Présence de l’institution dans la clinique Miquel Bassols, Barcelone, Catalogne

« Présence de l’institution dans la clinique », voilà le sujet d’une féconde Conversation de l’Institut du Champ freudien en Espagne. On y avait débattu à partir de divers cas de traitement présentés par des psychanalystes, opérés soit dans des institutions de santé mentale soit en cabinet, ce dernier toujours désigné d’une façon tautologique comme « privé ». Mais, en fait, y a-t-il une rencontre avec un psychanalyste qui ne soit pas d’ordre strictement privé ? C’est-à-dire où le plus intime du sujet ne reçoive, de qui l’entend, l’accueil le plus personnel, destiné au champ restreint du transfert ? Le titre de cette Conversation invitait ainsi à inverser les termes de ce qui est d’habitude présenté comme un débat sans solution : la présence de la psychanalyse et de sa clinique dans les institutions, et les avatars que les psychanalystes éprouvent par rapport à la place qui y est donnée à leur travail. Si on parle de façon rigoureuse, il n’y a pas d’un côté des analystes qui « travaillent dans des institutions publiques », et d’autres qui le font dans leur « cabinet privé ». Chacun, pour ne pas dire un « tous » qui n’existe pas, « travaille » dans la seule institution en jeu dans l’expérience analytique : l’institution du transfert. Celle-ci instaure le rapport du sujet avec le savoir, quand ce savoir se rapporte au seul travailleur qui existe dans le discours analytique et que Lacan avait désigné comme le travailleur idéal : l’inconscient. Non, s’il est bien posé, le problème n’est pas celui de la présence du psychanalyste et de la psychanalyse dans l’institution — quelle qu’elle soit —, mais celui de la présence ou non du transfert comme sujet-supposé-savoir dans la clinique qui, ainsi entendue, suivra alors la logique du discours analytique.

 

Chaque fois que cette question vient au débat, je me rappelle une fugace conversation que j’avais eu l’occasion de tenir avec un analyste de l’IPA, il y a très longtemps. Lui, retranché dans son cabinet « privé », me disait qu’il avait toujours abominé des institutions, tant celles du réseau de la santé publique que celle, psychanalytique, à laquelle il ne cessait, malgré tout, d’appartenir. Il y avait peu de temps que je m’étais « installé » — comme on dit —, dans la pratique analytique, mais à partir de ce que j’avais appris de celle-ci, j’étais déjà parvenu à lui dire très clairement, en lui montrant son divan : « mais c’est ici que vous avez votre institution ! »

 

Cette perspective est celle qui me semble la plus opportune à souligner en lien avec le thème de « la pratique institutionnelle après l’Œdipe » qui sera mis sur la table lors de la prochaine rencontre PIPOL 6, à l’occasion du deuxième Congrès européen de Psychanalyse, qui se tiendra à Bruxelles les 6 et 7 juillet 2013.