Trois questions posées à Elena Usobiaga, participante aux Simultanés de PIPOL 6*

Ensuite, nous avons organisé le Séminaire du Champ Freudien à Bilbao. J’ai été l’une des responsables de la présentation des cas durant quelques années, ce qui m’a beaucoup appris. Nous avons eu la chance de compter sur la présence d’excellents enseignants.

De 1984 à 2002, j’ai été directrice médicale d’une institution pour autistes. Pour moi le Séminaire III fut le texte par excellence. Durant toutes ces années, nous avons eu un groupe de lecture dans l’institution auquel assistaient beaucoup de gens ; des éducateurs de rue, des professeurs, des psychologues. De là sont sorties plusieurs personnes qui sont maintenant membres de l’ELP. Nous avons beaucoup travaillé la question du langage dans la psychose et dans l’autisme afin de penser comment nous adresser à eux, comment les écouter. À ce moment-là, nous n’avions pas encore la référence de la « pratique à plusieurs ». Le schéma L était notre schéma de référence pour travailler les cas.

PN: Le bilinguisme fait partie de ton histoire. Bilinguisme et psychanalyse, qu’est-ce que cela te suggère?

EU: Effectivement, cela fait partie de mon histoire, car je suis née presque en étant bilingue. Dans ma famille vivait avec nous la grand-mère paternelle qui parlait français. En outre, ma mère tenait à ce que ses enfants parlent le français. Le bilinguisme lui semblait être d’une grande richesse. Mes premières années d’école, je les ai faites à l’école française, où j’ai appris à écrire en français.

Pendant un temps, j’ai oublié la langue française, mais pour moi c’est une langue qui a quelque chose à voir avec la lalangue, avec des empreintes restées de ma première enfance. Je me réjouis de pouvoir lire Lacan dans sa langue originelle, ne pas devoir le lire traduit. Comme mon analyse est en français, j’essaie de parfaire mon français pour pouvoir mieux m’exprimer. Mais il y a des choses qui sont pour moi écrites en français. Quelque part, cela a aussi à voir avec le croisement des cultures, qui fait aussi partie de mon histoire. Je travaille dans une institution parmi des collègues appartenant au champ de l’éducation. Par la lignée paternelle, je viens d’une famille de médecins. Par la lignée maternelle, le metier familial était celui d’enseignant, et ce, depuis quatre générations. Je considère alors les carrefours culturels, les croisées des discours et des langues comme une grande richesse. J’ai le plaisir de pouvoir fréquenter actuellement la Section Clinique à Paris, d’avoir des amis avec lesquels je peux discuter en français. J’ai aussi des amis et collègues avec lesquels je peux discuter depuis différents discours.

* Entretien réalisé par itxaso muro.