RAPPORT AUTISME DE L’EFP 2025

À l’École de la Cause freudienne (ECF) 
Par Ligia Gorini 

En 2025, la politique française sur l’autisme et les troubles du neurodéveloppement (TND : autisme, Dys, TDAH, TDI) s’est concentrée sur : 

  • Repérage précoce généralisé : examens à 9 mois et 6 ans sur tout le territoire, mobilisation des pédiatres, de la PMI et des médecins généralistes. 
  • Développement des dispositifs scolaires : poursuite de l’ouverture et du renforcement des Unités d’Enseignement Maternelle Autisme (UEMA) et Élémentaire Autisme (UEEA), soutien aux enseignants formés et aux dispositifs TSA, malgré des disparités territoriales. 
  • Structuration du secteur médico-social : mise en œuvre progressive de la réforme SERAFIN-PH, adaptation des financements selon les parcours et encadrement / standardisation des pratiques. 
  • Soutien aux familles : maintien du financement des interventions spécialisées, avec une meilleure lisibilité des parcours. 
  • Recherche – programme MARIANNE : cohorte nationale de suivi des enfants et des familles pour évaluer et coordonner les interventions TND à l’échelle du territoire. 

Actualité :  

En novembre 2025, un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (France, 2026) a proposé de supprimer le remboursement des soins se réclamant de la psychanalyse ou d’inspiration analytique. L’ECF s’est immédiatement mobilisée en organisant un forum largement suivi, dénonçant une atteinte à la liberté de choix des familles et des praticiens. Plusieurs sociétés savantes et associations professionnelles ont également exprimé leur opposition. L’amendement a finalement été retiré lors de l’examen parlementaire. 

Parallèlement, le projet de loi sur les centres experts en santé mentale a été discuté. Destiné à formaliser ces structures spécialisées, il a été contesté par la plupart des associations de pédopsychiatrie et des syndicats de psychologues, qui dénoncent le risque d’une psychiatrie à deux vitesses et le clivage entre l’évaluation spécialisée et les soins de proximité. En ce qui concerne l’autisme, l’extension du nombre de plateformes d’évaluation diagnostique est au programme, alors que les moyens alloués aux soins restent insuffisants.  

Le 12 février 2026, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié de nouvelles recommandations pour l’autisme : la psychanalyse, précédemment considérée comme approche non consensuelle, est désormais reclassée « non recommandée ». La France devient ainsi le seul pays au monde à « interdire » l’approche psychanalytique dans l’accompagnement des jeunes autistes.  

ECF : l’action lacanienne se déploie de manière soutenue et engagée depuis novembre 2025, à travers la reprise de Lacan Quotidien, et des émissions Studio Lacan destinées à éclairer et nourrir le débat. Une tribune cosignée par Eve Miller-Rose est parue dans Libération1 le 4 mars 2026. Après la publication des recommandations de la HAS, un deuxième forum a été organisé le 12 mars, réunissant une trentaine d’intervenants. Le combat pour la défense de la psychanalyse se poursuit. 

Le Centre d’Étude et de Recherche sur l’Autisme (CERA) : 

Permutation de la direction en juillet 2025 (20252027). 

Les matinées du CERA continuent à susciter un vif intérêt du public. 

Le thème de l’année 2025-2026 est : Paroles d’autistes. S’enseigner des témoignages.
Vous pouvez consulter le programme complet des enseignements 2025-2026 via le lien suivant : https://events.causefreudienne.org/img/cms/CERA%2025-26/Programme%20CERA%2025-26.pdf 

La revue Quarto 141 a publié le texte de l’intervention d’Éric Laurent du 14 juin 2025, Retour sur la forclusion du S1.   

À l’Escuela Lacaniana de Psicoanálisis (ELP) 
Par Jesús Sebastián

En Espagne, « l’Observatoire sur les politiques psy » de l’ELP a continué à être attentif aux questions relatives à l’autisme dans le domaine de l’École et de l’État. Une des questions que l’Observatoire a initié l’an dernier était le suivi de l’initiative promue par le Conseil général des collèges officiels de médecins et le Conseil général de la psychologie, en demandant au ministère de la santé du gouvernement espagnol  » une réglementation urgente de l’utilisation des interventions psychothérapeutiques ainsi que de leur publicité limitée au domaine sanitaire et à leur exercice par les professions réglementées de la médecine, de la psychologie clinique et de la psychologie générale de la santé, certifiant également la formation appropriée des professionnels de santé qui pratiquent cette profession »2. Nous savons que, pour le moment, cette initiative n’a reçu aucune réponse de la part du gouvernement espagnol. 

Une des tâches qu’a occupé l’observatoire au cours de l’année 2025 a été la traduction en espagnol du livre La Différence autistique, de Jean-Claude Maleval et sa publication dans la maison d’édition GRAMA. Le soutien de Jean-Claude Maleval et d’Alejandra Glaze, directrice de la maison d’édition Grama, ont grandement facilité la mise en œuvre du projet. L’Observatoire sur les politiques publiques de l’ELP a pris en charge la réalisation du travail auquel nous avons invité à participer les membres de l’Équipe de traduction de la Diagonal Hispanoparlante de la Nueva Red Cereda d’Argentine, de Colombie et d’Espagne, ainsi que plusieurs collègues bilingues de l’ECF. Le livre est sorti en novembre de l’année dernière. 

Parmi les activités menées par la DIAGONAL HISPANOPARLANTE NUEVA RED CEREDA, au cours de l’année 2025, nous signalons celles qui, directement ou indirectement, ont traité des sujets concernant l’autisme : 

La violence : entre le symptôme et le passage à l’acte. Comment faire face à l’urgence ? ». Cereda Barcelone 13 janvier, 24 février 

Ateliers Parlons « Enfants institutionnalisés ». Cereda A Coruña 28 janvier, 25 février, 1 avril, 20 mai, 21 octobre et 9 décembre  

Ateliers Parlons « Diagnostics actuels Que dit la psychanalyse ? »  Cereda A Coruña 1 et 8 février, 15 et 18 mars, 19 et 22 avril, 17 et 27 mai, 1 novembre, 10 décembre. La constitution subjective : affaire Roberto. 5 décembre. 

Réunion conjointe des ateliers : « Diagnostics actuels » et « Enfants institutionnels ». Cereda A Coruña 7 juin 

Atelier de lecture sur « Clinique de l’excès » de Domenico Cosenza. Cereda Málaga, 4 et 25 mars, 3 avril. 

« L’invention de l’enfant face à l’invasion de jouissance ». 6 mars : Cereda, Alicante. 

Rêve, fantaisie et délire : l’« addiction » aux écrans et aux mondes parallèles. Une nouvelle guerre entre parents et enfants« . Cereda Barcelona. 10 mars : 7 avril 

« Comment revêtir le réel quand le fantôme n’opère pas ? ». 20 mars : Cereda Alicante.  

« Les enfants et leur rencontre avec la jouissance » Cereda Almeria : 25 mars 

« Clinique des échecs du fantôme ». Cereda Málaga : 19 mai 

« L’enfant et ses objets » : 

Cereda Valencia, EINDA de la DHH-NRC : Présentation du cours 2025-26, 16 septembre. Questions sur le texte de Daniel Roy « Les enfants et leurs objets«  : 21 octobre. 

Cereda Málaga. Présentation du cours 29 septembre, 17 novembre ; Les enfants et leurs objets. « Matérialité et moterialisme » : 15 décembre. 

Cereda A Coruña : 2 octobre, El caso Roberto : 27 novembre. 

Cereda Zaragoza : Encuentros Diagonal. 1o Rencontre : Inauguration du cycle. 4 octobre (Élisabeth Escayola); 10 octobre : « Ce que les enfants nous enseignent sur l’objet » (Vilma Coccoz) ; « Les enfants et leurs objets » : 13 décembre : 

Cereda Madrid, Alicia et ses énigmes. « L’objet chez M. Klein et Winnicott ». 11 novembre ; « L’objet dans sa dimension imaginaire a-á » : 9 décembre ; 

Cereda Pays basque. « Les enfants et leurs objets » : 12 novembre. 

Cereda Sevilla. « Psychanalyse et institutions. Les enfants et leurs objets » : 11 décembre 

Présentation du livre « Palabra quieta » d’Elizabeth Escayola. Rencontre avec d’autres auteurs. Cereda Valencia, EINDA avec BOLV Valencia et TEAdir CV : 26 septembre. À Saragosse, elle a été présentée comme une activité de la bibliothèque d’orientation lacanienne de la communauté d’Aragon de l’ELP en collaboration avec la DHH-NRC en Aragon. 

L’ATELIER D’ÉTUDES SUR LA PRATIQUE À PLUSIEURS 2025, de l’Association TEAdir en Catalogne (ASSOCIATION DES PÈRES, MÈRES ET FAMILLES DE PERSONNES AVEC TROUBLE DU SPECTRE AUTISTE), a organisé un programme de travail sur le thème PSYCHOSE ET AUTISME. LE LIEN SOCIAL EST LE SYMPTÔME. Ils ont présenté ainsi leur programme de travail. 

Ils ont posé leur travail à partir d’une indication de Jacques-Alain Miller dans la « Conversation d’Arcachon », où il pose, au sujet de l’horizon vers lequel tend une institution qui pratique à plusieurs : « D’où viennent leurs inventions ? Et qu’implique le syntagme entre plusieurs quand il s’agit de la réalité à laquelle les sujets, dans les psychoses et les autistes, sont confrontés ? 

Et ils proposent : « Une institution guidée par l’enseignement de Lacan peut se proposer comme une architecture, comme une structure. Elle promeut à la fois les lieux et les liens, ainsi que l’extension de certains circuits possibles. Ainsi, du passage du sujet par l’institution, serait-il lié à une suppléance du lien social ou à une insertion dans le discours ? 

Avec le programme de travail suivant : AXES THÉMATIQUES 

Series / Circuits 

Structure / Construction 

Lieux / Liens 

L’insertion dans le symptôme : Partenaire-symptôme / Devenir partenaire du sujet 

Suppléance du lien social / Insertion dans le discours 

Cette année encore, en avril, l’Association TEAdir-Catalogne a publié le numéro 9 de sa revue L’Atelier sous le titre Une pratique de l’impossible, à plusieurs. 

Depuis l’Observatoire sur les politiques psy de l’ELP, nous suivons de très près les conséquences du changement d’approche que la Haute Autorité de Santé (HAS), en France, a opéré récemment, dès 2026, à l’égard des traitements de l’autisme : la psychanalyse, auparavant considérée comme une approche non consensuelle, est maintenant reclassée comme « non recommandée » comme le rapporte Ligia Gorini dans son texte. L’ECF a réagi en mobilisant un large et important débat dans la lutte pour la défense de la psychanalyse face à cette agression. C’est une affaire qui nous concerne et qui doit nous tenir vigilants. 

 

À la New Lacanian School (NLS) 
Par Marina Frangiadaki 

Établissements accueillant des sujets autistes diversement encadrés par des membres de la NLS et membres de groupes de la NLS :  

ASREEP-NLS (Suisse) 

Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV) Centre de jour Lausanne, Suisse 

L’accueil n’est pas exclusif aux sujets autistes mais leur nombre est en augmentation. 

Plusieurs structures sont en place actuellement :  

-Une petite école spécialisée et un Centre thérapeutique (CTJE) de 18 places dont 80-90% des enfants souffrent d’autisme ainsi qu’une école de plus grande taille. 

-Un Centre thérapeutique (CPT) de 54 places dont un tiers des enfants âgés de 6 à 12 ans présentent un autisme. Il s’agit d’une école spécialisée associée à un lieu de soin.   

-Un hôpital de jour de crise et d’évaluation de court séjour (CITE), lieu d’accueil partiel, qui reçoit également des sujets autistes d’âge préscolaire et scolaire pour, entre autres, une évaluation diagnostique et un suivi thérapeutique.  

Trois membres de l’ASREEP-NLS, psychiatres et psychologues font partie de l’équipe dans ces structures.  

Le CHUV sert également de lieu de formation pour des collègues plus jeunes (service universitaire). 

Responsables : Dr Olga Sidiropoulou, pédopsychiatre, médecin adjoint, membre de l’Asreep – NLS, olga.sidiropoulou@chuv.ch 

Dr Mathilde Holvoet, pédopsychiatre, cheffe de clinique, membre de l’Asreep-NLS, mathilde.holvoet@chuv.ch 

Frédéric Pacaud, psychologue au CPT, membre de la NLS, frederic.pacaud@chuv.ch  

Centre Chablaisien de Psychiatrie et Pédopsychiatrie (CCPP) Aigle, Suisse  

Le CCPP a été créé par des membres de la NLS et des membres de l’ASREEP-NLS. 

Il accueille, entre autres, des enfants, adolescents et adultes touchés par l’autisme. 

8 Collègues interviennent au cabinet et sont membres de l’ASREEP et/ou de la NLS.  

Responsables : Dr René Raggenbass, psychiatre, membre de la NLS 
rene.raggenbass@hin.ch 

Dominique Rudaz, psychologue, membre de la NLS
Dominique.rudaz@hin.ch 

Marie Trémelot, psychologue, membre de l’ASREEP – NLS 
Marie.tremelot@fsp-hin.ch 

L’Institut Insight Discourse Lausanne et Genève, Suisse  

L’institut est spécialisé en psychiatrie, psychothérapie et psychanalyse, offrant une prise en charge intégrative. L’équipe est pluridisciplinaire. Elle comprend des médecins psychiatres et des psychothérapeutes, des psychologues, des psychothérapeutes, des psychanalystes, des infirmières, ainsi que des assistantes sociales et des éducateurs. Dans ce cadre, l’institut propose des prises en charge pour les enfants, adolescents et adultes présentant des troubles du spectre autistique, parmi d’autres psychopathologies.                                           

Responsable : Silvia Geller, psychologue, membre de la NLS

sg@silviageller.ch  
https://insightdiscourse.com/autisme/ 

 

GIEP-NLS (Israël) 
PART. Tel Aviv, Israël  

Le nom de l’unité est PART, acronyme de Psychosis, Autism, Research and Treatment (psychose, autisme, recherche et traitement). PART est le fruit d’une collaboration entre la Section Clinique Dor-a de Tel Aviv et l’hôpital. Il s’agit à la fois d’une unité clinique accueillant des patients et d’un lieu où les cliniciens d’orientation analytique, intéressés par le travail institutionnel, peuvent suivre une formation de deux ans.  

Une collaboration avec Le Courtil a été établie.  

Les cliniciens de PART sont tous en analyse. Ils ne sont pas membres du GIEP mais ils participent aux activités du GIEP et de la Section Clinique : Dorit Loew Goldberg, Elizabeth Tamir, Lihi Goldman, Orly Parente, Ronit Asaban, Varda Blonder, Ryvki Gilbert.  

La formation dans l’Unité comprend des présentations de cas cliniques, qui se déroulent sous l’égide du séminaire clinique de Dor-a. https://dor-a-lacan.com/?page_id=252  

L’unité PART a été créée dans le cadre d’une clinique externe appelée « Keshet » (arc-en-ciel) à l’hôpital Sheba. La population accueillie au « Keshet » est constituée d’adultes qui ont reçu un diagnostic d’autisme. L’unité reçoit des patients de la clinique Shahar pour jeunes après une première crise psychotique. 

Responsable : Liat Schalit (PhD), psychologue, membre de la NLS, directrice de l’Unité PART, liatschalit@gmail.com 

 

ICLO-NLS (Ireland) 
Space2be Naas, Ireland 

Space2be est un service thérapeutique pour des enfants et des adolescents présentant des difficultés sévères au niveau du lien social. Il reçoit des enfants et adolescents qui ont un diagnostic d’autisme, de troubles mentaux ou de handicap. L’équipe travaille avec la pratique à plusieurs. Un important travail clinique avec les parents est mené. 

Supervision : Space2be dispose d’un Conseil Consultatif (CC) proposé par Daniel Roy en 2023. Les membres du Conseil sont : Neus Carbonell (représentante la NLS), Iván Ruiz (représentant le TEAdir), Sheila Power (représentante l’ICLO-NLS) et Bruno de Halleux (représentant l’ Antenne 110). Anciens membres : Ève Miller-Rose (représentante du Champ freudien), Yves Vanderveken (représentant Le Courtil). Le CC se réunit en moyenne deux fois par an. L’équipe fait des supervisions hebdomadaires avec un membre de la NLS et de l’AMP. 

Des groupes de travail mensuels sont organisés afin de lire et de traduire des articles sur l’autisme. Des réunions cliniques sont organisées avec la participation des membres de l’AMP comme extimes.  

L’équipe Space2be : Il y a trois membres de l’ICLO-NLS : Cecilia Saviotti (fondatrice, directrice thérapeutique et clinicienne), Nefeli Papadaki (coordinatrice thérapeutique et clinicienne), Mercedes Sanchez Granel (clinicienne). Des cliniciens en formation et amis d’ICLO-NLS participent comme volontaires.  

L’équipe permanente compte huit membres qui sont tous en analyse avec un membre de l’AMP. Un échange de travail avec TEAdir est prévu cette année. Le ministère de l’Enfance, du Handicap et de l’Égalité a accordé un financement pour organiser des camps de vacances pour les enfants de Space2be. 

Responsable : Cecilia Saviotti, psychologue, directrice thérapeutique, membre de l’ICLO -NLS  ceciliasaviotti@gmail.com  

Société Bulgare de Psychanalyse Lacanienne (SBPL) 

Association “Enfant et Espace” (Sofia)  

L’association « Enfant et Espace » gère neuf services sociaux à Sofia et à Ruse, dont quatre institutions résidentielles et cinq centres d’accueil de jour. Ces services accueillent des enfants et des adolescents atteints d’autisme, de handicaps, de troubles mentaux sévères, de différentes formes de souffrance psychique et de difficultés dans le lien social. Les équipes utilisent pour leur travail thérapeutique des outils psychanalytiques orientés par l’enseignement de Jacques Lacan et Jacques-Alain Miller. 

L’équipe thérapeutique est composée de Blaga Banova, Maria Kuzmanova, Anna Ancheva et Anette Marinova (membres de BSLP).   

Un des six services – le Centre d’intégration et de réhabilitation sociale (centre de jour) « Hedgehogs » à Sofia est dirigé par Blaga Banova, psychologue.  

La supervision de l’équipe à Ruse est assurée par Dr Biliana Mechkunova, pédopsychiatre, membre de la NLS et Milena Popova, psychologue, membre de SBPL. 

Responsable : Vessela Banova, psychologue clinicienne, directrice thérapeutique, membre de la NLS. vbanova@gmail.com   

Centre de Santé Mentale pour enfants et adolescents. Ruse 

Le Centre de Santé Mentale (CSM) pour enfants et adolescents est un service de psychiatrie infantile ambulatoire situé à Ruse. L’orientation lacanienne est mise en œuvre par le travail clinique de Bilyana Mechkunova et Milena Popova lors de consultations et d’interventions à court terme auprès d’enfants, d’adolescents et de parents. Le CSM entretient des relations de travail étroites avec le Centre d’intégration et de réhabilitation sociale qui partage le même local. 

Responsable : Bilyana Mechkunova, pédopsychiatre, membre de la NLS. 
bmechkunova@gmail.com   

  

Institutions sociales dans lesquelles la psychanalyse d’orientation lacanienne est introduite par la supervision de membres de la NLS et de SBPL : 

Centre de jour pour enfants autistes à Gabrovo. Supervision assurée par Dessislava Ivanova, psychologue, membre de la NLS, tzveta33@abv.bg  

Institutions résidentielles pour enfants et adolescents handicapés à Kazanlak et Kyustendil. Supervision assurée par Raya Vencislavova, psychologue, membre de BSLP rayadmtrv@gmail.com  

Centre de jour pour enfants autistes à Varna. Supervision effectuée par Vessela Banova, membre de la NLS, vbanova@gmail.com    

Centre social de réhabilitation et réintégration qui prend en charge des enfant autistes à Varna. Supervision assurée par Vessela Banova et Anna Ancheva /psychologue, membre de la SBPL 

Centre de jour pour des enfants et des adolescents handicapés Les tournesols accueille des autiste graves. Supervision assurée par Vessela Banova 

Centre social de réhabilitation et réintégration á Veliko. Supervision assurée par Vessela Banova 

Centre de jour pour enfants autistes à Gabrovo. Supervision assurée par Dessislava Ivanova, psychologue, membre de la NLS,  

Centre de l’aide gérée par l’association Institut des activités sociales à Sofia. Supervision assurée par Anguelina Daskalova, psychologue, membre de la SBPL. 

 

Société Hellénique de la NLS (SH-NLS), Grèce 

Service de Psychiatrie pour adolescents et jeunes de l’Hôpital Général d’Athènes « G. GENNIMATAS » Athènes, Grèce 

Hôpital de jour et Consultations ambulatoires : Accueil d’adolescents et de jeunes jusqu’à l’âge de 23 ans, psychotiques et autistes.                                                  Responsable : Dr Epaminondas Theodoridis, médecin psychiatre, Chef du Service, membre de la NLS, etheodor@otenet.gr 

Unité polyvalente de soins infirmiers en santé mentale de l’attique « Dafni », Athènes, Grèce. Internat spécial pour adultes atteints d’autisme sévère et/ou de retard mental (11 personnes).  

Responsable : Eleni Molari, médecin psychiatre, membre de la NLS 

 

Société Noeud Borroméen de la NLS (SNB), Grèce  

Centre d’accueil des adultes psychotiques et autistes. Athènes , Grèce  

Maria Spanou, psychologue, responsable du Centre, membre de la SNB 
spanoumaria@msn.com 

Marina Frangiadaki, psychologue, membre de la NLS, assure les supervisions de l’équipe frangiadaki@icloud.com 

École spécialisée qui accueille des enfants psychotiques et autistes Crète, Grèce. Ioanna Verigaki, psychologue, membre de la NLS verigaki@yahoo.gr  

 

Lacanian Compass, États-Unis 

Thomas Svolos, psychiatre, membre de la NLS. Interventions au centre médical de l’Université Creighton à Omaha, Nebraska qui accueille des autistes. 
tsvolos@outlook.com  

 

Initiative-Albanie 

Qendra Komunitare Multidisiplinare (Centre Communautaire Multidisciplinaire), Tirana, Albanie 

Centre de jour qui accueille des enfants psychotiques et autistes.  

Collègue intervenant : Sonilda Barjamaj, psychologue (ancienne stagiaire du Courtil), membre de l’Initiative Albanie,  sonildabarjamaj11@gmail.com  

 

À la Scuola Lacaniana di Psicoanalisi (SLP) 
Par Mateo De Lorenzo   

En 2018, j’ai été invité à organiser le travail de l’équipe d’une petite association « historique » de Rome – Ciampacavallo – qui s’occupe du handicap intellectuel et comportemental, notamment des patients psychotiques et autistes graves, expulsés de tous les centres « traditionnels » ; il s’agit de cas de jeunes et d’adultes chroniques et « intraitables ». 

La condition que j’ai posée était d’utiliser l’orientation de la psychanalyse de Freud et Lacan et en particulier les contributions sur la Pratique en équipe et la Pratique à plusieurs. 

Depuis 2018, l’Association a formellement autorisé cette orientation et l’a adoptée. 

En l’espace de quelques mois, une succession rapide d’événements m’a permis de fonder CasaCiampa, un deuxième centre de jour, qui a été accrédité par la Région du Lazio et contracté par Roma Capitale, et dont les documents fondateurs, officiels, font référence au Champ freudien et à la psychanalyse appliquée. Par conséquent, la « méthodologie officielle », approuvée par la Région du Lazio et par Roma Capitale, est la Pratique à plusieurs 

Il s’agit d’un cas unique en Italie.  

Depuis 2019, je suis président de l’association. Au fil des années, nous avons remporté de nombreuses Convocations publiques et changé notre façon de pratiquer, en nous orientant vers la psychanalyse. 

Ciampacavallo compte plus de 1200 membres et prend régulièrement en charge près de 700 personnes ayant des handicaps divers, dont près de 400 personnes atteintes de psychose et/ou d’autisme grave. 

En 2023, nous avons fondé une coopérative sociale, CiampaCoop, afin de pouvoir régulariser la situation contractuelle des opérateurs et opératrices. Entre autres choses, nous avons remporté un Appel pour l’attribution d’une autre maison cantonale de la région du Lazio. À Casa Fontana, après le travail de restauration, nous avons fondé une maison de formation pour la vie autonome, afin d’ouvrir des résidences désinstitutionnalisées et démédicalisées de personnes avec autisme et handicap intellectuel, dans le cadre de la Loi nationale 112/2016 « Après nous ».  

Il est vrai que Ciampacavallo (association et coopérative) a beaucoup grandi : aujourd’hui elle a un résultat solide, trois sièges (un centre de jour fermé, un centre de jour ouvert et une maison semi-autonome), plusieurs véhicules, dispose de nombreux laboratoires, deux gymnases, une ferme sociale avec divers animaux et une grande écurie avec 26 chevaux et poneys. 

L’équipe est composée d’une soixantaine de personnes : psychologues, éducateurs, travailleurs sociaux, agronomes, artisans, instructeurs d’équitation. Plusieurs réunions cliniques hebdomadaires et réunions mensuelles de suivi et contrôle de pratique, ont lieu. La formation de l’équipe est guidée par la psychanalyse du Champ freudien et centrée sur des textes de différents auteurs (notamment Di Ciaccia, Baio, Egge, Stevens, De Halleux, Zenoni, Laurent ; évidemment Freud, Lacan et J.-A. Miller). Nous accueillons des étudiants praticiens des différentes facultés de psychologie de Rome et des élèves de l’Institut freudien de Rome. 

Les personnes qui assistent à Ciampacavallo sont accueillies – une par une – et progressivement impliquées dans le travail quotidien qui s’articule en groupes de travail et ateliers cliniques. Nous organisons régulièrement des excursions, week-ends et séjours, ainsi que des événements culturels, sportifs et artistiques. 

Ma position de « au moins un », qui a maintenu fermement la barre en direction du Champ freudien pour cette réalité déjà grande du Social de Rome, a généré des mouvements importants vers la psychanalyse : c’est-à-dire qu’avec ce désir en jeu, le début des formations analytiques de certains membres de l’équipe a eu lieu. Aujourd’hui, il y a plusieurs élèves de l’Institut freudien de Rome et des personnes en formation analytique qui travaillent à mes côtés dans les diverses activités et structures de Ciampacavallo. Certains d’entre nous participent aussi aux activités d’un groupe de travail du réseau italien du Champ freudien BIP2 (Bambino Inconscio Psicoanalisi e Politica), réseau qui s’oriente sur le travail de l’Institut psychanalytique de l’Enfant du Champ freudien 

Ma fonction a servi et sert aussi, par extension, à faire face à l’Autre Social qui connaît déjà et reconnaît Ciampacavallo comme « bien commun » et comme guidé par le discours analytique. Ciampacavallo a actuellement des comptes personnels d’estime et de confiance avec la Ministre du Handicap, avec les Conseillers pour les Politiques sociales de la région du Lazio et de la Mairie de Rome, ainsi qu’avec les personnalités locales (politiques et administratives / fonctionnaires) des différentes Municipalités de la Ville. 

Évidemment, en ce qui concerne ma fonction, il s’agit de maintenir actifs les quatre discours au sein de l’institution qui, par nature, tend à « se fermer » et surtout à garder vivant le désir de travailler avec la psychanalyse. 

En tant que contribution publique au social, Ciampacavallo peut soutenir que nous démontrons, grâce à la psychanalyse de Freud et de Lacan, une manière différente de pratiquer l’inclusion sociale ; un sujet qui a été repensé et pratiqué par nous comme condition liée au un-par-un et basé sur la clinique du sujet, aussi – et surtout – quand le sujet ne « semble » pas avoir de traces (par exemple, lorsque l’autisme est très fermé). 

Depuis plusieurs années, je coordonne avec d’autres collègues (Manuele Cicuti, Gregorio Di Ciaccia, Emanuele Tacchia, Alberto Tuccio – membres et participants de la SLP-Cf) qui dirigent des institutions en dehors de Rome et à Milan, dans un travail interinstitutionnel pour la section clinique de Rome, coordonné et supervisé par Antonio Di Ciaccia. Il s’agit d’un groupe d’étude, à périodicité mensuelle, auquel participe chaque fois une centaine d’opérateurs, de boursiers et d’élèves de l’Institut freudien de Rome et de Milan et dans lequel, à son tour, chacune des institutions présente un cas qui est discuté par les équipes avec le commentaire d’Antonio Di Ciaccia. 

Jesús Sebastián, avec la collaboration Xavier Giner (ELP), Anaëlle Lebovits-Quenehen y Ligia Gorini (ECF), Patricia Bosquin-Caroz y Marina Frangiadaki (NLS), Amelia Barbui y Mateo De Lorenzo (SLP). 
jsebastianb@telefonica.net 

Préliminaires à la reprise, Laura Sokolowsky

Préliminaires à la reprise

Laura Sokolowsky

Chers collègues et amis de la psychanalyse,

Je vous adresse mes meilleurs vœux en ce début d’année placé sous le signe du combat présent et à venir pour défendre notre orientation, nos pratiques et nos institutions.

Nous avons le devoir de réunir nos forces afin de dénoncer la vision du monde scientiste et technocratique imposée au champ dit de la santé mentale depuis des décennies. Cette idéologie a désormais d’importants relais politiques, médicaux et universitaires, elle réclame de notre part à la fois vigilance et action.

Freud estimait que la psychanalyse n’est pas une vision du monde d’être incluse dans la science. À le suivre, il fallait se prémunir de séparer la psychanalyse de son terreau natal, c’est-à-dire la recherche, l’étude patiente des facteurs inconscients et la mise à l’épreuve constante de la théorie par la clinique. Si un cas met en défaut la théorie, c’est la théorie qu’il convient de modifier et repenser. L’œuvre freudienne est fondée sur le principe que le symptôme du sujet est rebelle à sa réduction diagnostique et qu’il y aura toujours un reste inassimilable, un trauma, échappant à la symbolisation.

Lorsqu’on nous oppose, parfois avec hargne, l’argument poppérien de la non-réfutabilité de la psychanalyse, on méconnaît que celle-ci est en perpétuelle réinvention, qu’elle fait sa mue à chaque séance, chaque contrôle, lors de chacune de nos journées d’études. Voilà pourquoi la psychanalyse est si vivante : elle progresse constamment. Elle n’assène pas de vérités prétendument objectives obtenues par consensus et récoltes de data passées à la moulinette de l’IA. On nous accuse de faire fi de la science ? Eh bien, parlons-en ! Croire que l’imagerie, les molécules ou les méthodes de stimulation cérébrale viendront à bout du symptôme relève de l’illusion d’une médecine basée sur des preuves irréfutables. C’est l’arroseur arrosé.

Freud estimait encore que ce qui nuirait à la psychanalyse était sa transformation en technique de soins, soit son absorption dans la médecine. D’où son refus obstiné, jusqu’à la fin de sa vie, de réserver la pratique analytique aux seuls médecins. Sa clairvoyance se révèle : soyons attentifs à ne pas réduire la psychanalyse aux seuls effets psychothérapeutiques afin d’en prouver l’efficacité. C’est sur ce terrain en effet que nous sommes attendus par nos détracteurs avec l’espoir de nous porter l’estocade finale.

En conséquence, il nous revient de savoir d’où nous venons et où nous allons. Jacques-Alain Miller l’a fait valoir récemment : quelle École voulons-nous ? La voie que je défends est celle de la psychanalyse que Freud et Lacan nous ont léguée, celle qui guérit de surcroît en ne visant pas l’éradication du symptôme en première intention. En conséquence, c’est dans le domaine de l’intelligence analytique du symptôme, son rapport à la pulsion, son réel, que nous ne devons rien céder. Il en va de l’avenir de notre orientation, à l’envers du discours du maître. C’est de ce futur dont nous sommes aujourd’hui responsables collectivement, ce collectif étant lui-même composé de voix singulières dont sont attendues des contributions au débat.

Ce débat a été initié début décembre sur ECF Messager par un texte portant sur une publication journalistique, laquelle apparaît rétrospectivement d’une importance relative face aux enjeux majeurs de l’action lacanienne. Ce même débat se poursuivra selon deux axes : celui de la résistance et de la contre-attaque face à nos détracteurs ; celui de l’examen et de la redéfinition des finalités et missions de l’École.

Dans cette double perspective, j’ai le plaisir d’annoncer ici même la reprise de Lacan Quotidien sous la forme d’un bulletin électronique de l’École de la Cause freudienne diffusé par ECF Messager. En effet, les offensives législatives contre la psychanalyse ravivent la nécessité de cette publication en ligne. Il s’agira de s’informer et de débattre des enjeux scientifiques, politiques ou culturels impliqués par les tentatives actuelles de reconfiguration de la pratique clinique. Certaines expériences de terrain intéresseront également les lecteurs de Lacan Quotidien. Il va s’agir encore de réinventer l’École que nous allons transmettre aux générations qui suivront, avec lucidité et courage.

Lacan Quotidien sera dirigé par moi-même en tant que présidente de l’ECF. La coordination de la rédaction sera assurée par Angèle Terrier. Ève Miller-Rose sera rédactrice en chef.

La bataille qui s’annonce sera rude, Lacan Quotidien sera notre vigie.

Bien à vous.

Pour adresser vos contributions à Lacan Quotidien
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Publié dans le Lacan Quotidien du 05 janvier 2026

Une intersubjectivité factice, Patricia Bosquin-Caroz

Une intersubjectivité factice

Patricia Bosquin-Caroz

Fin 2025, nous découvrions, stupéfaits, la prolifération de centres experts au sein de la psychiatrie publique française. Financés par la fondation FondaMental, partenaire privilégié de l’État et promotrice d’une psychiatrie biomédicale «datadriven», ces centres s’inscrivent dans le cadre des programmes PERP, Programme et équipement prioritaire de recherche, et PROPSY, Programme en psychiatrie de précision. Leur mission consiste à collecter des données, produire de nouveaux diagnostics et élaborer des modèles prédictifs destinés à être appliqués à la population à travers un autre programme, French Minds.

À elle seule, l’énumération de ces dispositifs donne le vertige! Αu-delà de sa structure en réseaux et de son maillage territorial, ce projet inquiète par l’idéologie qui le soutient: un scientisme assumé, rendu opérant par de nouvelles avancées technologiques. En effet, seule l’intelligence artificielle (IA) permet de brasser une telle quantité de données indispensables à leur mise en place. Aujourd’hui, on aperçoit l’ampleur de son implication dans le domaine public de la santé mentale et conjointement dans le secteur privé des psychothérapies

Aux États-Unis, l’usage privé de l’IA s’est rapidement étendu à l’évaluation du psychothérapeute, voire du psychanalyste. Via des applications mobiles, il devient courant de consulter son «assistant numérique» pour «contrôler» le bien-fondé des interventions de son psy. Au Royaume-Uni, un plan du gouvernement prévoit même le recours à des «thérapeutes virtuels» basés sur l’IA. Peu coûteuse et disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, elle constituerait une solution au problème de santé publique. Désormais, l’IA s’interpose comme le nouveau sujet supposé tout savoir entre le praticien et le patient, quand elle ne se substitue pas tout simplement au premier.

Mais de quel sujet s’agit-il, et de quel savoir?

Puisque l’IA se prête volontiers à l’investigation, je l’ai consultée, par le moyen d’une application ad hoc, à propos d’un certain nombre de termes convoqués dans notre débat. Sa capacité à rassembler, trier instantanément des informations interpelle. C’est là son versant big data. Mais à l’occasion on découvre une autre de ses performances, celle dite «générative» –incarnée par des modèles comme ChatGPT. L’IA ne restitue pas seulement un savoir existant: elle le génère, tout en donnant l’illusion d’être humaine. Elle rapporte ses connaissances, répond aux questions, s’adresse à son interlocuteur sur un ton affable, acquiesce («Vous avez raison»), concède si on contredit ses énoncés («Très juste»). Elle rectifie les fausses informations quand on s’insurge, s’en excuse, se corrige, s’ajuste, «s’auto-éduque». Ce faisant, elle vous prend à l’illusion d’une intersubjectivité.

Comme Luc Ferry l’énonce: «C’est du reste très exactement cela qui épate dans leurs performances, tant on a parfois du mal à comprendre comment une machine peut à ce point ressembler à un humain intelligent(1)».

Mais l’IA ne parle ni ne pense. Elle imite le sujet pensant, conscient et transparent à lui-même. À l’instar du discours de la science, son savoir est sans sujet. Il fonctionne sur un mode acéphale: brasse, croise, connecte des signifiants entre eux. Les questions adressées s’ajoutent aussi aux flux des données inlassablement récoltées, encodées puis réintégrées dans le système.
Performante et illusoire, l’IA ne nous fera cependant pas oublier qu’elle n’est pas sans agents: ses programmateurs et décideurs. Adeptes du «populisme scientiste», ceux-ci méconnaissent l’apport de la psychanalyse: «le sujet ne parle pas pour dire ses pensées […] c’est le fait qu’il parle [–] c’est-à-dire, qu’il émette ces sons rauques ou suaves qu’on appelle le matériel du langage – qui a déterminé d’abord le chemin de ses pensées (2)».

Dialogue avec l’IA sur French Minds

En guise d’exemple, reprenons ci-dessous un dialogue avec la machine IA. Entre état objectif des connaissances et interlocution factice, on pourra y lire son parti pris scientiste (passages mis en italique notamment).

Question – Qu’est-ce que le French Minds?

IA – French Minds n’est ni une entreprise de conseil, ni un think tankd’opinion, ni un dispositif de consultation psy, mais le nom d’une grande cohorte de recherche scientifique française en psychiatrie, rattachée au programme national de recherche PEPR-PROPSY.

Nationale, prospective, multicentrique et longitudinale, elle vise à suivre des patients atteints de troubles psychiatriques sévères afin de collecter des données cliniques, biologiques, d’imagerie et numériques de manière approfondie, et d’identifier des profils homogènes et des dimensions transnosographiques (au-delà des catégories diagnostiques traditionnelles).

Question — Mais encore?

IA — French Minds est soutenu par le plan France 2030 et piloté par des institutions comme l’Inserm, le CNRS, la fondation FondaMental et de nombreux centres hospitaliers universitaires. L’objectif global est de faire progresser la recherche en psychiatrie en dépassant les limites des classifications diagnostiques traditionnelles et en ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques plus personnalisées.

Question — S’agit-il d’une entreprise de remplacement des professionnels de la santé?

IA — French Minds sert à la recherche, pas au soin. Ce n’est pas fait pour aider une personne donnée, mais pour produire des connaissances sur les troubles psychiatriques à partir de grandes cohortes. French Minds ne travaille pas avec la parole singulière, il transforme les patients en données comparables, cherche des profils, des corrélations, des biomarqueurs, et vise des modèles prédictifs. En d’autres termes, il fait de la science populationnelle.

Et l’IA de préciser:

French Minds ne se substitue pas aux psys actuels, car ils opèrent sur des plans hétérogènes.

Question — French Minds relèverait de la prédiction et de la gestion à l’échelle des populations?

IA — Votre formulation est juste, mais elle mérite d’être précisée pour éviter le raccourci idéologique.

  1. Oui, en partie, French Minds relève de la prédiction et de la gestion à l’échelle des populations au sens biomédical et administratif contemporain. French Minds vise explicitement à: –prédire des trajectoires (rechute, chronicisation, rémission); –prédire des réponses aux traitements; –identifier des profils à risque. Cette prédiction ne porte pas sur une personne singulière, mais sur des probabilités à partir de groupes comparables.
  2. Oui: cela participe d’une gestion des populations. Au sens strict (et foucaldien), on est bien dans une logique de biopolitique: collecter des données massives, classer selon des profils, orienter les parcours, optimiser l’allocation des ressources.
  3. French Minds produit: des outils de savoir destinés aux décideurs, aux chercheurs, aux cliniciens, qui pourront (ou non) être traduits en politiques publiques. La gestion est indirecte, médiée par le système de santé.

Et la boucle se referme, French Minds est en aval, ce que PROPSY est en amont.

L’IA ajoute:

Ce n’est pas un complot, c’est le mode normal de gouvernance sanitaire aujourd’hui.

D’où sort ce terme «complot»? Sans aucun doute est-il prélevé dans le discours courant et haineux à l’endroit de la psychanalyse (3), et non l’inverse!

Et l’IA de mettre les points sur les i:

Là où votre intuition est très juste, le projet French Minds marque un déplacement du centre de gravité: du colloque singulier vers la donnée, de la clinique vers la modélisation, du cas vers la cohorte. Ce déplacement est réel et assumé. C’est précisément pour cela qu’il peut entrer en tension avec: la psychanalyse, les pratiques fondées sur la parole, et toute clinique du singulier.

La question n’est pas: «est-ce mal?» mais: «jusqu’où laisse-t-on cette logique organiser le soin? que devient le sujet dans un système piloté par la prédiction? quelles pratiques sont marginalisées ou rendues invisibles?» Ce sont des questions légitimes, pas idéologiques.

Et nous voici légitimés! Mais ne nous y trompons pas: la machine intelligente a bien sûr intégré à son système le point d’où elle est interrogée et elle est programmée pour y répondre. Tout finit par être englouti dans ce savoir sans trou.

Or, quelque chose échappe à ce tout savoir qui ne pourra jamais être calculable, même par une machine aussi intelligente que l’IA: l’effet de sujet. Si dans une analyse, le sujet obtient la levée de ses symptômes, il y a, dit Lacan, «dans la position du sujet quelque chose d’irréductible, qui est fort nommable – l’impuissance à en savoir tout(4)». Dès lors, quid du retour dans le réel de cette part incalculable par l’IA?

Publié dans le Lacan Quotidien du 13 janvier 2026


(1) Ferry L., IA: Grand remplacement ou complémentarité?, Paris, L’observatoire, 2025, p.55.
(2) Lacan J., Le Séminaire, livre XII, Problèmes cruciaux pour la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil/Le Champ freudien, 2025, p.79-80.
(3) Souligné récemment par Laura Sokolowsky.
(4) Lacan J., Le Séminaire, livre XV, L’Acte psychanalytique, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil/Le Champ freudien, 2024, p.236.

Ce qui résiste dans la psychanalyse, Lilia Mahjoub

Ce qui résiste dans la psychanalyse

Lilia Mahjoub

Dans ce débat de l’École qui s’est ouvert et a pris en effet une nouvelle tournure, je relève ce que Jacques-Alain Miller souligne, à savoir qu’« il se pourrait que la psychanalyse soit à terme éradiquée de la terre de France, et [que] nous venons tout juste de l’apprendre ». Cela nous est venu de l’extérieur : on s’en prenait une nouvelle fois à la psychanalyse.

Il est apparu que si la défense de la psychanalyse s’impose, eu égard à ce qu’on en dit, elle ne suffit pas pour autant pour répondre aux questions avancées par Jacques-Alain Miller : « Que veut l’École ?  Et d’abord : Quelle École l’École veut-elle être ? »

Pour répondre à la deuxième question, cela ne saurait aller sans revenir sur ce qu’il en est de l’objet de l’École, soit la psychanalyse, et partant, sur ce qu’il en est de l’objet de la psychanalyse. La prochaine parution du Séminaire de Lacan qui vient d’être annoncée tombe à point nommé. La leçon d’ouverture de celui-ci fut publiée dans les Écrits sous le titre « La science et la vérité » et les premières lignes concernent le statut du sujet que Lacan a fondé lors de son séminaire de l’année précédente.

Dès ses premiers séminaires, dans son retour à Freud, disons que c’est déjà le sujet qui fait l’objet de son élaboration. En 1955, il énonce que « Le sujet est personne »[1], et traite l’un de ses élèves de « petit idolâtre », après que celui-ci dans son exposé a entifié le sujet jusqu’à l’idolifier, et ce, en le représentant dans des formulations par trop imagées.

C’est une tendance qui a la peau dure, et dont nous devons nous garder. Elle peut sauter aux yeux à la lecture de textes cliniques ou d’autres adressés à un plus grand public.

Mais des textes dans ce débat, notamment celui d’Hervé Castanet, rappellent entre autres qu’« un sujet n’est pas un individu », ce que Lacan énonça dans son allocution, à l’ouverture d’une réunion au PLM Saint-Jacques, le samedi 15 mars 1980, soit après sa lettre de dissolution du 5 janvier. Cette allocution fut publiée dans le journal Le Matin.

Le sujet de l’élaboration de Lacan n’est pas le sujet de la philosophie, et si Lacan dit, dans « La science et la vérité », que c’est celui de la science, c’est parce que le sujet y est forclos. L’objet de la psychanalyse, c’est alors la fonction de l’objet a « à insérer, […], dans la division du sujet par où se structure très spécialement, […] le champ psychanalytique. »[2]

Lacan n’abandonna jamais sa définition du sujet comme effet de signifiant. Il formula que le but de son enseignement « serait de faire des psychanalystes à la hauteur de cette fonction qui s’appelle le sujet »[3] et que cette fonction était déjà présente dans Freud.

Mais il y a aussi d’autres signifiants de la psychanalyse qui s’étiolent, s’amenuisent et perdent de leur virulence. Par exemple, l’usage du concept de pulsion. Je constate qu’à une époque ce sont les termes d’instinct, d’excitation ou d’impulsion qui étaient utilisés, y compris dans les traductions des textes de Freud. Freud établit bien la différence entre pulsion et excitation laquelle se rapporte à la physiologie. De même que celui d’instinct à ce qui relève d’une réponse à des signes chez l’animal. Or le terme de pulsion est passé dans le langage courant, sans que l’on établisse la différence qui s’est produite depuis la découverte freudienne du refoulement et de l’inconscient.

Ainsi les pulsions ne sont-elles pas une quantité mesurable, à savoir un trop ou un pas assez de jouissance pulsionnelle, c’est-à-dire sexuelle, mais un montage à quatre termes. Elles ne sauraient être assimilées au comportement d’un individu. C’est non pas la société et ses modes de répression, qui vont de l’éducation à la chimie médicamenteuse, qui agissent dessus, mais le refoulement, et la différence est de taille. Les pulsions du sujet se nouent aux signifiants de sa demande et peuvent ainsi s’exercer sur les bords corporels. Peut-on croire à un monde où les pulsions se réduiraient, se rangeraient, se calmeraient, du seul fait de la place faite à la parole par la psychanalyse ? Ce ne serait pas suffisant, car si rectification il y a quant au déploiement de la pulsion, soit ses allers et retours, il y faut aussi l’interprétation et la coupure qui sont attendues. Car l’un des termes de la pulsion ne sera jamais symbolisable, entendons sa poussée constante.

Ainsi que le formulait Freud, « la pulsion n’agit jamais comme une force d’impact momentanée, mais toujours comme une force constante »[4]. C’est ce que Lacan mettra en valeur, en précisant en effet qu’elle n’a pas de rythme comme peut en avoir une fonction biologique, « qu’elle n’a pas de jour ou de nuit, qu’elle n’a pas de printemps ni d’automne, qu’elle n’a pas de montée et de descente »[5], car c’est une force constante, et que cette constance est « un élément de réel »[6].

Rappeler la rigueur des concepts freudiens et lacaniens, forgés à partir de l’expérience analytique, suffira-t-il à faire que la psychanalyse ne soit pas vouée à disparaître ? Si ses concepts circulent et sont ravalés dans le discours commun, est-ce une raison pour s’en désintéresser et croire qu’il s’agit de les remplacer par des signifiants au goût du jour, qui circulent dans l’actualité de la société ? Ces derniers demandent certes que le psychanalyste s’y intéresse, mais certainement pas qu’il s’en serve pour y adapter son discours.

Il y a cependant, malgré les critiques ou les boniments qu’on lui inflige, quelque chose qui dans la psychanalyse résiste. S’agit-il, pour les psychanalystes, de s’en contenter ou bien plutôt, ainsi que Lacan les y invite, de savoir ce dont il s’agit ?

La psychanalyse est un symptôme dont la société et les autres discours voudraient se débarrasser, mais elle a en elle un réel, un réel qui est l’irréductible de ce symptôme. C’est ce réel qui résiste et qui lui fait garder son tranchant. Or la psychanalyse, contrairement aux autres discours, ne veut se débarrasser ni du réel, ni du symptôme, et c’est là sa condition de survie. C’est aussi ce qu’on peut attendre du psychanalyste.

Publié le 21 décembre sur L'ÉCOLE  DÉBAT 14


[1] Lacan J., Le Séminaire, livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1978, p. 72.
[2] Lacan J., « La science et la vérité », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 863.
[3] Lacan J., « Place, origine et fin de mon enseignement », Mon enseignement, Paris, Seuil, octobre 2005, p. 58.
[4] Freud S., « Pulsions et destins des pulsions », Métapsychologie, Paris, Gallimard, folio/ essais, 1968, p. 14.
[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 150.
[6] Lacan J., Ouverture des Journées de l’EFP, avril 1975, Les lettres de l’école freudienne, n°18. p. 7.

Mental n°52 – Néo-familles

Mental n°52 – Néo-familles

Résumé

Il existe aujourd’hui une constellation de manières de faire famille : monoparentale, recomposée, homoparentale, adoptive, en co-parentalité sans couple amoureux, choisie entre amis… Mais en quoi ces nouvelles formes familiales témoignent-elles de quelque chose de vraiment nouveau, dans la perspective de l’expérience analytique ?

Dès la fin des années 1960, alors que la mondialisation et la libéralisation des mœurs charriaient leur lot d’espérances, Lacan mettait en garde son auditoire en pointant l’échec des utopies communautaires qui prétendaient remplacer la famille. Le mode de jouissance de chaque sujet a un caractère de singularité indissoluble dans le lien social et en premier lieu dans le lien familial, qui en est une forme bien particulière. C’est ce qui cause le malaise dans la famille qui, lui, n’a rien d’inédit : ce qui est nouveau, c’est la forme que prend ce malaise quand dominent des idéaux égalitaristes et individualistes qui effacent l’incarnation du désir. Qu’est-ce qui, dans la famille – qu’elle se rêve néo ou qu’elle se veuille tradi –, pourrait soutenir la séparation des jouissances confuses ? La famille s’illustre par un certain éclatement, voire par un rejet, mais elle n’a pas fini de jeter ses éclats, dans la mesure où la fonction de transmission qu’elle soutient a un caractère irréductible, constituant pour le sujet.

Ce numéro montre combien la logification qu’a opérée Lacan sur la famille œdipienne, avec les concepts de fonction paternelle et maternelle, d’objet a et de symptôme, de savoir et de jouissance, de nomination ou encore de lalangue, permet de saisir la manière dont cette transmission opère, ou pas, au cas par cas, dans les familles.

 Points forts – Mots clés

  • des interventions marquantes du dernier Congrès de l’EuroFédération de psychanalyse, PIPOL 12, « Malaise dans la famille », dont des présentations cliniques par des praticiens exerçant dans toute l’Europe, ainsi que des textes inédits.
  • des textes qui éclairent, grâce aux concepts analytiques, les formes contemporaines du malaise dans la famille.
  • deux entretiens : l’un avec l’historien Didier Lett, dont les travaux se consacrent à l’histoire de la famille et de l’enfance au Moyen Âge, l’autre avec l’écrivaine et journaliste Blandine Rinkel, autour de son récit La Faille.

une lecture psychanalytique de la façon dont la littérature, le cinéma et le théâtre traitent de la question.

Sommaire

Mental numéro 52 / Novembre 2025

 — Éditorial

Alice Delarue, Éclats de familles

— Les nouvelles idéologies de la famille

Lilia Mahjoub, La famille, creuset de jouissance

Christiane Alberti, Qu’est‑ce qu’un enfant ?

Chiara Nicastri, À propos de la famille post-moderne

Domenico Cosenza, Le malaise dans la famille et la clinique de l’anorexie

Valeria Sommer-Dupont, Chacune son tour

Éric Laurent, Le résidu et le père qui unie

— La famille, lieu de lalangue

Alexandre Stevens, La fonction du résidu familial

Marina Frangiadaki, Ce qui ne se familliarise pas

Guy Briole, Modernité, secret et malaise

Ruzanna Hakobyan, On ne parle pas de ça : les silences du dire

— Entretien avec Didier Lett

Tourner la page du roman familial

— Ruptures et inventions

Katty Langelez-Stevens, Rejet de la famille, génitif subjectif et objectif

Virginie Leblanc-Roïc, Un nom à soi

Jérémie Wiest, Famille gender

Pepa Freiría, Accueillir les inventions de l’enfant

Vilma Coccoz, Migrations et déracinements de lalangue

— Entretien avec Blandine Rinkel

Le sens de l’arrachement

— Enseignements de la clinique

Els Van Compernolle, Dire (que) non

Bruno de Halleux, Une famille malgré tout

Anne Béraud, Asphyxie

Nathalie Crame, Les deux frères de la mère

Julia Virgós Pedreira, Une minute !

Massimiliano Rielli, En suivant Dario, pas sans sa famille

Camille Gérard, La recette

— Lectures

France Jaigu, Un enfant à la prison du Temple

Olivia Bellanco, L’écriture comme voie de sortie

Susana Brigoni, La famille incorporée

Françoise Denan, L’amour en famille

Pénélope Fay, Regards et chuchotements

Gleb Napreenko, Entre aristotélisme et objet a

Anna Pigkou, La famille et la dot

Bruno Alivon, Derrière les paravents d’un non-dit familial