiques, d’autant plus puissantes qu’elles semblent soutenues par les certitudes scientifiques de leur époque », comme il s’exprime.

 

Les quatre figures de représentation que les hommes se font de leur humanité qu’il isole, tout en démontrant que leurs paradigmes peuvent s’additionner, pour une part, et s’exclure, pour d’autres, sont respectivement :

 

–       L’homme en tant qu’ « animal rationnel » – paradigme issu de la philosophie d’Aristote, déterminant une essence de l’homme différente de l’animal, en tant qu’il est capable de raison. Cela le situe à une place éminente, comme occupant le centre du monde et donnera naissance aux sciences naturelles : l’homme, de sa position d’exception, étudiant la nature ;

–       L’homme en tant que « substance pensante unie à un corps » – paradigme issu du cogito cartésien : « Je pense, donc je suis », où l’homme se constitue comme se pensant pensant. Cela donnera naissance aux sciences mathématiques ;

–       L’ « homme structural », en tant qu’il est assujetti à et déterminé par des structures logiques, économiques, sociales, linguistiques, historiques, subjectives, etc. Il constitue l’homme dans son a-naturalité, comme dé-naturé par les structures qui le déterminent. Cela donnera naissance et déterminera le formidable essor des sciences dites humaines, dont l’apogée se situe au siècle passé, et dans lesquelles Wolff glisse, bien entendu, et à juste titre, la psychanalyse, freudienne et lacanienne.

–       Et enfin, quatrième figure, contemporaine, l’ « homme neuronal », où l’essentialisme de l’homme, son statut à part, disparaît pour un retour en force du naturalisme qui le situe au rang « d’un animal comme les autres ». Ce paradigme détermine, alors que cela pourrait sembler s’opposer, tant l’étude et la conception de l’homme comme machine, d’une part, biologique, d’autre part. Il a comme conséquence, entre autres, d’un côté les neurosciences cognitives, jusqu’au développement, d’un autre côté, de l’écologie et du droit de animaux, versant qui préoccupe de façon très intéressante et convaincante Wolff.

 

Ce qu’il dit de l’opposition entre ce dernier paradigme et la psychanalyse, nous intéresse en tant qu’elle isole, si pas l’enjeu, un des enjeux majeurs qui anime PIPOL 5, l’EuroFédération de Psychanalyse et la question de la santé mentale.

 

Isolons quelques traits de cette opposition qu’il dessine. Je me réfère largement ici aux pages 128 à 130[ii].

 

Il développe d’abord le caractère généraliste, totalisant, du paradigme neuronal. « […] ‘Le programme cognitiviste’, dès lors qu’il a quitté le sol natal de l’informatique et de l’imagerie cérébrale pour entraîner dans son sillage la plupart des ‘sciences de l’homme’, s’est défini d’emblée comme un projet interdisciplinaire entre neurosciences et psychologie, logique formelle, linguistique, etc. L’interdisciplinarité était au principe du modèle, non sa conséquence. Et, comme le paradigme est naturaliste, l’interdisciplinarité est dans ce cas beaucoup plus large encore que celle du structuralisme, qui n’a jamais mobilisé au-delà des sciences humaines : cette fois, il s’agit d’une partie de la linguistique, de la psychologie, de l’anthropologie, mais aussi de l’économie, ainsi que des sciences plus formelles que sont la logique mathématique, l’informatique, la théorie des jeux, les théories de la décision, et également bien sûr, des branches entières des sciences naturelles : neurosciences, paléontologie, biologie de l’évolution, éthologie, etc. »

 

Il fait ensuite remarquer que si le paradigme cognitiviste rallie moins les « disciplines littéraires », il y a « […] cependant, du côté des sciences humaines, une exception, une science ‘résistante’ qui, mutatis mutandis joue le […] rôle de discipline rebelle au modèle : la psychanalyse ».

 

Et il développe pourquoi : « Les raisons en sont symétriques : les deux figures de l’homme, ou plus précisément de la pensée humaine, sont incompatibles. »

 

Il déploie : « […] l’appareil psychique tel que le conçoit la psychanalyse (est) irréductible à l’esprit (mind) tel que le conçoivent les sciences cognitives. L’un est déterminé par des désirs, l’autre constitué par des informations ; l’appareil psychique est sous-tendu par des représentants inconscients des pulsions, l’esprit est constitué par des états mentaux représentant ‘intentionnellement’ des états du monde ; d’un côté on a un sujet divisé, toujours en conflit avec lui-même, d’un autre côté, on a un esprit-cerveau qui est un et le même dans toutes ses opérations ; d’un côté, l’instance déterminante, […] c’est celle de l’inconscient, d’un autre côté l’instance déterminante est naturelle ou rationnelle. »

 

C’est à ce point de son développement qu’il précise, que « […] hormis la psychanalyse, […] qui refuse d’entrer, sous peine de mort, dans le paradigme cognitiviste, des pans entiers de toutes les autres disciplines humaines et sociales se donnent cet objet unique et identique : la ‘pensée’ considérée ‘en elle-même’, quel qu’en soit le ‘support’, qu’elle soit donc humaine, animale ou artificielle. » – ce qui n’est pas sans l’inquiéter beaucoup par son réductionnisme, même s’il se fait fort de ne pas vouloir se montrer manichéen.

 

Nous pourrions préciser beaucoup de choses dans ce qu’il dit, mais de manière générale, c’est très pertinent et situe pourquoi et les artistes et l’orientation, l’éthique de la psychanalyse se retrouvent à la pointe d’un combat, disons, contre cette idéologie qui se veut dominante. Cela isole très bien aussi l’incompatibilité foncière des deux éthiques et approches – elles sont antinomiques. Ce qui explique pourquoi la psychanalyse est la cible d’attaques toujours renouvelées et incessantes en discrédit, comme le reste qui résiste, à éradiquer.

 

On ne donc peut se contenter de ravaler la chose au rang de simple dispute ou divergence intellectualistes, en ce qu’elle emporte deux conceptions de l’humain antinomiques et des enjeux éthiques considérables de traitement du facteur humain, disons. Le doux rêve, porté plus qu’à l’occasion par des psychanalystes eux-mêmes, d’une conciliation, ou plutôt d’une synthèse possible montre ici son prix – et c’est d’autant plus intéressant que c’est ici démontré par un non psychanalyste, ce qui l’exonère de militer pour son statut et ne le rend pas suspect de faux catastrophisme ou de paranoïa démesurée : la mort de la psychanalyse, en général, et de son éthique en particulier.

 

Tentons de déployer pourquoi, et en quoi, cette opposition traverse et détermine le concept dit de santé mentale qui nous intéresse et en quoi nous devons l’interroger à l’aulne de cette opposition.

 

Quel rapport, en tant que psychanalyste, entretenons-nous par rapport à cette question de la santé mentale ?

 

De prime abord, elle est antinomique à la psychanalyse. Pourquoi ?

 

Parce qu’elle est affaire de bon fonctionnement, de non trouble, de sagesse, de concordance, d’équilibre, d’harmonie, de normes, de soins, de rééducation, dans une visée de disparition, de réduction, de correction du trouble, dont la fin ne peut se déterminer que dans un rapport à une norme, toujours idéale et, disons-le, arbitraire, imposée, soit par le maître, soit par la masse, la moyenne – ce qui tue le désir, en tant qu’il s’écarte de la moyenne justement. La psychanalyse y est antinomique, d’abord parce que loin de s’intéresser à la norme et à ce qui fonctionne, elle est née de son intérêt, de son pari – pour une part insensé – qu’elle a fait sur ce qui rate, ce qui achoppe, cloche, ce qui dysfonctionne, ce qui est hors norme. Pensez-donc, Freud, dans sa recherche pour y comprendre quelque chose au fonctionnement de l’être humain et de son psychisme, part du postulat qu’on y comprendra quelque chose, dans le domaine de la parole, en partant du lapsus, dans le domaine de l’action, en partant à l’acte manqué, dans le domaine de la mémoire, en partant de l’oubli, dans le domaine du fonctionnement, en partant des symptômes (dysfonctionnement par excellence), dans le domaine de la conscience disons, en partant du rêve, et plus fort encore, en matière de sexualité, en s’orientant à partir de ses déviances, les perversions. Considérant que c’est, dans ces manifestations-là que gît une vérité de et pour l’être parlant, une vérité qui trouve à se dire, là, par le biais de ces achoppements et dysfonctionnements, à lui-même, sans qu’il n’en veuille rien savoir.

 

Pour le saisir, il suffit de revenir à l’exemple basique et élémentaire (au sens d’élément) du lapsus, sur la structure duquel peuvent se moduler les autres phénomènes[iii]. Par le lapsus, surgit, par effraction, sans que vous y attendiez, hors contrôle, contre le vouloir… dire, en l’occurrence, quelque chose qui se dit, une vérité que vous ne vouliez pas dire, à vous-même souvent méconnue – ce qui explique que l’on veut toujours immédiatement le réduire, le corriger, minimiser son importance – qui trouve à se faufiler entre vos dits. C’est ce surgissement d’une dysfonction, qui vous fait effectivement sujet « divisé », comme l’indique Wolff, entre, par exemple, ce que vous vouliez dire et ce que vous dites vraiment. C’est l’émergence d’une manifestation où vous vous retrouvez non identique à vous-même, où vous ne vous reconnaissez pas, qui surgit d’un autre lieu, d’une autre scène, dit Freud, que celle que vous pensez contrôler.

 

C’est dans cette émergence, dans cette effraction-même, qu’il s’agit de situer l’inconscient. Et non, dans toutes les tentatives de réduction, voire même de sens que l’on voudrait y donner – contrairement à ce qui est passé dans le sens commun. Tous les c’est parce que, ça veut dire que, sont autant de fermeture de ce qui s’est ouvert-là, dans le dys- en tant que tel. C’est dans ce moment furtif, cette disruption qu’il s’agit de situer l’émergence d’une vérité autre à laquelle il faut supposer, après-coup, par-delà disons le conscient, la conscience et le je me pense, un sujet, une vérité, un désir méconnu à soi-même, qui trouve à se satisfaire de biais, par substitution – la dimension libidinale étant là dès lors présente –, désir méconnu qui se satisfait par cette voie détournée contre l’émergence duquel vous mettez toute votre énergie, mais qui ne demande qu’à bondir.

 

Oh, ce n’est pas une vérité massive, cernable en tant que telle. C’est plutôt une émergence de vérité qui ne se laisse pas attraper, évanescente, qui disparaît aussitôt surgie, mais qui dit quelque chose de vous, que vous vouliez ignorer, ne pas savoir, qui vous est désagréable.

 

Il est dès lors facile de saisir en quoi la psychanalyse est rebutée par toute pratique ou conception qui voudrait faire taire cet achoppement, ce dysfonctionnement, le faire disparaître au plus vite, l’empêcher, le refermer, le soigner dans l’immédiat, ne pas lui donner place. L’individu, celui qui se pense pensant, si vous m’avez bien suivi, s’en occupe déjà suffisamment très bien tout seul, par ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’il empêche, voire interdit au sujet, l’accès à sa vérité singulière qui ne dépend d’aucune norme, y compris celle qu’il voudrait lui-même s’imposer.

 

Faisons un pas supplémentaire sur le rapport de la psychanalyse au dysfonctionnement et, dès lors, à la question de santé mentale. Non seulement, la psychanalyse s’y intéresse, mais si vous me le permettez, doit, par expérience clinique – statistiquement oserais-je même dire ? –, bien constater que ce dysfonctionnement est la norme, est le fonctionnement-même chez l’être humain, en tant qu’il est certes un être naturel, un corps disons, mais qui présente cette particularité unique qu’il parle – qu’il est doué du logos, comme le précise Wolff, avec Aristote.

 

À le prendre par ce biais-là, nous pouvons alors affirmer que la santé mentale n’existe pas. Il y a au moins deux abords pour l’appréhender.

 

D’abord, parce que, par essence, la satisfaction du besoin chez l’être parlant se trouve dénaturée, altérée, subit une perte, par le fait qu’elle doit, chez lui, d’emblée passer par un substitut – justement, le langage, la demande. Lorsqu’il obtient l’objet de sa demande – expérience quotidienne du désir – ce n’était pas tout-à-fait ça. Ça laisse à désirer ! Une réconciliation parfaite, une atteinte complète de l’objet de son désir est, de structure, impossible. Pour trouver satisfaction, il doit en passer par les chicanes du langage, de la demande et du signifiant. La dimension instinctuelle dans le rapport au besoin, où un comportement est écrit pour telle situation de façon univoque, donnant le mode d’emploi sans perte pour y arriver, s’en trouvant, chez l’être parlant, à jamais perdue, altérée.

 

Mais plus simplement, disons que la santé mentale n’existe pas si on l’aborde par ce biais, parce qu’en matière de savoir y faire, en tant que parlant, avec son corps (la dimension pulsionnelle) et le rapport à un autre corps parlant (faire couple), nous ne trouvons aucun modèle, à savoir que nous ne rencontrons que des rapports toujours singuliers, toujours contingents. C’est disons un constat clinique. Les « montages », au sens noble du terme, sont toujours uniques et ne répondent à aucune loi prête-à-porter, même s’il y a des modèles auxquels le sujet peut s’identifier. L’instinct s’étant perdu, son mode d’emploi – particulièrement en matière de sexualité – étant inexistant, l’invention, le tâtonnement, la substitution est incontournable et requise. Elle est toujours, en soi, bringuebalante.

 

La psychanalyse et son éthique font là encore un pas logique (et clinique) supplémentaire, dans le rapport à ce qui fait symptôme, à la clocherie, à savoir qu’en tant que tel, c’est irréductible, que c’est ce qui définit l’homme dans son humanité-même, ce qui ne serait éradiquable que dans la dimension de supprimer l’humanité à l’homme et d’en faire… « un animal comme les autres », ou une machine, ce qui caractérise justement, selon Wolff, le paradigme cognitiviste.

 

C’est en ce sens que l’on peut comprendre un de ces fameux aphorismes lacaniens : « Tout le monde délire ! » Chacun étant requis de se constituer, de s’inventer une version personnelle qui dessine un mode de rapport à son corps et à l’autre. Ce « tout le monde délire » venant s’inscrire en opposition radicale, si vous m’avez suivi, avec un « Tous malades » que le paradigme neuroscientifique, dans son alliance avec le secteur pharmaceutique, tente tous les jours d’introduire. De quoi sommes-nous malades, si ce n’est de notre humanité en tant que telle ?

 

La psychanalyse – et son éthique – n’a-t-elle dès lors aucun rapport avec la question de la santé mentale, par quelque biais que ce soit ?

 

Certes, elle ne fait pas bon ménage, se trouve toujours altérée, disons-le, par le souci thérapeutique, la volonté de guérir, le souci de ramener à la norme, en ce qu’ils bloquent l’accès du sujet à son désir propre, singulier, qui ne surgit que dans les interstices de sa clocherie. C’est une tentation à laquelle la psychanalyse n’a jamais échappé. Lacan n’a pas hésité à la qualifier de fausse psychanalyse. C’est la psychanalyse qui plaît au maître et à la cité, qui fait bon ménage avec eux. La psychanalyse ne consiste pas à ramener à une norme, une sagesse, une tranquillité, etc.

 

Mais que pouvons-nous en dire si nous la situons dans une dimension d’expérience, où s’inscrit disons un processus ? Qu’elle est élucidation d’un désir ! Élucidation d’un désir toujours à faire. C’est une tâche pour une part infinie, en ce qu’elle se manifeste contre le je-n’en-veux-rien-savoir du sujet lui-même et comporte donc toujours en soi, une part dont le sujet lui-même ne veut pas. Lacan dira, une part de saloperie. Elle est infinie parce que ce dys-corps ne se résorbe jamais, et que dans cet abord de l’inconscient, on n’en a jamais fini avec lui, on en apprend toujours de son inconscient – ce qui conduit à une éthique où ce dys-corps, cette division est si, vous voulez, à cultiver, à entretenir… et non à guérir.

 

Freud a poussé cette éthique très loin, jusqu’au bout. Ses derniers textes qu’il juge utile de publier, de communiquer à la communauté scientifique à laquelle il s’adresse, après plusieurs décennies d’élaboration d’une doctrine, d’une œuvre qui a révolutionné le domaine de la pensée, sont la communication de l’analyse qui d’un de ses lapsus à priori insignifiant, qui d’un oubli de mémoire.

 

Cette élucidation d’un désir, emporte des effets thérapeutiques, nombreux – de surcroît (par référence au fameux aphorisme que la guérison vient de surcroît). Elle emporte des effets thérapeutiques de soulagement, Lacan précise de satisfaction, de desserrer, par son élucidation, le désir du sujet du carcan de la norme – celle de l’Autre et du sujet lui-même – qui l’étouffe, le fatigue et constitue la machine à produire et à alimenter toujours plus de symptômes invalidants. D’une certaine façon, la santé mentale est donc à appréhender, dans le champ de la psychanalyse, en termes de satisfaction de l’élucidation d’un désir, toujours singulier et ne se rapportant jamais à une norme. C’est toujours à refaire, par ailleurs, en tant que ce désir n’est pas substantiel, attrapable, nommable une fois pour toute, mais toujours émergence.

 

Le praticien, le clinicien, le psychanalyste – dans cette éthique – trouvera dès lors le ressort de son action dans l’analyse de son propre inconscient, toujours à refaire en dehors de son action, afin qu’il soit suffisamment épuré, éclairé, nettoyé, de ses idéaux, de sa défense, de son je-ne-veux-rien-savoir, de ses fantasmes, etc. dans son action, pour qu’il ne bouche pas, n’entrave pas, ne fasse pas obstacle à l’émergence de la singularité unique du patient dont il se fait partenaire et dont, pour une part, il ne sait rien. Cela ne peut répondre à un quelconque manuel, aucun standard, du bon praticien et des bonnes pratiques où le praticien n’y serait pour rien – condition pour qu’il y ait « de l’analyste chez le clinicien », titre de la journée des simultanées de PIPOL 5.

 

C’est cet abord-là, ce nouage-là de la clinique, dans l’intrication des effets produits dans sa pratique auprès du patient, disons, par ce qu’a produit l’analyse de son propre inconscient, dont le témoignage, sobre, se trouve convoqué dans la journée des simultanées.

 

[i]Francis Wolff, Notre humanité. D’Aristote aux neurosciences, Fayard, 2010, 380 p.

[ii]Ibid., pp. 128-130.

[iii]**[iii]Jacques-Alain Miller nous a indiqué à Londres, lors du dernier congrès de la NLS, que pour une part, le symptôme était une formation de l’inconscient à part des autres.