Quelques questions posées à Salvina Alba, participante aux Simultanés de PIPOL 6

Pipol News* : Chère Salvina, vous êtes jeune, liégeoise, membre de l’ACF-Belgique, vous dirigez un service agréé par l’Aide à la Jeunesse. Qu’est-ce que c’est ce service ? Que faites-vous exactement ?

Salvina Alba : Pour faire court, je dirais que le service que je dirige a pour mission d’aider les jeunes (de 0 à 18 ans) dits « en difficulté » voire « en danger ». Nous travaillons exclusivement avec le Service d’Aide à la Jeunesse (SAJ), le Service de Protection Judiciaire (SPJ) ou encore le Tribunal de la Jeunesse (TJ). Ceux-ci font appel à nous lorsqu’ils estiment que les difficultés que l’enfant rencontre peuvent être résolues « là où il vit ». Ce « là où l’enfant vit » est bien souvent sa propre famille. Lorsque la mission nous est accordée, des éducateurs rencontrent – chez lui ou ailleurs – le jeune, bien sûr, et les membres de la famille (s’il y en a). C’est lorsque le Conseiller, le Directeur ou le Juge de la Jeunesse pense qu’il n’y a plus de danger, que la mission cesse.

Voici un exemple : Bryan, 5 ans, inquiète son institutrice. Il perturbe la classe, se jette par terre et pousse des cris qui terrifient ses camarades. L’institutrice, pour le punir, le prive de récréation. Alors, Bryan emploie ce temps à badigeonner les murs de la classe avec ses excréments. De plus, elle a remarqué des bleus sur les bras de l’enfant. Le centre Psycho-Médico-Social (PMS), interpellé, convoque les parents. La maman avoue être dépassée par son fils : et oui, c’est vrai, il lui arrive de le secouer…

Rendez-vous pris au SAJ, la déléguée du Conseiller propose l’accompagnement d’une équipe éducative afin de l’aider à trouver des solutions. C’est cette histoire que les parents, accompagnés de la déléguée, me racontent à la réunion d’admission. Nous aurons un mandat de six mois pour y arriver. C’est toujours de cette façon que nous entrons dans la vie de ces familles.

PN : Aide à la jeunesse et psychanalyse : est-ce compatible ?

SA : Oui, bien sûr, l’un est compatible avec l’autre. C’est du moins ce que je me propose de dire à Pipol 6. La psychanalyse permet de découvrir tous les espaces de libertés existants dans le cadre contraignant de l’Aide à la Jeunesse. Et il y en a : c’est ce qui ressort très souvent de nos réunions cliniques.

Le mandat est un exemple du cadre contraignant de l’Aide à la Jeunesse (un autre exemple pourrait être le fait de travailler avec des sujets qui ne demandent rien). Mais pour en revenir au mandat – qui est le « thème » de mon témoignage à Pipol –, il reprend les objectifs à atteindre, MAIS il ne parle pas de méthodologie ! C’est là où la psychanalyse pourra tranquillement orienter notre travail : dans le cas de Bryan, c’est un éducateur qui rencontrera le papa, un autre la maman, et un troisième Bryan. Désormais, nous ne travaillons plus avec « la famille » (qu’est-ce qu’une famille ?) mais bien avec trois sujets différents. En fonction de l’évolution du travail, la durée de six mois pourra aussi être revue à la hausse comme à la baisse. Et mon boulot, puisque c’est moi qui organise les réunions d’accueil, sera de définir ou plutôt de négocier les termes du mandat.

PN : Cela aide-t-il d’être une femme dans les rapports avec l’Aide à la Jeunesse ?

SA : Il y a beaucoup de femmes dans l’Aide à la Jeunesse. Cela s’explique probablement par l’histoire : ces jeunes dits « en difficultés » portaient le nom « d’enfants du Juge » jusqu’à la fin des années 80. Ils vivaient dans des « homes résidentiels », et dans ces lieux de vie, c’est la fonction maternelle des éducatrices qui était sollicitée. En faisant un raccourci audacieux, je dirais que dans l’Aide à la jeunesse, nous avons affaire à des « mères » plutôt qu’à des « femmes ».

Ceci étant dit, je ne sais pas si cela aide d’être une femme – je ne sais pas ce qu’est une femme… –, par contre, être en analyse, ça aide, certainement.

*Interview réalisée par Monique Kusnierek (par mail et téléphone).