Résumé
Les formes sous lesquelles le surmoi se présente varient en fonction des discours dominants, mais sa voracité, qui est consubstantielle à l’être parlant, persiste et signe l’irréductible du malaise dans la civilisation. Nous sommes passés d’un régime d’interdiction de la jouissance à celui de l’impératif de jouissance – tout autant impossible à satisfaire. Cette bascule entre l’interdiction et la prescription n’est pas sans modifier les formes que revêtent les inhibitions, symptômes et angoisses contemporaines, qui portent désormais la marque de l’excès plutôt que celle du manque. Les discours actuels, charriant leur lot d’injonctions à la consommation, à la réussite, à la beauté, à l’autodétermination, alimentent la gourmandise du surmoi et laissent le sujet aux prises avec l’impossible à jouir. Derrière cette liberté apparente, on voit poindre un nouvel « ordre de fer », gouverné par des mots d’ordre souvent porteurs de haine.
Mais en deçà de ces changements de discours, ce qui ne se modifie pas et que le surmoi révèle, c’est que l’être parlant est dès l’origine soumis à la contrainte de signifiants insensés, qu’une analyse peut permettre d’isoler afin de tempérer la jouissance qu’ils sécrètent.
Points forts – Mots clés
- Une conférence de Jacques-Alain Miller inédite en français.
- Des contributions d’auteurs des différentes Écoles de l’EuroFédération de psychanalyse avec :
- des textes qui démontrent comment l’expérience analytique peut permettre de cerner et de traiter le surmoi.
- des textes qui éclairent, grâce aux concepts analytiques, certains phénomènes qui traversent notre époque : addictions, déflation du désir, culpabilité, passages à l’acte.
- un aperçu de la façon dont la littérature classique et contemporaine, ainsi que le cinéma et les séries, traitent du thème du surmoi.
Un entretien avec Jean-Claude Caron, historien, qui revient sur les débats concernant l’éducation et les violences pédagogiques au xixe siècle, offrant une nouvelle perspective quant aux différentes prescriptions auxquelles ont affaire de nos jours les enfants, adolescents, parents et enseignants.
SOMMAIRE
numéro 50 / Novembre 2024
— ÉDITORIAL
Alice Delarue, De l’interdit à l’impératif
— ORIENTATION
Jacques-Alain Miller, Clinique du surmoi
— INCIDENCES ET TRAITEMENTS
Adriana Campos, Extraire un corps étranger ?
Rosa María López, La tyrannie de la beauté
Roberto Cavasola, L’hypomanie, une folie organisée
Abe Geldhof, L’impitoyable autoévaluation
— MUTATIONS DU SURMOI
Philippe De Georges, De « la grosse voix » à la boussole
Dominique Holvoet, La nature humaine du père
Carolina Koretzky, Du nouage par le social
Katty Langelez-Stevens, L’effet de suggestion
Camilo Ramírez, Massenpsychologie à l’ère des algorithmes
— MODULATIONS CLINIQUES
Philip Dravers, Entre la voix et le regard
Christel Van den Eeden, Senza pelle
Marta Serra Frediani, Viser l’indicible
— SUBLIMATIONS
Victoria Horne Reinoso, L’impératif de l’acte créatif
Claudia Iddan, Passion de l’ignorance
Guy Briole, Engagés à lire et relire Lacan
— ENTRETIEN AVEC JEAN-CLAUDE CARON
L’éducation au xixe : par la raison ou par la force ?
— L’ÉDUCATION IMPOSSIBLE
Sébastien Ponnou, Enfance sous prescription
Andrea Freiría, Déplacements des impératifs parentaux
Pasquale Indulgenza, Voies du surmoi et de l’idéal dans la filiation adoptive
Paola Bolgiani, Adolescence et violence
Philippe Lacadée, Le sujet en faute de jouissance
Pénélope Fay, Madame de Sévigné : injonctions de la mère, demandes insatiables d’une femme
Pascale Lartigau, La comtesse de Ségur, main de velours dans un gant de fer
— LECTURES
Philippe Hellebois, La passion de Lucien de Rubempré
Anastasia Sotnikova Faraco, Ça promet !
Lorenzo Speroni, Un silence imposé
Céline Menghi, Amelia Rosselli, une vie suspendue
